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mardi 14 février 2017

La St Valentin de l'#Archive #Insolite #geneatheme


Pourles amoureux en panne d'inspiration
;-)

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Quand deux cours sont unis damour 
Que leurs liens sont doux et de longue durée 
Les sensibles plaisirs quils goutent tour a tour 
Leur font trouver tout le tanps dune année 
Bien plus court que celuy dun jour 
~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ 
depuis que jayme Lizette 
je souffre nuit et jour les plus cruels tourmins 
dans les plus doux plaisirs mon ame est inquiette 
helas que mon cour vous regrette 
tranquils jours, jours heureux charmants 
ou je naimois que ma nuchette 
// 
Lizette proffitez dune aymable junesse 
Qu'on passe sans plaisirs sy lon est sans tandresse 
Quand on perd un momant du beau temp des amours 
Souvenez vous qu'on le perd pour toujours 
On peut pour mieux choizir et pour le 
Satisfaire 
Estre un temps sans engagement 
Mais tost ou tard il fault qu'une bergere 
Fasse choix dun fidel amant 
~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ 
dans nos prés dans nos bois 
tout vit tout renouvelle 
a proffiter du temps dune saison sy belle 
amants heureux vous mettez tous vos soins 
mais les cours malheureux 
les ames languissantes parmi tant dagréements 
ne languissent pas moins 
et toutes les saisons leur sont indifferentes 
// 
bergers quy souffroient en aymant 
soiez constant soiez fideles 
souvant pour engager le cour des plus cruelles 
il ne fault qu'un heureux momant 
(arbre de la vie ou bouquet dessiné) 
ces fleurs nouvelles en vostre amour nouveau 
comme elles 
font sentir a mon cour milles nouveaux 
plaisirs 
mais sy le cour suivoit trop ses désirs 
ah quil mexposeroit a des paines cruelle 
sy vostre amour nestoit pas plus constant 
et ne duroit qu'autant que duroreroit 
ces fleurs nouvelles 1698 1698 1698 

mademoizelle vostre tres humble 
hobeissant et tres 
affectionné serviteur 

laffligé 
la douleur 
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Archive insolite relevée par les amis de  GE86 et parmi eux  le célèbre et talentueux
Cryptus Anonymus, à qui nous devons cette transcription d'un poème courtois vieux de 315 ans...
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Source : ADV Verrières BMS 1668-1674 pages 54 à 58. 

samedi 4 avril 2015

Un 4 avril 1785 à la porte de la cure. Enjambes (86)


"L'an mil sept cent quatre vingt cinq et le quatrième d'avril par moy curé soussigné a été baptisé Jean Martin fils de père et mère inconnus trouvé exposé à la porte de la cure ayant pour marque un ruban vert attaché au bras gauche. Ont été parrain et marraine Jean BARON demeurant la la Postière paroisse de Notre Dame et Marie CHARTIER servante chez Monsieur de la Jorginière juge de police de cette ville lesquels ont déclaré ne savoir signer de ce interpellés." ENARD curé d'Enjambes
AD86 - BMS Enjambes 1774-1792 p.81
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Archive confiée par les membres de GE86  qui contribuent activement à l'indexation de l'insolite. 
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Un 4 avril, exposé à la porte de la cure...  Il s'appelera Jean Martin. Jean comme son parrain BARON  et Martin pour que naisse avec lui un patronyme, qui pour une fois ne raconte pas son histoire. Se laisser porter par l'éphéméride pour croiser l'insolite. C'est le grand privilège de l'indexation que de donner toujours matière à réflexion les matins qui trainent silencieusement en longueur....



jeudi 5 mars 2015

Une femme en 1730 - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 05/03/2015.


Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. 


 Au répertoire des Petites Affaires Criminelles de la Vienne, la femme qui n’a pas encore sa journée,  n’est pas toujours l’avenir de l’homme.

Le soir du 3 Juillet 1730, Jean Bonneau, marchand, 32 ans, arrive à cheval dans les prés de la cure de Latillé, déterminé à y laisser brouter sa monture. Mais c'est compter sans la détermination de l'exploitante des lieux, Catherine Delamosse. Elle interpelle le cavalier, le somme de partir. Il la bouscule, elle se relève et lui envoie son sabot tout crotté à la figure ! Assommé, Bonneau fait marche arrière tandis qu’une équipe de gaillardes vient à sa rescousse se charger de la vilaine : sa femme, Marie Cante, et ses trois belles-sœurs, Gabrielle, Renée et Jeanne. Suit un sacré crêpage de chignons qui  interloque le voisinage et se termine, outrage suprême, par la mise en pièces de la coiffe de Catherine, qui s'enfuit tête nue, honteuse, sous la risée de certains. Tête nue, voilà une offense qui mérite réparation ! Au XVIIIème siècle, honte à celle qui sort « en cheveux » !
Agressée à nouveau par les mêmes furies, quatre jours plus tard, Catherine porte plainte. Tout le village est en émoi et le sénéchal instruit rapidement l'affaire. 
Les témoignages recueillis le 8 juillet sont concordants : l'altercation à l'initiative de Bonneau, le coup de sabot, et suite au coup, l'oeuf de pigeon (qui n’a peut-être que la taille d'une fève), la fureur des femmes, la coiffe déchirée, la honte...  
Une expertise médicale de la plaignante est demandée auprès du chirurgien local. Celui-ci constate des blessures superficielles, auxquelles s’ajoute, suite à la seconde agression, une fièvre pour laquelle il prescrit une saignée. 
L’histoire pourrait se réduire à une savoureuse affaire de gaillardes au marché de Latillé et prêter à sourire. D’autant plus qu’à la suite de Catherine, Jean Bonneau  porte plainte à son tour. On diligente alors une nouvelle enquête, on interroge une nouvelle série de témoins, qui apporte un éclairage différent. Le ton devient plus grave. Ce n'est plus un, mais plusieurs coups de sabots que le pauvre homme aurait subi et la réaction des femmes Cante en réponse l’agression apparait par conséquent, tout à fait justifiée. Il faut dire que cette fois, fini la journée des femmes, seuls les hommes sont entendus…
Le sénéchal doit statuer le 10 Juillet, mais au matin de ce jour-là, coup de théâtre !
Un bruit lui arrive du marché : Jean Bonneau est mort ! 
La farce tourne au tragique ! La responsabilité de Catherine est retenue, la voilà  immédiatement arrêtée et conduite en prison, pour y être de nouveau interrogée.
Jean Bonneau, lui, est enterré, entouré des femmes de sa famille et de son beau-frère. Il laisse à la charge de sa veuve, deux jeunes enfants Renée deux ans et Jeanne Geneviève, deux mois.
L’archive, hélas, ne dit pas ce qu’il advint de notre Cendrillon rebelle de Latillé…

Source : AD86 Série 8 B 170.



vendredi 4 avril 2014

Céruse Mortelle - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 04/04/2014.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.


Hygiène : un mot qui n’est pas encore au dictionnaire en ce XVIIIème siècle. Néanmoins, les règles de la toilette sont en évolution. La surmortalité infantile commence à poser des problèmes démographiques et nombreux sont ceux qui se chargent de porter la bonne parole. Les pratiques doivent évoluer, l’allaitement, les soins doivent progresser. Il y va de l’avenir de « l’humanité naissante » !
Le nourrisson n’est plus vu comme un être inférieur à peine digne d’intérêt, mais comme un homme en devenir, en construction. Rousseau est passé par là ! Tout naturellement, la presse régionale se charge d’être didactique. En prêchant la bonne pratique à la citadine qui lit, elle espère toucher la femme misérable du village qui l’écoute, changer les pratiques des campagnes où persistent inexorablement les habitudes ancestrales délétères. Ainsi en est-il de cette incroyable usage de la céruse à effet dessicatif sur les irritations des nourrissons et des enfants. La céruse comme pâte à langer de l’époque en quelque sorte.
Or la céruse, nous disent les Affiches, n’est rien d’autre que du plomb et les effets de ce métal lourd sont d’autant mieux connus qu’ils furent décrits dans la région deux siècles plus tôt, d’où l’appelation éponyme des coliques qu’ils provoquent ! Diarrhées, crampes, vomissements, troubles neurologiques, la sémiologie est vaste et grave chez les peintres et les doreurs ! On imagine  sans peine à quel point l’application de ce produit put produire de dégats chez les petits à peau si fragile !
Mais le XVIIIème siècle se méfie encore trop de l’eau, bannie de la toilette depuis les épisodes de peste. En effet, on craint à l’époque, la transmission des maladies  par les pores. Par conséquent, on nettoie en frottant avec un linge sec et on bouche les pores avec la céruse ! Mais jamais on ne lave l’enfant avec de l’eau, au mieux le fait-on quelquefois avec… du vin !

Emmaillotées, les petites mains de l’humanité naissante ne s’accrochent pas encore au sein de leurs mères, encaustiqués, saucissonnés, bras et jambes entravées par les langes, crânes déformés par les bandages, espérons que l’humanité naissante n’attende pas longtemps encore que la lecture du quotidien préféré de la fermière atteigne enfin le foyer où ils tentent miraculeusement de grandir dans une nature si hostile !  

mercredi 27 février 2013

Un curé indigné ! Arçay (86)


Des malheurs d'enfants, le curé d'Aubry en a vu d'autres. Des orphelins, des épidémies, il raconte, il laisse des traces pour la postérité, la vie de son village défile page après page.
Avec peu de mots, mais avec talent il exprime fatalisme et indignation !



Le Jeudi 2 novembre 1713, Aubry baptise Jeanne, fille de père inconnu.
Sa mère Marie La Carte est  veuve de Bourdilleau.
Veuve au XVIIIème siècle : aucun revenu, pas de métier, aucune aide. Nombreuses se retrouvent mendiantes, et certaines se prostituent pour un peu de nourriture ou quelques sous.
Aussitôt engrossées, aussitôt délaissées, abandonnées à leur triste condition.
Même nommé, dénoncé, déclaré, l'amant n'a jamais à assumer ni la grossesse, ni l'enfant né.
Jeanne accouche donc probablement seule, ce jeudi là, sous le regard réprobateur de ses voisines.
Où vit-elle ? Comment vit-elle ?
La douleur des contractions mûrit son amertume, sa révolte gronde.
Le travail fut-il trop long ?
L'expulsion porte bien son nom, ce jour-là, dès son premier cri, Marie rejette cette petite Jeanne, fruit d'une vie de misère, d''humiliation et de violence.
Marie La Carte sait bien à qui elle doit cette violence, et cette haine qui monte et lui fait rejeter ensemble le sort et l'enfant. Cet enfant, bien vivante, dont les cris l'exaspèrent.
Marie porte l'enfant à Aubry qui la baptise, ne trouve pas les mots pour apaiser la mère et ne désigne pas le père. Pourtant Aubry sait qui est le père.


Marie tient deux jours. Puis craque.
Il n'est pas d'elle cet enfant ! Il est à son oncle, c'est lui qui la force, qui l'achète, qui se sert de ce corps qu'elle nourrit si peu !
Marie perd la tête. Il fait froid cette nuit de novembre, mais rien ne l'arrête plus. Elle court dans la nuit porter la petite Jeanne, deux jours, à la porte de l'irresponsable !
 Jeanne hurlera une heure dehors, seule dans l'hiver et face au danger des animaux errants.
C'est la femme Jamain, la femme trompée, qui aura pitié.
C'est elle, Renée, qui va la décrocher de la porte, qui va la nourrir... à la cuiller d'un peu de lait.
Lait de vache ? Lait de chèvre ?
Est-ce le lait qui ne convient pas ou la force de vivre qui manque à cette petite Jeanne ?
Deux femmes meurtries. L'une rejette l'enfant, l'autre tente de le sauver.
Comment devient-on mère, comment ne le devient-on pas ?
"Certaines considérations l'en firent oster"....
Renée Jamain trouve-t-elle dans ce panier l'enfant qu'elle aimerait porter ?
Espère-t-elle en le sauvant conjurer le sort, ramener son homme dans son lit, unir son destin à celui d'une autre injustice ?
La petite Jeanne meurt 16 jours après son baptème.
Aubry, le curé d'Arçay indigné par la  disparition de ce bébé, tout autant que par l'inconséquence de ses géniteurs, en promettant la colère de Dieu aux responsables, désigne enfin le père...

Renée Jamain a-t-elle pleuré cet enfant ?
Sans doute.
Jean La Carte a-t-il exprimé des regrets, des remords ?
Peut-être.
Ensemble, ils seront parents l'année suivante.

Un petit René naît  le 16 Aout 1714, dix mois après la mort de la petite exposée.



Une petite Marie, viendra le 20 Juin 1718, elle prendra époux le 8 Juillet 1737, sous l'oeil bienveillant de sa mère, de son frère René et de son père Jean La Carte.




L'histoire ne dit pas ce qu'est devenue Marie La Carte. Je ne lui ai pas trouvé d'autre enfant.





Arçay 1713/1732 page 5
Jeanne fille de père inconnu et de Marie La Carte veuve de
défunt Bourdilleau a esté baptisée le jeudy deuxième novembre mil
sept cens treize ses parrain et maraine pierre Chevet et jeanne
Gracieux qui ont déclaré ne scavoir signer
Aubry Curé d'Arçay.
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Page suivante
La fille de père inconnu et de Marie La carte âgée de seize jours
est décédée et a esté inhumée dans le cimetière des innocents le samedy
dix huit novembre mil sept cens treize. Cet enfant est mort de force car
sa malheureuse mère l'ayat mis au monde le porta de nuit deux jours après
son accouchement à la porte de Jean La Carte son oncle qu'elle a toujours
dit en estre le père, il faut rapporté par ..... sur la croix du
Carrefour de devant l'église et exposé dans ce lieu pendant plus d'une heure
à la rigueur du froid et férocité des animaux ; enfin certaines considérations l'en
firent oster par la nommée Jamin femme du dit La Carte qui a eu soin de
l'allaiter pendant le susdit temps avec un peu de lait qu'elle lui faisait
prendre dans une cuillère. funestes actions que Dieu vengeur des Crimes ne
laissera pas impunies.

dimanche 27 janvier 2013

Deux papas et un enfant - Poitiers - 1774



C'est toujours un vrai bonheur de lire les journaux en ligne.
 Le style, la diversité des sujets, l'approfondissement philosophique, la vulgarisation intelligente, l'anecdotique au service du progrès et non l'inverse, le respect du lecteur....



C'est toujours un vrai bonheur de lire les journaux... du XVIIIème siècle.
Chez nous, les Affiches du Poitou sont en ligne. Une mine d'or pour les curieux, généalogistes ou pas.


Poitiers 1774.
Deux papas et un enfant...exposé, au siècle des Lumières, un document qui éclaire nos lanternes !
Nous avons entrevu le sort de ces petits au travers des nombreux actes d'Angliers. 
En voici un autre témoignage. Resté anonyme dans ce texte, et c'est bien dommage car son histoire est fort singulière.
On y lit qu'il revient au propriétaire de la porte sur laquelle l'enfant est accroché de se charger du colis.
On y lit qu'il peut monnayer d'en confier la charge auprès de L'Hotel Dieu de Poitiers.
On y lit que les papas s'attachent aux enfants qui croisent leur chemin.
On y  lit deux "papas" potentiels plaider pour la garde d'un petit garçon de 7 ans. On y lit aussi une maman nourricière, certes, mais l'émotion, les sentiments des deux pères potentiels est dévoilée, et c'est rarement le cas.
On y lit la définition du mariage : Le motif saint et social de l'union conjugale est d'avoir des héritiers dans lesquels on espère de se voir revivre un jour. 

On y lit la détresse du manque d'enfant
On y lit l'attachement, cet attachement dont on doute souvent à la lecture des documents de l'époque. Ces bons époux chérirent bientôt cet enfant comme s'il fut né de leur union, un bon fils, un joli enfant. 
On y lit le bonheur d'une famille adoptive. cet enfant en grandissant a resserré par sa douceur et ses caresses un noeud si doux ; ils l'appelent leur fils...

On y lit les pratiques de la mise en nourrice. Qui est ce Seigneur ? Qui sont ses enfants légitimes ? Tous en nourrice, comme il est d'usage, ils ne reviennent au foyer familial que quelques années plus tard. Le bel enfant qu'il rencontre, ce bâtard de personne, aurait-il grandi mieux que les petits nobles ?
On y lit les droits que chacun des pères pense avoir sur l'enfant : le droit de le réclamer, le droit de le reprendre, le droit de le garder
On y lit la critique de la loi, les préjugés de la Jurisprudence Féodale.
On y lit les effets de la marchandisation de l'enfant. La famille nourricière abandonne la rente pour justifier de son attachement,  pour convaincre de sa volonté d'adoption.
On y lit la parole rendue à l'enfant. Un enfant de sept ans ! la présence de l'enfant y donnait le plus grand intérêt ; il semblait cependant que c'était à lui seul à prononcer, et que libre par la nature, chez une nation qui ne reconnait point d'esclaves, il avait le droit de se donner à ceux qu'il chérissait et qui l'aimaient
On y lit la justice épaulée par les  notaires, la place du notaire dans le mariage au XVIIIème siècle.  on envoya chercher deux Notaires ; on fit un acte. 

On y lit un accord amiable. Ensemble, les notaires, le juge et les protagonistes trouvent une solution.
La présence du Magistrat rendit en quelque sorte, encore plus auguste, ce contrat dicté par la raison et par la vertu, et où le sentiment et la liberté naturelle l'emportèrent, comme cela devait être, sur les prétentions et les préjugés d'une Jurisprudence barbare que la religion, l'humanité et la politique ont du également abroger.
Une solution pour le bien d'un enfant à Poitiers en 1774.
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Il s'en est fallu il y a quelques jours qu'il ne soit élevé en cette ville un procès singulier, qui aurait pu être mis au rang des causes célèbres. un Seigneur obligé suivant les lois du royaume, de faire nourrir et élever un enfant inconnu, trouvé exposé sur ses terres, le fit recevoir à l'Hôtel Dieu de Poitiers en payant un prix convenu. Cet enfant y resta trois ans, au bout duquel temps le Seigneur pensa qu'il serait mieux alors dans une maison particulière pour y être instruit et mis dans le cas de prendre un jour une profession honnête. Le sort d'un batard intéresse toujours les bons coeurs ; c'est à la société à le venger de la dureté des parents qui l'ont abandonné. on proposa celui-ci à deux époux qui n'avaient point d'enfant ; ils l'acceptèrent moyennant une pension que promit le Seigneur, et qu'il a payée très exactement. Le motif saint et social de l'union conjugale est d'avoir des héritiers dans lesquels on espère de se voir revivre un jour. Ceux à qui la nature refuse cette satisfaction, désirent et semblent chercher du dédommagement. Ils accueillent le premier objet qu'ils croient digne de leur tendresse ; et cette illusion qui leur devient plus chère de jour en jour par l'habitude et le besoin d'aimer, les attache souvent autant que la réalité même.



 Ces bons époux chérirent bientôt cet enfant comme s'il fut né de leur union ; ils l'ont élevé pendant quatre ans avec les soins les plus tendres , cet enfant en grandissant a resserré par sa douceur et ses caresses un noeud si doux ; ils l'appelent leur fils ; il leur donne lui-même les titres que celui-ci suppose; Enfin c'est un joli enfant, digne jusques à présent de la bonne fortune que le sort parait lui promettre. Le Seigneur étant il y a quelques jours à Poitiers, voulut le voir ; sa physionomie l'intéressa au point qu'il déclara vouloir le reprendre, et prétendit qu'il avait le droit de le réclamer ; les parents adoptifs s'y opposèrent, dirent qu'il faisait leur plaisir, qu'il ferait leur bonheur et qu'ils feraient le sien, que son enfance leur appartenait, et qu'ils croyaient avoir le droit de le conserver, pour prix des soins qu'ils en avaient eu. Le Seigneur en tachant d'appuyer sa prétention sur les préjugés de la Jurisprudence Féodale, assura qu'il avait aussi pour lui les meilleures intentions. La contradiction se soutenant, on convint de s'en rapporter au jugement du Magistrat ; chacun plaida sa cause devant lui ; la présence de l'enfant y donnait le plus grand intérêt ; il semblait cependant que c'était à lui seul à prononcer, et que libre par la nature, chez une nation qui ne reconnait point d'esclaves, il avait le droit de se donner à ceux qu'il chérissait et qui l'aimaient.



La tendresse et la reconnaissance sont des impressions les plus profondes jusque dans les plus jeunes coeurs ; il n'y a point d'enfance pour la sensibilité ; l'enfant témoigna sa préférence par ses larmes et par ses cris ; il ne voulait pas sortir des bras des deux époux qui juraient eux-mêmes en pleurant qu'il ne le céderaient jamais. Il est plus aisé de sentir cette scène attendrissante que de la peindre. Le Seigneur lui-même finit par en être touché ; on envoya chercher deux Notaires ; on fit un acte ; le Seigneur abandonna sa réclamation ; l'enfant resta à ses bienfaiteurs, qui déclarèrent qu'ils le garderaient gratuitement, et promirent de lui faire embrasser une profession honnête et utile. La présence du Magistrat rendit en quelque sorte, encore plus auguste, ce contrat dicté par la raison et par la vertu, et où le sentiment et la liberté naturelle l'emportèrent, comme cela devait être, sur les prétentions et les préjugés d'une Jurisprudence barbare que la religion, l'humanité et la politique ont du également abroger.

mardi 11 décembre 2012

Quinze exposés d'enfants. Angliers (86)



Quinze exposés d'enfants plus tard, il faut repasser commande de café, l'UMP a toujours deux papas en instance de divorce, et la RFG nous apprend que  Lorphelin, notre mère carabine à tous, a failli s'appeler Laporte. J'ai rencontré l'ami Fred aux Archives de la Vienne, en quête d'un enfant trouvé, qui nous vaut un article très émouvant...

Quinze exposés plus tard, que nous disent ces enfants d'Angliers ?

Quinze enfants et cinq régimes.
 De l'ancien régime à la monarchie de Juillet. Les protagonistes se suivent, certains prennent des responsabilités (PATRI...S ou X) puis les perdent, nous connaissons le boulanger, les responsables municipaux, les juges de paix, les nourrices... La plume passe du curé à l'agent municipal, le juge de paix établit un procès-verbal. Cette modification de la procédure nous apporte quantité de détails sur les circonstances de l'abandon et les protagonistes de la découverte.

Quinze enfants et deux lois.
Sous l'ancien régime, le curé rappelle une fois l'an, l'édit d'Henri II, Février 1556,  qui oblige les célibataires et les veuves à déclarer leurs grossesses. Nous retrouvons fréquemment ce texte dans les archives paroissiales.
Nouvelle époque, nouvelle loi. 28 Juin 1793, fait obligation à la Nation de s'occuper des enfants abandonnés. On les nommera désormais orphelins. Le Juge de paix est tenu de dresser un procès verbal mentionnant tous les indices (age probable, description, vêtements, indications). Une fois fait, l'officier d'état civil à la suite, déclare l'enfant et lui donne un nom et prénom.

Quinze enfants et trois lieux d'abandon.
 La plupart du temps les enfants sont laissés à la porte du château,  d'une maison, le panier accroché, à l'aide d'une cordelette, au heurtoir, en hauteur, afin de le mettre à l'abri des animaux errants. Avant de disparaitre dans la nuit, l'adulte frappe à la porte, encore et encore. Il arrive quelquefois que le locataire fasse la sourde oreille, souvent alors un voisin se manifeste, tandis qu'une ombre fuit.
Nous verrons dans certaines affaires criminelles que la procédure a son importance. Abandonner est toléré, certains, curieusement, se vantent même d'avoir émis l'idée. A la ville l'abandon s'est organisé. Des tours sont mis en place, de l'autre coté du tourniquet, l'enfant est accueilli. A la campagne, pour offrir une petite chance à l'enfant, il faut tambouriner à la porte et le mieux est qu'on y trouve derrière une nourrice. Affaires de femmes, ce sont néanmoins la plupart du temps, leurs hommes qui vont déclarer l'exposition.
Zéphirine laissée au sol, Eugénie sur un tas de bois, au froid de janvier, Louise au ballet de l'église... Parfois les choses se compliquent, l'angoisse étreint, précipite la peur d'être découvert, reconnu, et pousse à fuir vite trop vite.

Quinze enfants et quatre saisons.
L'abandon est de tous les mois de l'année, printemps, été, automne, hiver, la nuit, après minuit. Combien de temps survit-on dans un panier par une nuit d'hiver ? Je n'ai pas cherché dans les actes de décès d'Angliers si certains avaient été retrouvés trop tard.

Quinze enfants et quelques langes.
Le juge de paix détaille : l'état de propreté global,  la nature des plumes de l'oreiller (oie, poules), la présence d'une souille (taie d'oreiller), la liste des vêtements, leur qualité, la nature des toiles utilisées (étamine, serge, indienne, mousseline, soie), les couleurs ou impressions, l'état d'usure. Autant d'éléments qui permettront de rendre l'enfant s'il est réclamé et qui indicent sur l'anticipation, le milieu social, le temps pris à préparer ce panier, les soins apportés au nouveau-né.

Quinze enfants et trois écrits identifiants.
Un petit papier trouvé dans un bonnet, gardé dans un registre. Un nom, un prénom, quelques recommandations, et parfois l'expression d'un sentiment. Douleur, regret, inquiétude. Quelques mots pour un scénario. Qui écrit ? Une sage-femme qui connait toutes les nourrices d'Angliers et la mansuétude des autorités ? La patronne autoritaire d'une petite bonne qui simplifie la gestion domestique de son domaine ? Une femme épuisée qui suspend seule au crochet d'une porte fermée le fruit amer d'une douleur adultère ? Qui est aidée ? Qui tient l' anse du panier ? Qui récidive ?
 Pourquoi Angliers ?

Quinze enfants et une trace.
Que sont-ils devenus ? Rien sur les relevés des clubs régionaux (CGP ou GE86), ni dans les mariages, ni dans les décès. Ont-ils changé de nom ? Ont-ils changé de lieu ? Ont-ils survécu ?

Quinze enfants et la série 3X aux AD86.
C'est là qu'il faut chercher réponse à ces questions.

L'abandon semble se régler en local sous l'ancien régime. Le curé baptise, confie à une nourrice, certains petits iront sans doute à l'hospice le plus proche (Loudun), quand d'autres grandiront dans une famille, travailleront dans une autre ou mendieront, errants de village en village...

A la Révolution, on organise et répertorie les enfants exposés.
Trouvés dans le village, ils sont dans un premier temps confiés à une nourrice, le plus souvent celle qui vit derrière la porte où ils furent accrochés. Une fois les déclarations faites, l'enfant est envoyé à l'hospice le plus proche. Pour les enfants d'Angliers, il s'agit de celui de Loudun. C'est un citoyen du village, impliqué dans la découverte de l'enfant, qui se charge du transfert en promettant de prendre soin du petit. Tous à partir de Joseph BRUTUS ont pris ce chemin.  Combien de ces enfants ont survécu ? La mortalité est terrible pour les enfants trouvés !
A Loudun, un numéro matricule est donné, une nourrice est désignée, le plus souvent dans le village où l'enfant fut exposé, mais parfois ailleurs bien plus loin.
Afin d'éviter les trafics, les substitutions, les enfants exposés portent un collier d'abandon. Métallique, lourd, dangereux, inamovible, il est progressivement remplacé par une boucle d'oreille mentionnant le numéro matricule. Dans la Vienne, on tarde à faire les modifications, les boucles fournies sont de piètre qualité alors qu'il les faudrait en argent, elles sont  en métal leur bord n'est même pas arrondi, source d'infections de blessures. La médecine préventive naissante s'insurge, alarme, exige.
 La Vienne tente de réduire le coût de l'abandon. Des échanges se font d'un département à l'autre, vers la Charente. Les adoptions sont rares dans les premiers registres de Poitiers. Une belle histoire trouvée, pour tant d'enfants esclaves ! En effet, bien souvent, pour ceux qui s'en chargent, ces petits ne sont que main d'oeuvre, moins considérés que le bétail de la ferme.
A douze ans, s'ils atteignent cet âge, livrés à eux mêmes, nombreux finissent mendiants ...

Quinze enfants et une enfin une trace !

 C'est la p'tite Eugénie qui m'a fait signe. Elle apparaît sur la liste nominative des enfants trouvés dont l'hospice de Loudun assure le suivi. Matricule 264. Eugénie trouvée sur le tas de bois appartenant à Patri, elle a passé la nuit dehors, ce 18 janvier, Urbain redevenu cultivateur ne l'a trouvée qu'à six heures du matin.
Eugénie a survécu, elle a exactement 1 an 11 mois et 13 jours.
 Le registre mentionne la nourrice qui s'en occupe encore. Avant son départ d'Angliers, Eugénie avait été confiée à la femme PENNIER. Sur le répertoire de Loudun, c'est la femme PANIER qui est mentionnée.
Laquelle des deux fut sa nourrice ?
A Angliers, on trouve des PENNIER et des PANIER. PANIER, un patronyme à avoir un ancêtre accroché à une porte.
Le patronyme PANIER, à Angliers, c'est celui de l'instituteur.
Se pourrait-il que la p'tite Eugénie dans sa famille d'accueil ait appris... à lire ?

Quinze enfants et un peu d'espoir.


Agnès (13/05/1783)
François (06/09/1785)
Charles (20/11/1788)
Pantaléon (27/07/1789)
André (25/03/1790)
Joseph (1 Thermidor An 2)
Stanislas  (28 Vendémiaire An 4)
Jean  (12 Ventôse an 6)
Louise  ( 7 Fructidor an 8) 
Florence ( 8 Brumaire an 10)
Augustine (15 Frimaire an 11)
Zéphirine (12/09/1808)
Pierre-François (29/06/1809)
Marguerite (09/06/1814)
Eugénie ( 18/01/1832)



dimanche 9 décembre 2012

Eugénie exposée le 18 Janvier 1832 - Angliers (86)


Parmi les quinze expositions d'Angliers, c'est le premier panier que l'on dépose dans un endroit isolé.
Celui ou celle qui livrait ce paquet a-t-il craint d'être surpris, reconnu, a-t-il du prendre la fuite?
A-t-on déplacé ce panier ?
Toujours est-il qu'elle aurait pu rester là trop longtemps cette petite Eugénie. Elle a du crier bien fort la petite Eugénie par cette nuit de janvier. Le temps glacial est toujours trop long, posée à peine à l'abri sur le tas de bois de charpente d'Urbain PATRI. Urbain. PATRI qui avec le temps est redevenu simple cultivateur, et a fini par se défaire du X puis du S de son patronyme.
Eugénie hurle-t-elle toujours au petit matin ? 
Urbain Patri trouve le panier à 6H du matin.
Urbain ne cherche pas de témoin. Ses anciennes fonctions municipales le mettent  peut-être à l'abri des suspicions.
 Les temps changent. Les abandons se multiplient.
Le trousseau ne varie pas.
Le linge du nouveau-né est de qualité, mais aucun mot ne l'accompagne.
Eugénie est confiée à la femme PENNIER nourrice, en attendant d'être confiée comme tous les autres désormais à l'hospice de Loudun.
Peut-être sera-t-elle renommée, confiée à une autre nourrice, adoptée. Nous essaierons d'en savoir plus.
1832, monarchie de Juillet,  le prénom d'une future impératrice et un nom de famille banal aujourd'hui qui raconte la misère d'hier.



L'an mil huit cent trente deux le dix huit du mois de janvier à huit
heures du matin, par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune
d'Angliers, canton de Moncontour, département de la Vienne, est comparu
Urbain PATRI cultivateur agé de quarante deux ans, domicilié au bourg
et commune d'Angliers qui nous a déclaré que le dix huit du dit mois
de Janvier sur les six heures du matin étant seul il a trouvé dans
l'avenue du chateau du dit Angliers qui conduit à la grande route de
Loudun à main droite l'endroit appellé la Barrière à deux mètres de distance
de sa porte pour aller à sa cour sur les bois de charpente à lui appartenant
un enfant du sexe féminin lequel nous le présente emmailloté d'un linge
blanc par dessus un langeroux noir munis d'une brassière d'une chemise d'un bonnet
d'indienne rouge une couverture noire Le tout dans une gourbeille, après
avoir visité l'enfant, avons reconnu qu'il était du sexe féminin qu'il
paraissait agé d'environ huit à dix heures, n'ayant aucune marque à
notre apparence ni aucun écrit qui ne nous le fasse reconnaître. De suite avons
inscrit l'enfant sous les noms et prénoms de Eugénie DUBOIS, et avons ordonné qu'il
soir remis à Marie RICHARD femme PENNIER habitante dudit Angliers qu'il veulent se
charger du dit enfant.
De quoi avons dressé Procès verbal en présence de Louis AUCHER laboureur
domicilié au dit Angliers agé de quarante deux ans et de Louis BOUREAU
garde champêtre de la commune d'Angliers agé de vingt neuf ans qui ont
avec nous signé après qu'il en a été donné lecture du contenu du procès
au présent procès verbal;

AD 86 Angliers N 1830/1842 page 13/80
Nom : DUBOIS
Prénom : Eugénie
Date : 18/01/1832
Heure de découverte : 6H du matin
Lieu de découverte : Barrière de l'avenue du chateau
Découvert par: Urbain PATRI cultivateur
Noms des parrain et marraine, témoins : Louis AUCHER, Louis BOUREAU
Description : bon linge
Documents laissés : non
Confié à :  Marie RICHARD femme PENNIER nourrice.


Elle va survivre notre petite Eugénie et  revenir vivre chez la femme PENNIER (PANIER) sa nourrice.
Nous retrouvons sa trace sur les registres de Loudun. 








Eugénie dans son malheur a beaucoup de chance. Marie RICHARD sa nourrice n'est pas mariée à n'importe qui. Jean PENNIER (ou PANIER selon les actes) est sacristain et instituteur, comme indiqué sur l'acte de mariage du 13 juillet 1824 à Angliers



Eugénie apprend peut-être à lire et devient domestique dans la commune de Chalais (Vienne), elle y rencontre Pierre Renoué, terrassier, fils majeur naturel, comme elle. Ils se marient à Chalais le 10 janvier  1854. Toute la famille PENNIER est là. L'un des fils, lui même instituteur est témoin de la promise. Il est indiqué sur l'acte de mariage que Pierre Renoué est né le 18 juin 1825 à Saint-Jean-de-Sauves. Rien n'est mentionné dans le registre de cette commune. Mais l'arbre de Jean Favre, en ligne sur Généanet,  nous délivre un doux secret de famille "Pierre aurait été trouvé à sa naissance sur un tas de pierres dans le village de Renoué, d'où son prénom et son nom, il était vêtu d'habits luxueux!... à vérifier. il a été élevé par un curé, de quelle commune? " 
Les archives des enfants trouvés de Loudun ne sont pas en ligne. 
Toujours est-il que nos deux petits survivants se sont trouvés, se sont aimés et ont eu ensemble 7 enfants

F Eugénie Gabrielle RENOUE 1854-
F Marie RENOUE 1857-1947
H Eugéne RENOUE 1859-1937
F Léonie RENOUE 1862-
H Hypolite RENOUE 1866-1870
H Alfred RENOUE 1869-
H François Alphonse RENOUE 1872-1964

Le 21 aout 1870 Madeleine Pannier (sa nourrice) donne des terres à Eugénie (Source Généanet, arbre de Jean Favre)
- 1901 3 mai décès au Bouchet. AD86


Agnès (13/05/1783)
François (06/09/1785)
Charles (20/11/1788)
Pantaléon (27/07/1789)
André (25/03/1790)
Joseph (1 Thermidor An 2)
Stanislas  (28 Vendémiaire An 4)
Jean  (12 Ventôse an 6)
Louise  ( 7 Fructidor an 8) 
Florence ( 8 Brumaire an 10)
Augustine (15 Frimaire an 11)
Zéphirine (12/09/1808)
Pierre-François (29/06/1809)
Marguerite (09/06/1814)
Eugénie ( 18/01/1832)


Marguerite exposée le 9 Juin 1814 - Angliers (86)


Juin 1814, même scénario, quatorzième enfant, vous êtes rodés.
On accroche le panier, on frappe à la porte, on fuit, après s'est assuré que la porte s'est bien ouverte. Nous verrons bientôt dans une terrible affaire criminelle, que le détail a son importance. Mais c'est une autre histoire...
 La porte s'ouvre,Jean GIGON va chercher des témoins pour se protéger d'une complicité éventuelle avec l'acte d'abandon. Louis Richard CORDIER et Louis NAUDEAU sont là. On décroche le panier.
Et on va ensemble chercher les autorités. On démaillote, on dresse le procès-verbal et enfin on donne à manger au pauvre petit drôle. C'est Marguerite MAUPION qui s'en charge.
A cet air de déjà vu, s'ajoute ici deux belles surprises. Tout d'abord, ce petit papier plié dans le registre.

Trésor d'archives; Il s'agit de l'écrit laissé par celui qui abandonne. On peut à loisir disserter sur l'écriture aisée, l'orthographe très correcte.
Une main de sage-femme ?

messieurs de l'administration chargés de cet enfant
sont priés de le faire enregistrer sous le nom
d'AMINTHE DU BEAU JOUR, elle n'est point baptisée
elle a seulement reçu l'eau - 

Elle a seulement reçu l'eau, un geste de sage-femme ?
Le style du texte.
Souvenez-vous cette prose mi-autoritaire mi-reconnaissante, nous l'avions déjà presque mot à mot pour Zéphirine.
Hélas, impossible d'en comparer les écritures, le précédent nous manque.
Marguerite et Zéphirine seraient-elles soeurs, cousines, venues au monde des mêmes mains ?
Le choix des noms et prénoms, la qualité du linge, incitent à évoquer une  parenté au moins une solidarité voire une complicité selon un contexte que nous ne connaîtrons jamais.
Augustine, Zéphirine, Marguerite, qui tient l'anse du panier et fait le chemin vers Angliers ?

Le neuf du mois de juin mil huit cent quatorze par 
devant nous maire de la commune d'Angliers faisant
les fonctions d'officier civil sur les quatre heures
du matin est comparu Jean GIGON cultivateur agé
d'environ trente ans demeurant au bourg d'Angliers
accompagné de Louis Richard CORDIER agé d'environ
cinquante ans et de Louis NAUDEAU l'ainé cultivateur
agé de soixante ans tous les deux ses voisins les
quels nous ont déclaré que lui Jean GIGON ayant 
entendu vers les minuit frapper à sa porte et
ayant été pour ouvrir n'a trouvé personne ; ayant
aperçu à sa porte un enfant exposé, a été de 
suite frapper à la porte des susdits Louis RICHARD et
Louis NAUDEAU qui sont venus avec lui faire l'enlèvement
du dit enfant ; d'après laquelle déclaration
moi maire susdit et accompagné des dits témoins
me suis transporté de suite au lieu désigné, me suis
fait représenter le dit enfant dont examen ayant 
été fait il a été reconnu être du sexe féminin
qui a paru être né depuis peu, emmailloté d'un 
oreiller de plume couvert d'une toile demi
usée, de deux langes d'étamine grise, de deux
drapeaux de grosse toile, d'une chemise, d'une
brassière de serge de coton, d'un bonnet
de soie rayée avec un écrit contenant ces termes :
messieurs de l'administration chargés de cet enfant
sont priés de le faire enregistrer sous le nom
d'AMINTHE DU BEAUJOUR, elle n'est point baptisée
elle a seulement reçu l'eau - Ce sont là tous les 
objets qu'on a trouvé sur l'enfant dans un panier
d'osier ; sommés les dits témoins s'ils n'avaient aucune
connaissance de l'exposition de cet enfat, ont dit
n'en avoir aucune, ensuite l'avons remis à Marguerite
MAUPION femme POTTIER nourrice pour lui donner
les soins nécessaires moyennant la rétribution attendue
par le gouvernement et avons inscrit l'enfant
sous les nom et prénom de Marguerite AMINTHE 
DU BEAUJOUR ; de quoi avons dressé procès  verbal
en présence des dits Jean GIGON, Louis RICHARD, 
et Louis NAUDEAU soussignés fors Louis RICHARD
qui ne le sait pas ; après que lecture leur a été
faite du contenu du présent procès verbal. 

-----------

Nom : AMINTHE DU BEAU JOUR
Prénom  : Marguerite
Date : 9 Juin 1814
Heure de découverte : minuit
Lieu de découverte : Porte
Découvert par : Jean GIGON, cultivateur
Noms des parrain et marraine, témoins : Louis RICHARD et Louis NAUDEAU
Description : bon linge
Documents laissés : papier avec nom et demande de baptème.
confiée à Marguerite MAUPION femme Pottier nourrice

Pierre-François exposé le 29 Juin 1809 - Angliers (86)


C'est Jacques CORNAY qui la nuit du 29 juin entend les coups à la porte. A la porte... de son voisin Jean PATRIS qui lui n'entend rien. Ou peut-être ne veut-il pas entendre.
En voyant l'enfant, CORNAY cède à la voix de l'humanité, et secoue de plus belle la porte et finit par réveiller le destinataire du colis. Tant d'humanité, qu'il réveille aussi Jacques DUPUIS qui vit dans la même cour. C'est peut-être bien plutôt la femme DUPUIS dont on cherche l'humanité, car c'est elle qui est nourrice. Encore une fois, le panier est accroché à la bonne porte.
Celui ou celle qui abandonne connait bien les membres de ce village et son geste est préparé.
Pierre-François est enfant de petites gens, son panier est sale, sa layette usée. Aucun papier n'est retourvé.
C'est Marie TURQUIN qui va le nourrir, la femme DUPUIS, en attendant qu'on l'envoie à Loudun, puisque la procédure est désormais habituelle.
L'interrogatoire s'assure que les témoins n'ont eu aucune connaissance préalable de l'exposition.
On décide d'appeler cet enfant DESORME. Pourquoi ? Pourquoi pas. Ce patronyme se retrouve essentiellement au Nord et au Sud-Est de la France. On ne trouve aucun DESORME ni sur les relevés GE86, ni sur ceux du CGP.


Aujourd'hui vingt neuvième jour de juin mil huit cent
neuf, à sept heures du matin, pardevant nous maire de la commune
d'Angliers, canton de Moncontour, arrondissement de Loudun, département
de la Vienne, faisant les fonctions d'officier public de l'état
civil, est comparu Jacques CORNAY journalier agé de trente six ans, 
demeurant au bourg d'Angliers, accompagné de Jean PATRIS
sabotier agé de quarante trois ans et de Jacques DUPUIS charpentier
agé de trente huit ans, tous les deux ses voisins lesquels nous ont déclaré
ce qui suit ; que lui Jacques CORNAY ayant entendu vers les trois heures 
du matin frapper plusieurs coups à sa porte et ayant été pour
ouvrir, il n'a trouvé personne, mais a apperçu à la porte du dit
Jean PATRIS qui fait face à la sienne, un enfant exposé ; que cédant
à la voix de l'humanité qui parlait en faveur de cet enfant, il a 
été frapper à la porte des dits Jean PATRIS et Jacques DUPUIS
habitans tous les deux dans la même cour et qui sont venus
avec lui faire l'enlèvement du dit enfant ; d'après laquelle
déclaration, moi maire susdit, accompagné des dits témoins, me 
suis transporté de suite au lieu désigné et me suis fait représenter
le dit enfant dont examen ayant été fait, il a été reconnu être
de sexe masculin, agé depuis très peu de temps, emmailloté
d'un oreiller de mauvaise plume, le dit oreiller en toile blanche
et usée, de deux langes dont l'un d'étamine grise et l'autre
de toile blanche, d'une chemise de linge usé et une coulisse
de soie rouge, qui sont tous les vêtements dont le dit enfant
était couvert, n'ayant d'ailleurs trouvé sur lui aucun papier
pour le faire un jour reconnaitre. Sommés, les dits témoins,
s'ils n'avaient connaissance de l'expositioin du dit
enfant, ont dit n'en avoir aucune : et aux fins de procurer 
à icelui les secours dont il pouvait avoir besoin, avons ordonné
qu'il fut remis provisoirement à Marie TURQUIN nourrice, 
femme dudit Jacques DUPUIS, laquelle nous a promis en
avoir tous les soins convenables jusqu'à ce qu'il en fut autre
ment ordonné. De suite avons inscrit l'enfant sous les noms
et prénomns de Pierre François Joseph Désorme. 
De quoi avons dressé un procès verbal en présence des dits Jacques
Cernay, Jean Patris, et Jean Dupuis qui ont déclaré ne savoir 
signer, fors le sous signé après que lecture leur a été faite 
du contenu du dit procès verbal . un mot rayé nul. 


Source : AD 86 Angliers N 1801/1814 page 40/78
Nom : DESORME
Prénom  : Pierre François
Date : 29 juin 1809
Heure de découverte : 3H du matin
Lieu de découverte : à la porte de Jean PATRIS et Jacques DUPUIS (marié à une nourrice)
découvert par : Jacques CORNAY journalier
Noms des parrain et marraine, témoins : Jean PATRIS et Jacques DUPUIS
Description : Bon linge
Documents laissés : non.
confié à Marie TURQUIN nourrice, femme dudit Jacques DUPUIS.

samedi 8 décembre 2012

Zéphirine exposée le 12 septembre 1808 - Angliers (86)


Cette fois, Jeanne TETE-FOLLE avertit elle-même les autorités. On a frappé à sa porte, vers minuit. Elle, son mari Louis, Jacques et René Tete-folle cultivateurs ont accouru et trouvé "couché sur la terre" un enfant exposé, emmailloté dans un oreiller de plumes de poules, couvert de sa souille, avec une layette en bon état et un papier contenant ces mots :
"messieurs les administrateurs chargés du soin de cet enfant, sont
invités de le faire baptiser et enregistrer sous le nom de Zéphirine
ULFANIE, ils obligeront infiniment ceux à qui il appartient"
Le message est clair, voire autoritaire. Qui écrit ? Sans doute pas la mère de l'enfant. Plutôt un intermédiaire. Il ordonne plus qu'il n'implore. Il semble habitué à être écouté. C'est la première fois que s'ajoute à une demande de soins, la demande d'un baptème. Quel déchirement, quel dilemne dans ces quelques lignes, on y ressent un certain fatalisme emprunt d'un immense regret. Complice familial ? Sage-femme ?
Si Zéphirine s'est retrouvée seule à la porte, le temps qu'elle s'ouvre, quelqu'un sans doute dans l'ombre veillait et sa maman n'était probablement pas seule lorsqu'elle l'a mise au monde.
Zéphirine, est enfant du secret, mais pas de la misère, hélas il est des secrets qui rendent tristement misérables.

Aujourd'hui douzième jour de septembre mil huit
cent huit, moi maire sous signé faisant les fonctions d'officier
public de l'état civil, sur l'avertissement qui m'a été fait
cejourd'hui par Jeanne TETE-FOLLE épouse de Louis TETE-FOLLE
journalier demeurant au bourg d'Angliers, de l'exposition d'un 
enfant trouvé à sa porte, me suis transporté au domicile des dits
TESTE-FOLLE lesquels, en présence des citoyens Jacques et René
TETE-FOLLE, tous les deux cultivateurs et domiciliés de cette commune
témoins à ce requis, m'ont déclaré que cette nuit environ minuit
l'on avait frappé à leur porte, que les dits y ont accouru pour
savoir ce que c'était, qu'ils ont reconnu que c'était un enfant exposé
et couché sur la terre, emmailloté dans un oreiller de plumes
de poules, couvert de sa souille, le tout en toile, deux langes
d'étamine grise, deux drapeaux, des brassières d'étamine blanche
une coulisse en toile, une chemise et un papier contenant ces mots,
(messieurs les administrateurs chargés du soin de cet enfant, sont
invités de le faire baptiser et enregistrer sous le nom de Zéphirine
ULFANIE, ils obligeront infiniment ceux à qui il appartient)
examen fait dudit enfant, il a été reconnu être de sexe féminin
et vu le besoin d'aliments nécessaires au dit enfant, avons engagé
la dite Jeanne TETE-FOLLE nourrice d'alimenter provisoirement
cet enfant, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, ensuite
avons sommé les dits Jacques et René TETE-FOLLE de nous déclarer
s'ils n'avaient aucune autre connaissance de l'exposition du 
dit enfant, et ont dit n'en avoir aucune autre. fait et arrêté
en présence des dits témoins et des dits Jeanne et Louis TETE
FOLLE, les jours mois et an que dessus, et ont dit témoins
signé avec nous, Louis et Jeanne TETE-FOLLE ayant déclaré ne
le savoir de ce enquis. 
Signé en la minute NAUDEAU maire, Jacques et René TETE-FOLLE

D'après la lecture de ce procès verbla que les dits
témoins ont déclaré être conforme à la vérité, et la réprésentation
qui m'a été faite de l'enfant qui y est désigné, j'ai 
en conformité de l'écrit trouvé sur le dit enfant, donné à 
icelui le nom de Zéphirine ULFANIE, et j'ai rédigé en
vertu des pouvoirs qui me sont délégués, le présent act que 
les dits témoins ont signé avec moi, les dits Louis et Jeanne
TETE-FOLLE ayant déclaré ne le savoir. 


Source : AD 86 Angliers N 1801/1814 page 34/78
Nom : ULPHANIE
Prénom  : Zéphirine
Date : 12 septembre 1808
Heure de découverte : Minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Jeanne BOURDIER, Jacques et René TETE-FOLLE
Noms des parrain et marraine, témoins :
Description : Bon linge
Documents laissés : Papier avec nom, prénom et demande de baptème.
confiée à Jeanne BOURDIER nourrice, épouse TETE-FOLLE.

Augustine exposée le 15 Frimaire An XI - Angliers (86)


Un an plus tard (1802) on prend les mêmes et on recommence... La petite Augustine est accrochée à la porte du Journalier TETE-FOLLE qui l'a bien sur les épaules et s'empresse de mettre l'enfant à l'abri, en frimaire il fait un temps de décembre ! Pour se protéger au mieux des ennuis possibles, il appelle des témoins, Jean PANIER l'instituteur (Panier serait-il un descendant d'enfant exposé?) et Vincent PATRI le sabotier. Une fois de plus le panier est accroché à la porte d'une nourrice, Jeanne BOURDIER qui se chargera d'alimenter la petite après l'avoir démaillotée pour qu'un procès-verbal établisse la liste de ses effets et l'état dans lequel l'enfant se présente.
La layette est propre et soignée, l'oreiller de plume, encouété il doit disposer d'une taie,  la cotonnade de couleur et la toile de qualité (serge).
Un écrit demande qu'on la nomme Augustine MIRTALLE, ce qui sera fait
Google refuse de m'aider à comprendre MIRTALLE, me renvoie à Myrtille ou Arcelor... Pour Augustine, la vie n'est pas d'la tarte et c'est déjà un combat.

Aujourd'hui quinzième jour de frimaire onzième
année républicaine, nous maire et adjoint de la commune
d'Angliers, d'après l'avertissement à nous donné par le
citoyen Charles TETE-FOLLE journalier demeurant au
bourg d'Angliers, de l'exposition d'un enfant trouvé 
à sa porte, nous sommes transportés au domicile 
du dit TETE-FOLLE, lequel, en présence des citoyens
Jean PANIER instituteur et Vincent PATRI sabotier
demeurant au dit bourg d'Angliers et témoins à nous
requis, nous a déclaré qu'hier au soir environ minuit
on avait frappé à sa porte, et qu'y étant accouru
pour ouvrir, il y avait trouvé un enfant emmaillotté
qu'aussitôt il avait appelé les témoins ci-dessus désignés
pour faire la levée de l'enfant, afin de lui faire donner
ensuite tous les secours dont il pourrait avoir besoin
ce oui et en présence des dits témoins nous nou s
sommes faits présenter le dit enfant lequel nous a
paru avoir très peu de jours, emmailloté d'un oreiller
de plume d'oie, le dit oreiller en couété et garni d'une
souille de cotonade bleue, deux langes d'étamine
grise, deux drapeaux, une brassière de serge bleu
une chemise, une petite coulisse et un papier contenant
ces mots, augustine MIRTALLE, et examen fait du dit 
enfant, il a été reconnu être féminin. Vu le besoin 
d'aliments nécessaires au dit enfant, avons engagé
la citoyenne Jeanne BOURDIER femme TETE-FOLLE pour 
alimenter provisoirement l'enfant jusqu'à ce que l'on 
y ait pourvu autrement. Sommés, les dits PANIER et 
TETE-FOLLE, les jours et an que dessus et ont les ci dessous
dénommés, déclaré ne savoir signer, hors le sous signé
Signé en la minute NAUDEAU maire, PONCET adjoint, 
PANIER instituteur. 

D'après la lecture de ce procès verbal que les dits Jean
PANIER et Vincent PATRI ont déclaré être conforme à la 
vérité et la représentation qui m'a été faite de
l'enfant qui y est désigné, j'ai en conformité de
l'écrit trouvé sur le dit enfant, donné à icelui le nom
d'Augustine MIRTALLE, et j'ai rédigé en vertu des
pouvoirs qui me sont délégués, le présent acte que
le citoyen PANIER a signé avec moi, le citoyen Vincent
PATRI ayant déclaré ne savoir signer. 

Source : AD 86 Angliers N - 1798/1806 page 20/43
Nom : MIRTALLE
Prénom  : Augustine
Date : 6 décembre 1802
Heure de découverte : minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Charles TETE-FOLLE
Noms des parrain et marraine, témoins : Jean PANIER instituteur et Vincent PATRI sabotier
Description :bon linge
Documents laissés :oui avec nom et prénom
Confié à Jeanne BOURDIER femme TETE-FOLLE, nourrice.

Florence exposée le 8 Brumaire An X - Anglliers (86)


C'est Henri Joseph REGNIER, le tailleur qui se précipite lorsqu'on heurte à sa porte. Habitude ? Il y trouve cette nuit de novembre un panier accroché, qu'il s'empresse de mettre à l'abri. Une fois de plus cette porte n'a pas été choisie au hasard, la femme du tailleur est nourrice.
Emmaillotée dans un oreiller sans souille (sans taie), la layette du nouveau-né est en toile d'indienne. La toile d'indienne est une étoffe imprimée aux couleurs gaies, qui commence à devenir à la mode. Ce détail en dit long sur l'enfant perdu, comme le petit mot qui l'accompagne et lui donne un nom : Florence OLIMPE.
Quel joli nom, quelle élégance ! OLYMPE en écho à Madame De Gouge la révolutionnaire ? OLIMPE pour signifier que si les choses changeaient aussi pour les femmes, un peu plus vite, un peu vraiment, les paniers ne s'empliraient pas des fruits de l'amour ?

L'abandon est de tous les milieux sociaux, de tous les désespoirs...
Jeanne SENNEGON la femme du tailleur est chargée d'alimenter Florence et Joseph son époux de s'organiser pour l'amener à l'hospice de Loudun, après qu'il ait été enregistré à la mairie.



Aujourd'hui dix huitième jour de Brumaire, dixième
année républicaine, pardevant moi Jean PONCET adjoint
de cette commune, faisant dans l'absence du maire les
fonctions d'officier public de l'état civil, sous signé est
comparu en la maison commune le citoyen Louis NAUDEAU
assesseur de la justice de Paix de Martaizé, faisant pour l'em
pêchement du juge de paix du dit Martaizé, le dit NAUDEAU
demeurant au bourg d'angliers, lequel assisté des citoyens
Casimir AUBIN marchand et Jean NAUDEAU cultivateur demeurant
au dit bourg d'Angliers, m'a déclaré qu'ayant été informé
qu'un enfant était exposé au bourg susdit, il s'était transporté
sur le lieu et y avait rédigé le procès verbal dont la teneur suit. 

Le dix huit Brumaire an dix de la république
française une et indivisible, nous Louis NAUDEAU assesseur
de la justice de paix de Martaizé, faisant pour l'empê-
-chement du juge de paix, ayant été informé par Henri
Joseph REGNIER tailleur d'habits demeurant au bourg d'Angliers
qu'hier au soir environ minuit on avait heurté à sa porte
qu'y étant accouru, il avait trouvé un enfant emmailloté et sur
le champ il l'avait entré dans sa maison. En conséquence,
nous assesseur susdit faisant comme dit est, sommes en 
présence des citoyens Casimir AUBIN marchand et Jean
NAUDEAU cultivateur demeurant au bourg dudit Angliers
transporté au domicile dudit REGNIER ou étant dans la
principale chambre en présence desdits témoins, le dit REGNIER
nous a présenté un enfant lequel nous a paru avoir très peu d'age,
être emmailloté d'un oreillé
sans souille, d'un petit mouchoir d'indienne
brune, une coulisse d'indienne fond blanc, d'une petite
brassière en serge brune et de trois petites chemises ; lequel
enfant a été reconnu être féminin que le besoin d'aliments
nécessaires au dit enfant, avons engagé la citoyenne Jeanne
SENNEGON femme REGNIER, nourrice, d'alimenter provisoirement
l'enfant jusqu'à ce qu'on y ait pourvu autrement. Ordonnons
au dit REGNIER de transporter ou faire transporter icelui
enfant à l'hospice de ville de Loudun, et que préalablement
il le fasse enregistrer sur le registre de naissances de la
commune d'Angliers. 

Fait et arrêté en présence des dits témoins, du dit REGNIER et 
sa femmme, les jours et an que dessus, et ont tous les témoins
déclaré ne savoir signer, de ce enquis, fors le sous signé. 
Signé en la minute, NAUDEAU assesseur, AUBIN.

D'après la lecture de ce procès verbal que les dits Casimir
AUBIN et Jean NAUDEAU ont déclaré être conforme à la vérité, 
et la représentation qui m'a été faite de l'enfant qui y est
désigné, j'ai en conformité de l'écrit trouvé sur ledit enfant,
par lequel écrit on parait désirer que cet enfant soit nommé
Olimpe, donné à icelui enfant le nom d'OLIMPE et le prénom 
de Florence, et j'ai rédigé en vertu des pouvoirs qui me sont délégués
le présent acte que le citoyen NAUDEAU assesseur du juge de paix a
signé avec moi ainsi que le dit citoyen AUBIN, le citoyen Jean
NAUDEAU ayant déclaré ne savoir signer. 


Nom : OLYMPE
Prénom  : Florence
Date : 9 novembre 1801
Heure de découverte : minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Henri-Joseph REGNIER tailleur d'habits
Noms des parrain et marraine, témoins : Casimir AUBIN marchand et Jean NAUDEAU cultivateur
Description :bon linge
Documents laissés : oui avec indication de nom et prénom
Confié à  Jeanne SENNEGON femme REGNIER, nourrice

vendredi 7 décembre 2012

Louise exposée le 7 Fructidor An VIII - Angliers (86)


En voilà une idée originale ! Louise est exposée à la porte de l'église ! C'est bien la première fois que ça arrive sur Angliers ! Changement de siècle, nous voilà en 1800.
Le scénario lui change peu.
Ce sont PINBERT et COCU qui ont trouvé la petite, en allant au travail de très bon matin, vers les quatre heures.
Accrochée à la porte du ballet de l'église. Le ballet de l'église n'a rien à voir avec une buanderie, c'est une petite avancée couverte à coté voire de chaque coté de la porte principale, destinée à abriter les bavards après la messe, les jours de pluie. Endroit idéal donc pour y déposer un panier d'abandon.
Pour la première fois, l'enfant semble avoir été démaillotée par un homme, en effet dans les témoins réunis on ne compte pas de femme.
La p'tite Louise n'est pas richement vêtue, ceux-ci sont un peu usés, mais propres.
Pour la première fois on décide de l'envoyer sans attendre à l'hospice de Loudun, preuve que la structure d'accueil est disponible. C'est Jean BOULET journalier qui se charge du transfert.
 On  donne tout simplement à cette enfant  le nom de DU BALLET, une manière de ne pas mettre la poussière sous les tapis.
En souhaitant que ce patronyme éponyme en ait fait une sorcière plutôt qu'une ménagère !



Aujourd'hui septième jour de Fructidor quatrième
huitième année républicaine à quatre heures du soir, par devant
moi André NAUDEAU maire de cette commune, faisant les fonctions
d'officier public de l'état civil, sous signé est comparu en la maison
commune le citoyen DABADIE  juge de paix du canton de Martaizé
et y demeurant lequel assisté des citoyens Nicolas PINBERT cultivateur
domicilié de la commune de Chalais et Vincent COCU journalier domicilié
en cette commune, m'a déclaré qu'ayant été instruit qu'un enfant
était exposé en cette commune, il s'était transporté sur le lieu
et y avait rédigé le procès-verbal dont la teneur suit :

Aujourd'hui septième jour de Fructidor, an huit de la république
française une et indivisible, sur les deux heures de relevée
Nous juge de paix du canton de Martaizé ayant été informé
que dans la matinée de ce jour, sur les quatre heures du matin les citoyens
cy-après nommés auraient trouvé à la porte de l'église de la commune
d'angliers un enfant exposé ; en conséquence sur le dit avertissement nous
juge de paix susdit accompagné de notre greffier, nous sommes transportés
en la dite commune d'angliers, où étant les citoyens Nicolas
PINBERT cultivateur demeurant commune de Chalais et Vincent COCU
journalier demeurant dite commune d'Angliers, nous ont dit avoir trouvé
le dit enfant exposé à l'heure ci-dessus dite, en conséquence en leur présence
et de celle du citoyen André NAUDEAU maire de la dite commune, avons
effectivement reconnu que c'était un enfant né depuis très peu de temps
exposé dans un panier d'ozier, suspendu à la porte du ballet de la dite
église ; examen fait de l'enfant par les dits témoins, il a été réconnu être
du sexe féminin, être emmailloté d'un oreiller de plume de poule
entier en mauvaise toile, d'un lange de foulée grise, un autre d'étamine
même couleur, deux petites chemises de linge usé, une petite paire de
brassières de ras bleu, une petite coulisse pour servir de bonnet, qui sont
tous les vêtements dont le dit enfant était couvert : sommés les dits PINBERT
et COCU s'ils n'avaient aucune connaissance de l'exposition du dit
enfant ont dit n'en avoir aucune. En conséquence de tout quoi, pour
subsistance d'icelui, en vertu de la loi du vingt sept frimaire an
cinq, ordonnons qu'icelui enfant sera transporté sur le champ à l'hospice
civil de Loudun par Jean BOULET journalier demeurant au bourg d'Angliers
lequel ici présent a accepté la dite commission et à promis de transporter
le dit enfant au lieu ci dessus désigné avec le plus grand soin
de tout quoi avons donné acte.

Fait et rédigé le présent procès verbal en présence des témoins sus nommés
et du dit NAUDEAU auquel expédition
des présentes sera sur le champ délivrée. Ont les témoins
déclaré ne savoir signer et le dit citoyen NAUDEAU a avec nous
signé.
Signé en la minute, NAUDEAU maire, DABADIE juge de Paix,
et dessous greffier sous signé BUZET.

D'après la lecture de ce procès-verbal que les dits Nicolas
PINBERT et Vincent COCU ont déclaré être conforme à la vérité
et la représentation qui m'a été faite de l'enfant qui y est désigné
j'ai donné à cet enfant le nom de Louise DU BALET et j'ai rédigé
en vertu des pouvoirs qui me sont délégués, le présent acte que le
citoyen DABADIE juge de paix a signé avec moi, les témoins
ci-dessus dénommés ayant déclaré ne savoir signer.


Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 119/134
Nom : DUBALLET
Prénom  : Louise
Date : 25 Aout 1800
Heure de découverte : 4H du matin
Lieu de découverte : Porte de l'église
Découvert par : Nicolas PINBERT et Vincent COCU, journaliers
Noms des parrain et marraine, Témoins : Jean BOULET journalier
Description : mauvais linge
Documents laissés : non