jeudi 30 mai 2013

Les Loups de la Doubtière.


Pour Jocelyne.
Le jour où j'ai croisé Jocelyne, je jardinais dans la rue, ce qui ne m'arrive pas souvent, les jardins de sorcière tiennent à leur réputation. Les roses embaumaient, quelques mots échangés, Jocelyne en famille n'était pas là par hasard...
Sortilège ! De retour chez elle, elle me croise sur la toile, et poursuit sa promenade nostalgique par les chemins d'Availles qui mènent du petit cimetière de Prinçay au château de la Doubtière.

La Doubtière ! Jusqu'au XIXème siècle, c'est un rendez-vous de chasse.


 En 1875, Adolphe de Bessé achète la propriété et la transforme en un château douillet.



En 1881, comme l'indiquent les recensements, Adolphe Debessé 40 ans propriétaire et chef de famille, vit à la Doubtière avec Anathilde Faulcon son épouse, 37ans, et leurs deux enfants Gabriel 7 ans et Gontran 2ans. Deux domestiques sont à leur service, Auguste Marquet et Augustine Gobert.


Le p'tit Gontran est né à Availles, au château de la Doubtière, le 1er Juin 1880. Son papa ne le déclare à la mairie que le surlendemain, en présence du grand-père Jean-Louis Emery, 74 ans. 




 Gontran grandit, quelques années plus tard, il ajoute la tour à créneaux, dite de Torsay, qu'il fait transporter de Saint-Sauveur pierre par pierre.


Gontran de Bessé a une  passion dévorante : les loups ! Il en fait venir de Sibérie et les élève à la Doubtière. Au bout du parc, les murs de la "maison des loups" sont encore debout.


En 1904, à 24 ans, Gontran de Bessé devient membre de la Société des Antiquaires de l'Ouest.
Gontran a-t-il écrit sur les loups ?
En 1914, la famille retrouve sa particule, Debessé, s'écrira désormais en deux mots. 
En 1918, à 38 ans, Gontran se marie à Tours avec Victorine Marie Françoise MICHEL.
Aucune généalogie De Bessé retrouvée pour le moment.

La chasse à Gontran est ouverte !

Sources : 
Bulletin municipal d'Availles 1999 : La Doubtière par Mme M.de Vries. 
AD 86 Availles-en-Châtellerault NMPD 1778/1882. 
Généanet -  Société des Antiquaires de l'Ouest. 

mercredi 29 mai 2013

Le p'tit Echo de Cora -N°3 -

Portrait de l'éternel complice, le frère de Cora, Stéphane Robinet, n'est pas en accès libre. Il faut aller le consulter là : sur le site de la BIU Santé....
Il fut membre puis Président de l'Académie Impériale de Médecine et c'est à ce titre que cette photo est archivée dans la BIU Santé de l'Université René Descartes.

Les recherches généalogiques avancent à grands pas. L'équipe des amoureux de Cora (Valérie Lastinger, Alain Gros, Sophie Boudarel, Fred Coussay, Elodie Bonnet, Généanet, Centre Presse) s'est enrichie d'une autre perle rare, Christiane Huot-Lémont, à qui je dois les très nombreuses avancées de ces derniers jours !

Les données généalogiques retrouvées sur Généanet se précisent, se corrigent, se confirment et trouvent leur source. Enfin du solide !
L'arbre généalogique de Cora Millet-Robinet sera mis à jour aussi souvent que nécessaire. C'est encore un buisson mal taillé. Encore quelques soins de jardinage et il sera sur Généanet.
La sagesse de Sophie me gagne : avant de me précipiter aux Archives Départementales de la Gironde... j'ai téléphoné. L'archiviste attentif vérifie les données disponibles. Il semble que les originaux des lettre de Jeanne-Eulalie Lebourg n'y soient pas. Il s'agit des transcriptions faites par Gabriel Debien.
Une chasse au trésor s'ajoute à l'autre : Où sont les lettres de Jeanne-Eulalie ?
La grand-mère de Cora écrit à sa soeur Rose, à Nantes. Archives Départementales de Loire Atlantique contactées, j'attends la réponse.
De nombreuses données sont aux Archives Municipales de Paris, j'irai les photographier, si l'ampleur de la tâche le demande, nous chercherons de l'aide.
Des éléments à retrouver sans doute aux Archives d'Outre-Mer... Aix-en-Provence, destination d'été à envisager ?
D'autres encore aux Archives Nationales. Série F/12 Secours aux réfugiés et colons spoliés. Paris, Pierrefitte ? Qu'importe !
Sur quel navire nous sommes-nous embarqués ?
De Nantes à St Domingue nous suivons la trace de Jeanne Eulalie, sur certains actes on l'appelle Agathe, et son époux s'appelle Jacques Patrice. Tiennent-ils par la main François et Eulalie Laure, frère et soeur, oncle, mari et mère de Cora ?
Le puzzle se construit...
A bientôt et merci à tous !

mardi 28 mai 2013

Les Loups de Latillé - Avril 1751 - Echo à Centre Presse et à la RFG.


Retrouvez aujourd'hui l'article paru le 23 Mai 2012 dans Centre Presse, enrichi des dernières découvertes et à la suite, le dossier complet de l'affaire ! Echo également à l'appel lancé sur le site de la Revue Française de Généalogie "Loup y-es-tu ?" Dernier appel de Jean-Marc Moriceau afin de compléter la base nationale établie ! Le loup par l'archive ! A vos lectures insolites, il manque encore des loups dans la Vienne et dans le Sud Ouest de la France !  En vous promenant dans les bois, n'oubliez pas d'ajouter au  petit pot de beurre de votre panier, le livre de JM. Moriceau "Histoire du Méchant Loup", à dévorer ! Mais revenons sur Latillé...

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Avril 1751, les loups sont entrés dans Latillé ! L’un par la Chapelle-Montreuil, l’autre par Ayron, fini de rire, les loups sont à Latillé…
L'affaire commence-t-elle le 6 février ? Ce jour-là Gounin, curé de Béruges, mentionne la première découverte macabre dans son village . Pierre Merle a été retrouvé dévoré par les loups dans les bois de Lépine. On appelle les autorités pour établir les constatations et permettre la levée du corps. 
Le 8 avril, le curé d'Ayron mentionne dans son registre un drame épouvantable : Pierre Dribault a été dévoré dans les bois proches du pont. Les restes du cadavre sont mis en terre. Pierre avait 14 ans. Il n'est pas la première victime, le drame dure déjà depuis quelques semaines. Deux "bêtes féroces", mâle et femelle, terrorisent la population, dévorant jeunes gens, filles ou garçons, rodant de hameau en hameau, dans la forêt de l’Epine.
Dans une dizaine de villages alentour, les hommes organisent des battues, la traque commence. A peine aperçues, entendues, les deux bêtes ont disparu, elles se déplacent. Le 16 avril, elles sont à la Chapelle-Montreuil et attaquent Charles Guinard, 10 ans, le lendemain,  Françoise Magnen, 16 ans, la semaine suivante à Latillé, elles dévorent Jacques Chenier, 13 ans, et  le 28 c’est au tour de René Martineau, 16 ans, qui succombe à Ayron.
Quatorze victimes, nous disent les curés de l’époque : orphelin, domestiques, tous  vulnérables, mal protégés.
Quelle est cette bête ? Est-ce un loup ? Personne ne s’avance encore à l’écrire. Le 30 avril, les habitants de Latillé mettent fin au cauchemar. L’animal est abattu alors qu’il dévorait Jean Fradet, 10 ans, enfant de Benassay.

Un loup, c’est bien un loup ! Le curé de la Champigny-le-Sec l’a vu et nous le décrit avec une précision de spécialiste, dans son bilan de fin d’année :
 "Cette même année, il y eut deux loups élevretés mâle et femelle qui dévoraient les hommes, de ma connaissance ils ont mangé 14 personnes aux environs de Latillé et d'Ayron, cet animal est plus gros qu'un loup mâtin, la tête plus grosse, le nez plus allongé, le poil plus gros et comme rouge, la queue beaucoup plus courte et plus garnie de poils que celle du loup ordinaire. Ces animaux étant levés sur les pieds de derrière avaient sept pieds de hauteur, ils ne dévoraient que les hommes et non les animaux, ce sont les habitants de Latillé qui tuèrent le mâle, en mangeant un jeune homme après plus d'un mois de chasse....
 Le curé de la Chapelle-Moulière confirme.
Le cadavre de l’animal est porté à l’Intendance de Poitiers, les chasseurs reçoivent trois Louis (la prime habituelle est de 10 livres) et Mr de Blossac accepte que la bête soit montrée. Six sols pour voir le monstre, la foule se presse !
 Reste  la louve. Seule, pleine de cinq petits, elle hurle continuellement, facilitant ainsi sa traque. Les habitants de Benassay la tuent deux jours plus tard. Certains diront qu’elle dévorait une jeune fille au moment de sa capture… La légende est en route.
Ce drame bouleversa la région, un rapport fut adressé à Mr de la Martinière, premier chirurgien du Roi. A Versailles, il accusa réception sans plus d’empathie, il ne savait pas encore que treize ans plus tard, une autre bête, du coté du Gévaudan, marquerait à jamais la mémoire collective…
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Le Dossier : 

Deux sources et des différences. 
       - Les registres paroissiaux. C'est le curé de Champigny-le-Sec qui nous résume l'affaire avec la plus grande rigueur et précision. Il compte 14 victimes. Le curé de Latillé sur l'acte de décès de Jacques Chenier mentionne en marge qu'il s'agit de la huitième victime du loup dans les trois semaines précédentes dans le village et alentour. Les différents curés me paraissent prudents dans leurs conclusions, ne mentionnent pas toujours le loup en première intention mais plutôt "une beste", précisent qu'elle est difficile à identifier. Une fois celle-ci mise hors d'état de nuire, ils reviennent sur les actes de décès pour apporter précisions et dénouement.

       - le Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, l'article du Colonel Chevallier-Ruffigny mentionne une trentaine de victimes dont une jeune fille dévorée par la louve chassée le 2 Mai. Je ne l'ai pas encore retrouvée. Même en comptant tous les décès de jeunes gens alentour, je n'arrive pas à trente victimes entre Janvier et fin avril. Le loup était-il déjà là en décembre ? Chevallier-Ruffigny mentionne d'autres sources écrites que je n'ai pas encore consultées :

  • Le livre journal de Pierre Coutineau Dr Régent en la faculté de droit de Poitiers
  • La lettre écrite par un religieux de la Charité de Poitiers à M. de la Martinière

BSAO 3ème Série BXI La chasse aux loups par le Lieutenant-colonel Chevallier-Rufigny.

Reprenons  les décès dans les communes concernées depuis le début de l'année 1751. Nous savons que les victimes sont soit des jeunes gens, soit des enfants. Le tableau suivant nous donne les victimes possibles ou avérées. 

Dans cette liste les enfants Magnen interpellent. Marie et Françoise meurent à 17 jours d'intervalle, l'une de cause inconnue, l'autre attaquée par une bête. Ont-elles été attaquées ensemble, blessées et décédées à quelques jours d'intervalle ?

Les différents actes de décès retrouvés à ce jour :


Pierre Merle à Béruges le 6 Février 1751. Le loup est clairement mentionné. L'attaque a eu lieu dans la forêt de Lépine, la levée du corps a été faite par les officiers de Mr le Grand Prieur. 
Source AD86 Beruges BMS 1751/1753 page 1
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Pierre Dribault à Ayron le 8 avril 1751 - 14 ans - Dévoré dans les bois de Me d' Ayron tout proches du pont - fils de René et de Jeanne Blanchard - Restes de cadavre - On assure que c'est un loup levrier qui a dévoré le dit enfant. 
Source AD86 Ayron BMS 1750/1753 page 16.
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Charles Guinard à La Chapelle Montreuil le 16 avril 1751 - 10 ans - Fils de Charles Guinard - En marge fut tué par une beste. 
Françoise Magnen à la Chapelle Montreuil le 17 avril 1751 - 16 ans - fille de Pierre Magnen - En marge "laquelle fut tuée par une beste"
Source AD86 La Chapelle-Montreuil BMS 1744/1758 page 45. 
A noter le décès de Marie Magnen 6 ans sans mention particulière le 30 Mars.
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Jacques Chenier à Latillé le 24 avril 1751- 13 ans - Fils de Thomas Chenier et de défunte Jeanne Fradet - Domestique chez Cheneau au village du Lac noir  - Dévoré par une beste féroce à laquelle on n'a pu donner de nom - 
En marge : enfant dévoré par une beste féroce qui a été détruite par les habitants de cette paroisse le dernier du mois d'avril après avoir dévoré un enfant qui est le huitième qu'elle a dévoré aux environs de cette paroisse dans les précédentes trois semaines. Cet animal ressemblait à un loup il a esté porté à l'intendance les jours?
Source AD86 Latillé BMS 1743/1757 page76. 

Dans un premier temps le curé hésite, une fois l'animal chassé, il revient sur l'acte pour mentionner l'épilogue.

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René Martineau à Ayron le 28 avril 1751 - 16 ans - Fils de René Martineau - Dévoré proche la ? - Restes de cadavre. 
Source AD86 Ayron  BMS 1750/1753 page 17. 
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Jean Fradet à Benassay le 30 avril 1751- 10 ans et 7 mois quelques jours - fils de Jeanne Poudret, frère de Jeanne et Jean Fradet - morsure d'une beste féroce. 
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On en parle dans les villages alentour :


Cette même année, il y eut deux loups élevretés mâle et femelle qui dévoraient les hommes, de ma connaissance ils ont mangé 14 personnes aux environs de Latillé et d'Ayron, cet animal est plus gros qu'un loup mâtin, la tête plus grosse, le nez plus allongé, le poil plus gros et comme rouge, la queue beaucoup plus courte et plus garnie de poils que celle du loup ordinaire. Ces animaux étant levés sur les pieds de derrière avaient sept pieds de hauteur, ils ne dévoraient que les hommes et non les animaux, ce sont les habitants de Latillé qui tuèrent le mâle, en mangeant un jeune homme après plus d'un mois de chasse, on le porta à Mr l'Intendant de Poitiers qui donna trois Louis à ceux qui le tuèrent avec permission de le faire voir pour de l'argent dans toute la ville et la province, la femelle fut tuée dans la forêt de Monbel par les habitants de Benassay. Les hurlements de cette espèce d'animal sont différents de celui du loup mâtin, voilà ce qu'il s'est passé dans cette province la présente année 1751. On osait sortir qu'étant bien armés. 

Source AD86 Champigny-le-Sec  BMS 1745/1755 page 66. 
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Au mois d'avril 1751 les habitants de la paroisse de Latillé tuèrent deux bêtes ressemblant à un loup qui mangeaient les hommes, elles furent conduites à l'intendance et on donnait six sols pour les voir

Source AD86 La Chapelle-Moulière BMS 1740/1756 page 87/138

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A suivre peut-être !