samedi 9 avril 2011

Le Casting des amants de Prinçay. Affaire du Gilet Rouge - Availles-en-Chatellerault




Vous commencez à bien les connaître, mais comment les voyez-vous mes tourtereaux ?
Lui beau gosse, arrogant, jeune et sur de lui, façon, Johnny Depp ou Brad Pitt ?
Elle, belle,blonde , brune, rousse, regard noir ou bleu , moue séductrice, liane et grande, ronde et douce ou petite et vive ?
Fini de rêver, les voilà mes deux amants.
Au fil des interrogatoires, des transferts d'un tribunal à l'autre, j'ai mis la main sur leur photo.


Hortense
mesure cinq pieds et un pouce (5x32,4 + 2,5) soit 1,64m. Ses yeux sont enfoncés. Bien que son visage soit rond, il est maigre. Son nez est camus (court, aplati écrasé, épaté) et sa bouche grande. Elle est brune des sourcils aux cheveux.

Lui Grelu
mesure cinq pieds et quatre pouces, 1,74m et très brun. Cheveux noirs, sourcils noirs, yeux chatains. Signe particulier il a sous l'oeil droit un grain de beauté. Son front est large, sa bouche moyenne, son nez ordinaire, son visage allongé et son menton ordinaire laissent penser qu'il devait être assez beau gosse, et assez velu ;-)

Ils se sont connus quelques mois avant le crime , mais combien ? Un témoin les soupçonne de s'aimer depuis deux ans.... Grelu le cabaretier était en affaires avec Barreau, ils s'entendaient bien, il faut toujours se méfier de ses amis. Il est reçu à Prinçay , au clos des Moines, et c'est comme ça qu'il rencontre Hortense.
Cette demoiselle Deringère s'est mariée très jeune, à peine plus de 17 ans. Ses parents sont morts, elle est de bonne famille, sous tutelle d'un ami médecin Pierre Chiron chirurgien à Chateauneuf. Lui choisit-on Barreau un peu vite ? C'est probable.

Leur premier enfant nait deux ans après leurs noces c'est une petite Hortense qui pointe son nez à Prinçay en 1790. Aucun des témoins ne dira quelle mère fut Hortense. Elle est décrite volage de longue date. Avant Grelu, un autre voyageur de passage à Prinçay saura la séduire.
Autour d'elle on murmure, on s'indigne, on s'étonne, on sourit, mais on se tait.
Quand rencontre-t-elle Grelu ? Quelques mois avant le crime, plus d'un an avant ? C'est imprécis, variable selon les témoignages, encore à trouver.
Toujours est-il qu'il nait un petit Charles Barreau au début de l'année du crime en 1796, est-il bien le fils de son père ? Qui sait ?
Cette histoire d'adultère offerte, et si inapercue à la lecture des seuls registres d'état civil, rend bien modestes et incertaines toutes les filiations que nous nous acharnons à relier méticuleusement au fil de périlleux déchiffrages qui oublient les fantômes d'alcôve.
Hortense et Grelu sont désormais en accord à corps exultants. Ils se retrouvent dans les bois, derrière les taillis, se rejoignent en chevauchant les chemins. Lorsque Barreau s'absente, ils partagent la maison, la chambre, l'argent, l'armoire sous l'oeil dubitatif, désabusé des domestiques, des amis. Ils ont une petite chambre à l'auberge des Trois Pigeons. Grelu jubile, Grelu fait l'coq, Grelu se vante, Grelu pense la posséder, Grelu attend, Grelu s'impatiente, Grelu reporte sur sa femme ses frustations de second.

Et Hortense ne choisit pas.

Hortense se plaint de son mari en peu de mots lors de ses premiers interrogatoires.
Elle justifiera d'abord sa demande de divorce par des différents qu'elle atténue. Elle ne veut montrer aucune hostilité à son mari. Plus tard, bien plus tard, lorsque le procès s'emballe, elle se plaindra de sa violence, de sa boisson. Certains témoins et domestiques confirmeront, mais souvent en justifiant l'exaspération de Barreau par l'arrogance de la liaison de sa femme.
Dans un premier temps hautaine, calme, femme de peu de mots, froide cassante, humiliante lorsqu'elle parle de ses domestiques, Hortense change petit à petit de registre. Elle se plaint, se pose en victime, en appelle à son amour maternel, à sa volonté d'apaiser son couple et va jusqu'à prétendre blamer la violence de Grelu contre sa femme.
On essaie de rester objectif, on sort de la peau de Barreau pour rentrer dans la sienne, on s'attache à chacun, à ce Grelu qui hurle. On suit Hortense sur le chemin, le petit de huit mois sur sa hanche, sa fillette accrochée à ses jupons, ses p'tits neveux qui courent devant, mais on a parfois un peu de mal à la croire...

Tout le procès ramène à une grande arrogance publique des deux amants, un manque de prudence, un sentiment d'invulnérabilité. Un grand jeu de séduction qui se moque du qu'en dira-ton et qui sous-estime les conséquences.
Chez l'un comme l'autre des hommes de la vie d'Hortense monte la haine, la jalousie.
Qui manipule qui ? 
Et si Hortense n'aimait personne et rien d'autre que la liberté ?  

Quelle part de complicité Hortense a-t-elle eu dans cette affaire ?
A la lecture de son procès, on l'imagine insouciante, révoltée, envoyant cul par dessus tête, les conventions sociales dans cette France révolutionnaire qui promet tant aux femmes et ne leur donnera rien. Elle renonce à divorcer pour ne pas perdre la garde de ses enfants, mais elle rêve de partir... Elle n'a pas de mots pour Grelu, elle semble avoir aimé plus sa liberté, son affranchissement que cet homme au demeurant violent qui brûle de passion pour elle. Il semble espérer plus qu'elle ne veut donner. Comment mesurer les sentiments de l'autre ? L'humilié finit par ne pas être celui qu'on pense. Est-ce à cause de cette évidence que Grelu assassine avant tant de violence, celui dont il se moqua ?
La panique d'Hortense le soir du crime, rapportée sans haine par sa domestique, montre, plus que sa complicité, son désarroi, face à une histoire dont elle perd la maitrise.
J'ai cherché en vain, ce qu'elle est devenue dans l'intervalle de son arrestation. Qui l'a protégée, où s'est-elle mise à l'abri ? Comment se fait-elle malgré tout et finalement arrêter ?
Après ces années de prison sa liberté retrouvée est-elle aussi l'occasion de son émancipation ?
Revient-elle au Clos des Moines ?
Une chose est sure, elle n'est pas morte à Availles....

 
Hortense est un beau personnage de femme.
Si on en parlait à Godard, pas le mien, l'autre ?
Qui lui proposez-vous au casting ?

Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

vendredi 8 avril 2011

Mes vacances avec Grelu.

Bien mieux que les sports d'hiver !
On en a fait des kms à pied pendant les vacances ! Et combien de beaux voyages dans le temps !

Comme Grelu, et comme Barreau avec le chien mais sans sabot !

Souvenez-vous, on avait trouvé l'auberge des Trois Pigeons, le cabaret d'Ozon, la route de Chatellerault à Prinçay et on s'était fait une petite idée du lieu du crime. Mais il fallait vérifier nos indices.
Chose faite aux Archives. Les matrices cadastrales ont livré lundi la clé de la Muraille à Potron !
Et patatras...
C'est pas du tout situé là où on l'avait imaginé....
Ce qui veut dire aussi qu'il y avait plusieurs Clos à la Cataudière. Mais pour cette parcelle là, les matrices cadastrales n'ont rien dévoilé.
Le crime se déroule donc tout entier sur la commune d'Availles, bien plus au nord avant d'arriver au village. A la hauteur de la Tour d'Oyré. Grelu est parti devant mais pas si loin que ça.... Il a en effet eu largement le temps de faire l'AR en une heure, ce qui paraissait un peu juste en situant le crime près de Prinçay.
A lire à  plusieurs, on avance plus vite. Nous avons aussi découvert que les Barreau vivaient à "La cour aux Moines".

Moi je suis un peu jeune sur Prinçay pour connaître, mais Régis et René savent. La Vallée aux Moines est après les Baquelles. On retrouve le lieu sur les matrices cadastrales. On y voit aussi une maison avec une cour qui est sans doute la maison des Barreau.
C'est tout près de chez nous. On passe le cimetière, on se dirige vers les bois et c'est là sur la droite. Il reste quelques pans de mur, un pilier. C'est la maison d'Hortense et Charles Barreau.
C'est de cette maison qu'elle est partie inquiète notre aventureuse,  à la rencontre de son mari, accompagnée de ses trois neveux et de ses deux enfants, une petite Hortense de 6ans et un p'tit Charles de 8 mois.
Trop inquiète,  pour prétendre ne rien savoir...





A l'époque où se passe cette histoire, la ferme en bas de Prinçay n'existe pas encore, ni la route qui mène directement à Availles. Le chateau de la Cataudière n'est pas encore restauré dans sa version actuelle..

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Cette petite enquête m'a permis de répertorier une quantité incroyable de lieux-dits oubliés sur la commune de Prinçay, de les localiser grace à la lecture des matrices cadastrales. Ils seront bientôt reportés sur le plan napoléonien et mis en ligne, pour ne pas tomber dans l'oubli.
Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !