samedi 8 décembre 2012

Zéphirine exposée le 12 septembre 1808 - Angliers (86)


Cette fois, Jeanne TETE-FOLLE avertit elle-même les autorités. On a frappé à sa porte, vers minuit. Elle, son mari Louis, Jacques et René Tete-folle cultivateurs ont accouru et trouvé "couché sur la terre" un enfant exposé, emmailloté dans un oreiller de plumes de poules, couvert de sa souille, avec une layette en bon état et un papier contenant ces mots :
"messieurs les administrateurs chargés du soin de cet enfant, sont
invités de le faire baptiser et enregistrer sous le nom de Zéphirine
ULFANIE, ils obligeront infiniment ceux à qui il appartient"
Le message est clair, voire autoritaire. Qui écrit ? Sans doute pas la mère de l'enfant. Plutôt un intermédiaire. Il ordonne plus qu'il n'implore. Il semble habitué à être écouté. C'est la première fois que s'ajoute à une demande de soins, la demande d'un baptème. Quel déchirement, quel dilemne dans ces quelques lignes, on y ressent un certain fatalisme emprunt d'un immense regret. Complice familial ? Sage-femme ?
Si Zéphirine s'est retrouvée seule à la porte, le temps qu'elle s'ouvre, quelqu'un sans doute dans l'ombre veillait et sa maman n'était probablement pas seule lorsqu'elle l'a mise au monde.
Zéphirine, est enfant du secret, mais pas de la misère, hélas il est des secrets qui rendent tristement misérables.

Aujourd'hui douzième jour de septembre mil huit
cent huit, moi maire sous signé faisant les fonctions d'officier
public de l'état civil, sur l'avertissement qui m'a été fait
cejourd'hui par Jeanne TETE-FOLLE épouse de Louis TETE-FOLLE
journalier demeurant au bourg d'Angliers, de l'exposition d'un 
enfant trouvé à sa porte, me suis transporté au domicile des dits
TESTE-FOLLE lesquels, en présence des citoyens Jacques et René
TETE-FOLLE, tous les deux cultivateurs et domiciliés de cette commune
témoins à ce requis, m'ont déclaré que cette nuit environ minuit
l'on avait frappé à leur porte, que les dits y ont accouru pour
savoir ce que c'était, qu'ils ont reconnu que c'était un enfant exposé
et couché sur la terre, emmailloté dans un oreiller de plumes
de poules, couvert de sa souille, le tout en toile, deux langes
d'étamine grise, deux drapeaux, des brassières d'étamine blanche
une coulisse en toile, une chemise et un papier contenant ces mots,
(messieurs les administrateurs chargés du soin de cet enfant, sont
invités de le faire baptiser et enregistrer sous le nom de Zéphirine
ULFANIE, ils obligeront infiniment ceux à qui il appartient)
examen fait dudit enfant, il a été reconnu être de sexe féminin
et vu le besoin d'aliments nécessaires au dit enfant, avons engagé
la dite Jeanne TETE-FOLLE nourrice d'alimenter provisoirement
cet enfant, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, ensuite
avons sommé les dits Jacques et René TETE-FOLLE de nous déclarer
s'ils n'avaient aucune autre connaissance de l'exposition du 
dit enfant, et ont dit n'en avoir aucune autre. fait et arrêté
en présence des dits témoins et des dits Jeanne et Louis TETE
FOLLE, les jours mois et an que dessus, et ont dit témoins
signé avec nous, Louis et Jeanne TETE-FOLLE ayant déclaré ne
le savoir de ce enquis. 
Signé en la minute NAUDEAU maire, Jacques et René TETE-FOLLE

D'après la lecture de ce procès verbla que les dits
témoins ont déclaré être conforme à la vérité, et la réprésentation
qui m'a été faite de l'enfant qui y est désigné, j'ai 
en conformité de l'écrit trouvé sur le dit enfant, donné à 
icelui le nom de Zéphirine ULFANIE, et j'ai rédigé en
vertu des pouvoirs qui me sont délégués, le présent act que 
les dits témoins ont signé avec moi, les dits Louis et Jeanne
TETE-FOLLE ayant déclaré ne le savoir. 


Source : AD 86 Angliers N 1801/1814 page 34/78
Nom : ULPHANIE
Prénom  : Zéphirine
Date : 12 septembre 1808
Heure de découverte : Minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Jeanne BOURDIER, Jacques et René TETE-FOLLE
Noms des parrain et marraine, témoins :
Description : Bon linge
Documents laissés : Papier avec nom, prénom et demande de baptème.
confiée à Jeanne BOURDIER nourrice, épouse TETE-FOLLE.

Augustine exposée le 15 Frimaire An XI - Angliers (86)


Un an plus tard (1802) on prend les mêmes et on recommence... La petite Augustine est accrochée à la porte du Journalier TETE-FOLLE qui l'a bien sur les épaules et s'empresse de mettre l'enfant à l'abri, en frimaire il fait un temps de décembre ! Pour se protéger au mieux des ennuis possibles, il appelle des témoins, Jean PANIER l'instituteur (Panier serait-il un descendant d'enfant exposé?) et Vincent PATRI le sabotier. Une fois de plus le panier est accroché à la porte d'une nourrice, Jeanne BOURDIER qui se chargera d'alimenter la petite après l'avoir démaillotée pour qu'un procès-verbal établisse la liste de ses effets et l'état dans lequel l'enfant se présente.
La layette est propre et soignée, l'oreiller de plume, encouété il doit disposer d'une taie,  la cotonnade de couleur et la toile de qualité (serge).
Un écrit demande qu'on la nomme Augustine MIRTALLE, ce qui sera fait
Google refuse de m'aider à comprendre MIRTALLE, me renvoie à Myrtille ou Arcelor... Pour Augustine, la vie n'est pas d'la tarte et c'est déjà un combat.

Aujourd'hui quinzième jour de frimaire onzième
année républicaine, nous maire et adjoint de la commune
d'Angliers, d'après l'avertissement à nous donné par le
citoyen Charles TETE-FOLLE journalier demeurant au
bourg d'Angliers, de l'exposition d'un enfant trouvé 
à sa porte, nous sommes transportés au domicile 
du dit TETE-FOLLE, lequel, en présence des citoyens
Jean PANIER instituteur et Vincent PATRI sabotier
demeurant au dit bourg d'Angliers et témoins à nous
requis, nous a déclaré qu'hier au soir environ minuit
on avait frappé à sa porte, et qu'y étant accouru
pour ouvrir, il y avait trouvé un enfant emmaillotté
qu'aussitôt il avait appelé les témoins ci-dessus désignés
pour faire la levée de l'enfant, afin de lui faire donner
ensuite tous les secours dont il pourrait avoir besoin
ce oui et en présence des dits témoins nous nou s
sommes faits présenter le dit enfant lequel nous a
paru avoir très peu de jours, emmailloté d'un oreiller
de plume d'oie, le dit oreiller en couété et garni d'une
souille de cotonade bleue, deux langes d'étamine
grise, deux drapeaux, une brassière de serge bleu
une chemise, une petite coulisse et un papier contenant
ces mots, augustine MIRTALLE, et examen fait du dit 
enfant, il a été reconnu être féminin. Vu le besoin 
d'aliments nécessaires au dit enfant, avons engagé
la citoyenne Jeanne BOURDIER femme TETE-FOLLE pour 
alimenter provisoirement l'enfant jusqu'à ce que l'on 
y ait pourvu autrement. Sommés, les dits PANIER et 
TETE-FOLLE, les jours et an que dessus et ont les ci dessous
dénommés, déclaré ne savoir signer, hors le sous signé
Signé en la minute NAUDEAU maire, PONCET adjoint, 
PANIER instituteur. 

D'après la lecture de ce procès verbal que les dits Jean
PANIER et Vincent PATRI ont déclaré être conforme à la 
vérité et la représentation qui m'a été faite de
l'enfant qui y est désigné, j'ai en conformité de
l'écrit trouvé sur le dit enfant, donné à icelui le nom
d'Augustine MIRTALLE, et j'ai rédigé en vertu des
pouvoirs qui me sont délégués, le présent acte que
le citoyen PANIER a signé avec moi, le citoyen Vincent
PATRI ayant déclaré ne savoir signer. 

Source : AD 86 Angliers N - 1798/1806 page 20/43
Nom : MIRTALLE
Prénom  : Augustine
Date : 6 décembre 1802
Heure de découverte : minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Charles TETE-FOLLE
Noms des parrain et marraine, témoins : Jean PANIER instituteur et Vincent PATRI sabotier
Description :bon linge
Documents laissés :oui avec nom et prénom
Confié à Jeanne BOURDIER femme TETE-FOLLE, nourrice.

Florence exposée le 8 Brumaire An X - Anglliers (86)


C'est Henri Joseph REGNIER, le tailleur qui se précipite lorsqu'on heurte à sa porte. Habitude ? Il y trouve cette nuit de novembre un panier accroché, qu'il s'empresse de mettre à l'abri. Une fois de plus cette porte n'a pas été choisie au hasard, la femme du tailleur est nourrice.
Emmaillotée dans un oreiller sans souille (sans taie), la layette du nouveau-né est en toile d'indienne. La toile d'indienne est une étoffe imprimée aux couleurs gaies, qui commence à devenir à la mode. Ce détail en dit long sur l'enfant perdu, comme le petit mot qui l'accompagne et lui donne un nom : Florence OLIMPE.
Quel joli nom, quelle élégance ! OLYMPE en écho à Madame De Gouge la révolutionnaire ? OLIMPE pour signifier que si les choses changeaient aussi pour les femmes, un peu plus vite, un peu vraiment, les paniers ne s'empliraient pas des fruits de l'amour ?

L'abandon est de tous les milieux sociaux, de tous les désespoirs...
Jeanne SENNEGON la femme du tailleur est chargée d'alimenter Florence et Joseph son époux de s'organiser pour l'amener à l'hospice de Loudun, après qu'il ait été enregistré à la mairie.



Aujourd'hui dix huitième jour de Brumaire, dixième
année républicaine, pardevant moi Jean PONCET adjoint
de cette commune, faisant dans l'absence du maire les
fonctions d'officier public de l'état civil, sous signé est
comparu en la maison commune le citoyen Louis NAUDEAU
assesseur de la justice de Paix de Martaizé, faisant pour l'em
pêchement du juge de paix du dit Martaizé, le dit NAUDEAU
demeurant au bourg d'angliers, lequel assisté des citoyens
Casimir AUBIN marchand et Jean NAUDEAU cultivateur demeurant
au dit bourg d'Angliers, m'a déclaré qu'ayant été informé
qu'un enfant était exposé au bourg susdit, il s'était transporté
sur le lieu et y avait rédigé le procès verbal dont la teneur suit. 

Le dix huit Brumaire an dix de la république
française une et indivisible, nous Louis NAUDEAU assesseur
de la justice de paix de Martaizé, faisant pour l'empê-
-chement du juge de paix, ayant été informé par Henri
Joseph REGNIER tailleur d'habits demeurant au bourg d'Angliers
qu'hier au soir environ minuit on avait heurté à sa porte
qu'y étant accouru, il avait trouvé un enfant emmailloté et sur
le champ il l'avait entré dans sa maison. En conséquence,
nous assesseur susdit faisant comme dit est, sommes en 
présence des citoyens Casimir AUBIN marchand et Jean
NAUDEAU cultivateur demeurant au bourg dudit Angliers
transporté au domicile dudit REGNIER ou étant dans la
principale chambre en présence desdits témoins, le dit REGNIER
nous a présenté un enfant lequel nous a paru avoir très peu d'age,
être emmailloté d'un oreillé
sans souille, d'un petit mouchoir d'indienne
brune, une coulisse d'indienne fond blanc, d'une petite
brassière en serge brune et de trois petites chemises ; lequel
enfant a été reconnu être féminin que le besoin d'aliments
nécessaires au dit enfant, avons engagé la citoyenne Jeanne
SENNEGON femme REGNIER, nourrice, d'alimenter provisoirement
l'enfant jusqu'à ce qu'on y ait pourvu autrement. Ordonnons
au dit REGNIER de transporter ou faire transporter icelui
enfant à l'hospice de ville de Loudun, et que préalablement
il le fasse enregistrer sur le registre de naissances de la
commune d'Angliers. 

Fait et arrêté en présence des dits témoins, du dit REGNIER et 
sa femmme, les jours et an que dessus, et ont tous les témoins
déclaré ne savoir signer, de ce enquis, fors le sous signé. 
Signé en la minute, NAUDEAU assesseur, AUBIN.

D'après la lecture de ce procès verbal que les dits Casimir
AUBIN et Jean NAUDEAU ont déclaré être conforme à la vérité, 
et la représentation qui m'a été faite de l'enfant qui y est
désigné, j'ai en conformité de l'écrit trouvé sur ledit enfant,
par lequel écrit on parait désirer que cet enfant soit nommé
Olimpe, donné à icelui enfant le nom d'OLIMPE et le prénom 
de Florence, et j'ai rédigé en vertu des pouvoirs qui me sont délégués
le présent acte que le citoyen NAUDEAU assesseur du juge de paix a
signé avec moi ainsi que le dit citoyen AUBIN, le citoyen Jean
NAUDEAU ayant déclaré ne savoir signer. 


Nom : OLYMPE
Prénom  : Florence
Date : 9 novembre 1801
Heure de découverte : minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Henri-Joseph REGNIER tailleur d'habits
Noms des parrain et marraine, témoins : Casimir AUBIN marchand et Jean NAUDEAU cultivateur
Description :bon linge
Documents laissés : oui avec indication de nom et prénom
Confié à  Jeanne SENNEGON femme REGNIER, nourrice

vendredi 7 décembre 2012

Louise exposée le 7 Fructidor An VIII - Angliers (86)


En voilà une idée originale ! Louise est exposée à la porte de l'église ! C'est bien la première fois que ça arrive sur Angliers ! Changement de siècle, nous voilà en 1800.
Le scénario lui change peu.
Ce sont PINBERT et COCU qui ont trouvé la petite, en allant au travail de très bon matin, vers les quatre heures.
Accrochée à la porte du ballet de l'église. Le ballet de l'église n'a rien à voir avec une buanderie, c'est une petite avancée couverte à coté voire de chaque coté de la porte principale, destinée à abriter les bavards après la messe, les jours de pluie. Endroit idéal donc pour y déposer un panier d'abandon.
Pour la première fois, l'enfant semble avoir été démaillotée par un homme, en effet dans les témoins réunis on ne compte pas de femme.
La p'tite Louise n'est pas richement vêtue, ceux-ci sont un peu usés, mais propres.
Pour la première fois on décide de l'envoyer sans attendre à l'hospice de Loudun, preuve que la structure d'accueil est disponible. C'est Jean BOULET journalier qui se charge du transfert.
 On  donne tout simplement à cette enfant  le nom de DU BALLET, une manière de ne pas mettre la poussière sous les tapis.
En souhaitant que ce patronyme éponyme en ait fait une sorcière plutôt qu'une ménagère !



Aujourd'hui septième jour de Fructidor quatrième
huitième année républicaine à quatre heures du soir, par devant
moi André NAUDEAU maire de cette commune, faisant les fonctions
d'officier public de l'état civil, sous signé est comparu en la maison
commune le citoyen DABADIE  juge de paix du canton de Martaizé
et y demeurant lequel assisté des citoyens Nicolas PINBERT cultivateur
domicilié de la commune de Chalais et Vincent COCU journalier domicilié
en cette commune, m'a déclaré qu'ayant été instruit qu'un enfant
était exposé en cette commune, il s'était transporté sur le lieu
et y avait rédigé le procès-verbal dont la teneur suit :

Aujourd'hui septième jour de Fructidor, an huit de la république
française une et indivisible, sur les deux heures de relevée
Nous juge de paix du canton de Martaizé ayant été informé
que dans la matinée de ce jour, sur les quatre heures du matin les citoyens
cy-après nommés auraient trouvé à la porte de l'église de la commune
d'angliers un enfant exposé ; en conséquence sur le dit avertissement nous
juge de paix susdit accompagné de notre greffier, nous sommes transportés
en la dite commune d'angliers, où étant les citoyens Nicolas
PINBERT cultivateur demeurant commune de Chalais et Vincent COCU
journalier demeurant dite commune d'Angliers, nous ont dit avoir trouvé
le dit enfant exposé à l'heure ci-dessus dite, en conséquence en leur présence
et de celle du citoyen André NAUDEAU maire de la dite commune, avons
effectivement reconnu que c'était un enfant né depuis très peu de temps
exposé dans un panier d'ozier, suspendu à la porte du ballet de la dite
église ; examen fait de l'enfant par les dits témoins, il a été réconnu être
du sexe féminin, être emmailloté d'un oreiller de plume de poule
entier en mauvaise toile, d'un lange de foulée grise, un autre d'étamine
même couleur, deux petites chemises de linge usé, une petite paire de
brassières de ras bleu, une petite coulisse pour servir de bonnet, qui sont
tous les vêtements dont le dit enfant était couvert : sommés les dits PINBERT
et COCU s'ils n'avaient aucune connaissance de l'exposition du dit
enfant ont dit n'en avoir aucune. En conséquence de tout quoi, pour
subsistance d'icelui, en vertu de la loi du vingt sept frimaire an
cinq, ordonnons qu'icelui enfant sera transporté sur le champ à l'hospice
civil de Loudun par Jean BOULET journalier demeurant au bourg d'Angliers
lequel ici présent a accepté la dite commission et à promis de transporter
le dit enfant au lieu ci dessus désigné avec le plus grand soin
de tout quoi avons donné acte.

Fait et rédigé le présent procès verbal en présence des témoins sus nommés
et du dit NAUDEAU auquel expédition
des présentes sera sur le champ délivrée. Ont les témoins
déclaré ne savoir signer et le dit citoyen NAUDEAU a avec nous
signé.
Signé en la minute, NAUDEAU maire, DABADIE juge de Paix,
et dessous greffier sous signé BUZET.

D'après la lecture de ce procès-verbal que les dits Nicolas
PINBERT et Vincent COCU ont déclaré être conforme à la vérité
et la représentation qui m'a été faite de l'enfant qui y est désigné
j'ai donné à cet enfant le nom de Louise DU BALET et j'ai rédigé
en vertu des pouvoirs qui me sont délégués, le présent acte que le
citoyen DABADIE juge de paix a signé avec moi, les témoins
ci-dessus dénommés ayant déclaré ne savoir signer.


Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 119/134
Nom : DUBALLET
Prénom  : Louise
Date : 25 Aout 1800
Heure de découverte : 4H du matin
Lieu de découverte : Porte de l'église
Découvert par : Nicolas PINBERT et Vincent COCU, journaliers
Noms des parrain et marraine, Témoins : Jean BOULET journalier
Description : mauvais linge
Documents laissés : non

Jean exposé le 12 Ventôse An VI - Angliers (86)


Il devait faire bien froid ce 20 février 1798 ! A leur retour de la veillette, une mauvaise surprise attend notre trio d'Angliers. On ne sait pas si c'était soirée Loto  parents d'élèves comme on sait encore en organiser dans le Poitou, mais le panier garni  attendait  Marie-Anne BUSSEREAU, femme de Jacques LEGER, à la porte de sa chambre. Elle appelle sa copine Renée LAURIN, femme DUPUIS et son fils Jacques  DUPUIS, à la rescousse. Ils  n'en croient pas leurs yeux : à peine à l'abri d'une autre fausse porte, un nouveau-né attend. Tout le monde s'accorde sur l'urgence de prévenir les autorités.
Ce sont les citoyens PATRI (qui a perdu son X) et PONCET qui vont instruire l'exposition.
Les femmes sont chargées de démailloter le nouveau-né qui s'avère être un p'tit drôle. Sa layette est correcte, un peu usée, les toiles sont de serge, la petite chemise garnie de mousseline, aucun papier n'est retrouvé sur l'enfant.
 Tout le monde s'accorde sur l'excellente idée qu'a eu sa mère de le confier à la nourrice et il est décidé qu'il restera  chez Marie-Anne BUSSEREAU, qui est priée au nom de l'humanité de bien vouloir lui donner la nourriture et les soins, jusqu'à ce que l'administration municipale de ce canton ait pourvu  à la subsistance et à l'enregistrement de l'enfant. Marie-Anne en bonne républicaine promet de s'acquitter de sa tâche avec fidélité ! On ne sait pas trop ce que cache la formule, ni s'il fallut insister, ni si le choix fut donné de refuser.
Avec sa première têtée, on offre à Jean un avenir plein de promesses : Il s'appelera LIBERTE.


Aujourd'hui douze ventôse sixième année républicaine s'est présenté 
le secrétaire de l'administration de ce canton qui m'a remis un procès verbal 
d'un enfant trouvé dont la teneur suit. 

Aujourd'hui trois ventôse deux heures du matin de l'an sixième de la république
française une et indivisible, nous Casimir AUBIN assesseur du juge de paix du canton
de Martaizé, département de la Vienne, faisant pour empêchement dudit juge
de paix, étant instruit par les citoyesns Jean PONCET agent et Urbain PATRI adjoint de
la commune d'Angliers, que Marie Anne BUSSEREAU femme de Jacques LEGER ; Renée
LAURIN veuve de Jacques DUPUIS et jacques DUPUIS son fils venaient à l'instant de
trouver un enfant naissant exposé à la porte de la maison du dit Jacques Léger;
sommes transportés à la maison susdite accompagné dudit citoyen PATRI, où 
étant arrivés, les dites femmes LEGER et DUPUIS nous ont dit et déclaré qu'en arrivant
de la veillette qui se tient ordinairement dans la maison de François Léger l'ainé, que 
la dite Marie Anne BUSSEREAU femme LEGER voulant ouvrir sa porte de chambre, 
avait trouvé entre la dite porte de chambre et une fausse demi-porte, un panier d'osier
dans lequel était un enfant naissant, ce voyant, avait appelé la dite Renée LAURIN 
veuve  DUPUIS et Jacques DUPUIS son fils, et ayant reconnu que le dit panier conte-
-nait un enfant naissant, ont pris le parti d'avertir les dits citoyens PATRI et PONCET
lesquels nous ont instruit de la dite exposition ainsi qu'il est dit ci-dessus. 

En conséquence avons ordonné aux dites femmes LEGER et LAURIN ainsi qu'à 
Jacques DUPUIS de nous déclarer s'ils n'avaient point quelque connaissance de
la dite exposition du dit enfant, lesquels nous ont dit et affirmé qu'ils n'en avaient
aucune et qu'ils n'avaient vu ni entendu personne. 

A l'instant avons requis les dites femmes de démailloter l'enfant qui 
était emmailloté de trois langes d'étamine gris-fer presque usés, deux mayseaux
a demi usés, une chemise garnie de mousseline et une petite camisolle de serge blanche
a demi usée ; le dit enfant étant démailloté, avons reconnu que c'était un garçon qui
ne paraissait avoir que très peu de jours ; et comme la dite femme LEGER est nourrice
dans ce moment, l'avons priée au nom de l'humanité de vouloir bien donner la nourriture
et d'autres soins nécessaires à la vie dudit enfant, jusqu'à ce que l'administration
municipale de ce canton ait pourvu tant à la subsistance et enregistrement 
dudit enfant. Ladite Femme LEGER à l'instant nous a promis de s'en acquitter avec fidélité. 
Fait et arrêté le présent en présence du dit PONCET agent et PATRi
adjoint sous signé les jour et heure que dessus minute signée  par
PATRI adjoint, PONCET agent pour copie conforme BUZET. 
Et de suite, comme agent national de cette commune, j'ai 
au dit enfant énoncé dans le procès verbal énoncé de l'autre part 
le nom de Jean LA LBERTE. 
PONCET. 

Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 94/134.
Nom : Liberté
Prénom  :Jean
Date : 20/02/1798.
Heure de découverte : 2H du matin
Lieu de découverte :Porte de la maison de Jacques LEGER
Découvert par: Marie Anne BUSSEREAU, nourrice
Noms des parrain et marraine, témoins : LAURIN Renée, DUPUIS Jacques
Description : linge un peu usé
Documents laissés : non
Confié à : Marie Anne BUSSEREAU femme LEGER

Stanislas exposé le 20 Octobre 1795 - An IV - Angliers (86)


An IV (1795), la République s'organise à Angliers. Urbain PATRIX est désormais Procureur de la commune et son patronyme est affublé d'un X. Assez naturellement, on accroche à sa porte, les enfants nés sous...X
Le juge de paix de Martaizé  dresse le procès-verbal. Il recueille témoignages, constatations, confronte et détermine l'heure exacte de l'abandon, cherchant à savoir si cet enfant vient d'ici ou d'ailleurs. L'abandon se judiciarise. Référence est faite dans cet acte à l'article neuf du titre de la loi qui organise la procédure.
En effet, la loi du 28 Juin 1793, fait obligation à la Nation de s'occuper des enfants abandonnés. On les nommera désormais orphelins. Le Juge de paix est tenu de dresser un procès verbal mentionnant tous les indices (age probable, description, vêtements, indications). Pour Joseph, il manquait le juge de paix, mais l'essentiel était en place.
Cette nuit d'Octobre, on frappa à la porte, celle qui donne sur la place de l'Arbre de la Liberté ! PATRIX tout procureur qu'il fut, prit quelques précautions avant d'ouvrir. Il demande à ce qu'on lui réponde. Par cette nuit d'Octobre il entendit un enfant crier et un adulte rire...
L'époque est à perdre la tête ! Mieux vaut s'entourer de témoins avant de prendre un enfant par la main... Urbain va chercher Jean PATRIX, Joseph MARTIN et sa femme avant d'ouvrir la porte, le petit panier est là attaché à l'aide d'une corde.
Stanislas lutte pour la vie, dans de mauvais draps, il crie...
On interroge les voisines , Marie FILLATREAU, Magdeleine GIROIRE, ont-elles entendu quelque chose, croisé quelqu'un ? Magdeleine se souvient de ce soir là, son mari est rentré deux heures avant la découverte du petit, il n'a croisé personne et n'a rien vu !
Chassez le naturel, il revient au galop, Stanislas est nommé Laporte !


Aujourd'hui premier Brumaire de l'an quatre
de la République Française une et indivisible
Nous juge de paix du canton de Martaizé soussigné
sur l'avis à nous donné par Urbain PATRIX
procureur de la commune d'Angliers, qu'il avait été
trouvé un enfant exposé dans la ditte commune
nous sommes transporté en cette commune maison du 
Du dit citoyen PATRIX, ou nous avons trouvé ledit
PATRIX, lequel nous dit que le vingt huit du mois
dernier sur les deux heures du matin ....
il entendit frapper à sa porte ouvrant sur la place
De l'arbre de la liberté, qu'entendant frapper il se leva
et demanda qui voulait entrer, et comme personne ne
répondait il dit qu'il n'ouvrirait point si l'on ne 
parlait, et à l'instant il entendit rire et les cris
d'un enfant naissant, que pour lors il se défia que
s'en était vraiment un qu'on venait d'exposer
et alla à l'instant chercher pour témoins les citoyens
Jean PATRIX, Joseph MARTIN et sa femme aussi comparante
que lorqu'ils furent arrivés ils ouvrirent la porte
à laquelle était attaché avec une corde un enfant
mâle qui paraissait être naissant lequel était dans 
un mauvais panier à ance sur un mauvais oreiller
enveloppé d'un mauvais mouchoir blanc et d''un morceau
de tapisserie, ayant une petite coulice de fleuret
viollet bordée d'un petit gallon vert, lequel exposé les
dits comparants ont attesté véritable, et ont déclaré ne savoir
signer sauf les soussignés ;
Ensuite pour tacher d'acquérir quelque connaissance sur
l'exposition dudit enfant qui nous a été représenté dans l'état
cy-dessus détaillé, nous avons fait appeler Marie FILLATREAU
et Magdeleine GIROIRE voisines dudit PATRIX auxquelles avons
demandé si elles n'avaient point quelques connaissances que le
vingt-huit du mois dernier sur les deux heures du matin
moment auquel a été trouvé le dit enfant, que quelqu'un
fut venu dans la ditte commune ou eut été à quelques heures
de nuit ou s'en retournant, lesquelles nous ont affirmé
n'avoir vu ni entendu qui que se fut, et a dit même
laditte Magdeleine GIROIRE que son mari André NAUDEAU
 Lejeune venait d'arriver de campagne vers une deux heures
avant que l'enfant fut trouvé, mais qu'il n'avait vu ni 
entendu personne ; lesquelles interpellés de signer  ont
déclaré ne savoir-------------
De tous quoi nous avons dressé le présent acte dont
expédition sera mis es main de l'officier public de la 
commune dans les vingt quatre heures conformément
à l'article neuf du titre trois de la loi qui détermine
de constater l'état civil des citoyens, 
Fait en la maison du dit PATRIX à Angliers les jours
et an cy-dessus, la minute signée Jean PATRIX
------(page suivante)----------
Joseph MARTIN, PATRIX procureur de la commune
et de nous LF CORDIER juge de paix, pour copie 
conforme signé Buzet Greffier. 
Enregistré à Moncontour le 1er Brumaire par
olivier qui a reçu une livre. 

Aujourd'hui deux brumaire de l'an quatre
de la république française une et indivisible
j'ai officier public soussigné, reçu selon la loi
la déclaration de la naissance et exposition de
Stanislas La Porte trouvé exposé dans un panier
à la porte du citoyen Urbain PATRIX procureur de
cette commune le vingt huit du mois dernier sur les deux
heures du matin lequel dit enfant nous a paru être
né de la veille, laquelle exposition nous a été certifiée
par Urbain PATRIX procureur de cette commune , et jean
PATRIX sabotier tous les deux demeurent au bourg
d'Angliers lesquels ont signé avec Urbain PATRIX. 

Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 55/134.
Nom : LAPORTE
Prénom  : Stanislas
Date : 20 Octobre 1795
Heure de découverte : 2H du matin
Lieu de découverte : La porte d'Urbain PATRIX
Découvert par : citoyen PATRIX
Noms des parrain et marraine, témoins : Jean PATRIX, Joseph MARTIN et sa femme, Marie FILLATREAU -  Magdeleine GIROIRE
Description : Mauvais panier, mauvais linge.
Documents laissés : non
confié à ?

ADN mon amour...



Faut dire que nombreux sont les enthousiastes.
Faut dire que je suis très réticente, très méfiante.
Faut dire que ça me met même en colère…
Faut dire que la dernière fois qu'on a cherché à nous mesurer le profil, dans la famille, ça a très mal tourné...
Faut dire que j'ai un gène catalan qui lit dans le marc de café de l'autre, et comme Manuel, l'aïoli monte un peu vite.
Faut dire que dans la famille, on passe très vite les  frontières.
Faut dire que je me fous de ne pas réussir à aligner mes ascendants  noyés dans la terrible histoire de l’humanité.
Faut dire que je cherche un juste, que j'ai trouvé un dossier d'apatride.
Faut dire qu'un jour, ici, dans ma République, on a refusé de me refaire ma carte d'identité...
Faut dire que l’histoire de la mitochondrie de l’ovule de maman, et du spermatozoïde de papa qui n’a pas de mitochondrie le pôvre, mais qui s’la pète avec son Y (alors qu’on voit très bien qu’il lui manque juste un p’tit bout du X de fille, pffff) , je la connaissais déjà, depuis longtemps, je l’ai vu grandir, elle est épatante.
Faut dire que la seule base d'ADN que je veux voir grossir c'est celle d'hémato/transplantation et de  recherche médicale (et même encore là, hein méfiance citoyenne, l’eugénisme est rampant) qui envoie depuis belle lurette la moelle et le cœur du bourgeois ou du fils de rien, d'un bord à l'autre des océans.
Faut dire qu’avec ma gueule de métèque, je suis pâtre grec à Athènes, portugaise à Lisbonne, espagnole à Madrid, Italienne à Rome, marocaine à Marrakech, turque à Istanbul, et juive à New-York.
Faut dire que le sujet  semble être la nouvelle boite à fric de la généalogie...
Faut dire que ça va nous changer de la psychogénéalogie, on ne va plus être asthmatique à cause de pépé gazé à la moutarde à Verdun en 14 (ben voyons), mais à cause de l’arrière grand-tante qui nous a fait un romantique mélange adultère menant  à la bronchiolite en passant par la dérive des continents.  
Faut dire que ADN mon amour : cette petite entreprise... ne connait pas la crise   !
Faut dire que je clique au hasard de la liste offerte par Google sur un site qui m’offre de vérifier la part juive de mon ADN. Ben voyons... On peut même vous trier les Cohen des Lévi.
Faut dire qu’ils osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnait.
Faut dire que la CNIL, qui nous titille pour une mention marginale… Là dessus, elle n'a rien à dire ?
Faut dire que y’a des jours comme ça, je me dis que je ne dois pas avoir le même gène de généalogie que les autres. Zéro inquiétude ? Peu d’interrogations ?
Faut dire qu’on est peut-être  tous des fils du mouton de Panurge.
Faut dire qu'avec le prix de votre ADN c'est le jour de faire un don
Faut lire :
Jean Dausset et Jean Bernard : La mosaïque humaine. Ne confier son ADN qu’à des chercheurs philosophes, y-en-a-t-il encore ? 16 euros. 

Salut et Fraternité. 

jeudi 6 décembre 2012

Joseph exposé le 1er Thermidor An II - Angliers (86)


Changement d'époque !
Le p'tit Joseph a failli y passer. Dans "un panier d'osier à vendanger", il a été déposé devant une porte qui ne s'est pas ouverte. Pourtant c'est la porte d'HELIE le boulanger, à trois heures du matin il devait pétrir en chantant trop fort la marseillaise... Heureusement que ses voisins, les frères NAUDEAU ont l'oreille fine. "comme ils allaient dans la plaine pour voiturer du chaume", nos deux maçons ont vu le panier et prévenu le boulanger. Il se pourrait qu'il soit trop tard, plus un son ne sort du panier, et le petit corps est tout pâle.  Heureusement que la femme du boulanger ne perd pas de temps à s'pomponner ! La voilà qui saisit le drôle, l'approche du feu, le réchauffe, et Joseph est reparti pour la vie !
Notre brave boulanger part chercher PATRI, vous vous souvenez ? PATRI, le parrain de la p'tite Agnès ! Il savait écrire, et bien il a pris du galon, il est maintenant agent national de la commune ! Un NAUDEAU en est le maire !
L'an II c'est aussi la révolution dans l'abandon. On recueille les témoignages, on enquête, on précise, on cherche à comprendre. En Juin 1793, de nouvelles lois ont été votées.  Nous voilà deux siècles après, avec de la matière à histoire.
C'est la femme HELIE qui démaillote le drôle, C'est un garçon !
Et on décrit le trousseau. "enveloppé d'un oreiller de plumes d'oie sans souille". La souille c'une taie d'oreiller. La plume d'oie c'est du luxe.
"avec un drapeau sans langes, une chemise garnie de mousselines, des
brassières de serge de coton, et une coulisse en taffetas noir avec
un beguin garni de gaze, le tout attaché avec des épingles." 
 La serge de coton c'est du solide. Le taffetas, les épingles... Ce petit là est soigné.
Il est grand temps de le confier à une nourrice en attendant qu'il soit décidé.
On le nomme et on le prénomme. Là aussi ça change tout. Le premier abandonné de la République à Angliers, s'appelera Joseph BRUTUS, voilà pour la transition,  Joseph reste biblique et BRUTUS fonde la République.
Il est né dans le ruisseau c'est la faute à Rousseau, il aura du caractère c'est la faute à Voltaire !


Aujourd'hui premier thermidor deuxième année républicaine 
ont comparu devant moi officier public sous signé jean et françois
NAUDEAU maçons demeurant au bourg d'angliers lesquels m'ont
déclaré que ce matin environ les trois heures, comme ils allaient dans
la plaine pour voiturer du chaume, ils ont aperçu en passant
devant la porte du citoyen HELIE boulanger demeurant au dit bourg,
un panier attaché au marteau de la porte du dit HELIE et que s'étant 
approché du panier pour voir ce que pouvait être, ils ont reconnu qu'il
contenait un enfant naissant ; que surpris à cet aspect ils
ont frappé à la dite porte afin que ledit HELIE prît connaissance 
de l'enfant ; que ledit HELIE ayant ouvert sa porte a aperçu
les dits NAUDEAU lesquels lui ont fait la délaration ci-dessus, et 
qu'à l'instant ledit HELIE a détaché le dit panier contenant l'enfant
et l'a emporté dans sa maison accompagné d'eux deux ; que la 
femme du dit citoyen HELIE s'étant levée et ayant touché
l'enfant, l'a trouvé très froid et qu'après l'avoir approché du
feu elle a reconnu qu'il vivait ; qu'en conséquence ledit HELIE
s'est transporté aussitôt chez le citoyen PATRI agent national
de cette commune a qui il a fait le rapport ci-dessus et que le dit
agent, aux fins de constater les faits avait fait assembler le
corps municipal au lieu ordinaire de ses séances. d'après 
laquelle déclaration je me suis transporté à la chambre
commune où j'ai trouvé la municipalité réunie, et après avoir
reconnu que les faits rapportés au procès verbal dressé par la
dite municipalité étaient absolument les mêmes et énoncés dans 
le même ordre que ceux mentionnés ci-dessus, j'ai transcris le
dit procès verbal à l'endroit où les dits jean et François NAUDEAU
ont fini leur rapport ainsi qu'il suit ;
Nous officiers municipaux de la susdite commune, afin de 
nous assurer de la vérité, avons interpellé les dits citoyens
Jean et François NAUDEAU ainsi que le citoyen HELIE de nous dire
si les faits ci-dessus étaient véritables et s'ils n'avaient rien
à y changer ou à ajouter, à quoi ils ont répondu que c'était la
vérité, et qu'ils n'avaient absolument aucune connaissance 
particulière relativement à l'exposition de l'enfant. D'après
ce, nous nous sommes faits représenter le dit enfant par la
femme dudit HELIE laquelle nous a fait connaître que l'enfant
était un garçon auquel l'officier public a donné le nom de Joseph
BRUTUS, qu'il était couché dans un panier d'osier à vendanger,
enveloppé d'un oreiller de plumes d'oie sans souille, avec
un drapeau sans langes, une chemise garnie de mousselines, des
brassières de serge de coton, et une coulisse en taffetas noir avec
un baguin garni de gaze, le tout attaché avec des épingles. 
Et de suit avons provisoirement pourvu à la subsistance du 
dit enfant en lui procurant une nourrice qui s'est chargée
de l'abriter et de lui donner les autres soins nécessaires jusqu'à ce
qu'il en soit autrement ordonné. 
Fait et arrêté à la maison commune, mêmes jour et onque
dessus. NAUDEAU Maire, PONCET officier municipal, NOTON officier
municipal, PATRI agent national, AUBIN secrétaire greffier. 




Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 21/134.
Nom : BRUTUS
Prénom  : Joseph
Date : 19 juillet 1794
Heure de découverte : 3h du matin
Lieu de découverte : Porte de HELIE boulanger
Découvert par : jean et françois NAUDEAU maçons
Noms des parrain et marraine, témoins : HELIE boulanger et sa femme, PATRI Urbain.
Description : bon panier et linges
Documents laissés : non

André exposé le 25 Mars 1790 - Angliers (86)




Le curé Delepinay poursuit sa mission. Aucune mention n'est faite des évènements qui secouent le pays dans ses registres.
André est le dernier enfant exposé que nous raconte cet homme d'église. Il transmettra son ouvrage à l'officier d'état civil à la fin de l'année 1792 en mentionnant le changement de calendrier.
Revenons à André.
Lui aussi a été abandonné à la porte du château. A Angliers on n'abandonne pas à la porte de l'église semble-t-il. Tiens et pourquoi ? Y a-t-il plus de passage au château, une clémence particulière des propriétaires ? Après tout nous y avons vu une demoiselle se faire marraine.Les choses se savent vite dans nos petites campagnes, sans doute vient-on des villages environ y déposer son petit.
Qui est Susanne GACHET ? Soeur, cousine, parente de Clémence ? En cette période révolutionnaire, on ne la désigne pas Demoiselle, c'est peut-être plus prudent.
Mais le curé nous apprend aussi qu'elle ne sait pas signer.
Le père Delepinay manie avec talent les synonymes, il surnomme André,  DUPORTAL.
Je n'ai pas trouvé de DUPORTAL sur Angliers.
Les relevés du CGP m'indiquent qu'André Naudeau est marié à Marguerite POTTIER. André, a sans doute  trouvé l'enfant.

"Le vingt cinq mars a été baptisé André qui parait né
de la veille et a été trouvé à la porte du chateau d'Angliers
ont été parrain André NAUDEAU et marraine Susanne
GACHET qui ont déclaré ne savoir signer, de ce enquis : et
pour distinguer le dit enfant, lui a été donné le surnom de 
DUPORTAL
Delepinay Curé. "

Source : AD 86 Angliers BMS 1781/1792 page 63/83.
Nom : DUPORTAL
Prénom  : André
Date : 25 Mars 1790.
Heure de découverte : ?
Lieu de découverte : la porte du château
Découvert par : ?
Noms des parrain et marraine : André NAUDEAU et Susanne GACHET
Description : non
Documents laissés : non

Pantaléon exposé le 27 Juillet 1789 - Angliers



Ah ça ira, ça ira ! Que sait-on encore à Angliers de ce qui se joue à Paris ? Les sans-culotte ont pris la Bastille depuis 10 jours et le curé d'Angliers baptise le p'tit dernier des abandonnés Pantaléon. Je vous l'avais dit, on ne manque pas d'humour à Angliers ! Céleste n'est peut-être plus très disponible pour les enfants abandonnés, à moins que la basse-cour ne lui soit lointaine. Il ne serait pas étonnant que Marie ROBINEAU soit nourrice, il est peu probable que ce soit la femme de Louis GUESDON, Jeanne LE CLERC, elle est sans doute trop agée (elle se marie en 1764).
Ce bon curé Delepinay doit être un peu tracassé, il en oublie d'affubler Pantaléon de la porte ! Et pourtant encore un qui en fut décroché !


"Le 27 juillet a été baptisé Pantaléon qui
parait né de la veille et a été trouvé à la porte
de la basse cour du chateau d'Angliers a été parrain
Louis GUESDON et marraine Marie ROBINEAU qui ont
déclaré ne savoir signer de ce enquis. 
Delepinay Curé."

Source : AD 86 Angliers BMS 1781-1792 page 58/ 83.
Nom : X
Prénom  : Pantaléon
Date : 27 Juillet 1789
Heure de découverte : ?
Lieu de découverte : Porte de la basse cour du chateau
Découvert par : ?
Noms des parrain et marraine : Louis GUESDON et Marie ROBINEAU
Description : Non
Documents laissés : Non



mercredi 5 décembre 2012

Charles, trouvé le 20 novembre 1788 - Angliers (86)



Encore un abandon à la porte du château ! Nous sommes en novembre, il fait déjà bien froid. Vincent SAUNIER journalier, trouve un enfant et l'amène à ses maîtres.
Céleste GACHET est demoiselle de la demeure, Louis Antoine MORLIERE,  l'accompagne chez le curé, avec le panier. Tout le monde est d'accord avec le curé, on appelera cet enfant Charles et on le surnommera LAPORTE
Céleste devient la marraine de ce nouveau-né là. . Peut-être même sera-t-elle une marraine un peu fée, allez savoir, tous les espoirs sont permis, nous sommes encore pour quelques mois, dans un monde de princesses. Céleste sens-tu la révolution qui pointe son bonnet à l'horizon ?

"Le vingt novembre a été baptisé Charles qui parait né de la veille et a été
trouvé à la porte du château d'angliers par Vincent SAUNIER journalier, 
a été parrain Louis Antoine MORLIERE et marraine Demoiselle Céleste GACHET
sous signés et pour distinguer le dit enfant lui a été donné le surnom de la porte."


Source : AD 86 1781/1792 page 50/83
Nom : Laporte
Prénom  : Charles
Date : 20 novembre 1788
Heure de découverte : ?
Lieu de découverte : La porte du château
Découvert par : Vincent SAUNIER
Noms des parrain et marraine : Louis Antoine MORLIERE  et Céleste GACHET 
Description : Non
Documents laissés : Non




François trouvé le six septembre 1785 - Angliers (86)



Le château d'Angliers est-il si beau qu'on le qualifie de palais ? Il faudra que j'aille voir ça de près.
C'est à sa porte qu'on accroche le panier contenant le petit François.
Jacques DUPUIS y est sans doute logé, il y travaille probablement. Il découvre l'enfant à minuit.
La mère du nouveau-né sait écrire ou bien elle a trouvé de l'aide. Une trace est laissée, un nom, un moyen peut-être de  retrouver ce petit, de le regarder grandir de loin.
Peut être une précaution, afin qu'il échappe à l'éponyme, lui qui sera encore un petit rescapé de la porte...
Le curé mentionne et respecte  l'indication. Le petit François, s'appelera VERON.
Urbain PATRI est son parrain, il signe, nous aurons l'occasion de le retrouver. Françoise LAMBERT est sa marraine, elle ne sait pas signer.

"Le vingt six septembre 1785 a été baptisé François qui parait né de la veille et a été trouvé par Jacques DUPUIS sous signé à la porte du palais d'Angliers environ les minuit, et pour distinguer le
dit enfant lui a été donné le surnom de VERON d'après l'indication donnée sur une carte trouvée sur
l'enfant. A été parrain Urbain PATRI sous signé et marraine Françoise LAMBERT
qui a déclaré ne savoir signer, de ce enquise. 
Delepinay curé d'Angliers. 



Source : AD 86 1781/1792 page 34/ 83
Nom : VERON
Prénom  : François
Date : 6 septembre 1785
Heure de découverte : Minuit
Lieu de découverte : La porte du château
Découvert par : Jacques DUPUIS
Noms des parrain et marraine : PATRI Urbain et LAMBERT Françoise
Description : Non
Documents laissés : Une carte avec un nom.

Agnès trouvée le 13 Mai 1783 - Angliers (86)



La p'tite Agnès, dans son panier, a été accrochée à la porte de la Veuve GIGON. Sa mère a frappé  pour avertir, à quatre heures du matin, elle a réveillé la vieille. La vieille, rien ne lui fait peur, elle a ouvert sa porte, a mis le panier à l'abri, et a attendu le matin en berçant la p'tite. Peut-être qu'elle a appelé les voisins à l'aide, les CHIGNARD, Hyppolite et Jeanne.
Au p'tit matin, le panier est chez l'curé, qui baptise Agnès, et lui donne un surnom... Un surnom qui la distingue, un surnom qui raconte son histoire, un surnom, en rapport avec les circonstances de sa découverte. Un surnom qui la stigmatise aussi. Elle s'appelera Agnès de la feuillade de la porte. A moins que le curé ait voulu dire Feuillade ou La Porte, l'acte n'est pas très clair.
Dans les dépouillements de GE86, je n'ai retrouvé ni Agnès Feuillade, ni Agnès Laporte, ni Agnès de la  Feuillade de la Porte.
Chez les CHIGNARD, on signe.
La femme GIGON est veuve, ne signe pas. Je ne connais pas son âge. Le décès de son mari est antérieur à 1778 (j'ai abandonné là les recherches), elle n'est donc pas nourrice, mais  peut-être est-elle ou a-t-elle été sage-femme.
L'histoire que raconte cet acte est-elle vraiment celle que je viens d'écrire ? Derrière cette affaire de femmes, on pourrait très bien en imaginer d'autres...



"Le treize mai 1783 a été baptisée Agnès qui parait née de la veille et a été trouvée à la porte de la veuve GIGON au village de Trion de cette paroisse par la dite veuve GIGON environ les quatre heures du matin ; a été parrain Hyppolite CHIGNARD et marraine Jeanne CHIGNARD qui ont signé, et pour distinguer le dit enfant lui a été donné le surnom de la feuillade de la porte."
Delepinay Curé d'Angliers. "


Source : AD 86 Angliers BMS 1781/1792 page 17/83
Nom : La Feuillade de la Porte
Prénom  : Agnès
Date : 13 Mai 1783
Heure de découverte : 4H du matin
Lieu d'abandon : La porte de la maison de la veuve Gigon
Découvert par : Veuve Gigon
Noms des parrain et marraine, témoins : Hyppolite CHIGNARD et Jeanne CHIGNARD.
Description : Non
Documents écrits : Non
Confié à : ?


Quinze enfants d'Angliers (86) - 1783 à 1832.



La soirée avait commencé Livanto. L'UMP délirait en boucle sur toutes les chaines d'info, le programme s'annonçait très mince,  mon cinquième élément bossait ses partiels, ma moitié etait de garde... Au ristretto suivant la nuit se fit blanche, propice aux balades dans l'insolite du temps jadis.
Pourquoi pas Angliers, tiens,  au hasard d'un assassiné à retrouver.
Laisser défiler le texte, avant, après, faire connaissance avec le graphisme, guetter l'inattendu, bref chasser l'insolite.
Bigre, les patronymes d'Angliers ne manquent pas d'humour. On y trouve des COCU et des TETE-FOLLE. Les registres sont riches de vie locale, d'ouragan, de gelées tardives.
Comme ailleurs ? Pas tout à fait...
Entre 1783 et 1832, on y compte environ 550 âmes, on y nait, on y grandit, on y aime, on y meurt et en à peine 50 ans...On y expose quinze enfants.
Quinze ! Je n'en ai jamais trouvé autant sur une si courte période, dans un si petit village.
Agnès, François, Charles, Pantaléon, André, Joseph, Stanislas, Jean, Louise, Florence, Augustine, Zéphirine, Pierre-François, Marguerite, Eugénie, ces tout petits, ce soir-là, m'ont raconté une histoire qui m'a tenue éveillée, leur histoire, l'histoire de l'abandon à Angliers.
Article après article, je vais vous confier trois enfants par jour, et une synthèse lundi de ce que ces nouveau-nés nous ont appris. D'ici là, peut-être même que l'UMP aura trouvé une solution....
En attendant écoutons-les un par un.
A suivre Agnès, François puis Charles.
Salut et Fraternité.