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samedi 26 septembre 2020

Charlie du siècle des Lumières - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 15/01/2015.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. 


Chercher Charlie à travers l’archive.
A la lueur du cierge qu’ils brandirent en réparation publique des outrages faits à l’Eglise, trois Charlie du siècle des Lumières  éclairent à leur façon le chemin de croix qui mena la patrie de Voltaire vers une République laïque. Une République laïque dont il faut aujourd’hui, sans souffler sur les braises, raviver la lueur et protéger la flamme, en ce janvier 2015 de larmes et de rage.
Palsembleu ! Au catalogue de l’insolite, nos mécréants d’archives paroissiales sont rares : une possédée, une réparation publique, un blasphème.
Nom d’une pipe à Thuré ! Pour Françoise TOUDON, « possédée du diable de son vivant », le curé étouffe sagement les braises et l’enterre sans autre forme de procès en 1657. A l’époque des buchers, il est des curés qui doutent. Françoise est la seule sorcière du Poitou croisée à ce jour dans un registre paroissial…
Diantre à Mauprévoir ! Ce 27 avril 1757, qui peut imaginer ce qu’à bu François de Lousme !  Sacré mécréant le p’tit François, qui, confondant le clocher avec le cabaret causa scandale en « vomissant dans l’église pendant la messe et au terme de la consécration du vin »… « Pour en avoir trop bu ». Au village sans prétention, jarnicoton, il attrapa mauvaise réputation et à ce sacrilège, le curé imposa « réparation publique ». L’histoire ne dit pas si le fils de Lousme se présenta en titubant, devant l’autel de Saint Antoine pour honorer Dieu. Il s’y agenouilla et brandit à la main, tout le temps de la messe, un cierge allumé sous le regard courroucé, du curé, du bedeau, des bigottes et sous les rires étouffés des enfants de chœur…  Bigre ! François de Lousme n’était qu’une petite teigne, et son père dut payer l’amende d’une livre de cire en réparation. Il lui donna sans doute du bâton en consolidation de sa mauvaise éducation.
Jarnicoton à  Châtain ! Dans notre douce France, cinquante ans avant l’ère révolutionnaire, le blasphème est un crime passible de mort. Le curé offusqué de cette petite paroisse tient à témoigner de l’outrage pour les générations futures. En 1739, voyez cet Antoine Chaumont que l’ecclésiastique nous met à l’index. Il n’est plus tout jeune, 68 à 70 ans. Aimait-il comme ce patriarche du crayon, la chair dans toute l’étendue de son doux champ lexical ? On a plaisir aujourd’hui à l’imaginer en Charlie débonnaire, le vieil Antoine qui « blasphéma sous la colère le nom de Dieu »! Le serviteur en soutane n’entre pas dans les détails de cette fureur prérévolutionnaire, mais elle entraina les foudres de l’ecclésiastique comme celles de l’honorable écuyer de son village.
Sapristi dans la Vienne du XVIIIème ! Voyez nos sorcières mises à l’index, nos  mécréants à genoux, nos curés offusqués ! Le papier est encore rare, l’art reste académique,  le dessin de presse n’est pas encore né et c’est dommage car tous ces fantassins du Chevalier de la Barre ne sont-ils pas à croquer ?


Source : Archives de la Vienne. Registres paroissiaux. 

mardi 3 septembre 2019

Des violences d'un autre âge - Lulu Archive dans Centre Presse -

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. Article rédigé en 2014.

Il n'y a pas d'époque pour la violence conjugale.
Elle se déchaina atrocement ces dernières semaines dans la Vienne. On la qualifie d’un autre âge, et pourtant, elle interpellait déjà au XVIIème !
Liglet, 1691. François Bichier, curé, désigne sur son registre paroissial, Louis MONTETAUD. Sans doute l’a-t-il nommé aussi à la messe du dimanche, tentant par ses prêches de vaincre ce fléau ordinaire qui touchait si gravement les femmes de l’ancien Régime. Dans le silence des villages endormis, cette violence tue.
Louis MONTETAUD vit à Journet. Il n'est plus tout jeune. Tous ses enfants sont partis de la maison. Avec Marie, ils en eurent sept. Qu’importe. Au bout de sa vie de misère, rien n’apaise la colère de cet homme, attisée par l’alcool. Louis frappe sa femme  tant et tant, et depuis tant de temps, que plus personne ne l’entend faire. Ce soir-là,  Marie BONNEAU pleurait-elle trop ? Un mois avant, sa fille Anne mourait. Elle venait de mettre au monde deux petites filles, l’une des deux l’accompagna dans la tombe. Marie pleure sa fille, sa petite fille et Louis frappe. Epuisée, blessée, laissant son époux ivre de haine, Marie fuit enfin, profitant du sommeil de son bourreau. La route est longue, 12 km pour trouver refuge à Liglet chez son gendre, Pierre BIDEAU et sa fille cadette Jeanne.
Marie se repose enfin, mais ne va toujours pas mieux. Elle est sans doute venue trop tard. Le 12 mars, Jeanne appelle le curé. Marie lui confie dans son dernier souffle qu'elle meurt à cause des coups subis : des coups de genoux et des coups de bâton dans l'estomac. Les coups de Louis, son époux. Il n'y a pas d'époque pour la violence conjugale. Il n'y a pas d'âge non plus. La pauvre Marie BONNEAU avait « soixante et quelques années »...
L’histoire devrait s’arrêter là. Mais autour de l’acte de décès de Marie Bonneau, le registre chuchote.
Cinq jours après la mort de sa mère, le curé de Liglet enterre Jeanne, et la semaine suivante Pierre Bideau ! Que se passe-t-il dans cette maison ? La colère de Dieu s’est trompée de cible, elle s’est abattue sur tout le village ! En cinq mois, il va mourir à Liglet 32 âmes, dont les 2/3 ont moins de 40 ans, la mortalité annuelle habituelle est multipliée par deux en seulement un semestre. Etrangement, dans la maison des Bideau, les trois petits orphelins de 9, 5 et 2 ans vont survivre.
Etrangement le curé ne s’étonne pas de cette hécatombe dans sa paroisse.
Cette violence mystérieuse et extraordinaire aura-t-elle arraché quelques larmes au regard embrumé de Louis Montetaud, qui a perdu cette année-là six membres de sa famille ? Seul à Journet, le vieil homme mourra à son tour le 6 décembre de la même année à l’âge de 70 ans. Il n’y a pas d’âge pour la violence ordinaire.



jeudi 14 février 2019

Mariage Jubilatoire - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 20/02/2014.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

L'article paru dans Centre Presse et la réponse du Pr Jean-Marie Augustin !
L'article
Mariage Jubilatoire ou la Saint Valentin des archives à Oyré !
Il  n’est pas toujours facile de mettre un point final sur les i de clandestinité. Avant l’avènement des communiqués de presse people, les occasions étaient rares d’officialiser les douceurs d’une alcôve clandestine. La religion imposait ses dogmes infranchissables ! Infranchissables ? A l’exception des jours de Jubilé ! Car Jubilé rime avec pardonné !  Une opportunité dont se réjouissaient aussi les amoureux en mal de légitimité !
Ainsi le 7 avril 1668, Maitre René Thénault, de la paroisse d’Oyré,  profita-t-il des fêtes données en l’honneur du Jubilé du Pape Clément IX pour officialiser l’union qu’il partageait avec Louise Durand depuis déjà quatorze ans ! L’histoire ne dit pas s’ils eurent des enfants et combien. L’ajout, après réflexion, de la mention « mariage clandestin » par le curé d’Oyré, nous en dit plus sur l’origine de cette régularisation : même si l’acte de mariage ne fait mention ni d’abjuration ni de conversion, nos épousés étaient probablement protestants.  Qu’il soit un notable de la paroisse n’épargnera pas à Maitre Thénault d’argumenter son dossier. Période de pardon et de conversion, le Jubilé est l’occasion d’ « indulgences partielles ou plénières » qui demandent quelques efforts spirituels : faire de manière publique quelques pénitences (jeûne, pèlerinage), prier, se confesser, offrir  généreusement quelques dons. A ces seules conditions, sera offerte à notre Valentin pêcheur,  l’occasion de rendre officielle et honorable une situation pour le moins embarrassante, voire dangereuse. L’évènement solennel restera très encadré comme en témoignent la présence d’André Boulé du couvent des Cordeliers et Maitre Jacques Brandin étudiant en théologie. A Charroux, à Couhé, 1668 rime également avec conversion au catholicisme. Le curé de Jaunay-Clan nous apprend qu’un autre Jubilé débuta en 1724, le premier dimanche de l’avent dans les villes mais le second dans les campagnes !
Le premier Jubilé du christianisme fut décrété en 1300 par le pape Boniface VIII, au rythme d’un par siècle,  l’intervalle se réduisit de pape en pape et à partir de 1400 le jubilé eut lieu tous les 25 ans. A ces festivités programmées, s’ajoutent quelques  années saintes extraordinaires. Clément IX, jésuite, fut pape de 1667 à 1669.  Homme de lettres, il fit construire le premier opéra de Rome. En 1668, il fut médiateur lors du Traité d’Aix-la-Chapelle mettant fin à la guerre de dévolution, premier conflit du jeune roi Louis XIV qui dut rendre à l’Espagne la Franche-Comté mais garda la Flandre conquise par Turenne.
1668 ne fut pas une «année sainte extraordinaire » au sens religieux du terme… Mais, exceptionnelle, elle le fut sans aucun doute, pour René et Louise, les vieux amants d’Oyré!
Sources :
Archives Départementales de la Vienne

Illustration : Fragonard , le baiser à la dérobée Musée de L’Ermitage Image Wikipédia

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La réponse de Jean-Marie Augustin 


mardi 12 décembre 2017

Une archive bien odorante par Thierry Péronnet - Dossier de presse

Source AD86


Justice royale de Lusignan série 6-B liasse 174 
Il était parfois dangereux de se promener dans les rues de Lusignan au 17ème siècle, des objets divers pouvaient tomber des fenêtres hautes sans prévenir (bis repetita)

Le 19-08-1676, dans le registre des assises du tribunal royal de Lusignan, le greffier note ce qui suit. Marguerite ALLAIN femme de Jean DAGUIN archer huissier de la maréchaussée provinciale de Poitiers a déposé une plainte de deux juillet précédent, elle est demanderesse en réparation contre Jean MOUSSAULT chirurgien et Jeanne DELACROIX sa femme. Le premier de ce mois de juillet elle est assise sur une pierre dans la grand rue de Lusignan devant la maison du couple MOUSSAULT DELACROIX quand de l’urine et des immondices tombent d’une fenêtre haute de ladite maison située juste au-dessus de la plaignante, ses habits et sa jupe en furent tout remplis. Pour elle cela ne peut venir que de cette fenêtre haute et ne peut avoir été jeté que par l’un ou l’autre ou les deux des conjoints MOUSSAULT et DELACROIX. Ces derniers admettent qu’ils ont bien menacé la plaignante quelques temps auparavant, avant les faits cités, de lui jeter des ordures et des immondices, mais qu’ils n’en ont rien fait et que le premier juillet ils n’ont jeté sur Marguerite ALLAIN ni urine ni immondices de leur fenêtre et ils persistent dans leur déclaration. Le tribunal décide de faire faire une information sommaire sur les faits. Sur un autre acte plus récent des témoins parlent eux d’eau sur les vêtements de ladite ALLAIN sans s’avancer davantage sur la teneur exacte du liquide.



lundi 4 décembre 2017

Dangereuses Rues Mélusines - Thierry Péronnet - Dossier de Presse

Vous avez aimé lire cet article dans Centre Presse. Vous aimeriez en savoir plus ? Connaitre la liste des témoins, consulter les documents d'archives ? Voilà pour vous. 
Source AD86



Source AD86 - Justice royale de Lusignan série 6-B liasse 35 

Il était parfois dangereux de se promener dans les rues de Lusignan au 17ème siècle, des objets divers pouvaient tomber des fenêtres hautes sans prévenir.
Ainsi le 27-09-1673 Jacques BOUMARD hôte du logis de la Magdeleine à Lusignan porte plainte contre Jeanne GROUSSIN veuve Jean THOULLAT pour avoir jeté la veille un sac de laine du haut de son grenier sur Jacques BOUMARD son fils de 7 ans, lui brisant la cuisse en plusieurs endroits. Depuis ce dernier est au lit avec une grosse fièvre et est en péril de mort. Le jour même Louis BRISSAULT chirurgien examine l’enfant, il lui trouve une fracture du fémur à la cuisse sénestre (gauche) avec une hémorragie, ce qui l’oblige à lui faire une saignée. Jacques LOMBARD « restaurateur de corps humain » traite et restaure ensuite les os cassés, il y a plusieurs esquilles, un coup violent est la cause des fractures.
Le 30-09-1673 LEMAYE lieutenant criminel et civil du roi recueille les témoignages,  Jeanne VERGER 54 ans femme de Jacques MEUSNIER maréchal demeurant à Enjambes* rapporte que la femme du plaignant en pleurs lui a dit que l’accusée a jeté un sac plein de laine sur son petit fils et que celui-ci était « tout crevé », elle ajoute que l’accusée est alors venu compatir et dire que c’était ledit la Fronde qui avait jeté le sac. Marie VENAULT 22 ans femme de François GUESBIN sieur de la Plantinière de Pranzay déclare qu’elle a entendu crier le garçon et vu le sac de laine et ajoute que l’accusée a dit à la tante de l’enfant que ce n’était rien, que ce n’était que le coup. Elle rajoute que l’accusée disait que c’était PROUST qui avait jeté le sac. François COTHERON 32 ans sargetier** de Pranzay* précise que l’accusée a dit que c’était la Fronde qui avait jeté le sac, mais ce dernier lui affirma que c’était sa maitresse et le nommé BARRET qui avaient jeté la laine. Considérant les témoignages et les rapports du chirurgien et du restaurateur, le lieutenant criminel et civil du roi décide d’instruire contre l’accusée.
Jeanne GROUSSIN 30 ans veuve Jean THOULLAT est interrogée le 05-10-1673, elle déclare que le mardi 26 septembre dernier elle avait ramassé ses meubles pour aller dans un autre logis sis place du Bail et qu’il ne lui restait plus qu’un peu de laine, elle fut étonné d’entendre crier dans la rue que le fils BOUMARD venait d’être blessé par un sac de laine tombé de la fenêtre de son grenier. Elle nie avoir jeté le sac et précise que le fils NAU dit la Fronde était avec elle mais qu’elle ne lui a pas demandé de jeter le sac et qu’elle ne l’a pas vu. Bien que le juge lui reproche de ne pas dire la vérité, elle persiste dans sa déclaration. Malheureusement le jugement rendu n’est pas joint à ces pièces de procédures, mais il est fort probable que la veuve THOULLAT ait été condamnée aux dépens et à devoir payer le chirurgien et le restaurateur de corps humain.


*Enjambes et Pranzay deux paroisses de la ville de Lusignan 
**sargetier-sergetier fabricant de serge




mardi 28 novembre 2017

Tragique déni de grossesse par Thierry Péronnet - Dossier de Presse.

Vous avez aimé lire cet article dans Centre Presse. Vous aimeriez en savoir plus ? Connaitre la liste des témoins, consulter les documents d'archives ? Voilà pour vous. 
Source AD86 Série E

Ce 09-02-1677 le village de Longe à St-sauvant sera le théâtre d’un drame vieux comme le monde, Jeanne GALTEAU 22 ans originaire de la Mothe-St-Héray fille de Pierre maréchal et de feue Jeanne CHAIGNEAU était tombée enceinte des œuvres de Daniel PAREAU qui lui avait promis le mariage, un domestique de monsieur IZORE laboureur de Chiré. Ce jour-là elle accoucha seule d’un enfant mort-né selon ses dires, après une grossesse dont elle ne se serait pas rendu compte, ensuite elle le cacha sous le fumier dans un coin du toit aux brebis. Le cadavre du pauvre enfant est découvert à 10 heures du matin après la mise au champ des bêtes. Mathurin TEXIER 40 ans journalier de Longe de St-Sauvant son maître est appelé à témoigner, il déclare qu’il ne savait pas que Jeanne GALTEAU était enceinte, qu’il est allé donner à manger à ses brebis et que « dans le milieu du têt aux brebis » il vit le bras d’un enfant mort*, le reste étant caché. Il avertit sa femme Marthe BIGEON 30 ans par ses mots « mon dieu ma mère je viens de trouver un enfant dans notre têt à brebis », il y avait beaucoup de sang, ensuite ils trouvèrent ladite GALTEAU auprès du feu en train de faire sa quenouille, celle-ci leur dit qu’elle a été malade dans la nuit, mais ne dit rien à l’évocation de l’enfant trouvé dont le bras paraissait encore vivant. Après la visite du cadavre par la justice**, avec des voisins, ils lavèrent le petit corps et l’ensevelirent dans la cour de la maison. Dans son témoignage Marthe BIGEON rajoute qu’elle ne savait rien de la grossesse et que Jeanne GALTEAU avait continué à travailler manger et boire comme si de rien n’était durant celle-ci, comme elle la trouva le matin au lit et malade elle alla prévenir son père et sa belle-mère et leur demanda de venir la voir, la belle-mère refusa. Au retour son mari l’informa de la trouvaille, le père et la belle-mère refusèrent toujours de se déplacer. Pierre BERNARD laboureur à bras 27 ans raconte que de nombreuses personnes savait que l’accusée était enceinte ce qu’elle déniait. Thoinette BOURCIER 62 ans femme de Jean BERNARD laboureur à bras et d’autres témoins rapportent les mêmes faits.
Le juge ne croyant guère aux propos de ladite GALTEAU l’accusa d’avoir fait périr son enfant et il la fit emprisonner. Elle persista dans ses déclarations. Mais la justice de l’époque était impitoyable envers les mères infanticides, le 31-03-1677 Jeanne GALTEAU accusée d’avoir fait mourir son enfant naissant est condamnée à être pendue et étranglée par l’exécuteur de la Haute Justice*** à une potence montée en la basse ville de Lusignan vis-à-vis des Trois-Piliers, où elle devra y rester 24 heures, ses parents pourront l’ensevelir ensuite. Après confirmation du jugement l’exécution sera effective le 28-08-1677 sur les 4 à 5 heures du soir, après que la condamnée eut demandé à genoux pardon à Dieu au Roi et à la Justice. Triste conclusion pour une pauvre fille abusée par son galant, rejetée par ses propres parents et victime de son déni d’une grossesse non désirée.
 *habituellement c’est dans le toit aux cochons que l’on retrouve quelques restes
**le chirurgien qui l’examina ne trouva aucune trace de coups, une bouche un peu noire, lune mort récente
 ***Mathurin ROBIN de Poitiers payé 35 livres 

Voici l'affaire en mode relevé avec tous les témoins.
 Source AD86-  6-B-40 DSCN 2247 à 2308 le 09-02-1677, infanticide,
 Jeanne GALTEAU 22 ans village de Longe à St-sauvant originaire de la Mothe-St-Héray fille de Pierre GALTEAU maréchal et de feue Jeanne CHAIGNEAU accouche clandestinement d’un enfant, elle était est tombée enceinte des œuvres de Daniel PAREAU qui lui avait promis le mariage, un domestique de monsieur IZORE laboureur de Chiré, elle est servante domestique de Mathurin TEXIER 40 ans journalier de Longe et de Marthe BIGEON 30 ans sa femme, selon sa déclaration du 31-03-1677 elle ne savait pas qu’elle était enceinte, elle croyait avoir des coliques, elle n’a rien dit au père de l’enfant qu’elle n’a revu qu’une fois, elle affirme que l’enfant était mort-né et qu’elle l’a mis sous du fumier dans le toit au brebis, le 15-02-1677 plusieurs témoignages recueillis, Mathurin TEXIER déclare qu’il ne savait pas que Jeanne GALTEAU était enceinte, qu’il est allé donner à manger à ses brebis et que « dans le milieu du têt aux brebis » il vit le bras d’un enfant mort, le reste étant caché, il avertit alors sa femme Marthe BIGEON par ses mots « mon dieu ma mère je viens de trouver un enfant dans notre têt à brebis », il rajoute qu’il y avait beaucoup de sang, ensuite ils trouvèrent ladite GALTEAU auprès du feu en train de filer sa quenouille, celle-ci leur dit qu’elle a été malade dans la nuit, mais ne dit rien à l’évocation de l’enfant trouvé dont le bras paraissait encore vivant. Après la visite du cadavre par la justice, avec des voisins, ils lavèrent le petit corps et l’ensevelirent dans la cour de la maison, Marthe BIGEON rajoute qu’elle ne savait rien de la grossesse et que Jeanne GALTEAU avait continué à travailler manger et boire comme si de rien n’était durant celle-ci, comme elle la trouva le matin au lit et malade elle alla prévenir son père et sa belle-mère et leur demanda de venir la voir, la belle-mère refusa et rajoute que son mari l’informa de la trouvaille à son retour et que le père refusa de venir mais que la belle-mère se déplaça, Pierre BERNARD 27 ans laboureur à bras de Longe déclare que de nombreuses personnes savaient que l’accusée était grosse que l’enfant paraissait assez « puissant », Thoinette BOUMIER 62 ans femme de Jean (plutôt Jacques) BERNARD déclare que ses voisins l’avaient appelé pour voir ce qu’ils avaient découvert, que le bras et la tête paraissait assez puissant, rajoute qu’à sa question lui demandant pourquoi elle avait fait une si mauvaise action l’accusée ne dit rien, Jacques BERNARD 60 ans laboureur marchand de Longe déclare que l’enfant mort est un garçon assez puissant, André SABOURIN 25 ans journalier de Longe dit qu’il ne sait pas grand-chose, qu’il avait oui dire que l’accusée était grosse, Anne JOLLI 30 ans femme de Jacques COUSTEAU journalier de Longe raconte que l’accusée menaçait de tuer à coup de couteau ceux qui luis disaient qu’elle était grosse, qu’elle lui a dit  que, si son maitre et sa belle-mère l’avait écoutée, elle ne serait pas dans cette état, Françoise ROBIN 40 ans femme de Gabriel CARTAIS laboureur de Longe déclare que la femme de Mathurin TEXIER avait trouvé beaucoup de sang à sa porte et qu’elle affirmait que l’accusée avait accouché, elle rajoute que munit d’une chandelle elle vit le bras d’un enfant mort dans le têt à brebis le reste étant dans le fiand (fumier), que l’accusée lui confessa que l’enfant était d’elle et d’un certain PAREAU valet à la Brousse-Sapin, Renée PETIT 25 ans fille de Jean PETIT journalier de Longe dit qu’elle ne sait pas grand-chose et déclare avoir oui dire que l’accusée était enceinte, et qu’elle nous a vu la mettre à cheval pour l’emmener prisonnière, (Jacques Pierre et Jean BERNARD père et fils), le chirurgien qui examina l’enfant le jour de sa découverte ne trouva aucune trace de coups, il dit que seule la bouche était un peu noire, il déclara que la mort était récente, il examina aussi l’accusée et affirma qu’elle avait fraichement accouchée, le 31-03-1677 Jeanne GALTEAU est accusée d’avoir fait mourir son enfant naissant et est condamnée à être pendu et étranglée par l’exécuteur de la Haute Justice, Mathurin ROBIN de Poitiers payé 35 livres, à une potence montée en la basse ville de Lusignan vis-à-vis des Trois-Piliers, où elle devra y rester 24 heures, ses parents pouvant l’ensevelir ensuite, le jugement confirmé l’exécution sera effective le 28-08-1677 sur les 4 à 5 heures du soir, après que la condamnée eut demandé à genoux pardon à Dieu au Roi et à la Justice.


mercredi 5 juillet 2017

Bandit, voyou, voleur, chenapan !... St Hilaire (86) 1887. Echo à Centre Presse.


Bandit, voyou, voleur, chenapan !...
J’ai 13 ans et c’est ainsi qu’on me nomme, moi,  Louis Victor Godineau né à Bouzillé dans le Maine et Loire (le 17 décembre 1872), en septembre 1886. J’ai grandi à Nantes, rue Richet.  Louis Victor mon père et Félicité Esseuil ma mère sont de bons parents, mais moi c’est autre chose, je suis bagarreur, j’ai mauvais caractère et de mauvaises mœurs, mais je ne suis pas bête. C’est le juge qui l’a dit !

La dernière fois, en septembre 1886, j’ai tapé un peu trop fort, bing !  « Coupable de coups et blessures, agit sans discernement », alors on m’a envoyé ici. Ici, dans le Poitou, à la Colonie Pénitentiaire St Hilaire, loin de chez moi et je vais y rester jusqu’à mes vingt ans. On va m’éduquer et comme je ne suis pas si bête, j’apprendrai le métier de boulanger. Mes parents sont soulagés. On leur a donné le droit de venir me voir.  C’est le juge qui l’a dit !

J’ai 13 ans, les sourcils chatains, le front haut, les yeux bleu azur pale, le nez convexe, une petite bouche, un menton rond et un visage allongé, le teint brun. Au-dessus du sourcil droit, j’ai une cicatrice de 2cm. Je suis en bonne santé, juste un peu lymphatique. C’est le médecin qui l’a dit !

A Saint Hilaire, depuis trois mois. Je commence l’année 1887 avec une mauvaise bronchite et une diarrhée chronique. On m’a envoyé à l’infirmerie.  Là-bas, ça castagne aussi,  hier je me suis pris un coup de sabot. D’accord, je ne l’avais pas volé, mais qu’est-ce que j’ai mal au genou ! Mais je me tais, je me méfie, la loi des sauvageons de St Hilaire, je commence à m’y faire, mais les punitions des matons, ça non… C’est les colons qui vous le disent !

Ça fait bien  trois mois que je hurle en silence à cause de ce fichu genou, mais ce matin, je n’ai pas pu me lever et j’ai dû  montrer ma jambe, alors ils ont bricolé une attelle.

En juin, « Un épanchement considérable de synovie remplit l’articulation dont tous les tissus sont tuméfiés et inflammés. Il s’est déclaré à la partie interne de la jambe une vaste collection purulente. Aujourd’hui l’enfant est atteint de tumeur blanche du genou, les condyles du fémur ont presque doublé de volume, les ligaments de l’articulation du genou se sont relachés et le tibia se luxe de plus en plus sous le fémur sans qu’il ait été possible dans l’origine de s’opposer au développement des os par des appareils contensifs par suite de la formation de la collection purulente.  ». Il faut que j’aille à l’hôpital. C’est le médecin qui l’a dit !   

A l’Hotel Dieu depuis le 8 Juillet 1887, je coute 2 francs 08 la journée, l’état paiera mes soins. C’est le préfet qui l’a dit ! 

Mai 88, ça fait presque un an à l’hosto ! Je vais un peu mieux même si la guérison est encore loin.  Les notes de frais s’ajoutent. C’est le directeur de l’hôtel dieu qui le dit.
Juillet Ça y est, c’est fait j’ai moins mal, enfin j’ai mal autrement. Un an, ils ont mis un an à couper ma jambe !J’ai dérouillé, mais je suis vivant. Je vais pouvoir sortir de l’hosto, c’est Luneau qui m’l’a dit ! 

Et on va me payer une jambe de bois, c’est le préfet qui l’a dit ! 

Février 1889 : ça se passe jamais aussi vite que prévu, j’ai fini l’année à l’hosto . Je vais me tenir à carreau. Je sortirai bientôt de St Hilaire, le 16 décembre 1893, enfin c’est ce qui est prévu. C’est le directeur qui l’a écrit ! 

Ce jour-là avec ma jambe de bois et ma tête de pioche, je serai devenu  l’roi de la brioche
 et ça
 c’est moi qui vous l’dit !

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L’enfant Godineau est-il sorti du bagne ? Rien ne le confirme dans son dossier. La série 3Y59 des AD86  comprend une liste nominative des dossiers d’enfants détenus à la Colonie pénitentiaire de St Hilaire au XIXème siècle. Fondé en 1842, l’établissement devient autonome en 1860. De bagne en IPES, il accueillit au fil des réformes, les enfants en éducation surveillée. Fermé en 1974, il fut transformé…

 en golf en 1985.

Article paru le 11 septembre 2014

Merci Centre Presse pour l'enfant Godineau ! 


mardi 12 mai 2015

Royal Babies !



A lire aussi dans Centre Presse aujourd'hui ! 

Royal Baby ! Au petit matin du 6 mai, une tête couronnée a pointé le bout de son joli nez ! Voyez toutes ces fées, penchées,  attendries sur le petit berceau !  Aujourd’hui  est  jour de liesse, de refrain populaire et d’heureux présage !  Dans son presbytère, le curé solitaire, lève-t-il encore son verre et  sa plume pour ces nativités particulières ?  Les dynasties passent, parfois trépassent, laissant à ces éphémères moments d’enthousiasme, une étrange douceur,  mi layette, mi sépia.
1751, la naissance du Duc de Bourgogne à Versailles, héritier de la couronne, arriva aux oreilles des paroissiens de la Chapelle-Moulière,  peu après le 13 septembre. Quelle fête ce fut dans tout le Poitou ! «  A la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, le Roy (Louis XV, son grand-père)  a doté douze filles dans toutes les villes royales et il en a fait donner à chacune 300 livres. Ce fut Monseigneur l’Evêque de Poitiers qui épousa les douze de Poitiers dans l’église de Saint-Pierre, leur  repas fut fait à l’intendance au mois de novembre 1751. »
Hélas, notre jeune prince mourut à 9 ans après une mauvaise chute. Son frère, le Duc de Berry hérita du trône. Devenu Louis le  XVIème, il donna à son premier fils, en hommage à son ainé disparu, le prénom de Louis Joseph. Pour le Dauphin, ce royal enfant, en 1781, Les Affiches du Poitou, le nez dans les étoiles,  s’illuminèrent d’une « Allégorie Astronom- Astrologique » : « Mercure, Jupiter et Vénus arrivèrent ensemble au méridien de Versailles au moment exact de l’enfantement. Mercure fit au prince de Caducée présage heureux  de paix pour les peuples d’Europe. Il est certain que Monseigneur le Dauphin est né sous les plus heureux hospices ! …»

Vous pensiez  décrétée la mort du latin ? A vos Gaffiot ! Le 27 mars 1785, pour Louis Charles, l’enfant royal suivant, le curé de Cuhon convoqua Virgile et son quatrième Eglogue, donnant sa place à ce « nouveau rejetton » parmi les immortels : « In nova progenius  caelo de nuittus alto -  llle deum vitam accipiet divisque videbit  - permixtos heroas et ipse videbitur illis -pacatumque reget patriis virtutibus orbem » . Les colonnes des Affiches, plus pragmatiques, fredonnèrent  en écho : « Par cet enfant qui vient de naitre, - le trône est encore raffermi -Si le ciel quelque jour vous le donne pour maitre - François, il est bourbon, il fera votre ami. »
Quatre ans plus tard, l’Histoire n’en fit qu’à sa tête. Se moquant des heureux présages, des éphémères  moments de liesse, la France debout, accoucha d’une Révolution,  fit vaciller les couronnes, laissant pour  la postérité, à la foule sentimentale de ses sans-culottes un curieux sentiment de… Baby-blues. Carpe Diem.
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Autres mentions dans la presse ou les registres. 



Mention dans la presse ancienne de la naissance de Marie-Thérèse-Charlotte. 


Illustration :  Marie-Antoinette et ses enfants par Louise-Elisabeth Vigée- Lebrun. Source Wikipédia

jeudi 23 avril 2015

Les Centenaires de la Vienne.

Aujourd'hui dans Centre Presse :
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Itinéraire d'une centenaire. 
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De nos jours, centenaires et doyens de l’humanité sont des miraculés comme les autres, leur authentification est indispensable. Si celle-ci se simplifie avec la rigueur de l’état civil, il en est tout autrement sous l’ancien Régime. En matière « d’oubliés de Dieu », même les plus taiseux des prêtres de nos paroisses mentionnent ces âges extrêmes, générateurs de légendes locales. Y croire, c’est garder la foi dans la parole du curé ou du journaliste local. Or, le doute reste le dogme absolu du fouilleur d’archives. Le titre de doyen de l’humanité étant fort éphémère, la championne régionale ancestrale que je vous propose aujourd’hui, ne demande, par conséquent, qu’à être détrônée…

Coté extrême longévité, les potions miracle sont toujours les mêmes : éviter le docteur, garder une vie saine, avoir du caractère, de l’appétit, et siroter une petite prune de temps en temps ! Voilà qui résume peut-être la vie de Françoise BODIN, qui mourut le 23 mars 1773, sourde mais avec toute sa raison, à l’âge de 105 ans !  Ce qui nous fait naitre la belle en 1668… En l’absence d’acte de baptême, examinons les possibles de cette étonnante vie.

 Tout d’abord, couturière, Françoise devint  accoucheuse à 25 ans au village de Saint-Pierre-des-Eglises, où elle se maria à Nicolas GUION en 1697.
La mort du pauvre Nicolas à 30 ans, le 28 décembre 1699, nous confirme le premier veuvage et donne deux pistes : l'une concernant l’âge de sa promise qui est souvent proche de celui du promis, l'autre concerne la présence de Pierre BODIN, témoin et possible père de la mariée.

 Françoise Bodin convola de nouveau deux ans plus tard, le 4 juillet 1701, avec Etienne PELTANT.

 Aucune de ces deux unions ne semble avoir porté de fruit. 
Veuve en 1714, Françoise se remaria avec Pierre Multeau, le 24 septembre 1720 à Chauvigny, à l’âge possible de 52 ans. Le couple s’installa à Jardres  où l’épousé disparut ,après 28 ans d’union, à l’âge de 88 ans. Sans l’ombre d’un doute, l’élixir de longévité pimentait  les soupes de nos vieux époux !

  Veuve pour la troisième fois à l’âge possible de 80 ans, Françoise poursuivit son métier de sage-femme, si l’on en croit la presse régionale et la législation du travail en vigueur… Jusqu’à l’âge de 102 ans ! 
Après trois ans de retraite bien méritée, elle s’éteignit au village de Bonnes. Le curé prudent lui accorda cent ans, mais laissa sur son registre, un intervalle libre pour une précision ultérieure, tant l’âge annoncé par les proches l’étonna.  La presse régionale, toujours mieux informée, lui accorda 105 ans et les honneurs d’un hommage !

Ce petit cheminement d’hypothèses, n’apporte pas de preuve formelle au miracle de la longévité de Françoise Bodin,  mais donne malgré tout un certain nombre d’éléments de possibilité. Le seul mariage répertorié et compatible mentionnant un Bodin Pierre, père possible de Françoise, eut lieu à Chauvigny en 1675 avec Catherine DUPERAT. S’il s’agit de la bonne piste, si ces deux-là n’ont pas fêté Pâques avant les Rameaux, alors Françoise s’est éteinte à 98 ans.

Quoi qu’il en soit, jeune fille sous Louis XIV, la quarantaine grelottante sous l’hiver 1709, veuve pour le sacre de Louis XV, immunisée pendant les épidémies de 1719, survivante à la famine de 1730, résistante au long hiver de 1739 comme aux canicules des années 1770, Françoise Bodin mourut centenaire, forcément centenaire… ou presque.
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Désormais les centenaires sont légion ! On en compte 22912 dans notre pays en 2015, alors qu'il n'y en avait que 100 au début du XXème siècle ! La France gagne ainsi 2000 centenaires par an et est le premier pays d'Europe en nombre de centenaires ! Dans 50 ans, la France pourrait compter 200 000 centenaires...
La santé des centenaires est plutôt bonne. Un sur deux vit à son domicile et si 86% des centenaires sont des femmes, les hommes restent plus longtemps chez eux. 
La "démocratisation" du grand âge, étant ce qu'elle est, il a fallu créer une nouvelle catégorie appelée "Supercentenaire" qui regroupe les hommes et les femmes ayant plus de 110 ans révolus. Les hommes y sont rares, seuls dix français ont dépassé les 110 ans ! 
La probabilité de devenir supercentenaire pour un centenaire est de 0,5%. 
Au sein de cette super catégorie se distingue le club solitaire et très fermé et très temporaires des doyens de l'humanité dont 7 furent de nationalité française.

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Et quelques autres Centenaires de la Vienne.


LieuDateNomPrénomAgeSource
PAYRE1730/03/08JAMETMarie103Source : AD86/Payré/BMS/1727 - 1738/vue 28
PAYRE1702/09/29SEGNELEFrançoise101Source : AD86/Payré/BMS/1696 - 1707/vue 56
BONNES1773/03/23BODINFrançoise105Source : AD86/Bonnes/BMS/1761-1773/vue 118Source : Affiches du Poitou 1773/avril-Juin/vue 7
CHAPELLE-MONTREUIL1774/10/16MILLETSimon100Affiches du Poitou 1774/Janvier-Mars/vue 27Acte non retrouvé.
BENEST1774/02/15BOUNAUDAntoine100Presse
CHARROUX1780/02/17BOUTETAntoine106Source : AD86/Charroux/BMS 1775-1780- vue 93en présence de son fils François.
CHAMPNIERS1746/10/17GESRONLouis107Source : AD86/1740-1749/vue 61en présence de Louis Gesron et de Louis Paradont
MIGNE-AUXANCES1662/06/21MARCHANDHilaire100Acte non retrouvé
ASNIERES-SUR-BLOUR1807/03/24THIMONIERFrançois100AD86/Asnières-sur-Blour/NMPD/1803-1807/vue 100né à Luchapt le 2 avril 1724 ! Il a 83 ans
AVAILLES-EN-CHATELLERAULT1727/09/09LAMACHERELouis104Source et article : AD86/Availles-en-Chatellerault/BMS/ 1717-1736/vue 46
BERUGES1771/09/17FLEURISEL?115Source : Affiches du Poitou 1774/Janvier-Mars/vue 9domestique depuis l'age de 7 ans
CiVRAY1773/09/08BERTINEAU103Source : Affiches du Poitou 1773/juillet-septembre/vue 28
CiVRAY1769TRIBOT112Source : Affiches du Poitou 1773/juillet-septembre/vue 28
LUCHE THOUARS1775SAULIGNACGeorges108Source : Affiches du Poitou 1775/juillet-septembre/vue8

jeudi 19 mars 2015

L'eclipse annulaire du 11 janvier 1777 - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 19/03/2015



Pour le prix d'une éclipse vous trouverez une aurore boréale ! 

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Eclipse de Soleil
Le vingt mars 2015, le spectacle sera dans le ciel, et l’éclipse sera totale.  Au fil des siècles, le soleil eut souvent rendez-vous avec la lune, mais la mention de l’observation de cet évènement reste à trouver dans les registres paroissiaux d’un curé féru d’astronomie. Heureusement, le quotidien régional du XVIIIème siècle, « les Affiches du Poitou », décrit avec précision le phénomène observé à Saint-Maixant, le 9 janvier 1777. L’éclipse y est qualifiée d’annulaire et comparée à celle fort fameuse qui  fut visible dans le Poitou le 1 avril 1764. 1777, 1764, deux pistes à suivre. Paléographes, à  vos lunettes astronomiques, la chasse à l’éclipse dans les archives paroissiales reste ouverte !
De St-Maixant,, 11 Janvier. L'Eclipse de Soleil, annoncée pour le 9 de ce mois, a été très sensible ici, à 3 h. 45 min. de l'après-midi : l'air était fort serein, le vent à l'est, l'immersion s'est manifestée, les rayons du soleil éclipsés. On présume que l'Eclipse a été annulaire. Il semblait qu'on distinguait un anneau de lumière répandu autour de la Lune. Dans l'instant de la conjonction des disques, on a aperçu un nuage de feu fort léger qui a couvert les deux globes pendant une minute. Les rayons du soleil ont ensuite commencé à darder du côté du couchant, la partie supérieure du soleil restant obombrée. Ce nuage de feu s'est ensuite métamorphosé en une espèce de rideau brun, qui laissait à peine apercevoir l'interposition de la lune sur la moitié du globe du soleil. A trois fois différentes le disque de cet astre n'a point répandu de rayons, et alors on croyait voit le jeu d'un prisme, toutes les couleurs se manifestaient à la vue. A 4 heures précises, un nuage obscur a dérobé la suite de l'Eclipse, et à l'instant le vent est venu sud-ouest. Il y a eu pendant toute la nuit une espèce d'ouragan, et le dégel a suivi. Il tombe depuis hier matin une petite pluie fine en forme de rosée ; le vent tient toujours au sud. Il en arriva autant lors de la fameuse Eclipse du 1 Avril 1764, que l'on ne put reconnaître ici à cause d'un brouillard considérable. On a toujours remarqué qu'il venait de la pluie à la suite des Eclipse de Soleil.

 Source : Affiches du Poitou - n° 5 du 30/01/1777, p. 19
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jeudi 5 mars 2015

Une femme en 1730 - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 05/03/2015.


Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. 


 Au répertoire des Petites Affaires Criminelles de la Vienne, la femme qui n’a pas encore sa journée,  n’est pas toujours l’avenir de l’homme.

Le soir du 3 Juillet 1730, Jean Bonneau, marchand, 32 ans, arrive à cheval dans les prés de la cure de Latillé, déterminé à y laisser brouter sa monture. Mais c'est compter sans la détermination de l'exploitante des lieux, Catherine Delamosse. Elle interpelle le cavalier, le somme de partir. Il la bouscule, elle se relève et lui envoie son sabot tout crotté à la figure ! Assommé, Bonneau fait marche arrière tandis qu’une équipe de gaillardes vient à sa rescousse se charger de la vilaine : sa femme, Marie Cante, et ses trois belles-sœurs, Gabrielle, Renée et Jeanne. Suit un sacré crêpage de chignons qui  interloque le voisinage et se termine, outrage suprême, par la mise en pièces de la coiffe de Catherine, qui s'enfuit tête nue, honteuse, sous la risée de certains. Tête nue, voilà une offense qui mérite réparation ! Au XVIIIème siècle, honte à celle qui sort « en cheveux » !
Agressée à nouveau par les mêmes furies, quatre jours plus tard, Catherine porte plainte. Tout le village est en émoi et le sénéchal instruit rapidement l'affaire. 
Les témoignages recueillis le 8 juillet sont concordants : l'altercation à l'initiative de Bonneau, le coup de sabot, et suite au coup, l'oeuf de pigeon (qui n’a peut-être que la taille d'une fève), la fureur des femmes, la coiffe déchirée, la honte...  
Une expertise médicale de la plaignante est demandée auprès du chirurgien local. Celui-ci constate des blessures superficielles, auxquelles s’ajoute, suite à la seconde agression, une fièvre pour laquelle il prescrit une saignée. 
L’histoire pourrait se réduire à une savoureuse affaire de gaillardes au marché de Latillé et prêter à sourire. D’autant plus qu’à la suite de Catherine, Jean Bonneau  porte plainte à son tour. On diligente alors une nouvelle enquête, on interroge une nouvelle série de témoins, qui apporte un éclairage différent. Le ton devient plus grave. Ce n'est plus un, mais plusieurs coups de sabots que le pauvre homme aurait subi et la réaction des femmes Cante en réponse l’agression apparait par conséquent, tout à fait justifiée. Il faut dire que cette fois, fini la journée des femmes, seuls les hommes sont entendus…
Le sénéchal doit statuer le 10 Juillet, mais au matin de ce jour-là, coup de théâtre !
Un bruit lui arrive du marché : Jean Bonneau est mort ! 
La farce tourne au tragique ! La responsabilité de Catherine est retenue, la voilà  immédiatement arrêtée et conduite en prison, pour y être de nouveau interrogée.
Jean Bonneau, lui, est enterré, entouré des femmes de sa famille et de son beau-frère. Il laisse à la charge de sa veuve, deux jeunes enfants Renée deux ans et Jeanne Geneviève, deux mois.
L’archive, hélas, ne dit pas ce qu’il advint de notre Cendrillon rebelle de Latillé…

Source : AD86 Série 8 B 170.



jeudi 19 février 2015

Potions anti-grippe - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 19/02/2015.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. 


1773, la santé n’a pas encore sa loi, mais elle a ses règles et la presse en fait écho ! Dans une ville du Poitou, chirurgiens et apothicaire s’égratignent en justice à propos de leurs compétences respectives ! Pensez braves gens ce dernier saigne ses clients dans son arrière-boutique ! S’il admet avoir un peu empiété sur les compétences de ses rivaux, le pharmacien sait se défendre et assure qu’il cessera les pratiques dont on l’accuse dès lors que l’on défendra aux premiers de faire commerce de remèdes ! Dès lors qu’il s’agit de puissant, la justice peine à froisser et renvoie, dans sa grande sagesse, l’apothicaire à ses flacons et les chirurgiens à leurs bistouris. Tels sont alors pris qui croyaient prendre ! Interdits de remèdes, les chirurgiens se voient amputés d’un profit considérable ! Ils répondent à cette « injustice » en s’accordant à ne délivrer désormais que de la poudre d’Alliaud, potion dont ils semblent avoir l’exclusive distribution. La poudre d’Alliaud, késako ? Purgatif à tout faire, elle n’est rien d’autre que l’antidote du médicament générique. La médecine de l’époque a son axiome : le riche guérit d’autant mieux qu’il est  soigné plus cher… Pour que tout aille mieux, au Jalap du pauvre, Alliaud le visionnaire, ajoute un peu de Nerprun, vendant à prix d’or à Marquise,  sa poudre de perlimpinpin ! L’histoire dira que l’homme de l’Art est mort riche et décrépi… en sirotant  son remède.
Mais revenons à nos paroisses ! Tandis que ces spécialistes de la ville toussent au tribunal, la grippe est au village. Et au village, le désert médical règne avant l’heure ! Heureusement le curé est parfois un peu sorcier et distribue en toute impunité ses potions personnelles, remèdes d’une efficacité garantie par les cieux,  qui donnent à ses registres des allures de grimoire. Voyez contre la forte fièvre : un gros de quinquina, un gros et demi d’iris de Florence, l’un et l’autre bien pulvérisés et bien délayés dans un grand verre d’eau de la fontaine qu’il faut avaler avant le moment de l’accès de fièvre. Que si la fièvre ne vient que deux heures après avoir pris le breuvage, il faut absolument manger et ne point se purger d’un ou deux jours après.  Si malgré tout vient la pleurésie, prenez une tête d’orties rouges, les couper menues, faites les bouillir dans un grand verre de vin rouge et autant d’huile d’olive… passez le tout… et faites prendre le bouillon au malade, le plus chaud qu’il pourra !
L’épidémie de grippe ayant traversé les siècles en se moquant parfois du vaccin, avec le bon curé de Cernay, décoctons allègrement et  sans tarder quinquina, lierre, iris et orties ! Le jardin nous  gardera des fièvres, de la pleurésie et même en prime de la rage ! Pour ces remèdes incontestables, on s’étonnera malgré  tout de l’utilisation de l’huile d’olive en Poitou, quand celle de noix a chez nous des vertus de guéritou incontestables !

Source : Archives Paroissiales et Presse Ancienne de la Vienne.


jeudi 18 décembre 2014

Une estoille extraordinaire - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 18/12/2014

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En cette fin d'année 1664, la France lève le nez vers le ciel. Pour les puissants comme pour les misérables, du roi Soleil au curé de Leugny, le spectacle est là, inoubliable. L’abbé Godin dépeint pour nous « la grande Estoille » qui illumine ses insomnies. Devine-t-il dans cette lueur, un message du passé ? Soupçonne-t-il qu'on y cherchera 350 ans plus tard, la clé de la vie sur terre ? Ose-t-il s'imaginer dans un futur lointain, un petit robot nommé Philae, à l’énergie poitevine,  posant sa main de fer sur l'une de ces inaccessibles étoiles ?
Qui sait ? Godin note, transformant son registre en journal des astres.
"Cette année 1664 a été remarquable par une "estoille extraordinaire" qui a commencé de paraitre par toute la France dès le commencement de novembre et a duré jusqu'à la fin de décembre, se levant sur les une à deux heures après minuit…. un peu au-delà du tropique du Capricorne."
En 1664, de cette localisation précise, les astrologues prétendent encore déduire le futur : la sécheresse, la guerre, la peste, la mort des puissants...
A Leugny, la contemplation s'étire tout au long des nuits d'insomnies du curé :
"Et  pendant le temps clair on la voyait  jusqu’à  ce que le jour  par sa lumière cachât l'étoile … aussi quand son coucher arrivait sur ce temps-là, elle était au-delà du zodiaque vers le pole antarctique … "
Regardons-la d'un peu plus près, cette comète anonyme :
" La comète était un peu émoussée ce qui la faisait paraitre plus grosse que les autres, et poussait
vers la droite, entre le septentrion et le couchant, une queue fort longue, et plus brillante que
l'étoile même, s'écartant sur sa fin à la façon de la queue d'une hirondelle."
La queue d'une hirondelle ? Ce n'est sans doute pas un mauvais présage ! La queue d'une hirondelle c'est une sorte de triangle, et dans le triangle d'une queue de comète, les astrologues voient le génie et le savoir. Mais peu importe à l'abbé Godin les présages des astrologues, nulle mention de la colère de Dieu, l’observation seule s’inscrit pour mémoire !
"Ses causes et les présages  qu’elle signifie seront déclarés par les  astrologues ..."
Mais une comète peut en cacher une autre, suscitant l’enthousiasme de notre savant curé, dans le paragraphe suivant !
« Au commencement de l’an 1665, il parut encore une autre comète, sur le jour couchant, un peu plus avancée que la Cassiopée Poussinière et pas du tout si élevée sur mon horizon, dont la queue regardait le levant… »
Etait-ce la même ou bien une autre ?
Avec l’observation de la comète de 1664, la connaissance avance. Cassini commence  à en comprendre la trajectoire.  20 ans plus tard, il accueillera à l’Observatoire Royal de Paris,  le jeune Halley,  qui, en étudiant  sa comète éponyme, percera le secret de la trajectoire elliptique et saura calculer la périodicité de ses passages.
Hélas, en cette année 1680, nulle poussière d'étoile ne brille dans les registres de Leugny...

Source : Archives de la Vienne.

Illustration : Gallica BNF

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La même comète vue en Anjou, racontée sur le blog Feuilles d'Ardoises

vendredi 10 octobre 2014

Terrible peste bovine - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 10/10/2014

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. 

1747, Brigueil-le-Chantre, Delaforest, le curé de la paroisse témoigne : « nous sommes allés en procession à Vilsalem pour prier Dieu pour l'intercession de St Roch et St Sébastien de nous préserver de la maladie qui règne sur le bétail et qui nous avoisine de toutes parts. Maladie qui a entièrement détruit le gros bétail dans plus de soixante paroisses sans y avoir laissé un seul boeuf ni vache particulièrement dans la province du Berry. La même maladie étant actuellement dans celle du Limousin. Dieu nous préserve. ». L’année suivante, le mal a envahi l’ensemble du royaume. Les processions se multiplient, vingt à vingt-cinq villages alentours !
St Roch, priez pour nous !
 Sans le savoir, de l’étable à l’église, les sabots des paroissiens diffusent le mal le long de chaque chemin de croix…1750, Charroux souffre depuis trois ans et « aucun remède », se plaint le curé. Les conséquences sont dramatiques pour « les particuliers, comme pour le service du public ». Pensez ! Pas de bœuf, pas de labour, pas de récolte, pas de lait, pas de viande. Seul espoir : prières et processions !

St Roch, ayez pitié de nous !
En plusieurs vagues, la peste bovine sévit dans toute l’Europe de 1711 à 1760. Venue de l’est, favorisée par les campagnes militaires, elle suit le trajet des troupes que le bétail accompagne.
On sait la décrire : 50 jours d’incubation contagieuse, puis les yeux s’éteignent, les narines sèchent, s’enflamment, ainsi que le palais, le cuir. La fièvre, la raideur, la diarrhée emportent l’animal en moins d’une semaine.
Tandis que les paroissiens diffusent le mal en implorant St Roch, tandis que les hommes font la guerre, partout en Europe les vétérinaires cherchent les lumières. Certains prônent les sels marins tandis que les italiens se moquent des français et de leurs  infusions vineuses de fiente de poule. Petit à petit, le pragmatisme et l’empirisme font avancer la lutte, la science, la connaissance.

St Roch aidez-nous !
On conseille les mises à couvert, les mises en quarantaine, les abattages préventifs. On se soucie du confort des animaux transportés. La peste recule mais revient…En 1761 elle amène Louis XV à promouvoir la création par Bourgelat, de la première Ecole Vétérinaire au monde, à Lyon, suivie de celle de Maison Alfort. Erasmus avant l’heure, elles accueilleront des étudiants européens et enrichiront la science et le dictionnaire. Le terme d’épizootie, maladie épidémique qui touche les animaux apparait en 1775.

L’épizootie du XVIIIème siècle, décima 200 millions de bovins en Europe et fut la première maladie virale animale éradiquée de la planète par l’homme au XXIème siècle. Merci St Roch !
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Source : AD 86.
Illustration Wikipédia.



mercredi 27 août 2014

Les risques du métier - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 27/08/2014.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. 

Le prix d’une orangeade.
Dans la famille Piorry, la postérité retiendra Pierre-François qui mania avec zèle le bistouri du Dr Guillotin sous la Terreur, puis Pierre-Adolphe né en 1794, inventeur du plessimètre et de néologismes médicaux (toxémie, septicémie). Mais c’est à Georges, leur modeste cousin, chirurgien et hédoniste, que s’offre aujourd’hui un instant de notoriété.
L’été 1792, la fièvre ne gagna pas que les esprits et l’on requit Piorry chez les Thoreau pour quelques domestiques alanguis. L’homme s’arrêta en chemin déjeuner à Ligugé chez l’ami Jouslard. Repu, il fut accueilli à 15H à Smarves, par Mme Thoreau et s’affaira d’un domestique à l’autre. La chaleur expliquait la langueur des serviteurs. Ses consultations terminées, notre chirurgien suant et las, accepta volontiers le verre de sirop offert par son hôtesse. A peine le temps d’une première gorgée d’orangeade que surgit dans le petit salon, l’époux Thoreau fulminant de colère ! De retour de la chasse, bredouille et mal luné, armé d’un fusil double, le voilà qui couche Piorry en joue! La maitresse de maison se jette au cou du jaloux, le supplie tout en cherchant à s’emparer de son arme. « Ah malheureux, que veux-tu faire ? Mr Piorry !!! Sauvez-vous, mon mari veut vous tuer !!! ».Trop tard ! Le coup atteint le docte arrière-train et l’envoie sur le « carreau ». Thoreau chargea de nouveau, Piorry, craignant l’estocade, reprit ses esprits et ses jambes à son cou, quitta l’arène en clopinant et se réfugia chez Jouslard. Maury et Bertault viendront le soir même de Poitiers opérer leur ami. Le fondement entre deux chaises pendant plusieurs jours offrit à  Piorry le loisir de murir sa riposte. Il déposa sur le bureau du juge de Paix : un habit d’étoffe, un gilet de coton, une culotte percés de trous de plomb et une plainte pour tentative d’assassinat!
Thoreau, de son côté avait mal au front et vit rouge. Persuadé de porter une belle paire des cornes, le chasseur jaloux et bredouille renversa la situation, et au jeu du vaudeville, accusa Piorry d’avoir séduit sinon violenté son épouse ! Il fit valoir ses droits d’outrage, mais nia le crime. Sa dame avait maladroitement fait partir le coup en se réfugiant contre lui.
Piorry eut beau plaider sa bonne foi, sa déontologie, brandir les lettres convoquant son intervention, retracer son itinéraire auprès des domestiques, justifier sa présence dans le petit salon par l’orangeade offerte, et la fièvre qui le prit au corps par la seule météo caniculaire, l’affaire se conclut au bénéfice du mari outragé. Georges Piorry, chirurgien modeste, hédoniste et sans-culotte, débouté de sa plainte, mesura à ses dépens la profondeur des risques du métier…
Source : ADV Série LSUPPL 421.

jeudi 21 août 2014

Itinéraire d'un Ouragan - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 21/08/2014

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

Itinéraire d’un ouragan.
Il est des ouragans sans nom qui laissent sans voix. Celui qui dévasta le Poitou, le 3 juillet 1777 fut de ceux-là. Quarante paroisses concernées, maisons dévastées, arbres arrachés, récoltes perdues. Le jour d’après, treize curés et les Affiches du Poitou racontent. Parmi eux, la plume de Maignen à Champniers s’envole.
"Le trois de juillet le Seigneur fit entendre sa voix (…). Vers les cinq heures du soir il ordonna au vent, à l'eau, au feu, au tonnerre, de se mêler et confondre ensemble pour former un tourbillon horrible destructeur de la plus précieuse portion de nos arbres (…) Mon pinceau n'est pas assez fort pour en tracer le tableau ; je frémis d'y penser. J'appelle à moi dans ce moment toutes mes pensées, mes sentiments et tout cela bouillonne dans ma tête, il me semble jusque sur le papier j'éprouve en même temps que, malgré l'effervescence de mes efforts, toute l'énergie de l'expression ne peut se proportionner à ce que je voudrais exprimer. »
« Figurez-vous donc une obscurité effrayante que les plus vifs éclairs n'interrompent que pour exciter dans le fond de l'âme un saisissement qui recommence à tout instant, on ne distingue point dans l'instant lequel des éléments dont la toute puissante main de Dieu a rompu l'équilibre fait le plus de fracas, l'éclat du tonnerre intercepté ne le propage point jusqu'à l'oreille, mais il n'en faut pas douter il est dans cette affreuse discordance la plus forte voix.
 La terre comme ébranlée ne peut retenir les arbres, les uns tombent en entier couvrant un terrain considérable ensemencé, d'autres perdent leurs branches que le tourbillon disperse au loin et de tous côtés. Le fracas de leur chute n'est point entendu un moindre bruit est absorbé par le plus grand, Dieu qui nous ménage en nous frappant semble cacher les convulsions de la nature pour ne pas tant effrayer ceux qui, surpris par l'orage, dans les chemins, se jettent dans des fosses sous les haies pour attendre pendant une heure et demie quel sera leur sort.
Retiré dans mon église j'attendais aussi avec la frayeur d'un pilote qui tient à peine le gouvernail, la fin de la tempête, et pour rentrer dans ma maison il m'eut fallu un bateau, la rivière domestique que la pluie avait formé ne s'écoula pas aussitôt que je l'aurais souhaité… Mais j'étais le moins à plaindre Tout le public gémissait non seulement sur le mal déjà fait mais encore sur le danger que la moisson semblait courir …. Lorsqu’enfin le ciel tout à coup redevint serein, sécha la faucille du moissonneur…. 
Conclusion :  un évènement de cette conséquence sera l'époque la plus remarquable de l'année mil sept cent soixante dix sept, il doit nous pénétrer de reconnaissance de ce que Dieu en brisant les arbres s'est contenté d'avertir les habitants de la terre. »
Nous devons aux colistiers de GE86 la traque de ce souffle dans les archives. Parmi eux, Sébastien Pissard pour Champniers et Alain Texier qui a illustré l’itinéraire de cet ouragan. Vous trouverez sur le blog et sur GE86, le dossier complet de cet ouragan sans nom.  

Sources :
-          Archives de la Vienne.

-          Archives insolites GE86. 

mercredi 18 juin 2014

Sur les traces des loups - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 18/06/2014.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

Loup-ange ou Fi-loup ?
Depuis lundi, les lecteurs de Centre Presse louvoient ! Entre chien et loup, la lecture de leur quotidien aiguise leur appétit. Prédateur ou victime?
Le loup ? Les curés d’antan, l’ont  accusé. Des doutes aux certitudes. Qui  est cette « beste » cet « animal féroce » qui s’attaque aux troupeaux et aux bergers ? « Un loup c’est bien un loup » !
Le loup ? Il dévora par ici une vieille femme à Sanxay, il blessa par-là deux enfants à Leugny . Qui fut le dernier homme tué par un loup dans la Vienne ?  Sur la foi inébranlable des curés, en tournant patiemment les pages des registres pendant près de deux siècles, nous comptons dix-sept victimes humaines. Souvent des enfants. Seuls au milieu du troupeau. La première victime nommée fut Jean BAILLARGEAU de Doussay (1680), la dernière Jean FRADET de Benassay (1751). En Aout 1816, le préfet de la Vienne ordonne des battues à la suite du décès d’un enfant non nommé, mort à Chiré-en-Montreuil  «  emporté par une louve qui a des petits et dont on a reconnu la trace ». L’état civil mentionne le décès de Jacques FAVREAU , 5 ans, en juillet de cette année-là.
Le loup ? Face à lui, la meute des hommes eut ses chefs et ses lois. Centre Presse mit à l’honneur, lundi, deux des plus grands chasseurs de loups de la Vienne. Mais il y en eut de nombreux plus modestes ! Chaperons rouges ou bergers méfiants du Poitou, promenez-vous dans les archives,  venez  tirer la chevillette de la série C66 et visiter vos aïeux ! Vous saurez alors si coule dans vos veines,  du sang de chasseur de loups ! Le répertoire des lieux et des patronymes offre au collectionneur de racines de quoi satisfaire sa faim !
Ne faisons pas le loup plus grand qu’il n’est et comparons les chiffres. Coté victimes humaines, une petite vingtaine de témoignages en deux siècles de registres pour la Vienne. Coté chasseurs amateurs, un tableau d’une autre envergure : il fut tué en quatorze ans, 5247 trophées dans la Généralité de Poitiers (Région Poitou Charentes de l’époque) dont la moitié environ dans la Vienne.
Le Poitou cultive mal ses légendes. La « beste » de Latillé, racontée dans ces colonnes, tua de village en village, on conta son histoire à Versailles, mais elle disparut de la mémoire collective, tandis que celle du Gévaudan, sut promouvoir l’imaginaire… Et le tourisme local !
Loup-Ange ou Fi-loup, Dieu garde la lune des loups ! Pitié pour les carnivores et prédateurs, sauce tartare ou grand veneur ! Les grand-mères racontent que bien après le dernier trophée de 1923, les loups rodaient encore la nuit. Elles racontent aussi que les loups eurent leurs meneurs un peu sorciers et leurs amoureux méconnus. Ainsi, Gontran de Bessé, en faisait-il venir de Sibérie pour son élevage au château de la Doubtière à Availles.
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Sources : Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest - Registres paroissiaux et série C66 des AD86 - Histoire et Mémoire du Loup en Charentes- Poitou- Vendée. F.Dumerchat -Sur les pas du loup. Jean-Marc Moriceau.
Ressources : Chasseurs et victimes de loups de la Vienne : répertoire nominatif et géographique sur le blog Lulu Archive.