vendredi 15 septembre 2017

1677 - Infanticide à St-Sauvant - #AD86 - #GeneaCrim86 - Echo à Centre Presse et la Nouvelle République

 Bienvenue sur ce blog à Thierry Péronnet, généalogiste passionné qui rejoint aujourd'hui les chroniqueurs d'archives de Centre Presse et la Nouvelle République. Il nous offre aujourd'hui une petite affaire criminelle du XVIIème siècle. En voici la version détaillée avec l'ensemble des protagonistes, afin de permettre aux généalogistes de la Vienne et d'ailleurs de tenter d'y retrouver leurs ancêtres. 
Bonne lecture ! 

le 09-02-1677, infanticide, Jeanne GALTEAU 22 ans village de Longe à St-sauvant originaire de la Mothe-St-Héray fille de Pierre GALTEAU maréchal et de feue Jeanne CHAIGNEAU accouche clandestinement d’un enfant, elle était est tombée enceinte des œuvres de Daniel PAREAU qui lui avait promis le mariage, un domestique de monsieur IZORE laboureur de Chiré, elle est servante domestique de Mathurin TEXIER 40 ans journalier de Longe et de Marthe BIGEON 30 ans sa femme, selon sa déclaration du 31-03-1677 elle ne savait pas qu’elle était enceinte, elle croyait avoir des coliques, elle n’a rien dit au père de l’enfant qu’elle n’a revu qu’une fois, elle affirme que l’enfant était mort-né et qu’elle l’a mis sous du fumier dans le toit au brebis, le 15-02-1677 plusieurs témoignages recueillis, Mathurin TEXIER déclare qu’il ne savait pas que Jeanne GALTEAU était enceinte, qu’il est allé donner à manger à ses brebis et que « dans le milieu du têt aux brebis » il vit le bras d’un enfant mort, le reste étant caché, il avertit alors sa femme Marthe BIGEON par ses mots « mon dieu ma mère je viens de trouver un enfant dans notre têt à brebis », il rajoute qu’il y avait beaucoup de sang, ensuite ils trouvèrent ladite GALTEAU auprès du feu en train de filer sa quenouille, celle-ci leur dit qu’elle a été malade dans la nuit, mais ne dit rien à l’évocation de l’enfant trouvé dont le bras paraissait encore vivant. Après la visite du cadavre par la justice, avec des voisins, ils lavèrent le petit corps et l’ensevelirent dans la cour de la maison, Marthe BIGEON rajoute qu’elle ne savait rien de la grossesse et que Jeanne GALTEAU avait continué à travailler manger et boire comme si de rien n’était durant celle-ci, comme elle la trouva le matin au lit et malade elle alla prévenir son père et sa belle-mère et leur demanda de venir la voir, la belle-mère refusa et rajoute que son mari l’informa de la trouvaille à son retour et que le père refusa de venir mais que la belle-mère se déplaça, Pierre BERNARD 27 ans laboureur à bras de Longe déclare que de nombreuses personnes savaient que l’accusée était grosse que l’enfant paraissait assez « puissant », Thoinette BOUMIER 62 ans femme de Jean (plutôt Jacques) BERNARD déclare que ses voisins l’avaient appelé pour voir ce qu’ils avaient découvert, que le bras et la tête paraissait assez puissant, rajoute qu’à sa question lui demandant pourquoi elle avait fait une si mauvaise action l’accusée ne dit rien, Jacques BERNARD 60 ans laboureur marchand de Longe déclare que l’enfant mort est un garçon assez puissant, André SABOURIN 25 ans journalier de Longe dit qu’il ne sait pas grand-chose, qu’il avait oui dire que l’accusée était grosse, Anne JOLLI 30 ans femme de Jacques COUSTEAU journalier de Longe raconte que l’accusée menaçait de tuer à coup de couteau ceux qui luis disaient qu’elle était grosse, qu’elle lui a dit  que, si son maitre et sa belle-mère l’avait écoutée, elle ne serait pas dans cette état, Françoise ROBIN 40 ans femme de Gabriel CARTAIS laboureur de Longe déclare que la femme de Mathurin TEXIER avait trouvé beaucoup de sang à sa porte et qu’elle affirmait que l’accusée avait accouché, elle rajoute que munit d’une chandelle elle vit le bras d’un enfant mort dans le têt à brebis le reste étant dans le fiand (fumier), que l’accusée lui confessa que l’enfant était d’elle et d’un certain PAREAU valet à la Brousse-Sapin, Renée PETIT 25 ans fille de Jean PETIT journalier de Longe dit qu’elle ne sait pas grand-chose et déclare avoir oui dire que l’accusée était enceinte, et qu’elle nous a vu la mettre à cheval pour l’emmener prisonnière, (Jacques Pierre et Jean BERNARD père et fils), le chirurgien qui examina l’enfant le jour de sa découverte ne trouva aucune trace de coups, il dit que seule la bouche était un peu noire, il déclara que la mort était récente, il examina aussi l’accusée et affirma qu’elle avait fraichement accouchée, le 31-03-1677 Jeanne GALTEAU est accusée d’avoir fait mourir son enfant naissant et est condamnée à être pendu et étranglée par l’exécuteur de la Haute Justice, Mathurin ROBIN de Poitiers payé 35 livres, à une potence montée en la basse ville de Lusignan vis-à-vis des Trois-Piliers, où elle devra y rester 24 heures, ses parents pouvant l’ensevelir ensuite, le jugement confirmé l’exécution sera effective le 28-08-1677 sur les 4 à 5 heures du soir, après que la condamnée eut demandé à genoux pardon à Dieu au Roi et à la Justice,


Source AD86  6-B-40 DSCN 2247 à 2308

lundi 11 septembre 2017

Les chauffeurs de pieds du #Poitou - #GeneaCrim86



Lorsqu’ils arrivent à huit la nuit du 11 Prairial An IV, les Barré sont couchés. Quatre s’introduisent dans la maison, et s’emparent du vieux, sous les yeux de sa femme, ils le ligotent, le frappent, le jettent à terre, s’emparent de ce qui leur parait être de valeur. Mais le butin est maigre, comme souvent.
Alors, ils jettent un jupon sur le visage de la vieille, la ligotent à son tour, et commencent la torture, avec méthode, tellement à l’identique d’une agression à l’autre, d’un village à l’autre, d’une région à l’autre, que la justice en fait un délit à part entière (vol et brûlements de pieds). Une méthode qui ressemble à un rituel, qui sévit à travers la France,

 à tel point que la presse s’en inquiète,


 à tel point que les élus s’en alarment.
Ces agresseurs qui agissent en groupe s’attaquent aux habitants des petits villages, volontiers âgés, mais pas toujours, de Mirebeau à Montamisé en passant par Coussay et Lencoitre, nous en croiserons d’autres.
Les bandes se connaissent, les procès se recoupent.
Leur but n’est pas de tuer, mais de faire avouer la cachette du magot.
Les blessures infligées sont toujours graves, elles laissent des séquelles et la mort est souvent au bout de cette nuit noire.

Les brûleurs de pieds sont dans la Vienne.
Leur arme ? La cheminée de la maison.
Leur cible ? L’épouse de la maison, torturée sous les yeux de son mari.
Leur but ? Dérisoire, de maigres économies cachées derrière une pierre.

Ce soir là, le fils Barré 22 ans les a entendus arriver. Il sort et va chercher les voisins. Les voleurs s’enfuient en catastrophe, laissant derrière eux un baton et un couteau…
Louise Guillon sa mère est blessée, gravement.
Une semaine après l’attaque, les procédures commencent. Louise raconte. Elle a reconnu le bâton d’un certain Leclerc, les quatre qui étaient dans la maison avaient un fort accent loudunais et ressemblaient à des bourgeois.
Dans un second temps, Etienne, le fils Barré revient sur ses déclarations et dénonce. Ce sont les frères Gaubert qu’il a vus ainsi que Suffiseau et Leclerc le cordonnier.
Leclerc avouera, mais dira avoir été entrainé. Il charge Suffiseau et les frères Gaubert.
Suffiseau nie. Il dit que c’est son libertinage qui le perd, qu’on cherche à se venger de lui.
Les frères Gaubert nient aussi.
François Suffiseau, Pierre et René Gaubert, François Provost, Pierre Leclerc et Louis Meunier sont condamnés à mort. Gasselin , le joueur de violon est condamné par contumace.
L’affaire prend de l’ampleur, des clans se forment, des témoins viennent défendre Suffiseau et les frères Gaubert tandis que d’autres les accablent. Mauvaise vie, petits larcins, tout est à charge.
L’appel très circonstancié, sur une bonne vingtaine de pages, plaide ardemment la raison quand la vengeance en ces temps révolutionnaires tourmentés règne.  Craindre l’erreur judiciaire, ouvrir les yeux des juges, réveiller l'humain. Le plaidoyer est grave, politique, engagé on y sent l’angoisse d’une justice qui perd la tête à en couper tant.

Dans cette période particulière de l'histoire de notre pays, il est troublant de sentir à la lecture d'un procès somme toute banal, le courage des hommes qui persistent à tenter de rétablir le calme, maintenir le cap de la justice pour ne pas désespérer des révolutions.
Sans doute au péril de leur propre vie.
Le texte poignant, ne suffit pas à casser le jugement.
 Les six doivent être exécutés dans les 24 H.
 C’est la loi.
Impossible dit le bourreau, ils sont trop nombreux ! Il demande de l’aide.
L’exécution n’aura lieu que le 30 Messidor.
Les condamnés arrivent sur la place de la liberté à Poitiers en tombereau sous grosse escorte. L’ordre est difficile à maintenir…
Juste avant l’éxécution, Pierre Leclerc, et Louis Meunier tout en donnant des précisions sur d’autres affaires similaires en cours de jugement, disculpent Pierre Gaubert,
 en vain,
 il sera comme les cinq autres, guillotiné.
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Source AD86 Série LSUPPL408 et LSUPPL 422.

Les brû