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jeudi 19 février 2015

Potions anti-grippe - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 19/02/2015.

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1773, la santé n’a pas encore sa loi, mais elle a ses règles et la presse en fait écho ! Dans une ville du Poitou, chirurgiens et apothicaire s’égratignent en justice à propos de leurs compétences respectives ! Pensez braves gens ce dernier saigne ses clients dans son arrière-boutique ! S’il admet avoir un peu empiété sur les compétences de ses rivaux, le pharmacien sait se défendre et assure qu’il cessera les pratiques dont on l’accuse dès lors que l’on défendra aux premiers de faire commerce de remèdes ! Dès lors qu’il s’agit de puissant, la justice peine à froisser et renvoie, dans sa grande sagesse, l’apothicaire à ses flacons et les chirurgiens à leurs bistouris. Tels sont alors pris qui croyaient prendre ! Interdits de remèdes, les chirurgiens se voient amputés d’un profit considérable ! Ils répondent à cette « injustice » en s’accordant à ne délivrer désormais que de la poudre d’Alliaud, potion dont ils semblent avoir l’exclusive distribution. La poudre d’Alliaud, késako ? Purgatif à tout faire, elle n’est rien d’autre que l’antidote du médicament générique. La médecine de l’époque a son axiome : le riche guérit d’autant mieux qu’il est  soigné plus cher… Pour que tout aille mieux, au Jalap du pauvre, Alliaud le visionnaire, ajoute un peu de Nerprun, vendant à prix d’or à Marquise,  sa poudre de perlimpinpin ! L’histoire dira que l’homme de l’Art est mort riche et décrépi… en sirotant  son remède.
Mais revenons à nos paroisses ! Tandis que ces spécialistes de la ville toussent au tribunal, la grippe est au village. Et au village, le désert médical règne avant l’heure ! Heureusement le curé est parfois un peu sorcier et distribue en toute impunité ses potions personnelles, remèdes d’une efficacité garantie par les cieux,  qui donnent à ses registres des allures de grimoire. Voyez contre la forte fièvre : un gros de quinquina, un gros et demi d’iris de Florence, l’un et l’autre bien pulvérisés et bien délayés dans un grand verre d’eau de la fontaine qu’il faut avaler avant le moment de l’accès de fièvre. Que si la fièvre ne vient que deux heures après avoir pris le breuvage, il faut absolument manger et ne point se purger d’un ou deux jours après.  Si malgré tout vient la pleurésie, prenez une tête d’orties rouges, les couper menues, faites les bouillir dans un grand verre de vin rouge et autant d’huile d’olive… passez le tout… et faites prendre le bouillon au malade, le plus chaud qu’il pourra !
L’épidémie de grippe ayant traversé les siècles en se moquant parfois du vaccin, avec le bon curé de Cernay, décoctons allègrement et  sans tarder quinquina, lierre, iris et orties ! Le jardin nous  gardera des fièvres, de la pleurésie et même en prime de la rage ! Pour ces remèdes incontestables, on s’étonnera malgré  tout de l’utilisation de l’huile d’olive en Poitou, quand celle de noix a chez nous des vertus de guéritou incontestables !

Source : Archives Paroissiales et Presse Ancienne de la Vienne.


mercredi 3 septembre 2014

L'insolite de Beaumont.

Archives Insolites. 
COURSIE Renée/VERDIN Jean (1712) :  triplés
MERIGOT Jean 1711 maladies
Les Allemands de Beaumont en 1734, 1770 et 1787.


Patronymes concernés par les petites affaires criminelles.
BARBOTIN - BASTELLE - BAUDEAU - BEAUPRE - BOURLAULT - CHADUC - CHRETIEN -  DAVEAU - DUPUY - DURAND - IRLAND - JARASSON - LACROIX - LINARD - MORIN - RAISSANT - RENAULT - SERREAU - VERDIN - VILLAUME

Pour plus de détail n'hésitez pas à me contacter !


vendredi 9 mai 2014

La peste sévit à Poitiers - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 9/05/2014.

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1631, c’était un temps où les ruelles pictaves regorgeaient d’immondices. C’était un temps où les latrines manquaient, où les seaux d’aisance se vidaient le matin aux fenêtres. C’était un temps où les ordures ménagères n’étaient l’affaire de personne.
1631, c’était le printemps des odeurs, dans Poitiers la Grande,  se côtoyaient hommes et bêtes, épluchures et déjections. Les  glycines et les lilas peinait à masquer le pullulement d’une vie microbienne grouillante sous les déchets, progressant dans un univers souterrain dont les rats étaient maitres, s’insinuant de maison en maison, polluant les couches de paille, déversant leur flot de puces, laissant une armée bactériologique invisible et invincible faire son œuvre, sournoise, déterminée,  menant inexorablement à la contamination des hommes.
1631, les ordures ménagères deviennent le problème de tous,  la peste est là. Les décharges s’organisent, les charretiers,  ancêtres de nos éboueurs, collectent, éloignent, pauvres Sisyphe d’une terre déjà  irresponsable dans une atmosphère irrespirable. Depuis le XVè siècle la peste était endémique et Poitiers avait maintes fois lutté. De l’autre côté du Clain, la cité avait son hôpital des champs dédié à la contagion, ses « sanitat » permettant d’isoler les malades. Estienne Thevenet, tentait les remèdes, venin de vipère, bave de crapaud, incision des bubons. A Buxerolles, au Logis de la Barre, les rescapés espéraient  guérir.
1631, la peste fleurit au printemps sur le terreau de la saleté, de la misère et de la crise économique. Qu’on se le dise, le prix de la contagion suivit dans tout le royaume celui du vin et du froment, il poussa le nanti à fuir avec ses biens vers une autarcie villageoise salutaire, vite et loin, le plus vite possible, loin de la ville putride où l’on enfermait les contaminés. L’exilé emportait dans sa fuite essoufflée, ce bacille que nul ne connaissait encore. 
1631, les registres paroissiaux racontent l’exil d’une épidémie… Parmi les 32 mentions de peste retrouvées, 20 occupent les années 1630 et 1631. La peste est au village ! A Cissé, le curé la nomme  «  l’année de la grande mortalité ».  A Craon on enterre les morts dans les jardins,  à Posay-le Joly, à Arcay, à Amberre, à Nouaillé-Maupertuis, on mentionne la contagion. A Thurageau, elle impose  son cimetière, à Montamisé, l’un après l’autre, les Joubert s’enterrent dans leur jardin. Le 7 juin,  ce sont les « corbeaux » de l’hôpital de Poitiers qui recouvrent le dernier.
1631, dans ce village du Poitou, la contagion est à son comble au printemps, un an après le premier cas signalé dans le registre, elle a tué 117 personnes, multipliant la mortalité par dix. A Poitiers, la ville décimée compte 10 000 morts, la moitié de sa population.
2014, dans un monde où  les bactéries résistent, où  la gale revient, où la crise économique gronde, le printemps pictave des glycines et des lilas peine à couvrir les effluves d’alarme des sacs poubelle. Les ordures ménagères seront-elles enfin, l’affaire de tous ?


vendredi 4 avril 2014

Céruse Mortelle - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 04/04/2014.

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Hygiène : un mot qui n’est pas encore au dictionnaire en ce XVIIIème siècle. Néanmoins, les règles de la toilette sont en évolution. La surmortalité infantile commence à poser des problèmes démographiques et nombreux sont ceux qui se chargent de porter la bonne parole. Les pratiques doivent évoluer, l’allaitement, les soins doivent progresser. Il y va de l’avenir de « l’humanité naissante » !
Le nourrisson n’est plus vu comme un être inférieur à peine digne d’intérêt, mais comme un homme en devenir, en construction. Rousseau est passé par là ! Tout naturellement, la presse régionale se charge d’être didactique. En prêchant la bonne pratique à la citadine qui lit, elle espère toucher la femme misérable du village qui l’écoute, changer les pratiques des campagnes où persistent inexorablement les habitudes ancestrales délétères. Ainsi en est-il de cette incroyable usage de la céruse à effet dessicatif sur les irritations des nourrissons et des enfants. La céruse comme pâte à langer de l’époque en quelque sorte.
Or la céruse, nous disent les Affiches, n’est rien d’autre que du plomb et les effets de ce métal lourd sont d’autant mieux connus qu’ils furent décrits dans la région deux siècles plus tôt, d’où l’appelation éponyme des coliques qu’ils provoquent ! Diarrhées, crampes, vomissements, troubles neurologiques, la sémiologie est vaste et grave chez les peintres et les doreurs ! On imagine  sans peine à quel point l’application de ce produit put produire de dégats chez les petits à peau si fragile !
Mais le XVIIIème siècle se méfie encore trop de l’eau, bannie de la toilette depuis les épisodes de peste. En effet, on craint à l’époque, la transmission des maladies  par les pores. Par conséquent, on nettoie en frottant avec un linge sec et on bouche les pores avec la céruse ! Mais jamais on ne lave l’enfant avec de l’eau, au mieux le fait-on quelquefois avec… du vin !

Emmaillotées, les petites mains de l’humanité naissante ne s’accrochent pas encore au sein de leurs mères, encaustiqués, saucissonnés, bras et jambes entravées par les langes, crânes déformés par les bandages, espérons que l’humanité naissante n’attende pas longtemps encore que la lecture du quotidien préféré de la fermière atteigne enfin le foyer où ils tentent miraculeusement de grandir dans une nature si hostile !  

jeudi 20 mars 2014

L'âme d'enfant monstrueux - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 20/03/2014

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Entre fascination et répulsion, de la monstruosité à l’humanité, le curé de Leugny trouve le chemin de l’âme.
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Le 21 Juin 1655 nait à  Leugny le fils de Pierre BERTHEAU. Un enfant si différent, que Godin, le curé, interroge l’embryologie pour guider la théologie.
Appelé en urgence, il a trouvé le nouveau-né « vivant et qui jetait une voix ni d’enfant ni d’animal». En s’approchant tout près il lui semble que « c’est celle d’un chevreau ». Les anomalies se situent au niveau de la tête. « Les yeux sont au plus haut de la teste et de grosseur extraordinaire »,  il manque le front, le crâne est déformé,  le cuir chevelu  en forme de « cornets duveteux » est présent derrière chaque oreille,  le reste de la tête est sans poil. Le cou présente un bourgeon charnu, les oreilles sont légèrement en pointe, ainsi que la langue.
A ce drame, Godin cherche une cause et la trouve : la peur. Ancestrale, la peur, resta longtemps la seule explication des malformations foetales. A cinq mois de grossesse, Marie Maujuré, la femme Bertheau a croisé un loup dévorant une chèvre. Une grande frayeur l’a prise et « la force de l’imagination a changé les organes extérieurs ».
 Baptisé par la matrone, l’enfant meurt sous les yeux du curé. Godin argumente afin d’accorder une sépulture à cet enfant. « L’infusion de l’âme » est un phénomène complexe. Nous apprenons qu’elle présente trois stades : végétative, sensitive et raisonnable. Il faut au fœtus mâle 40 jours pour atteindre le stade raisonnable et le double pour une fille ! Par conséquent, ici, l’âme précéda la peur. L’accident « n’a pas changé la substance de l’âme ». Le cœur et le cerveau sont « demeurés humains nonobstant le notable changement de la forme extérieure ».
Serviteur de Dieu mais épris de science, Godin éloigne l'animalité pour trouver l'humain. La chronologie des évènements le conforte.  « Je le crois » insiste-t-il ! Chassant  le diable et le surnaturel qui pourraient s’insinuer dans les esprits, Godin assure le salut du petit, sauve la mère et la paix du village.  
L'enfant Bertheau était anencéphale. Nous savons aujourd’hui que l’anomalie survient au plus tard au 26ème jour de gestation. Godin s’est trompé, le loup n’y était pour rien !
Les malformations majeures,  concernent environ une grossesse sur trois mille. Leur mention sur les registres paroissiaux est exceptionnelle. Le déchiffrage de cet acte fut un travail d'équipe, merci aux paléographes du club GE86 et aux carabins de ce siècle qui m’ont aidée à comprendre ce bouleversant témoignage du passé. 

llustration : BIU Santé Paris.





jeudi 6 mars 2014

Sages-femmes en colère - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 6 Mars 2014

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Sages-femmes en colère, Châtellerault  1806 !
Châtellerault 1806. Depuis que la dame Dupuis est morte en couches, on murmure dans la ville. La sage-femme appelée a fait des manœuvres mal dirigées, forcément ! Et elle a montré bien peu de sagacité, nul n’en doute ! Voyez comme elle est novice! Elle n’a pas appelé le chirurgien !  Elle ? C’est Mlle Dupain.
Au premier rang des attaques, trois sages-femmes : La Verjus, la Fortin et la femme Larcher ! De bouche à oreille, relayée par les uns, déformée par les autres, assourdissante, la rumeur enfle tandis que grandit l’angoisse des femmes.  A qui se confier ? Seule et dos au mur, Mlle Dupain ne rend pas les armes et va se plaindre au préfet : « Tout ça n’est qu’ignorance et jalousie ! Confrontez-moi à mes consœurs ! »
Le 16 Octobre 1806, pour faire cesser « l’anarchie qui règne dans une profession si délicate », est convoqué à l’hôtel de ville, le jury médical, conseil de l’Ordre avant l’heure. A sa tête, Josle, médecin, accompagné du  sous préfet, du conseil municipal, des officiers de santé, des chirurgiens, des médecins, et du commissaire de police ! Autour d’eux, une foule de notables et la presse, car déjà, au menu des petites affaires médicales, les gourmands ne manquaient pas d’appétit !
On questionne la jeune sage-femme. Elle présente un CV prestigieux. Diplôme de l’Ecole de Médecine de Paris, signé Jussieu ;  certificat de Mme de la Chapelle,  troisième prix de l’école d’accouchement, visé par Baudeloque, médaille d’argent de l’école de la maternité. Elle s’explique sur le drame et convainc les experts du jury : « Il n’était pas au pouvoir de l’art de remédier à l’accident survenu ». Le jury rend justice à sa compétence, à sa sagacité, rappelle les risques du métier… On lui reproche à peine d’avoir trop longtemps différé l’appel du médecin. Questionnée sur ses connaissances académiques, elle reste incollable.
On passe ensuite à l’interrogatoire des trois accusatrices. 30 ans d’expérience, toutes élèves de Maury, elles furent en Poitou, parmi les premières formées. Bien qu’on leur pardonne d’avoir oublié les bases théoriques (elles placent les os du bassin dans la matrice), leur incompétence face à leur jeune consœur reste flagrante. L’une se vante sans vergogne de s’être enfuie face à un accouchement difficile ! Leur routine et les « inepties proférées » leur donnent  tort. 
1806, l’Empire s’attaque à la formation médicale anéantie par la révolution. Dans ce contexte, Canolle, élève de Maury, tout en se référant à la loi du 19 Ventôse de l’an XI, conclut  la séance châtelleraudaise par une petite leçon de déontologie, amenant  à s’interroger sur le pouvoir médical : si du talent nait la confiance publique, que chacun se garde que l’un et l’autre ne flattent  trop leur amour-propre !...
Source : Archives de la Vienne – Le Journal de la Vienne Janvier 1807.
Illustration : Mme de la Chapelle BIU Santé Paris.
Repères : 1793 sème la terreur dans les académies et les dissout. En 1794, sont fondées trois écoles de santé. Baudeloque nommé à Paris fait pour la première fois de l'art des accouchements une discipline à part entière. L'enseignement devient laique et en français ! Sous le consulat puis l’empire, Cabanis et Chaptal contre-attaquent ! La loi du 19 Ventôse de l'an XI, impose enfin la nécessité d'obtenir un diplôme pour exercer la médecine. On établit à l'aide de jurys médicaux un contrôle des connaissances, afin d’écarter les incompétents. Il faudra attendre 1892, pour que les officiers de santé disparaissent.



jeudi 6 février 2014

Morts décryptées à Vivonne - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 6 Février 2014.

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1818-1824, Mourir à Vivonne…
C'est le six Mars 1818, en rédigeant l'acte de décès de Catherine Proust que l'idée vint à Mr Enard, maire de Vivonne, d'indiquer systématiquement, sur la foi des déclarations de l'officier de santé, la cause du décès de ses compatriotes. Et ce, pendant six ans, offrant ainsi  au généalogiste de passage, un trésor rare ! Mr le maire était-il carabin ? Friand de science ?  C'est à voir. Toujours est-il, qu’une petite initiation à la sémiologie du XIXème siècle permet d'établir quelques éléments statistiques, d'identifier quelques anecdotes. Bref, de faire vivre ces décès !
Le poumon ! Toujours le Poumon !
Catherine Proust est  morte, de « phtisie pulmonaire », c'est à dire de tuberculose. Fluxion de poitrine, consomption, catarrhe pulmonaire, et autres écrouelles, le poumon, toujours le poumon !  Les maladies vermineuses  sont parasitaires et  infantiles. Les fièvres sont cataloguées à la Prévert : scorbutiques, putrides, adinamiques, remittentes, ataxiques, cérébrales, lente, catarrhales, bilieuses, ataxiques, asthéniques, quartes, tierces...Les hidropisies signent l’insuffisance cardiaque.  Si les diarrhées sont à l’évidence asthéniques, certaines affections demeurent bien mystérieuses :. les exquinancies sont des amygdalites, mais que sont ces encophlegmaties, ces dépôts à la tête ? Le grand âge a son cortège d'affections spécifiques : langueur, caducité, la décrépitude est outrageusement féminine... Le crabe lui,  ne signe qu’une fois : «une diathèse cancéreuse » emporte Magdeleine Nicoulaud à 60 ans.
La mort rôde autour des enfants.
Quant aux tout petits  « mort-nés », ou des « suites de naissance », ils sont qualifiés « prématurés », au sens de morts trop tôt. Les enfants paient le plus lourd tribu à la faucheuse : 48,6% des décès ! Suivant parfois le trajet de la sage-femme, de maison en maison, brutale, inexorable, la fièvre puerpérale emporte les mères à peine délivrées.
1824, une mystérieuse épidémie.
En mars 1824, le drame s’annonce au village. Fièvre, rhume, catharres, exquinancies, emportent brutalement  une dizaine d’enfants, 7 le mois suivant. Enard( allez savoir pourquoi)arrête ses relevés étiologiques. En  Mai, le mal est à son comble. Il meurt 24 jeunes de plus. Entre Mars et Avril, 51 personnes disparaissent, 84% sont enfants ou jeunes adultes. Avec un total de 96 décès, la mortalité double à Vivonne, comme alentours, emportant des fratries entières.  Deux ans plus tard, la faucheuse a passé son chemin, la mort reprend son rythme ordinaire, et l’épidémie garde  son mystère. A moins qu’il n’en reste trace dans les comptes-rendus municipaux signés Enard? 

mercredi 4 septembre 2013

De la rage à la plage - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 04/09/2013.

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Le loup d'Arçay - De la rage à la plage. 1725.
C'est le 6 Mars 1725, que la bête fait sa première victime. Féroce, enragé et solitaire, elle s'attaque dans le marais à un gamin de quinze ans et le dévore.
Tard dans la soirée du lendemain, elle revient à la charge, toujours solitaire et encore plus déchaînée. Dans les maisons de Briande, au village d'Arçay, elle s'attaque aux chiens et aux gens. Gabillon, sa femme, le valet de la Ronde et d'autres sont blessés, gravement.
L'animal est enragé, les morsures sont graves. Le temps presse.
A l'époque, contre la rage, une seule chance d'éviter l'issue fatale : les bains de mer et le sel. Le traitement connu depuis l'antiquité est recommandé depuis le XVIème siècle.
Des laisser-passer sont octroyés aux malades, afin qu'ils rejoignent au plus vite l'océan.
Nos villageois prennent la route sans tarder.
Gabillon qui est trop gravement blessé reste sur place.
Accompagnée de ses frères, sa femme, ainsi que Cabamier et le valet de la Ronde prennent la route.
Mais la route est longue, trop longue. La femme Gabillon affaiblie par la fièvre ne peut poursuivre. Ses frères la déposent à l'hôpital de Fontenay-le-Comte, à 100 km d'Arçay.
La femme Gabillon y meurt seule, huit jours avant son homme laissé à Briande.
Le reste de l'équipage poursuit sa route, Cabamier et le valet de la Ronde atteignent enfin la plage, probablement celle de l'Aiguillon.
Epuisés.
Il est hélas trop tard, le mal a fait son oeuvre.
Ils meurent tous deux en découvrant l'océan.

Source AD 86 - Arçay _ 1713/1732 pages 65 et 66

Accident funeste le mardy six mars mil sept cent vingt
cinq un loup enragé dévora un garçon de quinze ans dans le
maris de Vignole de la.. La nuit suivante il revint sur les 
onze heures du soir dans les maisons de briande où il mordit le
nommé Gabillon et sa femme batit les chiens, et encore a
mordu plusieurs personnes, un valet de la ronde et autres qui sont
allés à la mer. 

François Gabillon âgé de quarante six ans est
décédé après avoir reçu les sacrements et a esté
inhumé dans le cimetière le mercredy dix huit avril
mil sept cent vingt cinqu sa mort causée comme est dit de
l'autre part par la morsure d'un loup enragé. Il ne put
aller à la mer tant ses playes estaient dangereuses sa
femme y alla mais ne put s'en retourner, elle fut laissée
par ses frères qui la menèrent à l'hôpital de fontenay
le Conte où elle est morte de la maladie de rage huit jours
avant son dit mari qui en est aussi mort. le nommé friture
Cabamier qui estait aussi allé à la mer en est aussy mort et
aussy bien que le valet de la ronde.



mardi 23 avril 2013

T comme Tuberculose #challengeAZ



La tuberculose s'est invitée souvent dans la généalogie de chacun.
Je remets à l'honneur le billet écrit  en hommage à
 Camille Guérin, co-découvreur avec Calmette du BCG.
Un p'tit gars du Poitou !
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C’était un temps terrible que celui de sa naissance. Un sale temps à microbes,  un temps sans antibiotiques, un temps sans espoir de guérir, de soigner.

Camille Guérin est né à Poitiers en 1872.

 Elle,
on l’avait appelée écrouelle, puis phtisie, consomption, catarrhe, en 1839, Schonlein la baptise tuberculose ( de tubercule petit nodule et "ose" mal non inflammatoire). Depuis la nuit des temps, elle creuse les os, les poumons, la peau, les organes génitaux, le cerveau. Invalidante, déformante, stérilisante, suffocante, caverneuse, elle grignote tout.

En 1882, chez les Guérin, elle emporte Eugène, le père. Quelques années plus tard, Madame Guérin se remarie avec Auguste Venien vétérinaire à Chatellerault.

Camille grandit, brillant élève du lycée Descartes, sous l’impulsion de son beau-père vétérinaire, il se destine au même métier. Il part pour Maisons-Alfort et fait partie des meilleurs. Remarqué dans un premier temps par Nocard qui travaille avec Pasteur, il rejoint le laboratoire de Calmette, médecin chercheur, l’ami de Pasteur et de Roux. Camille Guérin sait sa chance et ne la laisse pas passer. Calmette sera son maître, aimé, respecté, honoré, au-delà de la mort.



C’est le début d’un beau duo de science.

 Guérin part à Lille le rejoindre à l’Institut Pasteur fondé deux ans avant, nous sommes en 1897, Camille Guérin a 25 ans. Il se consacre à la vaccine et à la tuberculose.

En 1900, il épouse Marie Lavergne, il aura deux enfants, un fils Pierre et une fille… Camille.

A partir de 1906, ses travaux portent sur le bacille tuberculeux d’origine bovine qu’il cultive sur pomme de terre additionnée de bile de bœuf. L'idée : créer une souche non virulente, stable. Le but : vacciner sans risque.




  Depuis que Koch en 1882, a identifié le bacille virulent responsable de l'affection chez l’homme, d’autres à ses cotés, à sa suite, essaient sans succès vaccins ou sérums. On tâtonne, on échoue, on cherche.

Contagieuse, ravageuse, la tuberculose est humaine mais aussi animale. En médecine vétérinaire, aussi il est temps de trouver, de vaincre. A Lille, après la grande guerre, les essais de vaccination sur les bovins avec du bacille atténué ont repris. Calmette et Guérin à force de patience, de travail, isolent, repiquent, atténuent le bacille, jour après jour, cycle après cycle, 20H après 20H, autant de fois qu’il faut. Malgré la guerre qui a sévi, interrompu les travaux, ils tentent, échouent, recommencent, protègent le trésor de leurs premiers efforts.

La science est leur monde et leur monde de science est fascinant. Contemporains de Roentgen, des Curie, sous leurs yeux nait la médecine, l’humaine et la vétérinaire, la radiologie, la radiothérapie, c’est l’enfance d'un Art qui est leur unique terrain de jeu….

En 1918, la guerre se termine, mais la maladie fauche toujours et Marie l’épouse succombe à une méningite tuberculeuse.

A Lille, les recherches se poursuivent. Dans l’élan du savoir, dans l’ivresse de la découverte, entre médecins et vétérinaires, les cloisons tombent. Il faut atténuer la virulence encore et encore. 230 fois plus tard, 13 ans après le premier ensemencement, le bacille qui pousse sous les yeux de nos deux amis  permet enfin la protection de l’animal.

Calmette, avec une extrème prudence et une grande audace, souffle l'espoir en émettant  l’hypothèse que ce bacille là, peut aussi protéger l’homme. Ce bacille là, c’est le BCG, le Bacille de Calmette et de Guérin. C'est un pédiatre, le Dr Weill-Hallé qui autorise et réalise le premier essai de vaccination chez un bébé, c’est un succès. L’enfant échappe à une tuberculose inévitable, attendue fatale.

 Nous sommes en 1921.

 Partout dans le monde, on va vacciner.


On ne sait pas encore guérir la maladie, mais on peut la prévenir, la faire reculer. Et elle recule.



Rivalités, diffamations, mises en cause, accident, rien n’est jamais simple… Calmette meurt en 1933, affaibli par les polémiques.

Guérin poursuit leur œuvre commune, travailleur acharné.

 Il faudra attendre les années 50, pour guérir enfin la tuberculose, découvrir le rimifon, plus la rifampicine, antibiotiques efficaces sur le bacille.

 Ambassadeur inlassable, reconnu, couronné, récompensé, Guérin deviendra Président de l’Académie de Médecine en 1951.

Camille aime à venir de temps en temps, se reposer dans sa maison de Vouneuil sur Vienne, il y retrouve ses enfants, les chemins du Pinail, les vieilles pierres, les vieilles églises.

Ami de Maurice Fombeure le poète de Bonneuil-Matours, d'Yvonne de Lestrange, la dame du Château de Chitré, il laisse encore aujourd'hui, aux petits enfants de ses voisins de village, humbles ou non, le souvenir d’un homme simple, affable, épris de science.

Il s’éteint à l’hôpital Pasteur le 09 Juin 1961.

 Ici, dans les maisons, dans les écoles, à l'hôpital, au collège de Vouneuil qui porte son nom, au lycée de Chatellerault où il a étudié, on raconte son histoire, porteuse d’espoir, d’humanisme et de modestie.
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 Notre monde arrogant néglige ses chercheurs, ses bienfaiteurs, il oublie la mort des tout-petits, des jeunes gens suffocants, il méprise trop souvent la science et doute des bienfaits dont il est l’ingrat bénéficiaire. A l’aube du XXIème siècle, silencieuses, tentaculaires, les vieilles épidémies endormies s’éveillent, sournoises. De nouveau, coqueluches, tuberculoses, surprennent une crèche,un collège, une salle d’attente.



Ne restons pas sourds aux cris d’alarme, ne crachons pas stérilement sur la science au nom d’un retour à une nature dont on a oublié la violence… 




lundi 15 avril 2013

M comme Malformation #challengeAZ


Ecrire M comme Malformation c'est ne pas réusssir à écrire M comme Monstre.
Pourtant c'est ainsi que ces enfants sont qualifiés. La monstruosité au 17ème et au 18ème est une curiosité. A la fois sujet de science, de religion, de superstitiion, elle suscite le trouble, l'effroi, l'étonnement, mais pas seulement. Elle suscite aussi le voyeurisme. On se presse pour voir le monstre, on le montre, on en fait une source de revenus...
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Poursuivre le challengeAZ c'est remettre à l'honneur l'exceptionnel.
L'enfant de Leugny est exceptionnel. Il a fait l'objet de deux publications que je réunis aujourd'hui pour vous. L'enfant de Leugny, tout en éclairant les pratiques du temps jadis, nous donne à réfléchir sur celles d'aujourd'hui.
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Les malformations majeures visibles à la naissance concernent environ une grossesse sur trois mille.
Les mentions de ces anomalies graves sur les registres paroissiaux sont rares.
Ce document  du XVIIème siècle est à ce titre exceptionnel. Godin, le curé de Leugny, qui s'avère au fil des pages un fin sémiologiste,  reprend ici avec beaucoup de détails la description de l'enfant BERTHEAU né le 21 Juin 1655. 
 A tel point qu'il est possible à sa lecture d'établir aujourd'hui un diagnostic de cette anomalie.
Godin cherche l'origine de cette malformation, interroge l'embryologie de son époque pour guider sa conduite religieuse.... Nous  reviendrons  sur chacun des aspects de cette naissance, mais dans un premier temps, je vous laisse lire voire déchiffrer et méditer.

La compréhension de cet acte est un travail d'équipe, merci aux colistiers de GE86 qui m'ont aidée à le déchiffrer et au carabin  qui a identifié et précisé le mécanisme de cette malformation. 

Première Partie : Lecture de l'acte.
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1- Le 21 Juin 1655 je fus appelé en
2- la maison de Pierre Bertheau mon
3- paroissien ou j'ai trouvé sa femme
4- assistée de Jeanne Girond femme de
5- Charles Farou, et Magdeleine Babin
6- femme du Mathieu Bertheau frere dudit
7- Pierre, tout fraischement délivrée d'un
8- enfant masle bien formé en touttes ses
9- parties, hormis en la teste en laquelle
10- il avait les deux yeux tout au plus
11- haut de la teste de grosseur extraordinaire
---

12- et sortant depuis lesquels voient le
13- derriere le reste de la teste alloit en
14- baillant avec deux duvetes en façon
15- de cornet mediocrement (eslances) au
16- dessus et tout contre les oreilles formées
17- néanmoins à la façon de lhomme un
18- peu tirantes en pointe, ni ayant dans
19- l'entredeux de ces duvetes qu'une peau
20- sans poil et sans duvet un peu plus
21- enfoncés que ces duvetes derriere lesquels
22- sur le col y avait une chair rouge
---
23- sans peau (cette) chair deschire et sanglante
24- et inégale, le nez et la bouche étoient
25- de forme humaine, le nez un peu rond
26- et abatu, la langue un peu plus en pointe
27- que le commun, je le trouvois vivant
28- et qui jettoit une voix ni d'enfant ni
29- d'autre animal proportionné à sa grandeur
30- néanmoins et approchant ce me semble de
31- celle d'un chevreau, aussi que j'ai appris
---

33- cela estre arrivé de laprehension d'une
34- chair qu'elle vit ostée au loup et fort
35- dechiree environ cinq mois devant ce
36- jour / je m'enquis de la matrone sudite
37- femme de Farou, si elle l'avoit baptisé
38- selon l'experience qu'elle a dans le péril
39- de mort des enfans, elle m'assura que
40- ouy, ce que j'approuvais, et moy mesme
41- l'eusse baptisé s'il ne l'eut esté jugeant
42- qu'il avoit l'asme raisonnable, et permis
43- qu'il fut mis, estant mort incontinent
44- en ma pr(esen)ce, dans le cymetière, ma rai

suite page de droite en haut à droite
....................................................
45- ma raison pourquoi je l'estimais avoir esté
46- baptisé est pour autant que ce defaut paroissoit
47-estre advenu depuis l'infusion de l'âme, qui
48- n'informe point les corps par succession, et selon
49-les divers degrés qu'elle a de vegetative, sensitive
50-et raisonnable les uns après les autres, mais tout
51- d'un coup est raisonnable, qui a ces trois offices
52- distincts selon les diverses parties ou elle reside,
53- et tout le temps de l'infusion de l'âme qui
54- est 40 jours aux masles, et de 80 aux femelles
55- selon l'opinion commune, si elle a été
---

56- raisonnable car certainement je le crois ! Cet
57- accident survenu plus de deux mois après n'a
58-pas pas changé la substance de l'âme
59-et la rendre brute, oux bien par la force de
60-l'imagination changé les organes extérieurs et
61-ces parties en cette forme éloignée de l'humain.
62- Le coeur et le reste des parties d'en bas
63-demeurent toujours humain aussi bien que les
64- autres organes extérieurs d'alentour, et le cerveau
65-que l'on tient aussi siège de la vie, mais parti-
---

66- culierement le siége de la raison résonant
67- aussi la substance première, et y conservant
68- la vie de l'âme telle quelle y avoit été
69-infusé, nonobstant le notable changement de
70- la forme extérieure.

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Source : Leugny BMS 1649-1669 page 51 à gauche et droite.
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Relevé par Gloria Godard, Thierry Péronnet,  Alain Texier, Sarah Marlatt, Françoise Hovaere (GE86)
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Deuxième Partie : L’enfant de Leugny, description, diagnostic, étiologie, conduite à tenir.




1 - Identification de la malformation.
Le curé de Leugny est un fin sémiologiste. Nous ne sommes pas encore au siècle des lumières, mais il observe.
Résumons :
Il s’agit d’un garçon (ligne 8)
 il est né vivant (ligne 27)
respire et crie (ligne28), le curé compare sa voix à celle d’un étourneau ( ?)( ligne 31)
-le corps est strictement normal (ligne 8)
- Les anomalies se situent au niveau de la tête et de la face :
Les  yeux paraissent anormalement hauts (ligne 11) et exorbités,  c’est le premier élément qui retient l’attention du curé, associé à une anomalie majeure du crâne. Il manque le front (ligne 12 et 13), le crâne est déformé (ligne 14), le cuir chevelu est présent de manière symétrique derrière chaque oreille (ligne 15), mais le reste de la tête présente une peau sans poil (ligne 20). 
Au niveau du cou est noté un bourgeon charnu (forme 23).
Le reste de la face semble normal, même si le curé s’interroge sur des anomalies mineures : les oreilles semblent légèrement en pointe (ligne 18), la bouche est formée, et la langue semble elle aussi, un peu pointue (ligne 27).

L'enfant de Leugny est anencéphale. 

2 – Etiologie de la malformation : La peur du loup !

Ancestrale, la peur, à l’origine des malformations, restera longtemps et reste encore aujourd’hui à tort  dans les esprits. A cinq mois de grossesse, la femme de Pierre Bertheau a croisé un loup dévorant sa proie. Une grande frayeur l’a prise à laquelle le curé attribue la malformation. Godin se trompe. L’anencéphalie est une anomalie embryonnaire due à un défaut de fermeture du tube neural. Celle-ci survient au plus tard au 26ème jour de gestation.
 Le loup croisé longtemps après est innocent !

3- Conduite à tenir.

L’enfant Bertheau meurt sous les yeux du curé (ligne 43). La matrone l’a baptisé et le curé approuve sa décision. 
Dans les lignes qui suivent, Godin argumente les éléments qui lui permettent de donner « âme » à cet enfant. 
L’anomalie est survenue après la peur du loup. La date est fondamentale.  Végétative, sensitive et raisonnable, Godin nous apprend ainsi, qu’il faut 40 jours pour donner  une âme à la vie d’un  futur garçon et le double de temps pour une fille….  (ligne 54).
Pas encore féministe, Godin. 
Serviteur de Dieu mais néanmoins  épris de science, on le connait par ailleurs passionné d'étoiles, érudit. L'acte qui décrit cette naissance, long, précis, argumenté, cherche mot après mot à éloigner l'animalité pour trouver l'humain,
 « je le crois » (ligne56) insiste-t-il. 
Le loup est venu après les 40 jours, il a modifié les organes extérieurs mais cet enfant est bien humain. On comprend alors aussi les précautions que le curé à prises à décrire les anomalies mineures de la face (oreilles , langue). Se pourrait-il qu’il lutte  contre l’idée du diable qui pourrait s’insinuer dans les esprits, dans les propos tenus autour de lui ? 

Rappelant en conclusion tous les éléments qui lui paraissent essentiels, Godin l’humaniste, garde l’enfant de Leugny parmi ses paroissiens.


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Protagonistes de cette naissance :
Pierre Bertheau le père, le nom de la mère n’est pas noté dans l’acte, le décès d’une Renée Bertheau en 1703 laisse penser qu’il s’agit de Maujuré Marie.
Mathieu Bertheau frère de Pierre  et Magdeleine Babin sa femme
Jeanne Girond matrone, femme de Charles Farou.

jeudi 24 novembre 2011

Colique du Poitou et prévention du saturnisme - 1773


En 1773, le correspondant médical anonyme de la NR de l'époque (Annonces et Affiches de la Province du Poitou) donne régulièrement des conseils en matière de santé publique et de puériculture. 
Le journal avait sans doute aussi quelques lectrices. 
Ici, ce sont elles qu'on vise, en s'alarmant de la mauvaise habitude des mères et des nourrices, qui consiste à utiliser la céruse comme dessicatif sur les plaies des nourrissons et enfants. 
Le mitosyl de l'époque, en quelque sorte...
L'officier de santé rappelle que la céruse n'est rien d'autre que du plomb calciné par la fumée du vinaigre. 
Les effets nocifs en sont connus sur les doreurs, les peintres, les vernisseurs et broyeurs de couleurs qui sont souvent victimes de coliques du Poitou, intoxication grave au plomb. Et on voit dans l'article que l'on sait déjà beaucoup des maladies professionnelles. 
D'où un appel au bon sens ! 
La céruse sera d'autant plus nocive pour les petits qu'on la sait poison pour les grands. 
Chez les enfants elle provoque coliques, convulsions et dépérissements de "cette humanité naissante". 
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Le texte intégral :


Il règne, surtout à la campagne, un abus dont il résulte des effets déplorables. Dès qu'un enfant a quelque écorchure, aussitôt les mères ou les nourrices emploient la céruse, comme le dessicatif le plus efficace. Nous avons lu qu'un particulier a observé, après une analyse exacte de la Céruse, que l'application de ce remède pouvait occasionner les coliques violentes auxquelles les enfants sont sujets, et qui souvent les conduisent au tombeau. En effet, la céruse n'est autre chose que du plomb calciné par la fumée du vinaigre ; on sait combien les impressions de plomb sont terribles ; les peintres, les vernisseurs, les doreurs, les broyeurs de couleurs, et ceux qui travaillent aux mines, sont sujets à des coliques, appelées coliques des peintres, ou du Poitou. Si la Céruse broyée ou seulement employée au bout du pinceau,  produit tous les maux causés par ces coliques, et dont on peut lire la description dans le Dictionnaire de Médecine, de quels effets plus prochains , plus sinistres, ne doit pas être suivie son immédiate application sur les membranes délicates des enfants ? Il est donc probable, que ce prétendu dessicatif contribue beaucoup aux coliques, aux convulsions, au dépérissement de l'humanité naissante. 

mardi 15 novembre 2011

Montrée du doigt !


A peine née !
Les Affiches du Poitou : 
"La nommée Marguerite Micheau, de la paroisse de Marnay, près Vivonne, est accouchée dans les premiers jours de Juin, d'une fille qui a six doigts bien séparés à chaque main, et six au pied droit. Cet enfant jouissait encore d'une bonne santé le 24. "

La petite Marie Micheau est née le 24 Mai 1773 à Marnay (86), elle est la fille de Jacques Micheau et de Marguerite de Letang. Aucune mention n'est faite dans l'acte de naissance. 
Si cette polydactylie interpelle le chroniqueur, elle l'inquiète aussi, on date les dernières nouvelles de sa bonne santé. 
Les Affiches du Poitou, n'ont pas tort. 
Cette particularité,  qui peut rester isolée, est parfois associée à des pathologies cardiaques, neurologiques ou à des anomalies chromosomiques. 

Marie Micheau meurt à l'âge de deux ans, le 16 Avril 1775. 
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Source : Les affiches du Poitou Juillet 1773. 
ADV - Marnay - BMS 1772 - 1784.