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mardi 8 avril 2014

Itinéraire d'un ouragan ! Echo à Degrés de Parenté.



Dominique me donne ce matin l'opportunité d'illustrer par l'exemple mes cogitations du billet suivant qui répondra aux passionnantes réflexions de Brigitte.
Commençons donc par l'exemple.
Dominique a déniché une pépite. Un bel ouragan à Thouars en 1751. Elle nous raconte à sa manière, cette nuit particulière du 14 au 15 Mars qui vit aussi naitre le p'tit Pierre JOUBERT. J'aime quand Dominique raconte ses histoires, son style me touche.

Archive Insolite ? Vous avez dit Archive Insolite ? Dans ma p'tit tête depuis l'temps, j'ai une circonvolution rien que pour ça. J'adore ça. Je ne suis jamais allée à la messe, mais j'aurais fait une bonne paroissienne,  j'arrête pas de lire les curés du Poitou ! Ils me régalent.
Direction ma base d'archives insolites.
Catégorie : Ouragans
Date : 1751
Villages : Angliers et la Chapelle Moulière.
En route !
AD 86, Angliers, BMS 1749/1754 page 23/48

 Angliers, le curé raconte : 
La même nuit venant au dit jour depuis minuit jusqu'au matin 
il a fait un vent si violent et si terrible qu'il a fait trembler 
les personnes les plus hardies, a découvert et renversé un grand 
nombre de maisons, a arraché , renversé et ébranlé presque tous 
les ormes des avenues d'angliers, et aussi presque tous les autres 
arbres, noyers, fruitiers, et autres ; de sorte que l'on croyait que 
tout devait périr tout d'un coup. Le même malheur est arrivé 
dans les autres endroits. 
Cet ouragan était accompagné d'un tremblement de terre, de 
tonnerres et d'éclairs, joint à celà, une grande inondation d'eaux 
non pas pendant l'ouragan, mais avant, et après, et aussi la lune 
paraissait toute en feu. on a redressé une partie des noyers et des 
autres arbres fruitiers qui ont résisté en partie. 

A Angliers, c'est la p'tite Magdeleine, la fille de René CLERC et Magdeleine GAILLARD, qui est née en pleine tempête ! Baptisée en coup d'vent le même jour. 

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AD 86, La Chapelle Moulière, BMS 1740/1756 page 87/138

A la Chapelle-Moulière le curé raconte l'ouragan mais bien plus ! 
Au mois d'avril 1751 les habitants de la paroisse 
de Latillé tuèrent deux bêtes ressemblants à un 
loup qui mangeaient les hommes, elles furent 
conduites à l'intendance et on donnait six sols 
pour les voir. 
La nuit du 15 février il fit un vent et un 
ouragan si impétueux que tous les hommes les 
plus rassurés tremblaient, il renversa plusieurs 
maisons, et plusieurs arbres. 
depuis le jour de la toussaint 1750 jusqu'au jour 
de la pentecôte 1751 il tomba toujours de l'eau 
avec des vents et des orages continuels à peine 
sema-t-on les bleds. 
Le bled froment s'est vendu 34l le boisseau à la 
pentecôte mesure de chatellerault et l'autre bled à 
proportion. lavoine 12 l le boisseau. 
au mois de septembre 1751 le froment s'est vendu 
2 ? 8 à chatellerault. 
Monseigneur le duc de Bourgonne est né au mois 
de septembre 1751. 
Le second bateau de l'icotière a été mis sur la rivière 
le 13 9bre 1751. 
A la naissance de monseigneur le duc de bourgonne le roy 
a dotté en mariage douze filles dans toute les villes 
royales, et il leur a fait donné à chacune 300?? 
Ce fut monseigneur levêque de poitiers qui épousa 
les douze de poitiers dans leglise de la pierre levée 
repas fut fait à l'intendance au mois de novembre 1751. 
la dernière nuit du mois de 9bre il fit un grand vent 
avec de grands tonnairs tous les hommes tremblaient mais ils 
n'eurent point de mal. 
Le jubilé de l'année sainte commença au 
mois d'aout et se termina au dernier décembre 
en suivant. 
le dernier jour de l'année 1751 ont été plantés 
les noyers qui sont le long du grand chemin 
au bas de la vigne de la Cure et du cabinet. 
le même jour ont été plantés les noisetiers qui 
forment le cabinet dans la cour de la cure 
au mois d'octobre 1751 monsieur le duc de Richelieu 
maréchal de france fut exilé à son chateau de 
Richelieu. 
Dom Colme? a été nommé à l'abbaye royalle de 
montierneuf de poitiers au mois de novembre 1751. 
à la fin de l'année 1751, le bled froment vallait 
2 ?10 l . Beaucoup de pauvres et de volleurs. 
le cabinet qui est au bout de l'allée de la vigne 
de la cure a été fait et planté les buis 
et les noisetiers le dernier jour de l'année 1751. 

Concentrons-nous sur l'ouragan. Je soupçonne le curé d'étourderie. Il fait le bilan d'une sacrée année, le temps a sans doute brouillé les dates. 
Cet ouragan du 15 Février a eu lieu, à mon humble avis, le 15 Mars ! 
Impossible de le vérifier sur le second registre, il n'est pas mentionné. 
Pas de naissance ce jour-là. 
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Voilà, c'est tout et c'est déjà beaucoup. 
Il y a des matins chagrins, aquoibonistes, faiseurs de plaisantristes, et puis il y a des matins où le vent se lève et où je le laisse m'emmener où bon lui semble. 
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Dominique est une récidiviste, pendant le challengeAZ déjà, elle nous avait régalé sur le même ton avec le T ou avec le I, voire avec le F. 
Dominique !  A quand une petite base d'Archives Insolites, pour passer du conte à l'indexation et revenir au conte ? 
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A bientôt. 

mardi 11 décembre 2012

Quinze exposés d'enfants. Angliers (86)



Quinze exposés d'enfants plus tard, il faut repasser commande de café, l'UMP a toujours deux papas en instance de divorce, et la RFG nous apprend que  Lorphelin, notre mère carabine à tous, a failli s'appeler Laporte. J'ai rencontré l'ami Fred aux Archives de la Vienne, en quête d'un enfant trouvé, qui nous vaut un article très émouvant...

Quinze exposés plus tard, que nous disent ces enfants d'Angliers ?

Quinze enfants et cinq régimes.
 De l'ancien régime à la monarchie de Juillet. Les protagonistes se suivent, certains prennent des responsabilités (PATRI...S ou X) puis les perdent, nous connaissons le boulanger, les responsables municipaux, les juges de paix, les nourrices... La plume passe du curé à l'agent municipal, le juge de paix établit un procès-verbal. Cette modification de la procédure nous apporte quantité de détails sur les circonstances de l'abandon et les protagonistes de la découverte.

Quinze enfants et deux lois.
Sous l'ancien régime, le curé rappelle une fois l'an, l'édit d'Henri II, Février 1556,  qui oblige les célibataires et les veuves à déclarer leurs grossesses. Nous retrouvons fréquemment ce texte dans les archives paroissiales.
Nouvelle époque, nouvelle loi. 28 Juin 1793, fait obligation à la Nation de s'occuper des enfants abandonnés. On les nommera désormais orphelins. Le Juge de paix est tenu de dresser un procès verbal mentionnant tous les indices (age probable, description, vêtements, indications). Une fois fait, l'officier d'état civil à la suite, déclare l'enfant et lui donne un nom et prénom.

Quinze enfants et trois lieux d'abandon.
 La plupart du temps les enfants sont laissés à la porte du château,  d'une maison, le panier accroché, à l'aide d'une cordelette, au heurtoir, en hauteur, afin de le mettre à l'abri des animaux errants. Avant de disparaitre dans la nuit, l'adulte frappe à la porte, encore et encore. Il arrive quelquefois que le locataire fasse la sourde oreille, souvent alors un voisin se manifeste, tandis qu'une ombre fuit.
Nous verrons dans certaines affaires criminelles que la procédure a son importance. Abandonner est toléré, certains, curieusement, se vantent même d'avoir émis l'idée. A la ville l'abandon s'est organisé. Des tours sont mis en place, de l'autre coté du tourniquet, l'enfant est accueilli. A la campagne, pour offrir une petite chance à l'enfant, il faut tambouriner à la porte et le mieux est qu'on y trouve derrière une nourrice. Affaires de femmes, ce sont néanmoins la plupart du temps, leurs hommes qui vont déclarer l'exposition.
Zéphirine laissée au sol, Eugénie sur un tas de bois, au froid de janvier, Louise au ballet de l'église... Parfois les choses se compliquent, l'angoisse étreint, précipite la peur d'être découvert, reconnu, et pousse à fuir vite trop vite.

Quinze enfants et quatre saisons.
L'abandon est de tous les mois de l'année, printemps, été, automne, hiver, la nuit, après minuit. Combien de temps survit-on dans un panier par une nuit d'hiver ? Je n'ai pas cherché dans les actes de décès d'Angliers si certains avaient été retrouvés trop tard.

Quinze enfants et quelques langes.
Le juge de paix détaille : l'état de propreté global,  la nature des plumes de l'oreiller (oie, poules), la présence d'une souille (taie d'oreiller), la liste des vêtements, leur qualité, la nature des toiles utilisées (étamine, serge, indienne, mousseline, soie), les couleurs ou impressions, l'état d'usure. Autant d'éléments qui permettront de rendre l'enfant s'il est réclamé et qui indicent sur l'anticipation, le milieu social, le temps pris à préparer ce panier, les soins apportés au nouveau-né.

Quinze enfants et trois écrits identifiants.
Un petit papier trouvé dans un bonnet, gardé dans un registre. Un nom, un prénom, quelques recommandations, et parfois l'expression d'un sentiment. Douleur, regret, inquiétude. Quelques mots pour un scénario. Qui écrit ? Une sage-femme qui connait toutes les nourrices d'Angliers et la mansuétude des autorités ? La patronne autoritaire d'une petite bonne qui simplifie la gestion domestique de son domaine ? Une femme épuisée qui suspend seule au crochet d'une porte fermée le fruit amer d'une douleur adultère ? Qui est aidée ? Qui tient l' anse du panier ? Qui récidive ?
 Pourquoi Angliers ?

Quinze enfants et une trace.
Que sont-ils devenus ? Rien sur les relevés des clubs régionaux (CGP ou GE86), ni dans les mariages, ni dans les décès. Ont-ils changé de nom ? Ont-ils changé de lieu ? Ont-ils survécu ?

Quinze enfants et la série 3X aux AD86.
C'est là qu'il faut chercher réponse à ces questions.

L'abandon semble se régler en local sous l'ancien régime. Le curé baptise, confie à une nourrice, certains petits iront sans doute à l'hospice le plus proche (Loudun), quand d'autres grandiront dans une famille, travailleront dans une autre ou mendieront, errants de village en village...

A la Révolution, on organise et répertorie les enfants exposés.
Trouvés dans le village, ils sont dans un premier temps confiés à une nourrice, le plus souvent celle qui vit derrière la porte où ils furent accrochés. Une fois les déclarations faites, l'enfant est envoyé à l'hospice le plus proche. Pour les enfants d'Angliers, il s'agit de celui de Loudun. C'est un citoyen du village, impliqué dans la découverte de l'enfant, qui se charge du transfert en promettant de prendre soin du petit. Tous à partir de Joseph BRUTUS ont pris ce chemin.  Combien de ces enfants ont survécu ? La mortalité est terrible pour les enfants trouvés !
A Loudun, un numéro matricule est donné, une nourrice est désignée, le plus souvent dans le village où l'enfant fut exposé, mais parfois ailleurs bien plus loin.
Afin d'éviter les trafics, les substitutions, les enfants exposés portent un collier d'abandon. Métallique, lourd, dangereux, inamovible, il est progressivement remplacé par une boucle d'oreille mentionnant le numéro matricule. Dans la Vienne, on tarde à faire les modifications, les boucles fournies sont de piètre qualité alors qu'il les faudrait en argent, elles sont  en métal leur bord n'est même pas arrondi, source d'infections de blessures. La médecine préventive naissante s'insurge, alarme, exige.
 La Vienne tente de réduire le coût de l'abandon. Des échanges se font d'un département à l'autre, vers la Charente. Les adoptions sont rares dans les premiers registres de Poitiers. Une belle histoire trouvée, pour tant d'enfants esclaves ! En effet, bien souvent, pour ceux qui s'en chargent, ces petits ne sont que main d'oeuvre, moins considérés que le bétail de la ferme.
A douze ans, s'ils atteignent cet âge, livrés à eux mêmes, nombreux finissent mendiants ...

Quinze enfants et une enfin une trace !

 C'est la p'tite Eugénie qui m'a fait signe. Elle apparaît sur la liste nominative des enfants trouvés dont l'hospice de Loudun assure le suivi. Matricule 264. Eugénie trouvée sur le tas de bois appartenant à Patri, elle a passé la nuit dehors, ce 18 janvier, Urbain redevenu cultivateur ne l'a trouvée qu'à six heures du matin.
Eugénie a survécu, elle a exactement 1 an 11 mois et 13 jours.
 Le registre mentionne la nourrice qui s'en occupe encore. Avant son départ d'Angliers, Eugénie avait été confiée à la femme PENNIER. Sur le répertoire de Loudun, c'est la femme PANIER qui est mentionnée.
Laquelle des deux fut sa nourrice ?
A Angliers, on trouve des PENNIER et des PANIER. PANIER, un patronyme à avoir un ancêtre accroché à une porte.
Le patronyme PANIER, à Angliers, c'est celui de l'instituteur.
Se pourrait-il que la p'tite Eugénie dans sa famille d'accueil ait appris... à lire ?

Quinze enfants et un peu d'espoir.


Agnès (13/05/1783)
François (06/09/1785)
Charles (20/11/1788)
Pantaléon (27/07/1789)
André (25/03/1790)
Joseph (1 Thermidor An 2)
Stanislas  (28 Vendémiaire An 4)
Jean  (12 Ventôse an 6)
Louise  ( 7 Fructidor an 8) 
Florence ( 8 Brumaire an 10)
Augustine (15 Frimaire an 11)
Zéphirine (12/09/1808)
Pierre-François (29/06/1809)
Marguerite (09/06/1814)
Eugénie ( 18/01/1832)



dimanche 9 décembre 2012

Eugénie exposée le 18 Janvier 1832 - Angliers (86)


Parmi les quinze expositions d'Angliers, c'est le premier panier que l'on dépose dans un endroit isolé.
Celui ou celle qui livrait ce paquet a-t-il craint d'être surpris, reconnu, a-t-il du prendre la fuite?
A-t-on déplacé ce panier ?
Toujours est-il qu'elle aurait pu rester là trop longtemps cette petite Eugénie. Elle a du crier bien fort la petite Eugénie par cette nuit de janvier. Le temps glacial est toujours trop long, posée à peine à l'abri sur le tas de bois de charpente d'Urbain PATRI. Urbain. PATRI qui avec le temps est redevenu simple cultivateur, et a fini par se défaire du X puis du S de son patronyme.
Eugénie hurle-t-elle toujours au petit matin ? 
Urbain Patri trouve le panier à 6H du matin.
Urbain ne cherche pas de témoin. Ses anciennes fonctions municipales le mettent  peut-être à l'abri des suspicions.
 Les temps changent. Les abandons se multiplient.
Le trousseau ne varie pas.
Le linge du nouveau-né est de qualité, mais aucun mot ne l'accompagne.
Eugénie est confiée à la femme PENNIER nourrice, en attendant d'être confiée comme tous les autres désormais à l'hospice de Loudun.
Peut-être sera-t-elle renommée, confiée à une autre nourrice, adoptée. Nous essaierons d'en savoir plus.
1832, monarchie de Juillet,  le prénom d'une future impératrice et un nom de famille banal aujourd'hui qui raconte la misère d'hier.



L'an mil huit cent trente deux le dix huit du mois de janvier à huit
heures du matin, par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune
d'Angliers, canton de Moncontour, département de la Vienne, est comparu
Urbain PATRI cultivateur agé de quarante deux ans, domicilié au bourg
et commune d'Angliers qui nous a déclaré que le dix huit du dit mois
de Janvier sur les six heures du matin étant seul il a trouvé dans
l'avenue du chateau du dit Angliers qui conduit à la grande route de
Loudun à main droite l'endroit appellé la Barrière à deux mètres de distance
de sa porte pour aller à sa cour sur les bois de charpente à lui appartenant
un enfant du sexe féminin lequel nous le présente emmailloté d'un linge
blanc par dessus un langeroux noir munis d'une brassière d'une chemise d'un bonnet
d'indienne rouge une couverture noire Le tout dans une gourbeille, après
avoir visité l'enfant, avons reconnu qu'il était du sexe féminin qu'il
paraissait agé d'environ huit à dix heures, n'ayant aucune marque à
notre apparence ni aucun écrit qui ne nous le fasse reconnaître. De suite avons
inscrit l'enfant sous les noms et prénoms de Eugénie DUBOIS, et avons ordonné qu'il
soir remis à Marie RICHARD femme PENNIER habitante dudit Angliers qu'il veulent se
charger du dit enfant.
De quoi avons dressé Procès verbal en présence de Louis AUCHER laboureur
domicilié au dit Angliers agé de quarante deux ans et de Louis BOUREAU
garde champêtre de la commune d'Angliers agé de vingt neuf ans qui ont
avec nous signé après qu'il en a été donné lecture du contenu du procès
au présent procès verbal;

AD 86 Angliers N 1830/1842 page 13/80
Nom : DUBOIS
Prénom : Eugénie
Date : 18/01/1832
Heure de découverte : 6H du matin
Lieu de découverte : Barrière de l'avenue du chateau
Découvert par: Urbain PATRI cultivateur
Noms des parrain et marraine, témoins : Louis AUCHER, Louis BOUREAU
Description : bon linge
Documents laissés : non
Confié à :  Marie RICHARD femme PENNIER nourrice.


Elle va survivre notre petite Eugénie et  revenir vivre chez la femme PENNIER (PANIER) sa nourrice.
Nous retrouvons sa trace sur les registres de Loudun. 








Eugénie dans son malheur a beaucoup de chance. Marie RICHARD sa nourrice n'est pas mariée à n'importe qui. Jean PENNIER (ou PANIER selon les actes) est sacristain et instituteur, comme indiqué sur l'acte de mariage du 13 juillet 1824 à Angliers



Eugénie apprend peut-être à lire et devient domestique dans la commune de Chalais (Vienne), elle y rencontre Pierre Renoué, terrassier, fils majeur naturel, comme elle. Ils se marient à Chalais le 10 janvier  1854. Toute la famille PENNIER est là. L'un des fils, lui même instituteur est témoin de la promise. Il est indiqué sur l'acte de mariage que Pierre Renoué est né le 18 juin 1825 à Saint-Jean-de-Sauves. Rien n'est mentionné dans le registre de cette commune. Mais l'arbre de Jean Favre, en ligne sur Généanet,  nous délivre un doux secret de famille "Pierre aurait été trouvé à sa naissance sur un tas de pierres dans le village de Renoué, d'où son prénom et son nom, il était vêtu d'habits luxueux!... à vérifier. il a été élevé par un curé, de quelle commune? " 
Les archives des enfants trouvés de Loudun ne sont pas en ligne. 
Toujours est-il que nos deux petits survivants se sont trouvés, se sont aimés et ont eu ensemble 7 enfants

F Eugénie Gabrielle RENOUE 1854-
F Marie RENOUE 1857-1947
H Eugéne RENOUE 1859-1937
F Léonie RENOUE 1862-
H Hypolite RENOUE 1866-1870
H Alfred RENOUE 1869-
H François Alphonse RENOUE 1872-1964

Le 21 aout 1870 Madeleine Pannier (sa nourrice) donne des terres à Eugénie (Source Généanet, arbre de Jean Favre)
- 1901 3 mai décès au Bouchet. AD86


Agnès (13/05/1783)
François (06/09/1785)
Charles (20/11/1788)
Pantaléon (27/07/1789)
André (25/03/1790)
Joseph (1 Thermidor An 2)
Stanislas  (28 Vendémiaire An 4)
Jean  (12 Ventôse an 6)
Louise  ( 7 Fructidor an 8) 
Florence ( 8 Brumaire an 10)
Augustine (15 Frimaire an 11)
Zéphirine (12/09/1808)
Pierre-François (29/06/1809)
Marguerite (09/06/1814)
Eugénie ( 18/01/1832)


Marguerite exposée le 9 Juin 1814 - Angliers (86)


Juin 1814, même scénario, quatorzième enfant, vous êtes rodés.
On accroche le panier, on frappe à la porte, on fuit, après s'est assuré que la porte s'est bien ouverte. Nous verrons bientôt dans une terrible affaire criminelle, que le détail a son importance. Mais c'est une autre histoire...
 La porte s'ouvre,Jean GIGON va chercher des témoins pour se protéger d'une complicité éventuelle avec l'acte d'abandon. Louis Richard CORDIER et Louis NAUDEAU sont là. On décroche le panier.
Et on va ensemble chercher les autorités. On démaillote, on dresse le procès-verbal et enfin on donne à manger au pauvre petit drôle. C'est Marguerite MAUPION qui s'en charge.
A cet air de déjà vu, s'ajoute ici deux belles surprises. Tout d'abord, ce petit papier plié dans le registre.

Trésor d'archives; Il s'agit de l'écrit laissé par celui qui abandonne. On peut à loisir disserter sur l'écriture aisée, l'orthographe très correcte.
Une main de sage-femme ?

messieurs de l'administration chargés de cet enfant
sont priés de le faire enregistrer sous le nom
d'AMINTHE DU BEAU JOUR, elle n'est point baptisée
elle a seulement reçu l'eau - 

Elle a seulement reçu l'eau, un geste de sage-femme ?
Le style du texte.
Souvenez-vous cette prose mi-autoritaire mi-reconnaissante, nous l'avions déjà presque mot à mot pour Zéphirine.
Hélas, impossible d'en comparer les écritures, le précédent nous manque.
Marguerite et Zéphirine seraient-elles soeurs, cousines, venues au monde des mêmes mains ?
Le choix des noms et prénoms, la qualité du linge, incitent à évoquer une  parenté au moins une solidarité voire une complicité selon un contexte que nous ne connaîtrons jamais.
Augustine, Zéphirine, Marguerite, qui tient l'anse du panier et fait le chemin vers Angliers ?

Le neuf du mois de juin mil huit cent quatorze par 
devant nous maire de la commune d'Angliers faisant
les fonctions d'officier civil sur les quatre heures
du matin est comparu Jean GIGON cultivateur agé
d'environ trente ans demeurant au bourg d'Angliers
accompagné de Louis Richard CORDIER agé d'environ
cinquante ans et de Louis NAUDEAU l'ainé cultivateur
agé de soixante ans tous les deux ses voisins les
quels nous ont déclaré que lui Jean GIGON ayant 
entendu vers les minuit frapper à sa porte et
ayant été pour ouvrir n'a trouvé personne ; ayant
aperçu à sa porte un enfant exposé, a été de 
suite frapper à la porte des susdits Louis RICHARD et
Louis NAUDEAU qui sont venus avec lui faire l'enlèvement
du dit enfant ; d'après laquelle déclaration
moi maire susdit et accompagné des dits témoins
me suis transporté de suite au lieu désigné, me suis
fait représenter le dit enfant dont examen ayant 
été fait il a été reconnu être du sexe féminin
qui a paru être né depuis peu, emmailloté d'un 
oreiller de plume couvert d'une toile demi
usée, de deux langes d'étamine grise, de deux
drapeaux de grosse toile, d'une chemise, d'une
brassière de serge de coton, d'un bonnet
de soie rayée avec un écrit contenant ces termes :
messieurs de l'administration chargés de cet enfant
sont priés de le faire enregistrer sous le nom
d'AMINTHE DU BEAUJOUR, elle n'est point baptisée
elle a seulement reçu l'eau - Ce sont là tous les 
objets qu'on a trouvé sur l'enfant dans un panier
d'osier ; sommés les dits témoins s'ils n'avaient aucune
connaissance de l'exposition de cet enfat, ont dit
n'en avoir aucune, ensuite l'avons remis à Marguerite
MAUPION femme POTTIER nourrice pour lui donner
les soins nécessaires moyennant la rétribution attendue
par le gouvernement et avons inscrit l'enfant
sous les nom et prénom de Marguerite AMINTHE 
DU BEAUJOUR ; de quoi avons dressé procès  verbal
en présence des dits Jean GIGON, Louis RICHARD, 
et Louis NAUDEAU soussignés fors Louis RICHARD
qui ne le sait pas ; après que lecture leur a été
faite du contenu du présent procès verbal. 

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Nom : AMINTHE DU BEAU JOUR
Prénom  : Marguerite
Date : 9 Juin 1814
Heure de découverte : minuit
Lieu de découverte : Porte
Découvert par : Jean GIGON, cultivateur
Noms des parrain et marraine, témoins : Louis RICHARD et Louis NAUDEAU
Description : bon linge
Documents laissés : papier avec nom et demande de baptème.
confiée à Marguerite MAUPION femme Pottier nourrice

Pierre-François exposé le 29 Juin 1809 - Angliers (86)


C'est Jacques CORNAY qui la nuit du 29 juin entend les coups à la porte. A la porte... de son voisin Jean PATRIS qui lui n'entend rien. Ou peut-être ne veut-il pas entendre.
En voyant l'enfant, CORNAY cède à la voix de l'humanité, et secoue de plus belle la porte et finit par réveiller le destinataire du colis. Tant d'humanité, qu'il réveille aussi Jacques DUPUIS qui vit dans la même cour. C'est peut-être bien plutôt la femme DUPUIS dont on cherche l'humanité, car c'est elle qui est nourrice. Encore une fois, le panier est accroché à la bonne porte.
Celui ou celle qui abandonne connait bien les membres de ce village et son geste est préparé.
Pierre-François est enfant de petites gens, son panier est sale, sa layette usée. Aucun papier n'est retourvé.
C'est Marie TURQUIN qui va le nourrir, la femme DUPUIS, en attendant qu'on l'envoie à Loudun, puisque la procédure est désormais habituelle.
L'interrogatoire s'assure que les témoins n'ont eu aucune connaissance préalable de l'exposition.
On décide d'appeler cet enfant DESORME. Pourquoi ? Pourquoi pas. Ce patronyme se retrouve essentiellement au Nord et au Sud-Est de la France. On ne trouve aucun DESORME ni sur les relevés GE86, ni sur ceux du CGP.


Aujourd'hui vingt neuvième jour de juin mil huit cent
neuf, à sept heures du matin, pardevant nous maire de la commune
d'Angliers, canton de Moncontour, arrondissement de Loudun, département
de la Vienne, faisant les fonctions d'officier public de l'état
civil, est comparu Jacques CORNAY journalier agé de trente six ans, 
demeurant au bourg d'Angliers, accompagné de Jean PATRIS
sabotier agé de quarante trois ans et de Jacques DUPUIS charpentier
agé de trente huit ans, tous les deux ses voisins lesquels nous ont déclaré
ce qui suit ; que lui Jacques CORNAY ayant entendu vers les trois heures 
du matin frapper plusieurs coups à sa porte et ayant été pour
ouvrir, il n'a trouvé personne, mais a apperçu à la porte du dit
Jean PATRIS qui fait face à la sienne, un enfant exposé ; que cédant
à la voix de l'humanité qui parlait en faveur de cet enfant, il a 
été frapper à la porte des dits Jean PATRIS et Jacques DUPUIS
habitans tous les deux dans la même cour et qui sont venus
avec lui faire l'enlèvement du dit enfant ; d'après laquelle
déclaration, moi maire susdit, accompagné des dits témoins, me 
suis transporté de suite au lieu désigné et me suis fait représenter
le dit enfant dont examen ayant été fait, il a été reconnu être
de sexe masculin, agé depuis très peu de temps, emmailloté
d'un oreiller de mauvaise plume, le dit oreiller en toile blanche
et usée, de deux langes dont l'un d'étamine grise et l'autre
de toile blanche, d'une chemise de linge usé et une coulisse
de soie rouge, qui sont tous les vêtements dont le dit enfant
était couvert, n'ayant d'ailleurs trouvé sur lui aucun papier
pour le faire un jour reconnaitre. Sommés, les dits témoins,
s'ils n'avaient connaissance de l'expositioin du dit
enfant, ont dit n'en avoir aucune : et aux fins de procurer 
à icelui les secours dont il pouvait avoir besoin, avons ordonné
qu'il fut remis provisoirement à Marie TURQUIN nourrice, 
femme dudit Jacques DUPUIS, laquelle nous a promis en
avoir tous les soins convenables jusqu'à ce qu'il en fut autre
ment ordonné. De suite avons inscrit l'enfant sous les noms
et prénomns de Pierre François Joseph Désorme. 
De quoi avons dressé un procès verbal en présence des dits Jacques
Cernay, Jean Patris, et Jean Dupuis qui ont déclaré ne savoir 
signer, fors le sous signé après que lecture leur a été faite 
du contenu du dit procès verbal . un mot rayé nul. 


Source : AD 86 Angliers N 1801/1814 page 40/78
Nom : DESORME
Prénom  : Pierre François
Date : 29 juin 1809
Heure de découverte : 3H du matin
Lieu de découverte : à la porte de Jean PATRIS et Jacques DUPUIS (marié à une nourrice)
découvert par : Jacques CORNAY journalier
Noms des parrain et marraine, témoins : Jean PATRIS et Jacques DUPUIS
Description : Bon linge
Documents laissés : non.
confié à Marie TURQUIN nourrice, femme dudit Jacques DUPUIS.

samedi 8 décembre 2012

Zéphirine exposée le 12 septembre 1808 - Angliers (86)


Cette fois, Jeanne TETE-FOLLE avertit elle-même les autorités. On a frappé à sa porte, vers minuit. Elle, son mari Louis, Jacques et René Tete-folle cultivateurs ont accouru et trouvé "couché sur la terre" un enfant exposé, emmailloté dans un oreiller de plumes de poules, couvert de sa souille, avec une layette en bon état et un papier contenant ces mots :
"messieurs les administrateurs chargés du soin de cet enfant, sont
invités de le faire baptiser et enregistrer sous le nom de Zéphirine
ULFANIE, ils obligeront infiniment ceux à qui il appartient"
Le message est clair, voire autoritaire. Qui écrit ? Sans doute pas la mère de l'enfant. Plutôt un intermédiaire. Il ordonne plus qu'il n'implore. Il semble habitué à être écouté. C'est la première fois que s'ajoute à une demande de soins, la demande d'un baptème. Quel déchirement, quel dilemne dans ces quelques lignes, on y ressent un certain fatalisme emprunt d'un immense regret. Complice familial ? Sage-femme ?
Si Zéphirine s'est retrouvée seule à la porte, le temps qu'elle s'ouvre, quelqu'un sans doute dans l'ombre veillait et sa maman n'était probablement pas seule lorsqu'elle l'a mise au monde.
Zéphirine, est enfant du secret, mais pas de la misère, hélas il est des secrets qui rendent tristement misérables.

Aujourd'hui douzième jour de septembre mil huit
cent huit, moi maire sous signé faisant les fonctions d'officier
public de l'état civil, sur l'avertissement qui m'a été fait
cejourd'hui par Jeanne TETE-FOLLE épouse de Louis TETE-FOLLE
journalier demeurant au bourg d'Angliers, de l'exposition d'un 
enfant trouvé à sa porte, me suis transporté au domicile des dits
TESTE-FOLLE lesquels, en présence des citoyens Jacques et René
TETE-FOLLE, tous les deux cultivateurs et domiciliés de cette commune
témoins à ce requis, m'ont déclaré que cette nuit environ minuit
l'on avait frappé à leur porte, que les dits y ont accouru pour
savoir ce que c'était, qu'ils ont reconnu que c'était un enfant exposé
et couché sur la terre, emmailloté dans un oreiller de plumes
de poules, couvert de sa souille, le tout en toile, deux langes
d'étamine grise, deux drapeaux, des brassières d'étamine blanche
une coulisse en toile, une chemise et un papier contenant ces mots,
(messieurs les administrateurs chargés du soin de cet enfant, sont
invités de le faire baptiser et enregistrer sous le nom de Zéphirine
ULFANIE, ils obligeront infiniment ceux à qui il appartient)
examen fait dudit enfant, il a été reconnu être de sexe féminin
et vu le besoin d'aliments nécessaires au dit enfant, avons engagé
la dite Jeanne TETE-FOLLE nourrice d'alimenter provisoirement
cet enfant, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, ensuite
avons sommé les dits Jacques et René TETE-FOLLE de nous déclarer
s'ils n'avaient aucune autre connaissance de l'exposition du 
dit enfant, et ont dit n'en avoir aucune autre. fait et arrêté
en présence des dits témoins et des dits Jeanne et Louis TETE
FOLLE, les jours mois et an que dessus, et ont dit témoins
signé avec nous, Louis et Jeanne TETE-FOLLE ayant déclaré ne
le savoir de ce enquis. 
Signé en la minute NAUDEAU maire, Jacques et René TETE-FOLLE

D'après la lecture de ce procès verbla que les dits
témoins ont déclaré être conforme à la vérité, et la réprésentation
qui m'a été faite de l'enfant qui y est désigné, j'ai 
en conformité de l'écrit trouvé sur le dit enfant, donné à 
icelui le nom de Zéphirine ULFANIE, et j'ai rédigé en
vertu des pouvoirs qui me sont délégués, le présent act que 
les dits témoins ont signé avec moi, les dits Louis et Jeanne
TETE-FOLLE ayant déclaré ne le savoir. 


Source : AD 86 Angliers N 1801/1814 page 34/78
Nom : ULPHANIE
Prénom  : Zéphirine
Date : 12 septembre 1808
Heure de découverte : Minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Jeanne BOURDIER, Jacques et René TETE-FOLLE
Noms des parrain et marraine, témoins :
Description : Bon linge
Documents laissés : Papier avec nom, prénom et demande de baptème.
confiée à Jeanne BOURDIER nourrice, épouse TETE-FOLLE.

Augustine exposée le 15 Frimaire An XI - Angliers (86)


Un an plus tard (1802) on prend les mêmes et on recommence... La petite Augustine est accrochée à la porte du Journalier TETE-FOLLE qui l'a bien sur les épaules et s'empresse de mettre l'enfant à l'abri, en frimaire il fait un temps de décembre ! Pour se protéger au mieux des ennuis possibles, il appelle des témoins, Jean PANIER l'instituteur (Panier serait-il un descendant d'enfant exposé?) et Vincent PATRI le sabotier. Une fois de plus le panier est accroché à la porte d'une nourrice, Jeanne BOURDIER qui se chargera d'alimenter la petite après l'avoir démaillotée pour qu'un procès-verbal établisse la liste de ses effets et l'état dans lequel l'enfant se présente.
La layette est propre et soignée, l'oreiller de plume, encouété il doit disposer d'une taie,  la cotonnade de couleur et la toile de qualité (serge).
Un écrit demande qu'on la nomme Augustine MIRTALLE, ce qui sera fait
Google refuse de m'aider à comprendre MIRTALLE, me renvoie à Myrtille ou Arcelor... Pour Augustine, la vie n'est pas d'la tarte et c'est déjà un combat.

Aujourd'hui quinzième jour de frimaire onzième
année républicaine, nous maire et adjoint de la commune
d'Angliers, d'après l'avertissement à nous donné par le
citoyen Charles TETE-FOLLE journalier demeurant au
bourg d'Angliers, de l'exposition d'un enfant trouvé 
à sa porte, nous sommes transportés au domicile 
du dit TETE-FOLLE, lequel, en présence des citoyens
Jean PANIER instituteur et Vincent PATRI sabotier
demeurant au dit bourg d'Angliers et témoins à nous
requis, nous a déclaré qu'hier au soir environ minuit
on avait frappé à sa porte, et qu'y étant accouru
pour ouvrir, il y avait trouvé un enfant emmaillotté
qu'aussitôt il avait appelé les témoins ci-dessus désignés
pour faire la levée de l'enfant, afin de lui faire donner
ensuite tous les secours dont il pourrait avoir besoin
ce oui et en présence des dits témoins nous nou s
sommes faits présenter le dit enfant lequel nous a
paru avoir très peu de jours, emmailloté d'un oreiller
de plume d'oie, le dit oreiller en couété et garni d'une
souille de cotonade bleue, deux langes d'étamine
grise, deux drapeaux, une brassière de serge bleu
une chemise, une petite coulisse et un papier contenant
ces mots, augustine MIRTALLE, et examen fait du dit 
enfant, il a été reconnu être féminin. Vu le besoin 
d'aliments nécessaires au dit enfant, avons engagé
la citoyenne Jeanne BOURDIER femme TETE-FOLLE pour 
alimenter provisoirement l'enfant jusqu'à ce que l'on 
y ait pourvu autrement. Sommés, les dits PANIER et 
TETE-FOLLE, les jours et an que dessus et ont les ci dessous
dénommés, déclaré ne savoir signer, hors le sous signé
Signé en la minute NAUDEAU maire, PONCET adjoint, 
PANIER instituteur. 

D'après la lecture de ce procès verbal que les dits Jean
PANIER et Vincent PATRI ont déclaré être conforme à la 
vérité et la représentation qui m'a été faite de
l'enfant qui y est désigné, j'ai en conformité de
l'écrit trouvé sur le dit enfant, donné à icelui le nom
d'Augustine MIRTALLE, et j'ai rédigé en vertu des
pouvoirs qui me sont délégués, le présent acte que
le citoyen PANIER a signé avec moi, le citoyen Vincent
PATRI ayant déclaré ne savoir signer. 

Source : AD 86 Angliers N - 1798/1806 page 20/43
Nom : MIRTALLE
Prénom  : Augustine
Date : 6 décembre 1802
Heure de découverte : minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Charles TETE-FOLLE
Noms des parrain et marraine, témoins : Jean PANIER instituteur et Vincent PATRI sabotier
Description :bon linge
Documents laissés :oui avec nom et prénom
Confié à Jeanne BOURDIER femme TETE-FOLLE, nourrice.

Florence exposée le 8 Brumaire An X - Anglliers (86)


C'est Henri Joseph REGNIER, le tailleur qui se précipite lorsqu'on heurte à sa porte. Habitude ? Il y trouve cette nuit de novembre un panier accroché, qu'il s'empresse de mettre à l'abri. Une fois de plus cette porte n'a pas été choisie au hasard, la femme du tailleur est nourrice.
Emmaillotée dans un oreiller sans souille (sans taie), la layette du nouveau-né est en toile d'indienne. La toile d'indienne est une étoffe imprimée aux couleurs gaies, qui commence à devenir à la mode. Ce détail en dit long sur l'enfant perdu, comme le petit mot qui l'accompagne et lui donne un nom : Florence OLIMPE.
Quel joli nom, quelle élégance ! OLYMPE en écho à Madame De Gouge la révolutionnaire ? OLIMPE pour signifier que si les choses changeaient aussi pour les femmes, un peu plus vite, un peu vraiment, les paniers ne s'empliraient pas des fruits de l'amour ?

L'abandon est de tous les milieux sociaux, de tous les désespoirs...
Jeanne SENNEGON la femme du tailleur est chargée d'alimenter Florence et Joseph son époux de s'organiser pour l'amener à l'hospice de Loudun, après qu'il ait été enregistré à la mairie.



Aujourd'hui dix huitième jour de Brumaire, dixième
année républicaine, pardevant moi Jean PONCET adjoint
de cette commune, faisant dans l'absence du maire les
fonctions d'officier public de l'état civil, sous signé est
comparu en la maison commune le citoyen Louis NAUDEAU
assesseur de la justice de Paix de Martaizé, faisant pour l'em
pêchement du juge de paix du dit Martaizé, le dit NAUDEAU
demeurant au bourg d'angliers, lequel assisté des citoyens
Casimir AUBIN marchand et Jean NAUDEAU cultivateur demeurant
au dit bourg d'Angliers, m'a déclaré qu'ayant été informé
qu'un enfant était exposé au bourg susdit, il s'était transporté
sur le lieu et y avait rédigé le procès verbal dont la teneur suit. 

Le dix huit Brumaire an dix de la république
française une et indivisible, nous Louis NAUDEAU assesseur
de la justice de paix de Martaizé, faisant pour l'empê-
-chement du juge de paix, ayant été informé par Henri
Joseph REGNIER tailleur d'habits demeurant au bourg d'Angliers
qu'hier au soir environ minuit on avait heurté à sa porte
qu'y étant accouru, il avait trouvé un enfant emmailloté et sur
le champ il l'avait entré dans sa maison. En conséquence,
nous assesseur susdit faisant comme dit est, sommes en 
présence des citoyens Casimir AUBIN marchand et Jean
NAUDEAU cultivateur demeurant au bourg dudit Angliers
transporté au domicile dudit REGNIER ou étant dans la
principale chambre en présence desdits témoins, le dit REGNIER
nous a présenté un enfant lequel nous a paru avoir très peu d'age,
être emmailloté d'un oreillé
sans souille, d'un petit mouchoir d'indienne
brune, une coulisse d'indienne fond blanc, d'une petite
brassière en serge brune et de trois petites chemises ; lequel
enfant a été reconnu être féminin que le besoin d'aliments
nécessaires au dit enfant, avons engagé la citoyenne Jeanne
SENNEGON femme REGNIER, nourrice, d'alimenter provisoirement
l'enfant jusqu'à ce qu'on y ait pourvu autrement. Ordonnons
au dit REGNIER de transporter ou faire transporter icelui
enfant à l'hospice de ville de Loudun, et que préalablement
il le fasse enregistrer sur le registre de naissances de la
commune d'Angliers. 

Fait et arrêté en présence des dits témoins, du dit REGNIER et 
sa femmme, les jours et an que dessus, et ont tous les témoins
déclaré ne savoir signer, de ce enquis, fors le sous signé. 
Signé en la minute, NAUDEAU assesseur, AUBIN.

D'après la lecture de ce procès verbal que les dits Casimir
AUBIN et Jean NAUDEAU ont déclaré être conforme à la vérité, 
et la représentation qui m'a été faite de l'enfant qui y est
désigné, j'ai en conformité de l'écrit trouvé sur ledit enfant,
par lequel écrit on parait désirer que cet enfant soit nommé
Olimpe, donné à icelui enfant le nom d'OLIMPE et le prénom 
de Florence, et j'ai rédigé en vertu des pouvoirs qui me sont délégués
le présent acte que le citoyen NAUDEAU assesseur du juge de paix a
signé avec moi ainsi que le dit citoyen AUBIN, le citoyen Jean
NAUDEAU ayant déclaré ne savoir signer. 


Nom : OLYMPE
Prénom  : Florence
Date : 9 novembre 1801
Heure de découverte : minuit
Lieu de découverte : Porte
découvert par : Henri-Joseph REGNIER tailleur d'habits
Noms des parrain et marraine, témoins : Casimir AUBIN marchand et Jean NAUDEAU cultivateur
Description :bon linge
Documents laissés : oui avec indication de nom et prénom
Confié à  Jeanne SENNEGON femme REGNIER, nourrice

vendredi 7 décembre 2012

Louise exposée le 7 Fructidor An VIII - Angliers (86)


En voilà une idée originale ! Louise est exposée à la porte de l'église ! C'est bien la première fois que ça arrive sur Angliers ! Changement de siècle, nous voilà en 1800.
Le scénario lui change peu.
Ce sont PINBERT et COCU qui ont trouvé la petite, en allant au travail de très bon matin, vers les quatre heures.
Accrochée à la porte du ballet de l'église. Le ballet de l'église n'a rien à voir avec une buanderie, c'est une petite avancée couverte à coté voire de chaque coté de la porte principale, destinée à abriter les bavards après la messe, les jours de pluie. Endroit idéal donc pour y déposer un panier d'abandon.
Pour la première fois, l'enfant semble avoir été démaillotée par un homme, en effet dans les témoins réunis on ne compte pas de femme.
La p'tite Louise n'est pas richement vêtue, ceux-ci sont un peu usés, mais propres.
Pour la première fois on décide de l'envoyer sans attendre à l'hospice de Loudun, preuve que la structure d'accueil est disponible. C'est Jean BOULET journalier qui se charge du transfert.
 On  donne tout simplement à cette enfant  le nom de DU BALLET, une manière de ne pas mettre la poussière sous les tapis.
En souhaitant que ce patronyme éponyme en ait fait une sorcière plutôt qu'une ménagère !



Aujourd'hui septième jour de Fructidor quatrième
huitième année républicaine à quatre heures du soir, par devant
moi André NAUDEAU maire de cette commune, faisant les fonctions
d'officier public de l'état civil, sous signé est comparu en la maison
commune le citoyen DABADIE  juge de paix du canton de Martaizé
et y demeurant lequel assisté des citoyens Nicolas PINBERT cultivateur
domicilié de la commune de Chalais et Vincent COCU journalier domicilié
en cette commune, m'a déclaré qu'ayant été instruit qu'un enfant
était exposé en cette commune, il s'était transporté sur le lieu
et y avait rédigé le procès-verbal dont la teneur suit :

Aujourd'hui septième jour de Fructidor, an huit de la république
française une et indivisible, sur les deux heures de relevée
Nous juge de paix du canton de Martaizé ayant été informé
que dans la matinée de ce jour, sur les quatre heures du matin les citoyens
cy-après nommés auraient trouvé à la porte de l'église de la commune
d'angliers un enfant exposé ; en conséquence sur le dit avertissement nous
juge de paix susdit accompagné de notre greffier, nous sommes transportés
en la dite commune d'angliers, où étant les citoyens Nicolas
PINBERT cultivateur demeurant commune de Chalais et Vincent COCU
journalier demeurant dite commune d'Angliers, nous ont dit avoir trouvé
le dit enfant exposé à l'heure ci-dessus dite, en conséquence en leur présence
et de celle du citoyen André NAUDEAU maire de la dite commune, avons
effectivement reconnu que c'était un enfant né depuis très peu de temps
exposé dans un panier d'ozier, suspendu à la porte du ballet de la dite
église ; examen fait de l'enfant par les dits témoins, il a été réconnu être
du sexe féminin, être emmailloté d'un oreiller de plume de poule
entier en mauvaise toile, d'un lange de foulée grise, un autre d'étamine
même couleur, deux petites chemises de linge usé, une petite paire de
brassières de ras bleu, une petite coulisse pour servir de bonnet, qui sont
tous les vêtements dont le dit enfant était couvert : sommés les dits PINBERT
et COCU s'ils n'avaient aucune connaissance de l'exposition du dit
enfant ont dit n'en avoir aucune. En conséquence de tout quoi, pour
subsistance d'icelui, en vertu de la loi du vingt sept frimaire an
cinq, ordonnons qu'icelui enfant sera transporté sur le champ à l'hospice
civil de Loudun par Jean BOULET journalier demeurant au bourg d'Angliers
lequel ici présent a accepté la dite commission et à promis de transporter
le dit enfant au lieu ci dessus désigné avec le plus grand soin
de tout quoi avons donné acte.

Fait et rédigé le présent procès verbal en présence des témoins sus nommés
et du dit NAUDEAU auquel expédition
des présentes sera sur le champ délivrée. Ont les témoins
déclaré ne savoir signer et le dit citoyen NAUDEAU a avec nous
signé.
Signé en la minute, NAUDEAU maire, DABADIE juge de Paix,
et dessous greffier sous signé BUZET.

D'après la lecture de ce procès-verbal que les dits Nicolas
PINBERT et Vincent COCU ont déclaré être conforme à la vérité
et la représentation qui m'a été faite de l'enfant qui y est désigné
j'ai donné à cet enfant le nom de Louise DU BALET et j'ai rédigé
en vertu des pouvoirs qui me sont délégués, le présent acte que le
citoyen DABADIE juge de paix a signé avec moi, les témoins
ci-dessus dénommés ayant déclaré ne savoir signer.


Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 119/134
Nom : DUBALLET
Prénom  : Louise
Date : 25 Aout 1800
Heure de découverte : 4H du matin
Lieu de découverte : Porte de l'église
Découvert par : Nicolas PINBERT et Vincent COCU, journaliers
Noms des parrain et marraine, Témoins : Jean BOULET journalier
Description : mauvais linge
Documents laissés : non

Jean La Liberté exposé le 12 Ventôse An VI - Angliers (86)


Il devait faire bien froid ce 20 février 1798 ! A leur retour de la veillette, une mauvaise surprise attend notre trio d'Angliers. On ne sait pas si c'était soirée Loto  parents d'élèves comme on sait encore en organiser dans le Poitou, mais le panier garni  attendait  Marie-Anne BUSSEREAU, femme de Jacques LEGER, à la porte de sa chambre. Elle appelle sa copine Renée LAURIN, femme DUPUIS et son fils Jacques  DUPUIS, à la rescousse. Ils  n'en croient pas leurs yeux : à peine à l'abri d'une autre fausse porte, un nouveau-né attend. Tout le monde s'accorde sur l'urgence de prévenir les autorités.
Ce sont les citoyens PATRI (qui a perdu son X) et PONCET qui vont instruire l'exposition.
Les femmes sont chargées de démailloter le nouveau-né qui s'avère être un p'tit drôle. Sa layette est correcte, un peu usée, les toiles sont de serge, la petite chemise garnie de mousseline, aucun papier n'est retrouvé sur l'enfant.
 Tout le monde s'accorde sur l'excellente idée qu'a eu sa mère de le confier à la nourrice et il est décidé qu'il restera  chez Marie-Anne BUSSEREAU, qui est priée au nom de l'humanité de bien vouloir lui donner la nourriture et les soins, jusqu'à ce que l'administration municipale de ce canton ait pourvu  à la subsistance et à l'enregistrement de l'enfant. Marie-Anne en bonne républicaine promet de s'acquitter de sa tâche avec fidélité ! On ne sait pas trop ce que cache la formule, ni s'il fallut insister, ni si le choix fut donné de refuser.
Avec sa première têtée, on offre à Jean un avenir plein de promesses : Il s'appelera LIBERTE.


Aujourd'hui douze ventôse sixième année républicaine s'est présenté 
le secrétaire de l'administration de ce canton qui m'a remis un procès verbal 
d'un enfant trouvé dont la teneur suit. 

Aujourd'hui trois ventôse deux heures du matin de l'an sixième de la république
française une et indivisible, nous Casimir AUBIN assesseur du juge de paix du canton
de Martaizé, département de la Vienne, faisant pour empêchement dudit juge
de paix, étant instruit par les citoyesns Jean PONCET agent et Urbain PATRI adjoint de
la commune d'Angliers, que Marie Anne BUSSEREAU femme de Jacques LEGER ; Renée
LAURIN veuve de Jacques DUPUIS et jacques DUPUIS son fils venaient à l'instant de
trouver un enfant naissant exposé à la porte de la maison du dit Jacques Léger;
sommes transportés à la maison susdite accompagné dudit citoyen PATRI, où 
étant arrivés, les dites femmes LEGER et DUPUIS nous ont dit et déclaré qu'en arrivant
de la veillette qui se tient ordinairement dans la maison de François Léger l'ainé, que 
la dite Marie Anne BUSSEREAU femme LEGER voulant ouvrir sa porte de chambre, 
avait trouvé entre la dite porte de chambre et une fausse demi-porte, un panier d'osier
dans lequel était un enfant naissant, ce voyant, avait appelé la dite Renée LAURIN 
veuve  DUPUIS et Jacques DUPUIS son fils, et ayant reconnu que le dit panier conte-
-nait un enfant naissant, ont pris le parti d'avertir les dits citoyens PATRI et PONCET
lesquels nous ont instruit de la dite exposition ainsi qu'il est dit ci-dessus. 

En conséquence avons ordonné aux dites femmes LEGER et LAURIN ainsi qu'à 
Jacques DUPUIS de nous déclarer s'ils n'avaient point quelque connaissance de
la dite exposition du dit enfant, lesquels nous ont dit et affirmé qu'ils n'en avaient
aucune et qu'ils n'avaient vu ni entendu personne. 

A l'instant avons requis les dites femmes de démailloter l'enfant qui 
était emmailloté de trois langes d'étamine gris-fer presque usés, deux mayseaux
a demi usés, une chemise garnie de mousseline et une petite camisolle de serge blanche
a demi usée ; le dit enfant étant démailloté, avons reconnu que c'était un garçon qui
ne paraissait avoir que très peu de jours ; et comme la dite femme LEGER est nourrice
dans ce moment, l'avons priée au nom de l'humanité de vouloir bien donner la nourriture
et d'autres soins nécessaires à la vie dudit enfant, jusqu'à ce que l'administration
municipale de ce canton ait pourvu tant à la subsistance et enregistrement 
dudit enfant. Ladite Femme LEGER à l'instant nous a promis de s'en acquitter avec fidélité. 
Fait et arrêté le présent en présence du dit PONCET agent et PATRi
adjoint sous signé les jour et heure que dessus minute signée  par
PATRI adjoint, PONCET agent pour copie conforme BUZET. 
Et de suite, comme agent national de cette commune, j'ai 
au dit enfant énoncé dans le procès verbal énoncé de l'autre part 
le nom de Jean LA LIBERTE. 
PONCET. 

Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 94/134.
Nom : Liberté
Prénom  :Jean
Date : 20/02/1798.
Heure de découverte : 2H du matin
Lieu de découverte :Porte de la maison de Jacques LEGER
Découvert par: Marie Anne BUSSEREAU, nourrice
Noms des parrain et marraine, témoins : LAURIN Renée, DUPUIS Jacques
Description : linge un peu usé
Documents laissés : non
Confié à : Marie Anne BUSSEREAU femme LEGER

Stanislas exposé le 20 Octobre 1795 - An IV - Angliers (86)


An IV (1795), la République s'organise à Angliers. Urbain PATRIX est désormais Procureur de la commune et son patronyme est affublé d'un X. Assez naturellement, on accroche à sa porte, les enfants nés sous...X
Le juge de paix de Martaizé  dresse le procès-verbal. Il recueille témoignages, constatations, confronte et détermine l'heure exacte de l'abandon, cherchant à savoir si cet enfant vient d'ici ou d'ailleurs. L'abandon se judiciarise. Référence est faite dans cet acte à l'article neuf du titre de la loi qui organise la procédure.
En effet, la loi du 28 Juin 1793, fait obligation à la Nation de s'occuper des enfants abandonnés. On les nommera désormais orphelins. Le Juge de paix est tenu de dresser un procès verbal mentionnant tous les indices (age probable, description, vêtements, indications). Pour Joseph, il manquait le juge de paix, mais l'essentiel était en place.
Cette nuit d'Octobre, on frappa à la porte, celle qui donne sur la place de l'Arbre de la Liberté ! PATRIX tout procureur qu'il fut, prit quelques précautions avant d'ouvrir. Il demande à ce qu'on lui réponde. Par cette nuit d'Octobre il entendit un enfant crier et un adulte rire...
L'époque est à perdre la tête ! Mieux vaut s'entourer de témoins avant de prendre un enfant par la main... Urbain va chercher Jean PATRIX, Joseph MARTIN et sa femme avant d'ouvrir la porte, le petit panier est là attaché à l'aide d'une corde.
Stanislas lutte pour la vie, dans de mauvais draps, il crie...
On interroge les voisines , Marie FILLATREAU, Magdeleine GIROIRE, ont-elles entendu quelque chose, croisé quelqu'un ? Magdeleine se souvient de ce soir là, son mari est rentré deux heures avant la découverte du petit, il n'a croisé personne et n'a rien vu !
Chassez le naturel, il revient au galop, Stanislas est nommé Laporte !


Aujourd'hui premier Brumaire de l'an quatre
de la République Française une et indivisible
Nous juge de paix du canton de Martaizé soussigné
sur l'avis à nous donné par Urbain PATRIX
procureur de la commune d'Angliers, qu'il avait été
trouvé un enfant exposé dans la ditte commune
nous sommes transporté en cette commune maison du 
Du dit citoyen PATRIX, ou nous avons trouvé ledit
PATRIX, lequel nous dit que le vingt huit du mois
dernier sur les deux heures du matin ....
il entendit frapper à sa porte ouvrant sur la place
De l'arbre de la liberté, qu'entendant frapper il se leva
et demanda qui voulait entrer, et comme personne ne
répondait il dit qu'il n'ouvrirait point si l'on ne 
parlait, et à l'instant il entendit rire et les cris
d'un enfant naissant, que pour lors il se défia que
s'en était vraiment un qu'on venait d'exposer
et alla à l'instant chercher pour témoins les citoyens
Jean PATRIX, Joseph MARTIN et sa femme aussi comparante
que lorqu'ils furent arrivés ils ouvrirent la porte
à laquelle était attaché avec une corde un enfant
mâle qui paraissait être naissant lequel était dans 
un mauvais panier à ance sur un mauvais oreiller
enveloppé d'un mauvais mouchoir blanc et d''un morceau
de tapisserie, ayant une petite coulice de fleuret
viollet bordée d'un petit gallon vert, lequel exposé les
dits comparants ont attesté véritable, et ont déclaré ne savoir
signer sauf les soussignés ;
Ensuite pour tacher d'acquérir quelque connaissance sur
l'exposition dudit enfant qui nous a été représenté dans l'état
cy-dessus détaillé, nous avons fait appeler Marie FILLATREAU
et Magdeleine GIROIRE voisines dudit PATRIX auxquelles avons
demandé si elles n'avaient point quelques connaissances que le
vingt-huit du mois dernier sur les deux heures du matin
moment auquel a été trouvé le dit enfant, que quelqu'un
fut venu dans la ditte commune ou eut été à quelques heures
de nuit ou s'en retournant, lesquelles nous ont affirmé
n'avoir vu ni entendu qui que se fut, et a dit même
laditte Magdeleine GIROIRE que son mari André NAUDEAU
 Lejeune venait d'arriver de campagne vers une deux heures
avant que l'enfant fut trouvé, mais qu'il n'avait vu ni 
entendu personne ; lesquelles interpellés de signer  ont
déclaré ne savoir-------------
De tous quoi nous avons dressé le présent acte dont
expédition sera mis es main de l'officier public de la 
commune dans les vingt quatre heures conformément
à l'article neuf du titre trois de la loi qui détermine
de constater l'état civil des citoyens, 
Fait en la maison du dit PATRIX à Angliers les jours
et an cy-dessus, la minute signée Jean PATRIX
------(page suivante)----------
Joseph MARTIN, PATRIX procureur de la commune
et de nous LF CORDIER juge de paix, pour copie 
conforme signé Buzet Greffier. 
Enregistré à Moncontour le 1er Brumaire par
olivier qui a reçu une livre. 

Aujourd'hui deux brumaire de l'an quatre
de la république française une et indivisible
j'ai officier public soussigné, reçu selon la loi
la déclaration de la naissance et exposition de
Stanislas La Porte trouvé exposé dans un panier
à la porte du citoyen Urbain PATRIX procureur de
cette commune le vingt huit du mois dernier sur les deux
heures du matin lequel dit enfant nous a paru être
né de la veille, laquelle exposition nous a été certifiée
par Urbain PATRIX procureur de cette commune , et jean
PATRIX sabotier tous les deux demeurent au bourg
d'Angliers lesquels ont signé avec Urbain PATRIX. 

Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 55/134.
Nom : LAPORTE
Prénom  : Stanislas
Date : 20 Octobre 1795
Heure de découverte : 2H du matin
Lieu de découverte : La porte d'Urbain PATRIX
Découvert par : citoyen PATRIX
Noms des parrain et marraine, témoins : Jean PATRIX, Joseph MARTIN et sa femme, Marie FILLATREAU -  Magdeleine GIROIRE
Description : Mauvais panier, mauvais linge.
Documents laissés : non
confié à ?

jeudi 6 décembre 2012

Joseph exposé le 1er Thermidor An II - Angliers (86)


Changement d'époque !
Le p'tit Joseph a failli y passer. Dans "un panier d'osier à vendanger", il a été déposé devant une porte qui ne s'est pas ouverte. Pourtant c'est la porte d'HELIE le boulanger, à trois heures du matin il devait pétrir en chantant trop fort la marseillaise... Heureusement que ses voisins, les frères NAUDEAU ont l'oreille fine. "comme ils allaient dans la plaine pour voiturer du chaume", nos deux maçons ont vu le panier et prévenu le boulanger. Il se pourrait qu'il soit trop tard, plus un son ne sort du panier, et le petit corps est tout pâle.  Heureusement que la femme du boulanger ne perd pas de temps à s'pomponner ! La voilà qui saisit le drôle, l'approche du feu, le réchauffe, et Joseph est reparti pour la vie !
Notre brave boulanger part chercher PATRI, vous vous souvenez ? PATRI, le parrain de la p'tite Agnès ! Il savait écrire, et bien il a pris du galon, il est maintenant agent national de la commune ! Un NAUDEAU en est le maire !
L'an II c'est aussi la révolution dans l'abandon. On recueille les témoignages, on enquête, on précise, on cherche à comprendre. En Juin 1793, de nouvelles lois ont été votées.  Nous voilà deux siècles après, avec de la matière à histoire.
C'est la femme HELIE qui démaillote le drôle, C'est un garçon !
Et on décrit le trousseau. "enveloppé d'un oreiller de plumes d'oie sans souille". La souille c'une taie d'oreiller. La plume d'oie c'est du luxe.
"avec un drapeau sans langes, une chemise garnie de mousselines, des
brassières de serge de coton, et une coulisse en taffetas noir avec
un beguin garni de gaze, le tout attaché avec des épingles." 
 La serge de coton c'est du solide. Le taffetas, les épingles... Ce petit là est soigné.
Il est grand temps de le confier à une nourrice en attendant qu'il soit décidé.
On le nomme et on le prénomme. Là aussi ça change tout. Le premier abandonné de la République à Angliers, s'appelera Joseph BRUTUS, voilà pour la transition,  Joseph reste biblique et BRUTUS fonde la République.
Il est né dans le ruisseau c'est la faute à Rousseau, il aura du caractère c'est la faute à Voltaire !


Aujourd'hui premier thermidor deuxième année républicaine 
ont comparu devant moi officier public sous signé jean et françois
NAUDEAU maçons demeurant au bourg d'angliers lesquels m'ont
déclaré que ce matin environ les trois heures, comme ils allaient dans
la plaine pour voiturer du chaume, ils ont aperçu en passant
devant la porte du citoyen HELIE boulanger demeurant au dit bourg,
un panier attaché au marteau de la porte du dit HELIE et que s'étant 
approché du panier pour voir ce que pouvait être, ils ont reconnu qu'il
contenait un enfant naissant ; que surpris à cet aspect ils
ont frappé à la dite porte afin que ledit HELIE prît connaissance 
de l'enfant ; que ledit HELIE ayant ouvert sa porte a aperçu
les dits NAUDEAU lesquels lui ont fait la délaration ci-dessus, et 
qu'à l'instant ledit HELIE a détaché le dit panier contenant l'enfant
et l'a emporté dans sa maison accompagné d'eux deux ; que la 
femme du dit citoyen HELIE s'étant levée et ayant touché
l'enfant, l'a trouvé très froid et qu'après l'avoir approché du
feu elle a reconnu qu'il vivait ; qu'en conséquence ledit HELIE
s'est transporté aussitôt chez le citoyen PATRI agent national
de cette commune a qui il a fait le rapport ci-dessus et que le dit
agent, aux fins de constater les faits avait fait assembler le
corps municipal au lieu ordinaire de ses séances. d'après 
laquelle déclaration je me suis transporté à la chambre
commune où j'ai trouvé la municipalité réunie, et après avoir
reconnu que les faits rapportés au procès verbal dressé par la
dite municipalité étaient absolument les mêmes et énoncés dans 
le même ordre que ceux mentionnés ci-dessus, j'ai transcris le
dit procès verbal à l'endroit où les dits jean et François NAUDEAU
ont fini leur rapport ainsi qu'il suit ;
Nous officiers municipaux de la susdite commune, afin de 
nous assurer de la vérité, avons interpellé les dits citoyens
Jean et François NAUDEAU ainsi que le citoyen HELIE de nous dire
si les faits ci-dessus étaient véritables et s'ils n'avaient rien
à y changer ou à ajouter, à quoi ils ont répondu que c'était la
vérité, et qu'ils n'avaient absolument aucune connaissance 
particulière relativement à l'exposition de l'enfant. D'après
ce, nous nous sommes faits représenter le dit enfant par la
femme dudit HELIE laquelle nous a fait connaître que l'enfant
était un garçon auquel l'officier public a donné le nom de Joseph
BRUTUS, qu'il était couché dans un panier d'osier à vendanger,
enveloppé d'un oreiller de plumes d'oie sans souille, avec
un drapeau sans langes, une chemise garnie de mousselines, des
brassières de serge de coton, et une coulisse en taffetas noir avec
un baguin garni de gaze, le tout attaché avec des épingles. 
Et de suit avons provisoirement pourvu à la subsistance du 
dit enfant en lui procurant une nourrice qui s'est chargée
de l'abriter et de lui donner les autres soins nécessaires jusqu'à ce
qu'il en soit autrement ordonné. 
Fait et arrêté à la maison commune, mêmes jour et onque
dessus. NAUDEAU Maire, PONCET officier municipal, NOTON officier
municipal, PATRI agent national, AUBIN secrétaire greffier. 




Source : AD 86 Angliers NMD 1793/1801 page 21/134.
Nom : BRUTUS
Prénom  : Joseph
Date : 19 juillet 1794
Heure de découverte : 3h du matin
Lieu de découverte : Porte de HELIE boulanger
Découvert par : jean et françois NAUDEAU maçons
Noms des parrain et marraine, témoins : HELIE boulanger et sa femme, PATRI Urbain.
Description : bon panier et linges
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