dimanche 21 septembre 2014

Bandit, voyou, voleur, chenapan !... St Hilaire (86) 1887. Echo à Centre Presse.


Bandit, voyou, voleur, chenapan !...
J’ai 13 ans et c’est ainsi qu’on me nomme, moi,  Louis Victor Godineau.né à Bouzillé dans le Maine et Loire, en septembre 1886. J’ai grandi à Nantes, rue Richet.  Louis Victor mon père et Félicité Esseuil ma mère sont de bons parents, mais moi c’est autre chose, je suis bagarreur, j’ai mauvais caractère et de mauvaises mœurs, mais je ne suis pas bête. C’est le juge qui l’a dit !

La dernière fois, en septembre 1886, j’ai tapé un peu trop fort, bing !  « Coupable de coups et blessures, agit sans discernement », alors on m’a envoyé ici. Ici, dans le Poitou, à la Colonie Pénitentiaire St Hilaire, loin de chez moi et je vais y rester jusqu’à mes vingt ans. On va m’éduquer et comme je ne suis pas si bête, j’apprendrai le métier de boulanger. Mes parents sont soulagés. On leur a donné le droit de venir me voir.  C’est le juge qui l’a dit !

J’ai 13 ans, les sourcils chatains, le front haut, les yeux bleu azur pale, le nez convexe, une petite bouche, un menton rond et un visage allongé, le teint brun. Au-dessus du sourcil droit, j’ai une cicatrice de 2cm. Je suis en bonne santé, juste un peu lymphatique. C’est le médecin qui l’a dit !

A Saint Hilaire, depuis trois mois. Je commence l’année 1887 avec une mauvaise bronchite et une diarrhée chronique. On m’a envoyé à l’infirmerie.  Là-bas, ça castagne aussi,  hier je me suis pris un coup de sabot. D’accord, je ne l’avais pas volé, mais qu’est-ce que j’ai mal au genou ! Mais je me tais, je me méfie, la loi des sauvageons de St Hilaire, je commence à m’y faire, mais les punitions des matons, ça non… C’est les colons qui vous le disent !

Ça fait bien  trois mois que je hurle en silence à cause de ce fichu genou, mais ce matin, je n’ai pas pu me lever et j’ai dû  montrer ma jambe, alors ils ont bricolé une attelle.

En juin, « Un épanchement considérable de synovie remplit l’articulation dont tous les tissus sont tuméfiés et inflammés. Il s’est déclaré à la partie interne de la jambe une vaste collection purulente. Aujourd’hui l’enfant est atteint de tumeur blanche du genou, les condyles du fémur ont presque doublé de volume, les ligaments de l’articulation du genou se sont relachés et le tibia se luxe de plus en plus sous le fémur sans qu’il ait été possible dans l’origine de s’opposer au développement des os par des appareils contensifs par suite de la formation de la collection purulente.  ». Il faut que j’aille à l’hôpital. C’est le médecin qui l’a dit !   

A l’Hotel Dieu depuis le 8 Juillet 1887, je coute 2 francs 08 la journée, l’état paiera mes soins. C’est le préfet qui l’a dit ! 

Mai 88, ça fait presque un an à l’hosto ! Je vais un peu mieux même si la guérison est encore loin.  Les notes de frais s’ajoutent. C’est le directeur de l’hôtel dieu qui le dit.
Juillet Ça y est, c’est fait j’ai moins mal, enfin j’ai mal autrement. Un an, ils ont mis un an à couper ma jambe !J’ai dérouillé, mais je suis vivant. Je vais pouvoir sortir de l’hosto, c’est Luneau qui m’l’a dit ! 

Et on va me payer une jambe de bois, c’est le préfet qui l’a dit ! 

Février 1889 : ça se passe jamais aussi vite que prévu, j’ai fini l’année à l’hosto . Je vais me tenir à carreau. Je sortirai bientôt de St Hilaire, le 16 décembre 1893, enfin c’est ce qui est prévu. C’est le directeur qui l’a écrit ! 

Ce jour-là avec ma jambe de bois et ma tête de pioche, je serai devenu  l’roi de la brioche
 et ça
 c’est moi qui vous l’dit !

---------------



L’enfant Godineau est-il sorti du bagne ? Rien ne le confirme dans son dossier. La série 3Y59 des AD86  comprend une liste nominative des dossiers d’enfants détenus à la Colonie pénitentiaire de St Hilaire au XIXème siècle. Fondé en 1842, l’établissement devient autonome en 1860. De bagne en IPES, il accueillit au fil des réformes, les enfants en éducation surveillée. Fermé en 1974, il fut transformé…

 en golf en 1985.

Article paru le 11 septembre 2014

Merci Centre Presse pour l'enfant Godineau !