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samedi 13 juin 2015

L comme l'insolite de Leugny (86) - #ChallengeAZ



Le Challenge de cette année est celui des gourmands. Evelyne qui nous régale jour après jour  et tous ces petits plats se dégustent sans faim de A à Z. La faim ? L'archive la raconte en quelques mots qui nous prennent aux tripes, dessinent des courbes, et en appellent à l'histoire.



En cette année 1694, le Roi Soleil, ébloui par la construction de son palais versaillais, va-t-il enfin y voir un peu clair ? Depuis deux ans déjà, il fait froid dans son royaume, si froid que l’on parlera de « petite période glaciaire ». Les récoltes sont médiocres, d’année en année réduites à néant, aggravant la précarité des couches populaires. L’hiver 1693/1694, le thermomètre chute encore. Le setier de blé atteint des records à 52 livres. En ce printemps 1694, trop froid et trop humide, le Parlement, enfin, réagit. Il ordonne aux curés d’établir un bilan des pauvres de chaque paroisse, impose l’aide aux miséreux par les plus riches. Interdit aux malheureux d’errer sur les chemins !  Les curés multiplient les processions.  En mars, Jean Bart, corsaire, déjouant l’ennemi anglais, ramène 27 navires de blé des pays nordiques, puis encore 30, puis 60 ! A Paris les femmes se révoltent et  Fénelon  écrit à sa Majesté : « La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provisions. »
Dans les maisons glaciales du Poitou et d’ailleurs, on fait du pain de n’importe quoi : du pain de fougère, du pain de gland, du pain d’orties, du pain d’herbes bouillies. Avec la malnutrition, les épidémies s’installent,  la typhoïde, la dysenterie, le scorbut gagnent : fièvres putrides, malignes, pestilentes achèvent d’affaiblir les corps. L’absence de nourriture pousse les pauvres sur les chemins, dans les bois, sur les routes, d’un village à l’autre, d’une région à l’autre.

La famine cruelle se lit les traits creusés  et pâles des enfants dénutris mais aussi des adultes. Les abandons se multiplient, des hordes de petits mendiants errent sans ressource et sans secours dans les campagnes démunies comme dans les villes.

 Les villageois désemparés, fouillent les bois, rongent les racines et meurent d’épuisement n’importe où,  là où la faim les a menés et où la faucheuse les guette. Méthodiquement, le curé de Leugny enterre ses paroissiens : des nourrissons, des enfants, des jeunes, des vieillards.

 Méthodiquement le curé de Leugny note sur son registre la cause de chacune de ces morts révoltantes, le désespoir est dans l’énumération  : mort de faim, mort de misère, mort sur le chemin, mort d’épuisement, mort faute de nourriture, mort de défaillance en pleine rue….

En ce printemps 1694, la mortalité a doublé dans le royaume,  la population a baissé de 6,8%, la natalité est en chute, on ne marie plus, et les grossesses sont rares. En ce mois d’avril 1694, le curé de Leugny  désespéré, ne sait pas encore que cette année, enfin, les récoltes de son village seront meilleures et qu’il verra la famine reculer.


jeudi 18 décembre 2014

Une estoille extraordinaire - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 18/12/2014

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

En cette fin d'année 1664, la France lève le nez vers le ciel. Pour les puissants comme pour les misérables, du roi Soleil au curé de Leugny, le spectacle est là, inoubliable. L’abbé Godin dépeint pour nous « la grande Estoille » qui illumine ses insomnies. Devine-t-il dans cette lueur, un message du passé ? Soupçonne-t-il qu'on y cherchera 350 ans plus tard, la clé de la vie sur terre ? Ose-t-il s'imaginer dans un futur lointain, un petit robot nommé Philae, à l’énergie poitevine,  posant sa main de fer sur l'une de ces inaccessibles étoiles ?
Qui sait ? Godin note, transformant son registre en journal des astres.
"Cette année 1664 a été remarquable par une "estoille extraordinaire" qui a commencé de paraitre par toute la France dès le commencement de novembre et a duré jusqu'à la fin de décembre, se levant sur les une à deux heures après minuit…. un peu au-delà du tropique du Capricorne."
En 1664, de cette localisation précise, les astrologues prétendent encore déduire le futur : la sécheresse, la guerre, la peste, la mort des puissants...
A Leugny, la contemplation s'étire tout au long des nuits d'insomnies du curé :
"Et  pendant le temps clair on la voyait  jusqu’à  ce que le jour  par sa lumière cachât l'étoile … aussi quand son coucher arrivait sur ce temps-là, elle était au-delà du zodiaque vers le pole antarctique … "
Regardons-la d'un peu plus près, cette comète anonyme :
" La comète était un peu émoussée ce qui la faisait paraitre plus grosse que les autres, et poussait
vers la droite, entre le septentrion et le couchant, une queue fort longue, et plus brillante que
l'étoile même, s'écartant sur sa fin à la façon de la queue d'une hirondelle."
La queue d'une hirondelle ? Ce n'est sans doute pas un mauvais présage ! La queue d'une hirondelle c'est une sorte de triangle, et dans le triangle d'une queue de comète, les astrologues voient le génie et le savoir. Mais peu importe à l'abbé Godin les présages des astrologues, nulle mention de la colère de Dieu, l’observation seule s’inscrit pour mémoire !
"Ses causes et les présages  qu’elle signifie seront déclarés par les  astrologues ..."
Mais une comète peut en cacher une autre, suscitant l’enthousiasme de notre savant curé, dans le paragraphe suivant !
« Au commencement de l’an 1665, il parut encore une autre comète, sur le jour couchant, un peu plus avancée que la Cassiopée Poussinière et pas du tout si élevée sur mon horizon, dont la queue regardait le levant… »
Etait-ce la même ou bien une autre ?
Avec l’observation de la comète de 1664, la connaissance avance. Cassini commence  à en comprendre la trajectoire.  20 ans plus tard, il accueillera à l’Observatoire Royal de Paris,  le jeune Halley,  qui, en étudiant  sa comète éponyme, percera le secret de la trajectoire elliptique et saura calculer la périodicité de ses passages.
Hélas, en cette année 1680, nulle poussière d'étoile ne brille dans les registres de Leugny...

Source : Archives de la Vienne.

Illustration : Gallica BNF

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La même comète vue en Anjou, racontée sur le blog Feuilles d'Ardoises

mercredi 18 juin 2014

Sur les traces des loups - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 18/06/2014.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

Loup-ange ou Fi-loup ?
Depuis lundi, les lecteurs de Centre Presse louvoient ! Entre chien et loup, la lecture de leur quotidien aiguise leur appétit. Prédateur ou victime?
Le loup ? Les curés d’antan, l’ont  accusé. Des doutes aux certitudes. Qui  est cette « beste » cet « animal féroce » qui s’attaque aux troupeaux et aux bergers ? « Un loup c’est bien un loup » !
Le loup ? Il dévora par ici une vieille femme à Sanxay, il blessa par-là deux enfants à Leugny . Qui fut le dernier homme tué par un loup dans la Vienne ?  Sur la foi inébranlable des curés, en tournant patiemment les pages des registres pendant près de deux siècles, nous comptons dix-sept victimes humaines. Souvent des enfants. Seuls au milieu du troupeau. La première victime nommée fut Jean BAILLARGEAU de Doussay (1680), la dernière Jean FRADET de Benassay (1751). En Aout 1816, le préfet de la Vienne ordonne des battues à la suite du décès d’un enfant non nommé, mort à Chiré-en-Montreuil  «  emporté par une louve qui a des petits et dont on a reconnu la trace ». L’état civil mentionne le décès de Jacques FAVREAU , 5 ans, en juillet de cette année-là.
Le loup ? Face à lui, la meute des hommes eut ses chefs et ses lois. Centre Presse mit à l’honneur, lundi, deux des plus grands chasseurs de loups de la Vienne. Mais il y en eut de nombreux plus modestes ! Chaperons rouges ou bergers méfiants du Poitou, promenez-vous dans les archives,  venez  tirer la chevillette de la série C66 et visiter vos aïeux ! Vous saurez alors si coule dans vos veines,  du sang de chasseur de loups ! Le répertoire des lieux et des patronymes offre au collectionneur de racines de quoi satisfaire sa faim !
Ne faisons pas le loup plus grand qu’il n’est et comparons les chiffres. Coté victimes humaines, une petite vingtaine de témoignages en deux siècles de registres pour la Vienne. Coté chasseurs amateurs, un tableau d’une autre envergure : il fut tué en quatorze ans, 5247 trophées dans la Généralité de Poitiers (Région Poitou Charentes de l’époque) dont la moitié environ dans la Vienne.
Le Poitou cultive mal ses légendes. La « beste » de Latillé, racontée dans ces colonnes, tua de village en village, on conta son histoire à Versailles, mais elle disparut de la mémoire collective, tandis que celle du Gévaudan, sut promouvoir l’imaginaire… Et le tourisme local !
Loup-Ange ou Fi-loup, Dieu garde la lune des loups ! Pitié pour les carnivores et prédateurs, sauce tartare ou grand veneur ! Les grand-mères racontent que bien après le dernier trophée de 1923, les loups rodaient encore la nuit. Elles racontent aussi que les loups eurent leurs meneurs un peu sorciers et leurs amoureux méconnus. Ainsi, Gontran de Bessé, en faisait-il venir de Sibérie pour son élevage au château de la Doubtière à Availles.
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Sources : Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest - Registres paroissiaux et série C66 des AD86 - Histoire et Mémoire du Loup en Charentes- Poitou- Vendée. F.Dumerchat -Sur les pas du loup. Jean-Marc Moriceau.
Ressources : Chasseurs et victimes de loups de la Vienne : répertoire nominatif et géographique sur le blog Lulu Archive.


jeudi 20 mars 2014

L'âme d'enfant monstrueux - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 20/03/2014

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

Entre fascination et répulsion, de la monstruosité à l’humanité, le curé de Leugny trouve le chemin de l’âme.
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Le 21 Juin 1655 nait à  Leugny le fils de Pierre BERTHEAU. Un enfant si différent, que Godin, le curé, interroge l’embryologie pour guider la théologie.
Appelé en urgence, il a trouvé le nouveau-né « vivant et qui jetait une voix ni d’enfant ni d’animal». En s’approchant tout près il lui semble que « c’est celle d’un chevreau ». Les anomalies se situent au niveau de la tête. « Les yeux sont au plus haut de la teste et de grosseur extraordinaire »,  il manque le front, le crâne est déformé,  le cuir chevelu  en forme de « cornets duveteux » est présent derrière chaque oreille,  le reste de la tête est sans poil. Le cou présente un bourgeon charnu, les oreilles sont légèrement en pointe, ainsi que la langue.
A ce drame, Godin cherche une cause et la trouve : la peur. Ancestrale, la peur, resta longtemps la seule explication des malformations foetales. A cinq mois de grossesse, Marie Maujuré, la femme Bertheau a croisé un loup dévorant une chèvre. Une grande frayeur l’a prise et « la force de l’imagination a changé les organes extérieurs ».
 Baptisé par la matrone, l’enfant meurt sous les yeux du curé. Godin argumente afin d’accorder une sépulture à cet enfant. « L’infusion de l’âme » est un phénomène complexe. Nous apprenons qu’elle présente trois stades : végétative, sensitive et raisonnable. Il faut au fœtus mâle 40 jours pour atteindre le stade raisonnable et le double pour une fille ! Par conséquent, ici, l’âme précéda la peur. L’accident « n’a pas changé la substance de l’âme ». Le cœur et le cerveau sont « demeurés humains nonobstant le notable changement de la forme extérieure ».
Serviteur de Dieu mais épris de science, Godin éloigne l'animalité pour trouver l'humain. La chronologie des évènements le conforte.  « Je le crois » insiste-t-il ! Chassant  le diable et le surnaturel qui pourraient s’insinuer dans les esprits, Godin assure le salut du petit, sauve la mère et la paix du village.  
L'enfant Bertheau était anencéphale. Nous savons aujourd’hui que l’anomalie survient au plus tard au 26ème jour de gestation. Godin s’est trompé, le loup n’y était pour rien !
Les malformations majeures,  concernent environ une grossesse sur trois mille. Leur mention sur les registres paroissiaux est exceptionnelle. Le déchiffrage de cet acte fut un travail d'équipe, merci aux paléographes du club GE86 et aux carabins de ce siècle qui m’ont aidée à comprendre ce bouleversant témoignage du passé. 

llustration : BIU Santé Paris.





jeudi 23 janvier 2014

Que d'eau, que d'eau ! Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 23/01/2014

Décembre 2013, Janvier 2014, de la Bretagne au Var, les inondations gravent leur sillon de douleur dans l’esprit des  hommes, qui,  impuissants face au désastre, interrogent  la mémoire des anciens. De mémoire d’homme, a-t-on jamais vu tel désastre ? Quand ? Où ? Jusqu’à quelle hauteur ?
De mémoire de curé poitevin, les crues de 1740 furent telles qu’il reste de leur passage de profondes traces d’encre. La Creuse à Leugny et  à Buxeuil, la Gartempe à Antigny, La Clouère à Marnay, le Clain à Poitiers.
Ecoutons le curé de Ste Radegonde, qui eut de nouveau les pieds dans l’eau en 1747, et vint ajouter sur son registre un petit paragraphe en bas de page, léguant à la postérité une analyse météorologique comparative.
« C’est la nuit du cinq au six décembre que le Clain choisit de sortir de son lit, entre onze heures et minuit ! Il passa par-dessus les remparts, fendit les murs du prieuré de Ste Radegonde, monta dans les chambres et envahit même le tombeau de la Sainte jusqu’à sept pieds de hauteur ! Ce phénomène météorologique ne fut pas exclusif au Poitou. La France entière fut inondée, les ravages effroyables, les pertes infinies, et les noyades extrêmement nombreuses. Un fléau de Dieu sans aucun doute… selon notre homme !
A Antigny, la Gartempe déborda la même nuit, en 24 heures. Personne au village ne l’avait jamais vue si grande ! Figurez-vous qu’elle arriva à la porte de Louis Aubin et même à celle de Pierre Guenachon ! Elle emporta les arcades du pont de Montmorillon, fendit les murs et les maisons et couta plus de cent mille livres à la ville !
A Buxeuil, la Creuse aussi était en colère. Elle se déversa dans l’église, jusqu’au grand autel, mais ne fit heureusement que peu de dégâts. La voilà à 36 pieds de hauteur ! Elle détruisit 7 à 8 maisons, et même parmi les plus solides du bourg, et les pauvres paroissiens ne sauvèrent presque rien de leurs effets !
 A Leugny aussi on compare. En 1792  la crue,  plus forte de trois pieds que celle de 1740, atteignit le cimetière comme elle l’avait déjà fait alors ! Cette nuit du 5 décembre elle monta plus haut que jamais homme ne l’avait vu, allant au pied de la Croix du cimetière, où il y eut trois pieds d’eau ! On exposa dans l’église le Saint Sacrement, on dit une messe et l’eau cessa de monter ! Mais le mal était fait. Son cours avait été si rapide, que les terres étaient creusées, les plaines couvertes de pierres et de sable, les meubles des maisons emportés, les particuliers ne sauvèrent que leur pauvre vie, abandonnant leur maison à cette eau impitoyable.

Survenu le 5 décembre dans le Poitou, le phénomène toucha tout le royaume et au-delà jusqu’au mois de janvier. Les pluies incessantes, amenèrent la Seine à son plus haut niveau le 21 Décembre : 7,9 m au pont de la Tournelle,  inondant la capitale. Cette crue centennale occasionna des pertes matérielles considérables et un nombre de noyades effroyable.  Au plus loin de la mémoire des curés de la Vienne, on se souvient en 1615, de la colère des eaux de l’Envigne et de la Creuse, racontée par les curés de Scorbé-Clairvaux et de de Buxeuil . 


lundi 15 avril 2013

M comme Malformation #challengeAZ


Ecrire M comme Malformation c'est ne pas réusssir à écrire M comme Monstre.
Pourtant c'est ainsi que ces enfants sont qualifiés. La monstruosité au 17ème et au 18ème est une curiosité. A la fois sujet de science, de religion, de superstitiion, elle suscite le trouble, l'effroi, l'étonnement, mais pas seulement. Elle suscite aussi le voyeurisme. On se presse pour voir le monstre, on le montre, on en fait une source de revenus...
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Poursuivre le challengeAZ c'est remettre à l'honneur l'exceptionnel.
L'enfant de Leugny est exceptionnel. Il a fait l'objet de deux publications que je réunis aujourd'hui pour vous. L'enfant de Leugny, tout en éclairant les pratiques du temps jadis, nous donne à réfléchir sur celles d'aujourd'hui.
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Les malformations majeures visibles à la naissance concernent environ une grossesse sur trois mille.
Les mentions de ces anomalies graves sur les registres paroissiaux sont rares.
Ce document  du XVIIème siècle est à ce titre exceptionnel. Godin, le curé de Leugny, qui s'avère au fil des pages un fin sémiologiste,  reprend ici avec beaucoup de détails la description de l'enfant BERTHEAU né le 21 Juin 1655. 
 A tel point qu'il est possible à sa lecture d'établir aujourd'hui un diagnostic de cette anomalie.
Godin cherche l'origine de cette malformation, interroge l'embryologie de son époque pour guider sa conduite religieuse.... Nous  reviendrons  sur chacun des aspects de cette naissance, mais dans un premier temps, je vous laisse lire voire déchiffrer et méditer.

La compréhension de cet acte est un travail d'équipe, merci aux colistiers de GE86 qui m'ont aidée à le déchiffrer et au carabin  qui a identifié et précisé le mécanisme de cette malformation. 

Première Partie : Lecture de l'acte.
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1- Le 21 Juin 1655 je fus appelé en
2- la maison de Pierre Bertheau mon
3- paroissien ou j'ai trouvé sa femme
4- assistée de Jeanne Girond femme de
5- Charles Farou, et Magdeleine Babin
6- femme du Mathieu Bertheau frere dudit
7- Pierre, tout fraischement délivrée d'un
8- enfant masle bien formé en touttes ses
9- parties, hormis en la teste en laquelle
10- il avait les deux yeux tout au plus
11- haut de la teste de grosseur extraordinaire
---

12- et sortant depuis lesquels voient le
13- derriere le reste de la teste alloit en
14- baillant avec deux duvetes en façon
15- de cornet mediocrement (eslances) au
16- dessus et tout contre les oreilles formées
17- néanmoins à la façon de lhomme un
18- peu tirantes en pointe, ni ayant dans
19- l'entredeux de ces duvetes qu'une peau
20- sans poil et sans duvet un peu plus
21- enfoncés que ces duvetes derriere lesquels
22- sur le col y avait une chair rouge
---
23- sans peau (cette) chair deschire et sanglante
24- et inégale, le nez et la bouche étoient
25- de forme humaine, le nez un peu rond
26- et abatu, la langue un peu plus en pointe
27- que le commun, je le trouvois vivant
28- et qui jettoit une voix ni d'enfant ni
29- d'autre animal proportionné à sa grandeur
30- néanmoins et approchant ce me semble de
31- celle d'un chevreau, aussi que j'ai appris
---

33- cela estre arrivé de laprehension d'une
34- chair qu'elle vit ostée au loup et fort
35- dechiree environ cinq mois devant ce
36- jour / je m'enquis de la matrone sudite
37- femme de Farou, si elle l'avoit baptisé
38- selon l'experience qu'elle a dans le péril
39- de mort des enfans, elle m'assura que
40- ouy, ce que j'approuvais, et moy mesme
41- l'eusse baptisé s'il ne l'eut esté jugeant
42- qu'il avoit l'asme raisonnable, et permis
43- qu'il fut mis, estant mort incontinent
44- en ma pr(esen)ce, dans le cymetière, ma rai

suite page de droite en haut à droite
....................................................
45- ma raison pourquoi je l'estimais avoir esté
46- baptisé est pour autant que ce defaut paroissoit
47-estre advenu depuis l'infusion de l'âme, qui
48- n'informe point les corps par succession, et selon
49-les divers degrés qu'elle a de vegetative, sensitive
50-et raisonnable les uns après les autres, mais tout
51- d'un coup est raisonnable, qui a ces trois offices
52- distincts selon les diverses parties ou elle reside,
53- et tout le temps de l'infusion de l'âme qui
54- est 40 jours aux masles, et de 80 aux femelles
55- selon l'opinion commune, si elle a été
---

56- raisonnable car certainement je le crois ! Cet
57- accident survenu plus de deux mois après n'a
58-pas pas changé la substance de l'âme
59-et la rendre brute, oux bien par la force de
60-l'imagination changé les organes extérieurs et
61-ces parties en cette forme éloignée de l'humain.
62- Le coeur et le reste des parties d'en bas
63-demeurent toujours humain aussi bien que les
64- autres organes extérieurs d'alentour, et le cerveau
65-que l'on tient aussi siège de la vie, mais parti-
---

66- culierement le siége de la raison résonant
67- aussi la substance première, et y conservant
68- la vie de l'âme telle quelle y avoit été
69-infusé, nonobstant le notable changement de
70- la forme extérieure.

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Source : Leugny BMS 1649-1669 page 51 à gauche et droite.
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Relevé par Gloria Godard, Thierry Péronnet,  Alain Texier, Sarah Marlatt, Françoise Hovaere (GE86)
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Deuxième Partie : L’enfant de Leugny, description, diagnostic, étiologie, conduite à tenir.




1 - Identification de la malformation.
Le curé de Leugny est un fin sémiologiste. Nous ne sommes pas encore au siècle des lumières, mais il observe.
Résumons :
Il s’agit d’un garçon (ligne 8)
 il est né vivant (ligne 27)
respire et crie (ligne28), le curé compare sa voix à celle d’un étourneau ( ?)( ligne 31)
-le corps est strictement normal (ligne 8)
- Les anomalies se situent au niveau de la tête et de la face :
Les  yeux paraissent anormalement hauts (ligne 11) et exorbités,  c’est le premier élément qui retient l’attention du curé, associé à une anomalie majeure du crâne. Il manque le front (ligne 12 et 13), le crâne est déformé (ligne 14), le cuir chevelu est présent de manière symétrique derrière chaque oreille (ligne 15), mais le reste de la tête présente une peau sans poil (ligne 20). 
Au niveau du cou est noté un bourgeon charnu (forme 23).
Le reste de la face semble normal, même si le curé s’interroge sur des anomalies mineures : les oreilles semblent légèrement en pointe (ligne 18), la bouche est formée, et la langue semble elle aussi, un peu pointue (ligne 27).

L'enfant de Leugny est anencéphale. 

2 – Etiologie de la malformation : La peur du loup !

Ancestrale, la peur, à l’origine des malformations, restera longtemps et reste encore aujourd’hui à tort  dans les esprits. A cinq mois de grossesse, la femme de Pierre Bertheau a croisé un loup dévorant sa proie. Une grande frayeur l’a prise à laquelle le curé attribue la malformation. Godin se trompe. L’anencéphalie est une anomalie embryonnaire due à un défaut de fermeture du tube neural. Celle-ci survient au plus tard au 26ème jour de gestation.
 Le loup croisé longtemps après est innocent !

3- Conduite à tenir.

L’enfant Bertheau meurt sous les yeux du curé (ligne 43). La matrone l’a baptisé et le curé approuve sa décision. 
Dans les lignes qui suivent, Godin argumente les éléments qui lui permettent de donner « âme » à cet enfant. 
L’anomalie est survenue après la peur du loup. La date est fondamentale.  Végétative, sensitive et raisonnable, Godin nous apprend ainsi, qu’il faut 40 jours pour donner  une âme à la vie d’un  futur garçon et le double de temps pour une fille….  (ligne 54).
Pas encore féministe, Godin. 
Serviteur de Dieu mais néanmoins  épris de science, on le connait par ailleurs passionné d'étoiles, érudit. L'acte qui décrit cette naissance, long, précis, argumenté, cherche mot après mot à éloigner l'animalité pour trouver l'humain,
 « je le crois » (ligne56) insiste-t-il. 
Le loup est venu après les 40 jours, il a modifié les organes extérieurs mais cet enfant est bien humain. On comprend alors aussi les précautions que le curé à prises à décrire les anomalies mineures de la face (oreilles , langue). Se pourrait-il qu’il lutte  contre l’idée du diable qui pourrait s’insinuer dans les esprits, dans les propos tenus autour de lui ? 

Rappelant en conclusion tous les éléments qui lui paraissent essentiels, Godin l’humaniste, garde l’enfant de Leugny parmi ses paroissiens.


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Protagonistes de cette naissance :
Pierre Bertheau le père, le nom de la mère n’est pas noté dans l’acte, le décès d’une Renée Bertheau en 1703 laisse penser qu’il s’agit de Maujuré Marie.
Mathieu Bertheau frère de Pierre  et Magdeleine Babin sa femme
Jeanne Girond matrone, femme de Charles Farou.

samedi 6 avril 2013

F comme Faim. #ChallengeAZ


Quel désespoir peut bien pousser Jean Poupin à emmener sa famille si loin ?
88 Km. Quand on sait que tout notre petit monde villageois se marie à 10Km à peine de sa ferme ?
Poussé par la misère, Jean Poupin quitte son village, St Pierre de Maillé.
Il part sur les routes avec femme et enfant.
Un enfant au moins, un petit de cinq ans, Charles.
Il a marché combien de temps ce p'tit bonhomme avant de s'arrêter chez Guillot ?
Charles ne survit pas à l'exil, il meurt à Arçay.
Aucun lien de parenté n'est noté entre les Poupin et les Guillot.
Mais la misère, elle, est de la famille !
La misère et la Faim. Au XVIIIème siècle, quand ça va mal, on a faim.
En 1713, avril fut glacial.
En 1713, c'était peut-être déjà la crise.
En 1713, Jean Poupin était journalier, et se voyait finir mendiant.
En 1713, pourquoi cherche-t-il du travail si loin ? Quel drame familial le pousse sur les chemins ? Depuis combien de temps marchent-ils avec le petit Charles ?

F comme Faim. La Faim court dans les registres.

1694 on meurt de faim à Leugny.





 Mathurin Renard (19 Janvier), Michel Pageard (12 avril),  Louis Artault(19 avril), Anne Vigeant (19 avril), Etienne Normand (20 avril), Jean Vigeant (22 mai), Louis Pingault (27 Mai),  Joseph Trouvé (2 Juin),
On meurt de faim en cherchant des racines, des baies, dans les bois, dans le froid. On meurt là où l'épuisement surprend, sur place, sans avoir plus la force de revenir chez soi. On meurt de défaillance faute de nourriture...


1694, 1713, 2013...Leugny, Arçay, Pleumartin,  ici aujourd'hui.
Faim se décline désormais encore à la forme négative : "Mais, tu n'as pas faim ?" "Tu manges sans faim !"  "ça donne faim !".  Ou bien à la forme superlative "il a tout l'temps faim"...
2013, celui qui a faim, mange mal et trop. Mais pour combien de temps ?


Charles âgé de cinq ans, fils de Jean Poupin journalier et de
Anne Aubier de la paroisse de St Fer de Maillé dans le canton
chatelleraudais près pleumartin est décédé à Chassigny dans la
maison de René GUILLOT. Ces gens ont quitté leur païs à cause de
la misère et de la faim qui les pressait. Le dit enfant enterré
dans le cimetière le mercredy trentuniesme may mil sept cent treize.
Aubry Curé.

Arçay 1713/1732 p3 Gche

Morts de faim dans les Archives insolites de la Vienne

mercredi 11 janvier 2012

L'enfant de Leugny - 1655 (2) - Archives Insolites de la Vienne.



Alors ? Passionnant n'est-ce-pas ? 
L’enfant de Leugny, description, diagnostic, étiologie, conduite à tenir. 

1 - Identification de la malformation.
Le curé de Leugny est un fin sémiologiste. Nous ne sommes pas encore au siècle des lumières, mais il observe.
Résumons :
Il s’agit d’un garçon (ligne 8)
 il est né vivant (ligne 27)
respire et crie (ligne28), le curé compare sa voix à celle d’un étourneau ( ?)( ligne 31)
-le corps est strictement normal (ligne 8)
- Les anomalies se situent au niveau de la tête et de la face :
Les  yeux paraissent anormalement hauts (ligne 11) et exorbités,  c’est le premier élément qui retient l’attention du curé, associé à une anomalie majeure du crâne. Il manque le front (ligne 12 et 13), le crâne est déformé (ligne 14), le cuir chevelu est présent de manière symétrique derrière chaque oreille (ligne 15), mais le reste de la tête présente une peau sans poil (ligne 20). 
Au niveau du cou est noté un bourgeon charnu (forme 23).
Le reste de la face semble normal, même si le curé s’interroge sur des anomalies mineures : les oreilles semblent légèrement en pointe (ligne 18), la bouche est formée, et la langue semble elle aussi, un peu pointue (ligne 27).

L'enfant de Leugny est anencéphale. 

2 – Etiologie de la malformation : La peur du loup !

Ancestrale, la peur, à l’origine des malformations, restera longtemps et reste encore aujourd’hui à tort  dans les esprits. A cinq mois de grossesse, la femme de Pierre Bertheau a croisé un loup dévorant sa proie. Une grande frayeur l’a prise à laquelle le curé attribue la malformation. Godin se trompe. L’anencéphalie est une anomalie embryonnaire due à un défaut de fermeture du tube neural. Celle-ci survient au plus tard au 26ème jour de gestation.
 Le loup croisé longtemps après est innocent !

3- Conduite à tenir.

L’enfant Bertheau meurt sous les yeux du curé (ligne 43). La matrone l’a baptisé et le curé approuve sa décision. 
Dans les lignes qui suivent, Godin argumente les éléments qui lui permettent de donner « âme » à cet enfant. 
L’anomalie est survenue après la peur du loup. La date est fondamentale.  Végétative, sensitive et raisonnable, Godin nous apprend ainsi, qu’il faut 40 jours pour donner  une âme à la vie d’un  futur garçon et le double de temps pour une fille….  (ligne 54).
Pas encore féministe, Godin. 
Serviteur de Dieu mais néanmoins  épris de science, on le connait par ailleurs passionné d'étoiles, érudit. L'acte qui décrit cette naissance, long, précis, argumenté, cherche mot après mot à éloigner l'animalité pour trouver l'humain,
 « je le crois » (ligne56) insiste-t-il. 
Le loup est venu après les 40 jours, il a modifié les organes extérieurs mais cet enfant est bien humain. On comprend alors aussi les précautions que le curé à prises à décrire les anomalies mineures de la face (oreilles , langue). Se pourrait-il qu’il lutte  contre l’idée du diable qui pourrait s’insinuer dans les esprits, dans les propos tenus autour de lui ? 

Rappelant en conclusion tous les éléments qui lui paraissent essentiels, Godin l’humaniste, garde l’enfant de Leugny parmi ses paroissiens.


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Protagonistes de cette naissance :
Pierre Bertheau le père, le nom de la mère n’est pas noté dans l’acte, le décès d’une Renée Bertheau en 1703 laisse penser qu’il s’agit de Maujuré Marie.
Mathieu Bertheau frère de Pierre  et Magdeleine Babin sa femme
Jeanne Girond matrone, femme de Charles Farou.


mardi 10 janvier 2012

L'enfant de Leugny - 1655. (1) Archives insolites de la Vienne.


Les malformations majeures visibles à la naissance concernent environ une grossesse sur trois mille.
Les mentions de ces anomalies graves sur les registres paroissiaux sont rares.
Ce document  du XVIIème siècle est à ce titre exceptionnel. Godin, le curé de Leugny, qui s'avère au fil des pages un fin sémiologiste,  reprend ici avec beaucoup de détails la description de l'enfant BERTHEAU né le 21 Juin 1655. 
 A tel point qu'il est possible à sa lecture d'établir aujourd'hui un diagnostic de cette anomalie.
Godin cherche l'origine de cette malformation, interroge l'embryologie de son époque pour guider sa conduite religieuse.... Nous  reviendrons  demain sur chacun des aspects de cette naissance, mais dans un premier temps, je vous laisse lire voire déchiffrer et méditer.

La compréhension de cet acte est un travail d'équipe, merci aux colistiers de GE86 qui m'ont aidée à le déchiffrer et au carabin  qui a identifié et précisé le mécanisme de cette malformation. 

Je vous laisse lire, paléographier si ça vous fait plaisir et méditer. 
Demain : Diagnostic, analyse, commentaires...
Bonne lecture à tous!
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1- Le 21 Juin 1655 je fus appelé en
2- la maison de Pierre Bertheau mon
3- paroissien ou j'ai trouvé sa femme
4- assistée de Jeanne Giroud femme de
5- Charles Farou, et Magdeleine Babin
6- femme du Mathieu Bertheau frere dudit
7- Pierre, tout fraischement délivrée d'un
8- enfant masle bien formé en touttes ses
9- parties, hormis en la teste en laquelle
10- il avait les deux yeux tout au plus
11- haut de la teste de grosseur extraordinaire
---

12- et sortant depuis lesquels voient le
13- derriere le reste de la teste alloit en
14- baillant avec deux duvetes en façon
15- de cornet mediocrement (eslances) au
16- dessus et tout contre les oreilles formées
17- néanmoins à la façon de lhomme un
18- peu tirantes en pointe, ni ayant dans
19- l'entredeux de ces duvetes qu'une peau
20- sans poil et sans duvet un peu plus
21- enfoncés que ces duvetes derriere lesquels
22- sur le col y avait une chair rouge
---
23- sans peau (cette) chair deschire et sanglante
24- et inégale, le nez et la bouche étoient
25- de forme humaine, le nez un peu rond
26- et abatu, la langue un peu plus en pointe
27- que le commun, je le trouvois vivant
28- et qui jettoit une voix ni d'enfant ni
29- d'autre animal proportionné à sa grandeur
30- néanmoins et approchant ce me semble de
31- celle d'un chevreau, aussi que j'ai appris
---

33- cela estre arrivé de laprehension d'une
34- chèvre qu'elle vit ostée au loup et fort
35- dechiree environ cinq mois devant ce
36- jour / je m'enquis de la matrone sudite
37- femme de Farou, si elle l'avoit baptisé
38- selon l'experience qu'elle a dans le péril
39- de mort des enfans, elle m'assura que
40- ouy, ce que j'approuvais, et moy mesme
41- l'eusse baptisé s'il ne l'eut esté jugeant
42- qu'il avoit l'asme raisonnable, et permis
43- qu'il fut mis, estant mort incontinent
44- en ma pr(esen)ce, dans le cymetière, ma rai

suite page de droite en haut à droite
....................................................
45- ma raison pourquoi je l'estimais avoir esté
46- baptisé est pour autant que ce defaut paroissoit
47-estre advenu depuis l'infusion de l'âme, qui
48- n'informe point les corps par succession, et selon
49-les divers degrés qu'elle a de vegetative, sensitive
50-et raisonnable les uns après les autres, mais tout
51- d'un coup est raisonnable, qui a ces trois offices
52- distincts selon les diverses parties ou elle reside,
53- et tout le temps de l'infusion de l'âme qui
54- est 40 jours aux masles, et de 80 aux femelles
55- selon l'opinion commune, si elle a été
---

56- raisonnable car certainement je le crois ! Cet
57- accident survenu plus de deux mois après n'a
58-pas pas changé la substance de l'âme
59-et la rendre brute, oux bien par la force de
60-l'imagination changé les organes extérieurs et
61-ces parties en cette forme éloignée de l'humain.
62- Le coeur et le reste des parties d'en bas
63-demeurent toujours humain aussi bien que les
64- autres organes extérieurs d'alentour, et le cerveau
65-que l'on tient aussi siège de la vie, mais parti-
---

66- culierement le siége de la raison résonant
67- aussi la substance première, et y conservant
68- la vie de l'âme telle quelle y avoit été
69-infusé, nonobstant le notable changement de
70- la forme extérieure.

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Source : Leugny BMS 1649-1669 page 51 à gauche et droite.
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Relevé par Gloria Godard, Thierry Péronnet,  Alain Texier, Sarah Marlatt (GE86)
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La suite ....
Les Archives Insolites de la Vienne. 

dimanche 8 janvier 2012

Deux enfants et combien de loups ? Leugny 1697.


Souvenez-vous du petit Jacques trois ans, mort des suites des morsures d'un loup ou d'une bête féroce. 
 Ce petit n'était pas seul lorsque l'accident est arrivé. Son frère Pierre, 8 ans, était avec lui. Blessé  lui aussi , il meurt un mois avant, le 15 Aout,  après trois semaines de lutte contre les blessures de la face dont il souffre. 
L'attaque a eu lieu la dernière semaine de juillet. 
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Le quinzième jour d'Aout, mille sept cent quatre vingt dix sept a été enterré pierre fils de 
françois bodin et de jeanne Rose agé denviron
huit ans lequel avait été blessé il y a trois 
sepmaines par un loup ou autre bette semblable 
qui luy avait arraché un oeil, fendu une aureille
et fait quatre ou cinq trou à la teste jusqu'a los
desquelles blessures il est mort. 

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Le meme jour et an* que dessus a été enterré  

jacques fils de françois bodin et de jeanne 
Roze sa femme âgé denviron  trois ans lequel
avait été blessé il y a environ six semaines
par un loup ou autre bette semblable qui 
avait fait un trou a la teste jusqu'a l'os, de laquelle
blessure il est mort. 


* Le 11 septembre 1697. 
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Source ADV - Leugny BMS 1690/1797 pages 78 et 79. 
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Le dépouillement complet de ce registre avance, il livre de nombreux trésors qui rejoignent la base des Actes insolites de la Vienne progressivement. Celle-ci s'enrichit très vite des trésors récoltés au fil des lectures des colistiers de GE86. Certains actes sont l'occasion d'une paléographie participative, j'apprends à lire en lisant. Chaque acte est source de lectures  parallèles d'interrogations sur des sujets divers, de discussions...

Voici le livre que je vous recommande concernant les loups. Il recense 3000 actes  trouvés dans les archives départementales, fruit d'un travail participatif entre historien, archivistes, généalogiste. Ce travail est évolutif. La Vienne n'a pas encore donné tous ses loups. Au boulot ! 










C'est RDV Conte qui m'a donné envie aujourd'hui de reprendre le sujet : Après Delphine et Marinette, c'est Sophie qui croise le loup ! 

Demain nous parlerons d'un autre enfant de Leugny...

mardi 13 décembre 2011

Vivre et Mourir à Leugny (86) - 1690.



C'est le décès d'Anthoinette Porche, 


la femme du boulanger Jacques ALARD qui endeuille le village en ce début Janvier 1690, mourir à  24 ans d'une fausse-couche.  Le curé Godin note de temps en temps les causes de la mort de ses paroissiens, plus souvent lorsqu'il s'agit d'adultes. En Janvier toujours,


 la jeune MORICHEAU meurt à 14 ans d'un fièvre continue. Dès la fin de l'hiver les naissances sont nombreuses, 5 par mois de Mars à Mai, et peu de décès de tout petits.


Juillet n'épargne pas des affections pulmonaires, peut-être tuberculeuses. Louis NAU 36 ans est emporté en 6 jours et Jean Poirier du poumon également quelques jours plus tard. 


En Aout,  Le petit Michel Hugreau 7ans, se noie dans l'étang de la forêt.


Il y aura eu cette année-là 35 naissances et 25 décès, dont seulement 6 nourrissons de moins de un an.
La vie aura été plutôt douce à Leugny ! 
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Tous ces actes seront de la prochaine mise à jour des Archives Insolites de la Vienne. 

samedi 10 décembre 2011

Vivre et mourir à Leugny (86) 1690/1699.


Les loups mènent à tout surtout lorsque les curés sont bavards. 
Pourquoi les curés d'hier étaient-ils parfois si bavards ? 
Va savoir ?
Médecin, sociologue, humaniste, historien, détenteur averti d'un savoir à transmettre ?
 Qui est l'abbé Godin, 
Qui fait aujourd'hui le bonheur de l'amateur d'archives? 
On m'avait averti du coté de Leugny, 
d'une naissance très particulière, 
autour de la période des loups.
Par l'odeur alléchée, 
J'ai feuilleté le registre, page après page. 
J'en ai appris des choses sur la vie et la mort à Leugny ! 
Alors j'ai photographié, j'ai noté, j'ai compté. 
J'ai laissé Godin me guider. 

Les naissances, les jumeaux, les accouchements difficiles. 

Les décès, les maladies, les noyades, les accidents, les tout-petits de moins d'un an, les enfants, les adultes. 
Les années remontent, doucement, 
parfois un retour vers le futur,
et toujours pas cette fameuse naissance...
1696,1699, 1695...


1,3 millions de morts en France, dus à la conjonction de plusieurs phénomènes climatiques :  l'été trop pluvieux de 1693 et le terrible froid de l'hiver 1694. 
Disette, typhoïde, fièvres putrides, malignes...
La natalité chute, le peuple meurt épuisé. 
Tout ça en détail avec photo des actes dans les jours qui viennent. 
Pour mémoire.