dimanche 20 mars 2022

Galère d'une fille de Roy. #AD86 Série 3X101

 

Source AD86/79 

Parmi nos ancêtres sans acte de naissance, combien d'enfants adoptés, combien de filiations incertaines ? C’est la petite musique de cette question qui me mena à explorer aux AD86, la série 3 X, celle des enfants trouvés. Vous pouvez désormais consulter ces archives en ligne.

Retrouver, parmi ces documents, l’un des siens est un défi, mais retracer le parcours de l’un de ces petits est un de ces plaisirs d’amoureux d’archives, un plaisir dérisoire, la plupart du temps inutile, juste le bonheur d’une leçon d’archives. J’adore ça, c’est ma meilleure évasion.

 Ici c’est Euphrosine qui prend le lecteur par la main, pour la douce violence d’une leçon de vie.  Car parfois, la vie est la plus forte.

 


Ça commence par une galère. Ainsi cette toute petite fille exposée du 15 pluviose de l'an 9 (4 février 1801) sur les dix-sept heures trois quart du soir à l’Hospice de Poitiers. C'était un soir de février comme un autre, il faisait déjà nuit noire et froide. De la personne qui la dépose l’archive ne nous dit rien.



Consciencieusement l'enregistrement de l'enfant détaille l'ensemble de sa vêture. Elle portait une calotte de taffetas aurore bordée de ruban blanc,  et un petit dessous de bazin bordé du même ; de la dentelle fine à la première , une brassière et un lange de bazin... mauvais, le lange garni aux extrémités d'une mousseline rayée  et quelques autres petits vêtements d'assez bonne qualité.



A cette petite layette s'ajoute un billet portant le joli prénom d'Euphrosine ainsi que la mention du jour de sa naissance.

Quelques mots comme un arrachement pour terminer une histoire ?

Quelques mots pour donner à l'enfant une infime chance d'en démarrer une autre ?

Quelques mots pour donner à l’enfant l’espoir de se retrouver ?

L'histoire ne dit pas grand-chose du quotidien d'Euphrosine à l'hospice de Poitiers, puis en nourrice, mais elle survécut. Sans doute a-t-elle bien tété et bien grandi, peut-être même a-t-elle fini par sourire à la vie ?

L'histoire n'apporte aucune précision sur la vêture du couple qui poussa la porte de l'Hospice deux ans plus tard. L'histoire ne dit rien de leur inquiétude, de leurs hésitations, de leurs remords si longtemps enfouis. Mais avaient-ils des raisons d'en avoir ?  L'histoire ne dit pas quels échanges verbaux ou quelles preuves matérielles suffirent à rendre cette enfant à ses prétendus parents. A quelle heure ont-ils poussé la porte, après combien de larmes, combien de nuits blanches ? En la voyant, l’ont-ils nommée cette enfant au nom si particulier ? Se sont-ils retrouvés dans ses traits ?

Et cette enfant de galère de maintenant 2 ans, parlait-elle déjà bien ? Avait-elle déjà dit maman à une nourrice ? Dans combien de bras s'était-elle blottie ?



 Euphrosine "retirée le jourd'huy 20 floréal de l'an 11( 10 mai 1803). Euphrosine que je reconnais pour être mon propre enfant". Deux petites phrases à la calligraphie impeccable, quelques mots sans rature, quelques lettres sans tremblement, une écriture déterminée.

Au bout de cette phrase, trois lettres comme une galère qui se terminerait en conte de fées : "ROY".

Euphrosine, notre petite princesse de l'hiver 1801,  est fille de ROY.

Parmi ces couples qui régulièrement frappent à la porte de l'hospice pour revenir y chercher l'enfant qu'ils ont abandonné, combien de silences entendus entre les regards échangés pour qu'il suffise de quelques mots pour prendre un enfant par la main. Combien de regrets, de désespoir après un abandon trop vite mu par la honte, poussé par la famille.

Euphrosine grandira-t-elle ?

Qui sont ses Roy de parents ?

Une petite recherche parmi les dépouillements de l'Etat Civil de la Vienne faits par le Cercle Généalogique Poitevin, murmure son histoire, presque un conte de fées.






L'union d'Euphrosine ROY et de François GENEIN a lieu le 9 juin 1819 à Poitiers.



Euphrosine signe. 

Regardons d'un peu plus près cet acte de mariage.

-        La date de naissance de la mariée n'est pas mentionnée.

-        Son père est employé à la bibliothèque. Sur l'Etat civil de Poitiers en cet an 9 aucune Euphrosine n'est née, ni d'une union légitime, ni dans la solitude d'un accouchement d'enfant naturel. Elargissons l’éventail des possibles, les relevés du CGP ne la retrouvent pas.

     L’acte de mariage d’Euphrosine nous en dit plus sur ses parents Pierre Michel Roy et Rose Rousseau dont il est facile de retrouver l'acte de mariage. 




  •    Mariage de Pierre Michel ROY, employé à la bibliothèque de l’école centrale, 37 ans, né à Poitiers le 21 juillet 1765. Fils de Pierre ROY perruquier et de feue Marie Françoise Marthe AUBIN demeurant à Poitiers section de la réunion. Avec Rose ROUSSEAU 27 ans, née à Poitiers le 5 aout 1775, fille de feu Gabriel ROUSSEAU et Jeanne CARLOUET. Signent tous les deux. (Source AD86 Mariages 1802/1803 page28)

C'est le 10 mai 1803 que Pierre Michel ROY et Rose ROUSSEAU se présentent à Poitiers pour "retirer" leur petite Euphrosine, quelques mois après leur mariage. Quelles furent les étapes de la procédure ? Il reste dans les archives une lettre du père qui nous donne une petite idée des tracasseries administratives et autres incertitudes. 




Le 21 floréal an 11

Madame, 

Je me suis transporté à la maison commune pour savoir si c'était devant le maire que moy et mon épouse devions faire notre déclaration pour pouvoir retirer un enfant né avant notre mariage. Sur ce que l'on m'a dit à la mairie je me suis transporté avec mon épouse chez Me Petit, président du Tribunal de Première instance pour luy faire ma Déclaration ; il m'a renvoyé à Lundy prochain sur les deux heures, il nous dira si c'est devant luy ou devant un notaire que nous devons reconnaitre notre fille. Aussitôt que les autorités qui doivent en connaître auront prononcés ; nous nous transporterons chez vous pour vous faire connaître ce que nous avons fait et nous metterons aussi notre Déclaration sur votre registre. J'ai l'honneur de vous l'adresser? ROY Adj à la bibliothèque. 

Rose est enceinte, le 22 août, Euphrosine accueille son petit frère, Pierre Adolphe, né à Poitiers. 

Rose et Pierre Michel auront encore 3 autres garçons. Leur vie de famille ressemble désormais à celles de leur époque, avec ses joies et ses peines. Deux enfants mourront en bas âge. 

En 1819, le 9 juin, la belle Euphrosine épouse François Gencin, perruquier de 23 ans, né en Corrèze. Ensemble, ils vivront heureux à Poitiers, je leur ai trouvé deux fils, Pierre Michel Prosper et Pierre Marie Théophile. 

En 1845, Pierre Michel Roy meurt à l’âge de 81 ans. Quatre ans plus tard, Euphrosine marie son tailleur d'habits de fils Pierre Marie Théophile GENCIN. Dix ans plus tard, Euphrosine enterre sa mère, Rose Jeanne Rousseau âgée de 83 ans.


En 1878, le 3 avril Euphrosine meurt à Poitiers à l’âge de 77 ans.





Elle vivait 4 rue de la Galère.

Galère, galère et force de vie.

 Euphrosine Roy n’apparait sur aucun arbre en ligne (Généanet, Filae), je n’ai pas cherché plus loin sa descendance. Un de ses frères devient coiffeur parisien. Mais dans ce petit monde du quartier de la Galère, mêlant perruquiers, coiffeurs et bibliothécaires, peut-être est-il possible de la trouver sur les plus anciennes photos de Poitiers.

Qui sait ?

Si vous avez des nouvelles d'Euphrosine, faites moi signe, elle ne lâche pas ma main.

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Time Line

·                 1801 - 4 février  (15 Pluviose An 9) : Exposée à l’Hospice de Poitiers. (Source 3x60) – Il est mentionné que la date est la date de naissance. On ne retrouve pas d’acte de naissance à l’Etat civil.

·                 1803 – 3 janvier :

o   Mariage de Pierre Michel ROY, employé à la bibliothèque de l’école centrale, 37 ans, né à Poitiers le 21 juillet 1765. Fils de Pierre ROY perruquier et de feue Marie Françoise Marthe AUBIN demeurant à Poitiers section de la réunion. Avec Rose ROUSSEAU 27 ans, née à Poitiers le 5 aout 1775, fille de feu Gabriel ROUSSEAU et Jeanne CARLOUET. Signent tous les deux. (Source AD86 Mariages 1802/1803 page28)

·                 1803 – 10 mai (20 floreal an 11) : retirée à l’âge de 2 ans et demi par son père (ROY Pierre Michel). Lettre jointe au dossier.

·                 1803 – 22 août : Naissance de Pierre Adolphe ROY, fils de Pierre Michel et Jeanne ROUSSEAU.

·                 1804 – 12 juillet : Décès de Pierre Adolphe ROY, à l’âge de 10 mois.

·                 1804 – 25 aout : naissance de Louis Jean ROY, fils de Pierre Michel qui signe employé de bibliothèque.

·                 1805 – 5 décembre : Naissance de Pierre Marie Théophile ROY, fils de Pierre Michel et Jeanne ROUSSEAU à Poitiers.

·                 1806 – 14 avril : décès de Jean Edouard ROY à l’âge de 18 mois (probablement Louis Jean)

·                 1806 – 4 novembre : Naissance de Jean Justin ROY fils de Pierre Michel et Rose ROUSSEAU à Poitiers

·                 1819 – 9 juin : Mariage d’Euphrosine ROY 18 ans et François GENCIN perruquier 23 ans.         

o   François GENCIN est né à St Hilaire Payrou en Corrèze, fils de Jean huissier décédé à Rochefort et Marie REYNAUD.

o   Euphrosine mentionnée fille légitime mais pas de date de naissance. Euphrosine signe

·                 1820 – 14 juillet : Naissance de Pierre Michel Prosper, 4 rue de la Galère à Poitiers. Fils d’Euphrosine et François GENCIN.

·                 1826 – 14 aout : Naissance de Pierre Marie Théophile, fils d’Euphrosine et François

·                 1828 – 6 juillet : Publication des bans de Pierre Marie Théophile ROY coiffeur à Paris et Cécile Angélique SIMONNEAU vit à Paris

·                 1830 – 20 juin Mariage de Pierre Marie Théophile ROY et Louise Mathilde BERUGEAU à Poitiers.

·                 1845 – 1er mai : décès de Pierre Michel ROY à l’âge de 81 ans à Poitiers.

·                 1849 : Mariage de Pierre Marie Théophile GENCIN.

·                 1859 – 15 avril : décès de Rose Jeanne ROUSSEAU à l’âge de 83 ans à Poitiers.

·                 1878 – 3 avril : Décès d’Euphrosine à Poitiers à l’âge de 77 ans. (Filae). Vit 4 rue de la Galère à Poitiers. 

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 13 mars 2022

#Genealogie7photos Clik Clak c'est Kodak !

 


Le défi photo de Sophie Boudarel, chef d'orchestre de nos émotions. 





Suivez le fil du mot-dièse #Genealogie7photos pour admirer les photos de tous, elles vont vous émouvoir, elles vont vous donner envie de fouiller vos archives, elles vont vous donner envie de décortiquer l'image, d'évoquer les souvenirs, de développer l'image, d'en révéler l'histoire. 

Clik Clak c'est Kodak. 

Voici les photos que j'ai choisies, je fais comme les copains un instantané des tweets postés. 

  • La photo qui me touche le plus.


  • La maison familiale


  • La photo mystère


  • Votre ancêtre au travail

  • La photo la plus ancienne


  • Les animaux de la famille


  • Photo de famille.





jeudi 10 mars 2022

Contamination généalogique



Pendant les vacances Margaux et Jade, les cousines inséparables, autour de 8 ans chacune, ont chopé le virus... De la généalogie. 
Elles ont appris à se servir d'Hérédis, qu'elles ont trouvé bien joli. Elles ont commencé à faire leur arbre, appris à sélectionner et recadrer des photos, mentionner une date de naissance, une profession. En peu de temps, elles ont compris le fonctionnement du logiciel et m'en ont fait découvrir quelques aspects ludiques que je ne soupçonnais pas. 
Hélas, les vacances sont terminées. L'une est repartie à Bruxelles, l'autre à Garravet. 
Comment faire pour poursuivre cette initiation, entretenir notre collaboration, aiguiser leur curiosité. 
C'est la question que j'ai posée ce matin sur twitter à la #TeamGenealogie et les réponses ont fusé. 
Histoire de ne pas en perdre une branche, voici une petite compilation que nous complèterons et développerons ensemble si ça vous amuse. 



mercredi 16 février 2022

#Geneatheme Janvier - Aveugles et Archives Insolites.




Le #Geneatheme du mois, une autre manière de regarder sa généalogie, pour moi une autre manière de renouer avec les trésors d'archives. 
En janvier il est question de cécité. 

Les archives insolites de la Vienne nous offrent deux témoignages de ce que fut la vie des malvoyants au XVIIème siècle, avec le décès de deux jeunes accompagnants d'aveugles qui mendient de paroisse en paroisse. 
Source AD86
Le 26 may 1659, à Sommières-du-Clain, un pauvre jeune garçon anonyme agé de 18 à 20 ans, qui conduisait un aveugle,. 

Source AD86

Le 10 octobre 1693 à Vicq-sur-Gartempe, le corps d'Antoine Gilbert, 16 ans, servant à la conduite de Paul André, aveugle mendiant de cette paroisse. 


L'un vient de Charente, l'autre du Berry. 
L'un est anonyme, l'autre est nommé. 
Des circonstances du décès des deux jeunes "clairvoyants" qui accompagnent ces deux aveugles, l'archive hélas ne nous dit rien. 

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C'est ce bon roi Saint Louis qui fonda vers 1254, l'hospice des Quinze-Vingt, établissement destiné à accueillir une confrérie de trois cents (quinze fois vingt) pauvres aveugles de Paris, seuls infirmes à l'époque à bénéficier d'une aide institutionnelle. Cette congrégation comprend également les accompagnants "clairvoyants" qui ont pour mission de guider les aveugles. Ceux-ci ont l'autorisation de mendier pour aider leur communauté. Dans les siècles qui suivent la mendicité sera réprimée mais les aveugles garderont le statut de "mendiants privilégiés" jusqu'en 1780. C'est avec Valentin HAUY et son projet d'intégration sociale, que la société porte sur la cécité un nouveau regard. 

Vicq-sur-Gartempe, Sommières-du-Clain... Nous sommes bien loin de Paris et encore au XVIIème siècle. Nos deux aveugles mendient de paroisse en paroisse, accueillis ici et là. Peut-être sont-ils pèlerins ?


Pour en savoir plus sur la vie des aveugles, je vous recommande la lecture de cet article passionnant : Les aveugles dans la société française - Représentations et institutions du Moyen-Âge au xixe siècle - Zina Weygand










 

jeudi 10 février 2022

Archive Insolite - AD86 - Série 5M2 - Echo à l'actualité récente.

Archives départementales de la Vienne, série 5 M 2

Je fais le ménage dans les centaines de photos faites aux #AD86, au gré de ma sérendipité des années passées. J'y trouve quelques pépites dont je ferai quelques brèves avant élimination de mon disque dur. Juste pour vous donner envie de fouiller au hasard et me donner envie de m'y remettre. #luluarchive

J'aime lorsque l'archive fait écho au présent, modestement, sans faire dire au passé ce qu'il n'a pas à dire. Sans défigurer l'histoire, sans insulter les morts. Une manière de prendre un peu de temps en traversant le temps. 

Aujourd'hui l'histoire de GUILLE, menuisier à Gençay, fait écho à une actualité récente et dramatique qui a ému la planète entière, l'affaire du petit Rayan tombé dans un puits au Maroc. 

le 9 décembre 1837, GUILLE, menuisier à Gençay, passe par la Brunetrie à Airoux. C'est un bon gars GUILLE, père de famille, sympa et toujours prêt à rendre service. Pour ramener un vase de peu de valeur qui appartient au fermier du hameau, il descend au fond d'un puits de 52 pieds (15 m). Arrivé au fond, il entend des pierres sous ses pieds qui s'écroulent. Il demande une corde pour remonter, on lui glisse en vain, il est enseveli sous 50 pieds de terre. 

En surface l'alarme devient générale. Les hommes arrivent mais au bord du gouffre, "leur courage devient pusillanimité et s'amollit par la difficulté et l'énormité des travaux à exécuter" pour trouver celui qu'on pense broyé sous le poids des décombres. 

La famille de Guillé réclame la présence du médecin, il s'agit du Dr BAROT et c'est lui qui raconte. Il s'étonne qu'on l'appelle, "comme si son art pouvait faire surgir de la terre un homme enfoui dans ses plus profondes entrailles".

Quoiqu'il en soit BAROT accourt et il fait bien. 

Sur place tout le monde s'accorde pour dire que GUILLE est mort, écrasé par les pierres. Mais BAROT le médecin, n'est pas d'accord. Il fait observer aux uns et aux autres que leur crainte est mal fondée, que la lenteur à exécuter les travaux pourrait être la cause de la mort du pauvre menuisier. 

La "foule" écoute.  Barot raconte l'histoire de DUFAVELLE qui avait survécu 12 à 15 jours sous terre.

La "foule" se laisse convaincre et les travaux commencent. De toutes parts surviennent de nouveaux secours. Monsieur le curé de Magné, jeune et dévoué ecclésiastique arrive et ne cesse de soutenir le courage des sauveteurs. "Enfin, la clameur publique ayant répandu de toute part, on voit arriver des jeunes gens forts et robustes qui ne ménagent pas leur courage". 

Bientôt la gendarmerie de Gençay se joint aux secours. "M le Brigadier DUPONT dirige et conduit jusqu'au dernier moment la foule tumultueuse". 

La "foule est tumultueuse" mais elle se laisse guider par le brigadier DUPONT, elle donne sa chance à l'ordre dans cette course contre la montre. 

Alexandre DELCOUR, caporal au premier régiment de sapeur du Génie, en séjour chez son père à Gençay, à la nouvelle de cet évènement a volé à la Brunetrie et là, ce jeune soldat va conduire les travaux de creusement, étant lui-même à l'œuvre. En 42h on a fait un trou perpendiculaire dans la direction du puits démoli, le déblaiement s'opère en même temps.  

La foule est tumultueuse mais elle laisse DELCOUR organiser les travaux, elle donne sa chance à l'intelligence et au savoir dans cette course contre la montre. 

La foule à la force des poignets enlève 8 à 10 pieds de décombre. 

Soudain, une voix souterraine se fait entendre, elle arme les hommes d'un nouveau courage et les "coeurs palpitent de joie"... On leur fait distribuer des vivres. Même M. le Comte de la BRUYE a bien voulu envoyer ses domestiques. 

La foule creuse, vendredi, samedi, nuit et jour, les hommes se relaient, force, méthode et précautions. Dans la nuit de samedi à dimanche à 2h du matin, on trouve enfin le malheureux GUILLE... VIVANT ! 

Muré en position verticale, on réussit à grand mal à le remonter du puits.

GUILLE n'a pas de blessure grave, il est très affaibli, présente de nombreuses plaies mais pas de fracture et en ce mois de décembre son hypothermie est majeure. 

Le bon Dr BAROT est à son chevet, il a bon espoir de le rétablir au mieux.

Un coup d'oeil rapide sur les tables décennales, elles ne mentionnent aucun décès de GUILLE en 1837 ni sur Gençay, ni sur Airoux. 

Ouf !  

Source :  #AD86 Série 5M2


Il faudrait faire une transcription soignée de cette archive. 

Il faudrait creuser l'histoire familiale de GUILLE, celle de BAROT et celle de ce brave DELCOUR. 

Il faudrait regarder ce qu'en ont dit les journaux. 

Il faudrait se renseigner sur l'affaire DUFAVELLE

Il faudrait, il faudrait... 







samedi 26 septembre 2020

Charlie du siècle des Lumières - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 15/01/2015.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. 


Chercher Charlie à travers l’archive.
A la lueur du cierge qu’ils brandirent en réparation publique des outrages faits à l’Eglise, trois Charlie du siècle des Lumières  éclairent à leur façon le chemin de croix qui mena la patrie de Voltaire vers une République laïque. Une République laïque dont il faut aujourd’hui, sans souffler sur les braises, raviver la lueur et protéger la flamme, en ce janvier 2015 de larmes et de rage.
Palsembleu ! Au catalogue de l’insolite, nos mécréants d’archives paroissiales sont rares : une possédée, une réparation publique, un blasphème.
Nom d’une pipe à Thuré ! Pour Françoise TOUDON, « possédée du diable de son vivant », le curé étouffe sagement les braises et l’enterre sans autre forme de procès en 1657. A l’époque des buchers, il est des curés qui doutent. Françoise est la seule sorcière du Poitou croisée à ce jour dans un registre paroissial…
Diantre à Mauprévoir ! Ce 27 avril 1757, qui peut imaginer ce qu’à bu François de Lousme !  Sacré mécréant le p’tit François, qui, confondant le clocher avec le cabaret causa scandale en « vomissant dans l’église pendant la messe et au terme de la consécration du vin »… « Pour en avoir trop bu ». Au village sans prétention, jarnicoton, il attrapa mauvaise réputation et à ce sacrilège, le curé imposa « réparation publique ». L’histoire ne dit pas si le fils de Lousme se présenta en titubant, devant l’autel de Saint Antoine pour honorer Dieu. Il s’y agenouilla et brandit à la main, tout le temps de la messe, un cierge allumé sous le regard courroucé, du curé, du bedeau, des bigottes et sous les rires étouffés des enfants de chœur…  Bigre ! François de Lousme n’était qu’une petite teigne, et son père dut payer l’amende d’une livre de cire en réparation. Il lui donna sans doute du bâton en consolidation de sa mauvaise éducation.
Jarnicoton à  Châtain ! Dans notre douce France, cinquante ans avant l’ère révolutionnaire, le blasphème est un crime passible de mort. Le curé offusqué de cette petite paroisse tient à témoigner de l’outrage pour les générations futures. En 1739, voyez cet Antoine Chaumont que l’ecclésiastique nous met à l’index. Il n’est plus tout jeune, 68 à 70 ans. Aimait-il comme ce patriarche du crayon, la chair dans toute l’étendue de son doux champ lexical ? On a plaisir aujourd’hui à l’imaginer en Charlie débonnaire, le vieil Antoine qui « blasphéma sous la colère le nom de Dieu »! Le serviteur en soutane n’entre pas dans les détails de cette fureur prérévolutionnaire, mais elle entraina les foudres de l’ecclésiastique comme celles de l’honorable écuyer de son village.
Sapristi dans la Vienne du XVIIIème ! Voyez nos sorcières mises à l’index, nos  mécréants à genoux, nos curés offusqués ! Le papier est encore rare, l’art reste académique,  le dessin de presse n’est pas encore né et c’est dommage car tous ces fantassins du Chevalier de la Barre ne sont-ils pas à croquer ?


Source : Archives de la Vienne. Registres paroissiaux. 

mercredi 9 septembre 2020

Le Tour de France arrive dans la Vienne ! Vélo et Presse Ancienne #AD86



Aujourd'hui 9 septembre 2020, le Tour de France arrive dans la Vienne, c'est l'occasion de remettre à la Une cet article rédigé et publié sur Centre Presse en 2014. 

Après le foot, on enchaine avec le vélo ! Le vélo est bien plus populaire que le ballon rond dans la presse ancienne. Toujours en quête de la première mention de compétition sportive dans la presse ancienne, me voilà sur la route du premier tour de France. Et le premier Tour de France en 1903, met à l'honneur le département de la Vienne !


 Juillet 1903. Premier Tour de France ! Evoqué uniquement à première vue dans le Mémorial du Poitou de Châtellerault. Il faut dire qu’il y a de quoi ! Au premier tour de France, Châtellerault offre deux coureurs et pas des moindres : Georget et Augereau.
 Au classement de la première étape (Paris-Lyon) de la course organisée par le journal l’Auto, nos deux p’tits gars du Poitou sont au classement : Léon Georget troisième en 9H35m et Augereau quatrième en 10H30 ! Ils déploient une énergie extraordinaire, talonnant la moyenne du premier, un certain Garin qui passe la ligne comme une flèche à 25 kilomètre 500 à l’heure…
                                     
A la deuxième étape participent trois coureurs qualifiés pour le Tour de France complet et onze qui n’ont pas achevé la première étape, ou se sont engagés spécialement pour la seconde. Le départ est donné à 3H30 du matin, aux portes de Lyon, direction Marseille ! Une foule innombrable de curieux se masse dans la nuit pour encourager les coureurs. Georget gagne du terrain, à trois longueurs de bicyclette derrière Aucouturier, il arrive deuxième tandis qu’Augereau peine un peu et n’arrive que huitième !
Laissons le correspondant du Mémorial du Poitou nous raconter cette arrivée légendaire :
« A 150 mètres du contrôle d’arrivé est Aucouturier tout à droite de la route, Georget à gauche tête baissée. Les deux hommes font le suprême effort, si émouvant et sous la banderole qui claque à la brise de la Méditerrannée, c’est le maillot bleu et rouge du grand Aucouturier qui passe bon premier par trois longueurs. Aussitôt la ligne franchie, l’homme presque méconnaissable sous la couche de blanche poussière provençale qui l’enfarine, se dresse littéralement sur sa machine et lève les bras au ciel avec un geste de triomphe dans ses yeux, sous ses cils où la poussière a formé boue, un grand éclair de joie fulgure. - J’ai gagné ! clame-t-il, j’ai gagné ! Et dans ce cri on sent la résurrection morale du vaincu d’hier. Georget bien que second, est transfiguré de bonheur. « J’ai eu Garin. Ah ! on va voir maintenant qui aura le Tour de France ! » Au milieu d’une foule enthousiaste, Georget plonge la tête dans un seau d’eau à dix reprises différentes puis demande son habituelle bouteille de Bordeaux et ses non moins habituels biscuits Rouchier ! »

Dans la troisième étape, Marseille-Toulouse, 493 kilomètres, Georget perd du terrain et se classe onzième, tandis qu’Augereau reprend du mordant et arrive douzième.


A la cinquième étape, Augereau confirme sa bonne forme et se classe quatrième. Mais hélas Georget, démoralisé par deux crevaisons successives, abandonne du coté de Luçon, reste assis sur le bord de la route… et s’endort.



 Mais Fernand Augereau le p’tit gars de Naintré, lui, n’a pas dit son dernier mot. Parti de Nantes pour la dernière étape, il arrive second de l’étape à Paris le 22 juillet, battu au sprint d’une petite seconde par Garin. Garin, brassard vert, premier vainqueur de l’épreuve !

 Source : AD86 presse en ligne. Mémorial du Poitou









 Illustration : Wikipédia (Garin pose en compagnie de Léon Georget)

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

Juillet 1903. Premier Tour de France !  Evoqué uniquement à première vue dans le Mémorial du Poitou de Châtellerault. Il faut dire qu’il y a de quoi ! Au premier tour de France Chatellerault donne deux coureurs et pas des moindres : Georget et Augereau.
Au classement de la première étape (Paris-Lyon) de la course organisée par le journal l’Auto deux p’tits gars du Poitou sont au classement : Georget troisième en 9H35m et Augereau quatrième en 10H30 ! Nos deux chatelleraudais déploient une énergie extraordinaire, talonnant la moyenne du premier, un certain Garin qui passe la ligne comme une flèche à  25 kilomètre 500 à l’heure… A la deuxième étape participent trois coureurs qualifiés pour le Tour de France complet et onze qui n’ont pas achevé la première étape, ou se sont engagés spécialement pour la seconde.
Le départ est donné à 3H30 du matin, aux portes de Lyon, direction Marseille ! Une foule innombrable de curieux se masse dans la nuit pour encourager les coureurs. Georget gagne du terrain, à trois longueurs de bicyclette derrière Aucouturier, il arrive deuxième tandis qu’Augereau peine un peu et n’arrive que huitième ! Laissons le correspondant du Mémorial du Poitou nous raconter cette arrivée légendaire :
A 150 mètres du contrôle d’arrivé est Aucouturier tout à droite de la route, Georget à gauche tête baissée. Les deux hommes font le suprême effort, si émouvant et sous la banderole qui claque à la brise de la Méditerrannée, c’est le maillot bleu et rouge du grand Aucouturier qui passe bon premier par trois longueurs. Aussitôt la ligne franchie, l’homme presque méconnaissable sous la couche de blanche poussière provençale qui l’enfarine, se dresse littéralement sur sa machine et lève les bras au ciel avec un geste de triomphe dans ses yeux, sous ses cils où la poussière a formé boue, un grand éclair de joie fulgure.
-              J’ai gagné ! clame-t-il, j’ai gagné !
Et dans ce cri on sent la résurrection morale du vaincu d’hier.
Georget bien que second, est transfiguré de bonheur. « J’ai eu Garin. Ah ! on va voir maintenant qui aura le Tour de France ! »
Au milieu d’une foule enthousiaste, Georget plonge la tête dans un seau d’eau à dix reprises différentes puis demande son habituelle bouteille de Bordeaux et ses non moins habituels biscuits Rouchier !
Dans la troisième étape, Marseille-Toulouse, 493 kilomètres, Georget perd du terrain et se classe onzième, tandis qu’Augereau reprend du mordant et arrive douzième. A la cinquième étape, Augereau confirme sa bonne forme et se classe quatrième. Mais hélas Georget, démoralisé par deux crevaisons successives, abandonne du coté de Luçon, reste assis sur le bord de la route… et s’endort.
Mais Augereau notre vaillant chatelleraudais n’a pas dit son dernier mot. Parti de Nantes pour la dernière étape, il arrive second à Paris le 22 juillet !