samedi 17 mars 2012

Né loin et mort à Prinçay - Availles-en-Châtellerault. 1883.


Louis Jean-Baptiste Médard de Malavois, 96 ans, propriétaire veuf de Dame Louise Perrine Baron,  né le 8 Juin 1795 aux Iles Seychelles, fut :
Membre du Conseil colonial électif de l'île de la Réunion
Commandant des Milices de la Réunion
Chevalier de la LH, Médaille de Ste Hélène.
Il mourut le 24 Décembre 1871 au château de la Cataudière à Prinçay. 
Il sera inhumé le 29 septembre 1883 au Père Lachaise dans le caveau de famille VERRUE. 76ème div. 

Source  ADV Availles-en-Châtellerault NPMD 1868-1872 page 76. 





vendredi 16 mars 2012

Le drame de Vernon (Vienne) - 1896


Aujourd'hui c'est Sébastien Pissard, passionné de Généalogie Poitevine qui nous raconte une petite affaire criminelle. Se prendra-t-il au jeu du blog ? J'espère et je compte sur vos encouragements ! 
Mise à jour matutinale, le blog est en ligne : La Pissarderie. Un peu de généalogie, sur des Pissard du Poitou et d'ailleurs, des fragments du Civraisien et de Savigné...

François Audé est né le 8 avril 1856 à Saint-Romain, fils de Louis Audé, cultivateur, et de Marie-Anne Lhérault.
Il est inscrit au registre matricule de l’année 1876, n°816. A 21 ans, il part pour le 82e régiment d’infanterie, puis est incorporé en 1878 au régiment des sapeurs-pompiers de Paris, jusqu’à la fin de l’année 1881. Son passage à Paris se fera remarquer : 18 jours de consigne, 25 jours de salle de police et 8 jours de prison. Libéré de l’armée, après quelques services chez divers agriculteurs, il est nommé facteur rural à Ceaux-en-Loudun.
C’est à cette période qu’il épouse Alexandrine Laurent, à Saint-Maurice-la-Clouère. A cause de sa mauvaise tenue et pour des suppressions de correspondance, il sera renvoyé au bout de deux ans. Il exerce comme domestique chez divers maîtres et se fixe à Saint-Maurice, chez son beau-frère, pendant 2 ans, puis s’installe à Saint-Laurent de Jourdes en 1891. Il est sans ressources. Pour faire vivre sa famille de plus en plus nombreuse (6 enfants nés entre 1883 à 1894), il s’adonne au braconnage, ce qui lui permet un certain confort. Sa mauvaise réputation le pousse enfin à se loger au village de La Plaine, sur la commune de Dienné dès octobre 1895. A ce moment-là, Audé s’absente régulièrement les nuits, revenant avec volailles des basses-cours voisines. Violent avec sa femme, il est notoirement alcoolique. Il est même condamné, le 3 décembre 1895, à 50 francs d’amende pour vol au tribunal de Montmorillon.

En 1896, sa situation devenait de plus en plus précaire. Le dernier argent touché datant du 23 février (le sieur Chebassier lui dût 11 francs), il devait encore payer son boulanger, qui refusait tout crédit. Le 7 mars, Audé se rend à Poitiers pour vendre son vieux fusil, mais personne n’en veut à cause de son mauvais état.
Le 14 mars, Audé est de nouveau en route vers Poitiers, et croise le sieur Thimonier sur la place du Marché. Il lui raconte qu’il a vendu son fusil le 7 dernier, et qu’il est parti en faire la livraison. A une heure, il est vu dans la cour de l’auberge Clercy. C’est là que le vieux père Dupont, 89 ans, a l’habitude de venir. Le père Dupont, malgré son âge, accomplit avec vigueur son travail de messager à Chiré. A trois heures, Audé rentre vers Dienné, non pas en empruntant le chemin direct qui le ramènerait chez lui, mais en suivant le père Dupont, sur un chemin vicinal de Poitiers à Vernon. Les passages tantôt du vieux messager, tantôt d’Audé, sont remarqués par de nombreux témoins (la femme Chartier, les sieurs Martin, Durandeau, Guérin, Morin Deniort, Dardenne et Gatellier). Deniort, par exemple, l’aperçoit sortant d’un fourré à hauteur du pont de la voie ferrée Poitiers-Limoges. La femme Petit, habitant Availles, voit passer Audé à six heures, puis on perd sa trace. Voulant éviter Nieuil-l’Espoir où il est trop connu, Audé coupe à travers bois et champs, puis s’arrête en face des bois dits « Bois aux Roux », à trois kilomètres de Nieuil et à 2 kilomètres de Vernon. Il bourre son fusil avec des pages prises dans un livre de sa fille (méthode de lecture).
Le père Dupont est passé à Availles à 7h15. Son âne est lent, et il arrive vers 9 heures où l’attend Audé. Le fermier Berthonnaud, habitant à la Braudière, entend un coup de feu, accompagné par les chiens de la ferme de Mineret.
Le coup de feu atteint le père Dupont à l’œil gauche mais ne le tue pas. Audé s’acharne sur sa victime avec la crosse du fusil, si violemment que l’arme se désintégra (on en retrouva des morceaux éparpillés sur toute la route). Enfin, son forfait accompli et le père Dupont ayant rejoint l’autre monde, il fallait trouver l’argent.


Pendant ce temps, l’âne continuait d’avancer, nullement dérangé par la violence de l’agression. Bientôt, la charrette atteignit le chemin qui mène à la ferme de la Coupe.
Audé ramène l’attelage vers le Bois aux Roux. Un bruit de grelot l’inquiète, c’est le charretier Giraud, qui passe sur la route. Audé cache l’âne du vieux messager dans le bois, et s’empare de l’argent (environ 66 francs et une paire de ciseaux appartenant à une femme Marionneau). C’est à cet endroit que le corps et l’âne seront retrouvés par le jeune Latus, le lendemain.
Audé, son forfait accompli, rentre chez lui. Avant d’entrer dans la maison, il prend le soin de plonger sa blouse ensanglantée dans le chaudron plein d’eau de son jardin. Il y placera également son pantalon et sa chemise. Puis il se couche aux côtés de sa femme, et lui raconte les détails de son méfait.
Le lendemain, Audé s’empressa de payer son propriétaire et divers débiteurs. Sa femme, elle, n’est pas en reste : elle part prévenir les gendarmes. Ils perquisitionnent chez lui, découvrent le fusil en morceau, les fameux ciseaux volés et la méthode de lecture aux pages manquantes. Audé est absent. Lorsqu’il revient, sa femme le prévient d’une nouvelle visite des gendarmes : Audé prend alors la fuite, se cache vers Rochefort et change de nom. Finalement, il est arrêté et jeté en prison.
Son procès se déroule le 26 et 27 novembre 1896. De nombreux témoins à charge sont entendus. Audé nie tous les faits qui lui sont reprochés. Au terme de l’audience, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il échappe de peu à la guillotine, bénéficiant de circonstances atténuantes et ayant été blanchi sur la question du vol d’argent (il ne fut pas prouvé que Dupont ai eu les 66 francs sur lui).

L’histoire s’arrêtera là, car notre homme finit par mourir à Kourou, en Guyanne, le 27 octobre 1898.



Témoins :
  • M. Laugier, maire de Dienné, 88 ans. « Je ne l’ai vu qu’une seule fois, et je lui ai conseillé de changer sa vie et de devenir un homme honnête. Il était craint dans la commission où on l’accusait de commettre des vols. »
  • Louis Rivaud, brigadier de gendarmerie à la Villedieu. C’est lui qui a découvert le fusil qui a servi à commettre l’assassinat et la méthode de lecture de la fille Angèle Audé, a qui il manquait deux pages.
  • Louis Latus, 13 ans, domestique chez M. Audebert Jules, à Vernon. Jeune berger, c’est lui qui découvre le cadavre.
  • Jean Berthonneau, 54 ans, fermier à la Braudière, commune de Vernon. Il entend un coup de feu après avoir quitté sa maison, vers 9h14.
  • Placide Giraud, 20 ans, roulier à Vernon, et soldat au 125e de ligne à Poitiers. Revenant de Poitiers, il passe au Bois Labbé vers 10h30 et ne remarque rien d’inhabituel.
  • Pascal Petit, 52 ans, roulier, rue de Fleury (faubourg de la Tranchée) à Poitiers. Rentrant de Vernon à Poitiers, il croise un charretier (Dupont) à 600/700 m de Nieuil et à 3km du lieu du crime. C’est lui qui, le 16 mars, trouve sur les lieux du crime un morceau de bois (crosse du fusil) et le remet au cantonnier qui l’accompagne.
  • Victor Peninon, 18 ans, domestique à la Courpe, commune de Vernon. Il est passé vers 10h du soir à 300 m du lieu du crime.
  • M. le docteur Brossard à Poitiers. Il pratique la visite du corps. Il constate qu’un œil est crevé et que la victime a subi 17 à 18 coups de couteau.
  • M. Lecomte, 60 ans, arquebusier, place d’Arme à Poitiers. Il a enlevé les bourres du fusil de l’assassin dans le cabinet du juge d’instruction, en présence d’Audé.
  • Louise Dupont, aubergiste à Chiré-les-Bois, fille de la victime.
  • Alexandrine Audé, née Laurent, 31 ans, domestique à Cubord, commune de Salles-de-Toulon,
  • M. Delaye, coutelier à Poitiers. Il livre le jour du crime une paire de ciseaux au Père Dupont, qu’il lui avait remis 8 jours plus tôt pour les repasser. Ces ciseaux appartiennent à Madeleine Marionneau, née Fernier, 57 ans, lingère à Chiré.
  • Louis Pasquet, 80 ans, débitant de tabac à Fleuré. Il déclare qu’après le jour du crime, Audé lui a versé 5 francs sur les 9 francs 60 qu’il lui devait.
  • Jean Chebassier, cultivateur à Saint-Maurice, homme d’affaires de M. Papillon, a versé à Audé, de janvier à février, une somme de 52 francs.
  • Louis Thimonier, cantonnier aux Berlinguets, rencontre Audé le 7 mars vers 6h du matin. Ils font route ensemble, et Audé montre son vieux fusil au cantonnier. Ils se rencontreront de nouveau le 14 mars. Il reconnaîtra à l’audience le chapeau de paille que portait Audé ce jour-là.
  • Alexis Naudeau, cantonnier, à la Pierre-Levée, à Poitiers. Il rejoint Audé et Thimonier, lorsque ceux-ci, le 7 mars, vont sur Poitiers. Ils boivent tous trois une chopine chez Tessier. Lui aussi verra de nouveau Audé le 14 mars.
  • Ernest Auguste Guilbault, ancien commissaire central à Poitiers, donne des renseignements sur les dépenses du père Dupont le 14 mars.
  • Marcel Clercy, 35 ans, restaurateur place du Marché Notre-Dame, accueille souvent le père Dupont, les mardis et les samedis. Il n’a pas vu Audé, mais son domestique a aperçu un inconnu avec un chapeau de paille.
  • Louis Pineau, 42 ans, épicier à Dienné. Il voit Audé place du Marché vers 8h30 le 14 mars, puis l’aperçoit dans la cour de l’hôtel Clercy à une heure.
  • Georges Verdier, chiffonnier, rue Saint-Cyprien. Le 7 mars, il n’a pas voulu acheter le vieux fusil que venait lui proposer Audé. Une semaine après, même visite, il n’a toujours pas voulu acheter l’arme.
  • Marie Gris, née Gaudin, 26 ans, marchande rue des Trois Rois, n’a pas voulu, elle non plus, acheter le fameux fusil.
  • Ferdinand Cocu, chiffonnier à Poitiers. Il n’a pas voulu acheter le vieux fusil, pour les 8 francs qu’Audé lui demandait.
  • Jean Martin, 46 ans, receveur d’octroi, faubourg Saint-Saturnin, à Poitiers. Il voit passer le père Dupont à son bureau le 14 mars vers 7h30, puis vers 3h de l’après-midi.
  • Madeleine Chartier, née Proquereau, épicière, faubourg du Pont-Neuf. Elle voit un individu ressemblant à Audé sur la route de Nouaillé, le matin du 14 mars.
  • Hubert Caillet, débitant à Poitiers, a vu le père Dupont qui lui a vendu des œufs le 14 mars.
  • Eugène Guérin, facteur rural au Pont-Neuf, à Poitiers. Il fait le service de Nouaillé. A 3h30, il croise un homme ressemblant à Audé à 2km de Poitiers, puis croise le père Dupont 1 km et demi plus loin.
  • Jean-Louis Deniort, taupier à Poitiers, croise un individu égaré sur le pont de la Cardinerie, près le Petit Saint-Benoît.
  • Jean Morin, fermier, route de Mignaloux, a vu passer un individu étrange vers 4h, puis, 1h après, venait le père Dupont.
  • Louise Petit, couturière à Availles, commune de Nouaillé, a vu notre homme vers 6h du soir, puis le père Dupont vers 7 heures.
  • Marie Maitre, née Dugué, 41 ans, épicière à Nieuil-l’Espoir, a vu passer le père Dupont, mais pas d’individu suspect.
  • Jean-Baptiste David, brigadier de gendarmerie à Gençay.
  • Abel Mercier, brigadier de gendarmerie à Lhommaizé.
  • M. Clément, avocat-général.
  • Me Guillaume Poulle, avocat de la défense.
Les principaux protagonistes de cette affaire seront de la prochaine mise à jour des petites affaires criminelles de la Vienne.  

Source : La Semaine, 29-11-1896, vues 81/100 et suivantes

jeudi 15 mars 2012

Denichair - Prêtre de Chenevelles. (1758-1792)


Sa vie racontée par le curé Laglaine ( qui a servi la paroisse pendant 55 ans, de 1847 à 1901).
Le curé Denichair est né à Angles.
En 1792, il est curé de la Chapelle-Roux depuis 31 ans. Il est obligé de quitter sa paroisse. Il refuse le serment constitutionnel, et doit se cacher à Auzon, près de Châtellerault où il moura. Ses paroissiens aimaient à aller le voir dans sa retraite. Il les recevait toujours avec bienveillance. il vit l'abomination de la désolation semée dans son troupeau par les habitants eux-mêmes. Les autorités locales se jetèrent avec enthousiasme dans le parti révolutionnaire. Elles avaient à leur tête un certain Rouger notaire au village du Bois. On prit les ornements et les meubles de l'église, puis on les brûla sur la place publique. Les deux cloches que possédait la paroisse furent transportés à Chenevelles et à Archigny.
Le prieuré avec toutes ses dépendances fut vendu à l'époque de l'aliénation des biens du clergé à un M. Cony de Châtellerault.
A la proclamation du Concordat (1801), la Chapelle Roux fut réunie à Chenevelles pour le spirituel.
L'église primitive a été démolie en 1859 et remplacée par la chapelle actuelle. . L'ancien cimetière fut cédé à la famille Clerté.

Note de Lulu : Le curé Denichair célèbre son dernier mariage le 6 Novembre 1792, en bénissant Louis Arnault et Silvine Camuset sous la tutelle de Rouger qui prendra le relai en tant qu'officier d'état civil enregistrera la mort de Pierre Ledoux son premier décès, le 11 novembre 1792, sur le même registre.

ADV - La Chapelle Roux - BMS 1792 page 6.

mercredi 14 mars 2012

Marquet Pierre Emmanuel - Chenevelles.



M. Laglaine ( qui a desservi la paroisse pendant 55 ans, de 1847 à 1901), curé de Chenevelles, raconte la vie de son prédécesseur sous la Révolution :

Pierre Emmanuel Marquet, curé de Chenevelles, Juin 1786 - 1828.

Nommé curé de Chenevelles en Juin 1786, M. Marquet y exerçait les fonctions de culte au moment de la révolution. Né à Poitiers où son père était procureur, il passa sa première enfance à Badard, village de la Chapelle-Roux. Sa famille y possédait une petite propriété. Attaché à sa paroisse, il vit sans doute avec beaucoup de peine les commencements alarmants et toujours progressifs de la tourmente révolutionnaire. Ses jours mêmes cessèrent d'être en sureté au milieu de son troupeau. Un ardent patriote du bourg menaçait de le tuer s'il le voyait sortir de chez lui. Après s'être caché tantôt chez les uns, tantôt chez les autres de ses paroissiens et voyant les évènements se compliquer de plus en plus, il décida enfin à quitter son poste. Il alla chercher comme tant d'autres sur la terre étrangère le repos et la sécurité qu'il ne pouvait trouver dans sa patrie, emportant avec lui la gloire d'avoir refusé le serment à la Constitution civile du clergé. Il partit pour l'Espagne à la fin de Juin 1792 si on juge par son dernier acte qui est en date du 19 Juin (ADV Chenevelles 1792 page 5). Il y resta jusqu'au milieu de 1801. La tradition rapporte qu'en passant près de Civray il y fut reconnu et arrêté par des moissonneurs qui lui coupèrent son catogan avec une faucille.
Alarmés par les premiers exploits de la Révolution, les habitants de Chenevelles étaient plutôt vivement pénétrés de douleur pour ces tristes nouveautés qu'ils ne s'y sentaient entrainés. Les jeunes gens de la Paroisse ayant ouvertement refusé de s'enrôler sous les drapeaux, leur refus attira sur eux la foudre de la municipalité de Châtellerault qui envoya aussitôt des hommes armés pour les faire rentrer dans le devoir. Mais résolus de repousser la force par la force, plutôt que de céder, ils tirèrent sur les représentants de la force publique. Ceux-ci portèrent aussitôt plainte au district. Bientôt, deux cents patriotes décidés à tout, proférant les menaces les plus horribles dans leur emportement, arrivèrent dans la commune. On ne fit cette fois aucune résistance. Le club forcené commença par donner libre cours à sa fureur anti-religieuse. On se précipita dans l'église pour y renverser et y briser tout ce qui y était. Un, entre autres, ayant voulu abattre une statue, elle tomba sur lui et le blessa grièvement. Ce misérable s'écria dit-on dans sa rage : " Suis-je venu ici pour me faire tuer par le bon Dieu de Chenevelles ? "
Quand on eut mis en pièces tout ce qui était dans l'église, on entassa les débris sur la place et on y mit le feu. Pendant ce temps, les patriotes affublés d'aubes, d'étoles et tenant dans leurs mains les vases sacrés dansaient autour du feu de joie, proférant les plus horribles blasphèmes. Puis, ils alimentèrent le feu avec les ornements dont ils s'étaient revêtus. Tout devint ainsi la proie des flammes, à part quelques nappes et linges d'autel qu'un patriote du bourg détourna au profit de sa femme qui s'en servit à habiller ses enfants. On ne sait ce que devinrent les vases sacrés. Tout porte à croire qu'ils furent portés à Châtellerault. Ce qui est certain c'est qu'on fit rendre à cette ville trois cloches de l'église sur quatre qu'elle possédait. Ces attentats sacrilèges furent commis par des étrangers. Il n'y eut dans toute la paroisse que quatre ou cinq personnes au plus qui se montrèrent partisans du parti révolutionnaire et s'amendèrent d'ailleurs plus tard.
Pendant l'exil de M. Marquet, le service religieux de la paroisse fut fait par M. Savaton, curé jureur (prêtre assermenté) de Fressineau, jusqu'à l'arrivée en novembre 1792 d'un M. Auger, prêtre constitutionnel envoyé de Châtellerault. Ce M. Auger était probablement vicaire de Saint Jacques. Les offices étaient peu fréquentés et encore beaucoup y venaient-ils pour entendre la messe sans réfléchir sur les conséquences de leurs démarches. Le prêtre intrus, dont le ministère était à peu près nul resta à peine un an à Chenevelles. Il retourna à Châtellerault où il devint commis d'un M. Laurence et où l'on croit qu'il s'est marié.
Depuis le départ de M. Auger, il ne vint point d'autre prêtre jusqu'au retour de M. Marquet. Après 9 années d'absence, passées en Espagne, ce dernier revint dans sa paroisse en Octobre. Son premier acte est signé du 20 Octobre 1801. En attendant que les églises fussent rendues au culte, il célébra les saints mystères dans la grange de la Veuve Guiton au bourg, il y fit même une première communion ( les maisons Marcoux et Cognée occupent maintenant l'emplacement de cette grange). Ne pouvant non plus rentrer au presbytère qui avait été vendu, il habite longtemps tantôt en Bas-Poirier ou bien au bourg ou bien encore dans différentes maisons du bourg.
M. Tuscan de Châtellerault fut le premier acquéreur de la cure et de la métairie (La maison Larcher) qui y était adjointe. Plus tard, Mme La Goderie de la Gabillère acheta de M. Tuscan tous les biens curiaux et les revendit en communauté à MM. Morain et Laglaine de Châtellerault. Enfin, M. François Serreau propriétaire au bourg et Benoît Marquet, frère du curé les achetèrent en dernier lieu et vendirent pour la commune à M. D'Argence alors maire, le presbytère, moyennant la somme de Quinze cents francs, dont acte fut passé le 18 Juin 1820 chez Maitre Collet Notaire à Archigny.
Il n'y eut point de résistance au concordat : trois familles seulement embrassèrent le parti de la dissidence. Elles ont maintenant complètement disparu.
Jouissant enfin de la tranquilité après ses longues années d'exil, M. Marquet put exercer son ministère en paix. Si ses paroissiens furent attachés à sa personne, c'était plus probablement en raison des services qu'il leur rendait , soit en exerçant la médecine et la chirurgie, soit en les conseillant dans les démarches à prendre dans les procès qu'il ne détestait pas lui-même, que par estime pour ses vertus sacerdotales.
Tous ceux qui l'ont connu, s'accordent à dire qu'il était passionné pour la chasse et y passait partie de la semaine. Il portait ordinairement l'habit laïque, ne prenait la soutane que pour les offices. Il célébrait rarement la messe sur la semaine. Il a même passé quelques mois sans la dire le dimanche pour punir ses paroissiens de ce qu'ils ne voulaient pas lui acheter le presbytère. Sur la fin, sa conduite était notoirement scandaleuse, il fut frappé d'interdit par l'autorité diocésaine. Il quitta Chenevelles à la fin de 1827 pour se retirer aux Ormes où il est mort en refusant les sacrements.
Il fut curé de Chenevelles pendant près de 42 ans, de 1786 à 1828.





lundi 12 mars 2012

Charroux - 1719.


On ne sait jamais où mène la recherche d'un ascendant. Un colistier attentif de GE86 à la recherche des siens sur la commune de Saint-Savin remarque en 1719 une mortalité anormalement élevée.
L'hypothèse d'une épidémie est émise. Quelques recherches sur le net plus tard, une épidémie de dysenterie est mentionnée dans la région, elle a ravagé également la Normandie et tout le Centre Ouest de la France.
Nous voici avec un lieu, une année et un insolite. En cherchant dans les petits villages autour de Saint-Savin, je finis par  trouver l'épidémie. C'est ce bon François Dalouhé, le curé de Charroux qui la mentionne clairement tout en nous indiquant qu'elle s'étendit bien au delà du Poitou. Wikipédia nous confirme la catastrophe et chiffre à 500 000 le nombre des morts. A cette dysenterie s'ajoute une épidémie de variole qui tue 14 000 personnes à Paris. Wikipédia nous rappelle bien la guerre avec l'Espagne mais passe sous silence la contestation des évèques. Le curé de Charroux qui met en place le Wikipédia de l'époque est un moderne, il fait court, clair et précis !

"L'année mil sept cent dix neuf a été remarquable par plusieurs prodiges nous marquants la colère de Dieu irrité contre nos péchés, comme flambeaux ou brandons de feu courant dans l'air, orages violens meslés de gresle par une secheresse extraordinaire. Il n'a presque pas tombé de pluye pendant le printemps et l'esté à la fin duquel les hommes ont été attaqués d'un flux de sang et de dissenterie et un nombre infini en sont morts dans ce royaume et je crois par toute l'Europe. L'église de France a demeuré très troublée par les contestations entre les évêques au sujet de la Constitution du pape Clément XI unigenitus contre le livre et la doctrine de Quesnel et l'état par la guerre d'Espagne.


François Dalouhé, curé de Charroux,
ADV Charroux BMS - 1711-1727, p.116
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La base des Archives Insolites de la Vienne compte 540 entrées. 

Echo à la Gazette des Ancêtres ! Internet amis ou ennemis ?




La généalogie est un loisir comme un autre. Elle n'échappe ni à la médiocrité ni au zapping, c'est le revers de la démocratisation et on ne peut pas regretter la démocratisation d'un loisir qui mène malgré tout, à plus de culture populaire, d'instruction, d'envie de lire.
 L'internet donne un effet « loupe » aux mauvais cotés de l’activité.
Le mercantilisme en est le corollaire. C’est lui qu’il faut craindre.
Plus on picore, moins on se passionne et plus on est la proie des marchands.
 Ce n'est pas grave tant que se maintient l'aspect citoyen de l'activité, cette généalogie participative, qui sauvegarde, dépouille, propose et rend au bien commun ses travaux. A chacun de valoriser cet aspect là, d'inciter à sortir les documents, les trésors de recherches des boites à chaussures, des valises, des disques durs personnels.
Les travaux déposés, c'est la première leçon donnée par la consultation des Archives sur place. C'est un aspect à valoriser et certaines archives en ligne le font (Voir les Archives de Vendée). 
De chaque progrès, chercher à tirer le meilleur en se préservant du pire.
 L'égo parfois surdimensionné du généalogiste de base trouve dans l'internet un écho délétère, mais au final, personne ne s'y trompe longtemps....
J’ajouterai, en bonne mère de famille nombreuse, que je préfère un enfant qui lit mal à un enfant qui ne lit pas. A toujours chercher la p’tite bête, les généalogistes découragent les talents nouveaux et les initiatives que nombre d’entre eux n’ont pas eues.  Si pour ma part j’avais attendu d’avoir l’aval des grosses têtes pour me lancer dans les p’tites affaires criminelles, 2000 protagonistes dormiraient encore dans la Série L Suppl. Il aurait été facile de me décourager et on peut toujours me coller sur la chronologie des évènements révolutionnaires, j’étais nulle en histoire et curieuse en sciences… 
Quant aux Archives Insolites, la participation nombreuse et régulière des amis bloggeurs, généalogistes amateurs érudits ou modestes, montre combien sont ravis de voir donné un écho à leurs trouvailles. Chacun contribue à sa manière, point n'est besoin d'être un artiste en paléographie pour signaler un trésor de lecture, il serait tellement dommage de le laisser enfoui de peur de ne pouvoir le transcrire ! 
Je suis plutôt du genre à dire à mes concitoyens « Si j’y arrive, tu peux en faire autant ». 
 Bref comme disait ma grand-mère : « Bien faire et laisser braire. ».