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lundi 4 avril 2022

Miracle sous la Révolution - BLUCHE Nicolas George Léonard - #Abandon #AD86 Série 3X101

 







Enregistré le 13/05/1792 sous le numéro 377

Nicolas George Léonard PLUCHE est né à l'Hôtel Dieu où sa mère entrée malade au même hôtel lui a donné le jour.

Pour donner une chance à l'enfant, donner une chance à la mère : "Nourri à l'Hôtel Dieu par une femme que je paye jusqu'à ce que la mère puisse le nourrir elle-même. "

" Le dit enfant est fils légitime de Léonard BLUCHE et de Marguerite De la BAURIE son épouse, entrée malade d'une grosse fièvre le 10 août 1792 et est accouchée le 13 du même mois dans la salle de Saint Thomas lit n°18. La mère et l'enfant sortent de l'Hôtel Dieu aujourd'hui 22 août 1792."

Définition d'un miracle : Entrer à l'Hôspice enceinte en 1792 avec une grosse fièvre. Accoucher d'un enfant vivant. Ne pouvoir le nourrir pendant 10 jours, guérir sa fièvre tandis qu'il survit. Sortir de l'Hôtel Dieu vivante avec un enfant vivant dont on ne donnait pas cher (baptisé sous condition).

Mes moteurs de recherche habituels (Hérage, Filae, Généanet) ne me disent hélas pas ce qu'est devenu cet enfant. Si vous avez des nouvelles, faites moi signe. 

samedi 26 mars 2022

Abandon - Mieux comprendre - Repères chronologiques et Bibliographie.




 Je réunis ici les articles disponibles qui permettent de mieux comprendre ces archives particulières contenues dans la série 3X, toutes ces histoires d'abandon d'enfants, tristes reflets des coutumes passées. 

Les Grandes étapes et lois de l'abandon. 

Sous l'Ancien Régime. 

  • Au XVIe siècle - François 1er répartit, entre différentes institutions religieuses, les enfants sans parents en fonction des raisons de leur délaissement : enfants non malades délaissés de leurs pères et mères, enfants étrangers, enfants légitimes de parents emprisonnés ou tués, enfants exposés. 
  • Au XVIIe siècle 
    • Saint Vincent de Paul organise et encadre le soin de ces enfants : nourrices à la Couche, placement rural. 
    • en 1670, Louis XIV transforme la Couche en Hôpital des Enfants Trouvés. Les enfants trouvés sont placés en nourrice jusqu'à 4 ou 5 ans, puis ramenés à Paris. Les déplacements se font par meneurs. Les résultats de cette organisation sont mauvais. 
  • Au XVIIIe siècle 
    • 1761 - On décide de laisser les enfants  en placement familial jusqu'à 25 ans (majorité légale). Les nourriciers doivent les instruire, leur apprendre un métier, les élever comme leurs propres enfants. Le garçon placé peut remplacer le fils de famille au tirage au sort pour la milice. 
    • 1772  : A partir de l'âge de 20 ans, les enfants placés sont gagés. 
  • Qui sont ces enfants :
    • A Paris, 7676 admissions en 1772, point culminant, un cinquième des enfants de Paris. 20 à 30 % sont des enfants légitimes. Presque la moitié des enfants de bourgeois de Paris sont illégitimes et abandonnés. Enfants d'artisans, de compagnons, de domestiques, de parents indigents. La grande misère est la raison principale de l'abandon, les marques laissées montrent l'espoir de réclamer l'enfant aux jours meilleurs. Mais 9/10 d'entre eux n'atteignent pas l'âge de 10 ans. 

La période Révolutionnaire. 

  • Les grandes lignes de l'organisation de l'Assistance Publique se mettent en place. L'aide devient un devoir de l'Etat. Les enfants trouvés deviennent les "enfants naturels de la patrie". L'admission des nouveau-nés se fait à bureau ouvert. 
  • Dans la Vienne :
    • A Poitiers le premier registre d'abandon commence en 1787. A cette époque, les enfants sont exposés à la porte des boutiques la plupart du temps, puis progressivement à la porte de l'Hôtel Dieu, ou accrochés à la cloche de l'Hôtel Dieu. 
    • De quand date l'installation du Tour à l'Hôtel Dieu de Poitiers ? Je ne sais pas. Mais le registre de la Série 3X101 mentionne le 4 octobre 1792 que François dit Naud, enregistré sous le numéro 391 a été trouvé la veille à 10h du soir dans le tour avec un billet portant son nom tout en guenille. 

Au XIXe siècle. 

  • 1811 janvier - Décret des règles d'assistance à l'enfant 
    • Trois catégories d'enfants : trouvés, abandonnés, orphelins pauvres. 
    • Mise en place du Tour destiné à recevoir les enfants trouvés dans chaque hospice. Il s'agit de lutter contre l'infanticide en assurant le secret absolu de la naissance. Il s'agit aussi de rendre impossible le retrait de l'enfant afin de limiter l'abandon. Echec de la diminution du nombre d'abandons. 
  • 1818 - 27 juillet : Passer au cou de chaque enfant, au moment de son départ de l'hospice, un collier scellé avec une plaque d'étain portant pour empreinte la désignation de l'hospice, l'année d'exposition et le numéro d'ordre de l'enfant. 
  • 1826 - 20 mai : confirmation des dispositions relatives au collier qui sera gardé jusqu'à l'âge de 12 ans. 
    • Le but est d'empêcher la substitution d'enfant qui était courante. 
    • Quelques inconvénients à ce dispositif : le collier blesse l'enfant et il faut l'enlever. Il peut être facilement retiré, il est trop visible et attire l'attention sur ces enfants. 

  • 1827 - Juillet : On décide de déplacer les enfants dans un autre département, toujours pour limiter les abandons. Mesure efficace mais inhumaine rapidement abandonnée. On met en place des bureaux d'admission afin de proposer des secours à la mère. Les secours sont accordés par le Préfet, seules pouvaient y prétendre les filles mères pour la première fois. Dans certains départements des aides sont proposées aux mères légitimes indigentes
    • Dans la Vienne : Echange d'enfants de département à département (1831-1839) AD86 Série 3X60
  • 1834 Dans la Vienne le conseil général décide qu'à partir du 1 janvier 1834, les enfants trouvés et abandonnés ne seraient plus reçus que dans le seul hospice de Poitiers. 
  • 1842 : il est proposé de substituer au collier des boucles d'oreilles qui ne seraient gardées que jusqu'à l'âge de 6 ans. Le procédé se met en place dans la Vienne, mais les infections sont très fréquentes car les alliages sont de mauvaise qualité et l'idée sera abandonnée.
    • Dans la Vienne :
      • Remplacement du collier par des boucles d'oreilles en argent fin (1818-1843) AD86 Série 3X60
  • A cette époque on trouve également des "enfants en dépôt", envoyés par le directeurs des hospices et appartenant à des parents admis comme malades. Dans la Vienne, on trouve ces enfants en dépôt dès la période révolutionnaire. 
  • 1856 : Dans la Vienne Fermeture du Tour à Poitiers. 
  • 1887 : création des asiles maternels. 
  • 1889 : Loi sur la déchéance de la puissance paternelle et protection des mineurs délaissés. 

Les lieux de l'abandon à Poitiers 
  • L'Hôtel Dieu de Poitiers puis l'hospice national.

Les registres d'abandon de Poitiers commencent en 1787. Jusqu'en 1792, les enfants sont exposés aux portes des boutiques, aux portes des églises, aux portes de l'Hôtel Dieu. C'est le 4 octobre 1792 que le registre mentionne que François dit Naud (n°391) " a été trouvé de la veille à 10h du soir dans le tour, avec un billet portant son nom, tout en guenille." Le tour semble adopté très rapidement car dès les pages suivantes, les enfants sont pratiquement tous décrits trouvés au Tour. 
C'est à l'Hôtel Dieu qu'ils sont enregistrés. On leur attribue un numéro et on détaille sur le registre toutes les informations concernant l'abandon : date, heure, description de la vêtures, mentions distinctives. Ces enfants sont ensuite confiés à des nourrices sur Poitiers, quelquefois dans les communes avoisinantes ou plus lointaines. 
A la Révolution l'Hôtel Dieu devient l'Hospice National (mentionné ainsi en 1794)
Les différentes directrices de l'Hôtel Dieu comme celle de l'hospice veillent au suivi en nourrice de ces enfants autant qu'il leur est possible. On sent, à la lecture des notes, une réelle bonne volonté à protéger les enfants confiés, à suivre leur devenir, malgré la mortalité effarante qui accable ces enfants dont 80 à 90% ne survivent pas à la première année d'abandon. 


Note sur l'Hôtel Dieu de Poitiers : 
Lors de sa création, l’Hôtel-Dieu-Notre-Dame ne comprenait qu’une vingtaine de lits. Trop petit et situé en face du marché de la ville, la nécessité de le déplacer se fit rapidement ressentir. Cette constatation fut également remarquée par Louis XIV qui avança des fonds afin de permettre le déménagement de cet hôpital. Malheureusement, pour des raisons diverses, ce déménagement n’eut jamais lieu et l’Hôtel-Dieu dut s’agrandir sur place. Cet extension permit cependant à l’établissement d’atteindre une centaine de lits à la fin du XVIIIe siècle. A l’heure actuelle, ces bâtiment existent toujours et abritent la Faculté de droit.

Durant les guerres de Vendée, de nombreuses confiscations d’édifices religieux conduisirent l’Hôtel-Dieu a se délocaliser dans les bâtiments de l’ancien grand séminaire (l’Hôtel Pinet, où siège actuellement l’Université). L’établissement devint alors un hôpital civil et militaire ayant une capacité de 300 lits. Cette capacité stagnera à ce niveau jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Par la suite, de nouveaux services ouvrent leurs portes et nous assistons à la naissance de la maternité, de l’école de médecine, du pavillon des contagieux, de l’aile militaire et du sanatorium. Une partie de la caserne Dalesmes est également réquisitionnée afin d’assurer le développement du centre de soins.

  • L'hôpital Général de Poitiers
Lorsqu'ils survivent, lorsqu'ils ne restent pas chez leurs nourriciers, les enfants sont déplacés à l'Hôpital général, à l'âge d'environ 8 ans. L'établissement a pour mission d'enfermer les plus démunis. 


Note sur l'Hôpital Général. 

Créé en 1657, ce lieu avait pour mission « d’enfermer » les plus démunis. Son rôle était également de recueillir les enfants abandonnés et les vieillards invalides. Ces missions conduisent l’hôpital à héberger plus de 700 personnes durant les famines du XVIIIe siècle.

Au terme de la Révolution, l’hôpital général perd son caractère carcéral, garde son caractère social (il continue d’accueillir les enfants abandonnés et les vieillards) et adopte un caractère sanitaire avec les aliénés. Il fermera ses portes en 1927 et transférera temporairement les aliénés sur Pasteur. Son activité reprendra en 1937 où il agira en tant que lieu d’hébergement des réfugiés espagnols. Il retrouvera ainsi une mission sanitaire en 1940 avec l’arrivée des malades de certains hôpitaux de la Moselle.

 Source : Site du CHU de Poitiers


A lire en ligne : 



vendredi 25 mars 2022

1834, Un seul lieu pour l'abandon, Poitiers. Le dégoût de Martinet, maire de Châtellerault. #AD86 Série 3X

 




Le Conseil général décide qu'à partir du 1er janvier 1834, les enfants trouvés et abandonnés du département ne seraient plus reçus que dans le seul hospice de Poitiers. 
Les Tours de Châtellerault, Montmorillon, Loudun, Civray sont fermés et les enfants ne peuvent être pris en charge sur place. Il faut les transporter à Poitiers. 
Dans l'intervalle, aucun n'est confié à une nourrice. 
Nous sommes en 1834, les transports sont encore très rudimentaires, il n'y a pas non plus de lait maternisé.

MARTINET, maire de Châtellerault et le Directeur de l'hospice de Poitiers expriment leur réprobation, leur dégoût et les conséquences au Préfet de la Vienne. 

Pas de réponse du Conseil général. 
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Monsieur le Préfet, 
La mesure prise par le conseil général de supprimer les tours des arrondissements, dans lesquels on déposait les enfants trouvés, place l'administration des chefs lieux dans un embarras fort pénible ; voici celui dans lequel nous nous trouvons en ce moment : une fille inconnue est venue chez l'une de nos sages-femmes, pour y faire ses couches ; elle est dénuée de tout, elle ne peut allaiter son enfant ; et sans parents, sans asile, cette malheureuse accueillie par une femme charitable est dans la nécessité de se séparer du fruit de son égarement. Je viens de donner des ordres pour qu'il fut porté à Poitiers ; j'ai assuré la sage-femme que le bureau de bienfaisance l'indemniserait des soins qu'elle a donnés et des frais qu'elle a faits. 
Si pareille circonstance ne se présentait que cinq à six fois par an, ce serait pour le bureau une charge supportable ; les frais de transport des enfants ne grèveraient pas la commune d'une somme considérable ; mais nous ignorons où cela pourra se borner ; nous sommes exposés à ce qu'on regarde la ville de Châtellerault comme une espèce d'entrepôt, où l'on apportera les enfants qui s'en trouveront plus près que de Poitiers : sur quelles ressources prendre les fonds indispensables aux frais des transports aussi éventuels ? Ne serait ce point d'ailleurs nous imposer, par notre prévoyance, une charge que nous ne devrions nullement supporter pour les autres communes ? 
Vous voyez, Monsieur le Préfet, que si je viens vous demander les secours de votre sagesse, ce n'est pas sans un besoin réel ; la matière est bien délicate ; ce sont les premiers soins surtout, que réclame la faiblesse de ces petits malheureux, que nous ne pouvons faire donner ailleurs qu'à l'hospice, s'il était impossible de les transporter : cela peut arriver souvent. Comment en faire entrer d'ailleurs, quand il y a défense d'y recevoir aucun enfant depuis le 1er janvier ? 
Les auteurs de cet essai, que je ne qualifierai pas, de peur de commettre une injustice, auraient du organiser des espèces de convois dans chaque chef-lieu de canton, qui auraient reçu et transporté les enfants trouvés tous au même point, puisqu'on a pensé que cette mesure pouvait produire de bons effets. Toutefois, dans l'état actuel des choses, je prévois beaucoup d'embarras, de dépenses, et je dirai, de dégoût, car il est bien pénible de se voir obligé d'exposer à beaucoup d'accidents, les pauvres êtres qui ne demandent que des soins et du repos ! 
Veuillez accueillir avec bienveillance la demande que j'ai l'honneur de vous adresser et recevoir Monsieur le Préfet, l'assurance de mon respect. 
Martinet. 

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La commission administrative des hospices de Poitiers
A M. le Préfet de la Vienne
Monsieur le Préfet, 
Chaque jour nous apporte de nouvelles preuves de l'erreur dans laquelle s'est jeté le conseil général en supprimant les tours des arrondissements et notre devoir comme protecteur des enfants trouvés, est de vous signaler les abus auxquels cette mesure donne lieu, afin que vous puissiez en faire part au conseil général, à sa prochaine réunion, et l'engager à revenir sur sa décision, que nous regardons comme si contraire à l'intérêt des enfants et à la morale. 
Depuis le 11 jusqu'au 25 janvier dernier, cinq enfants ont été apportés à l'hôpital général : 3 de Châtellerault, un de Montmorillon et un un de Saint-Secondin, arrondissement de Civray. L'un des enfants venus de Châtellerault, né très fort est mort peu de jours après avoir été privé de soins pendant plusieurs jours, celui de Montmorillon, né le 20, exposé le 21 à la porte d'une sage-femme, n'est arrivé au dépôt que le 25 et ce n'est qu'à force de soins qu'on est parvenu à le conserver. 
La suppression des Tours n'a donc pas pour résultat de rendre moins fréquentes les expositions, mais de faire périr beaucoup d'enfants, et d'aggraver les positions déjà si fâcheuses des hôpitaux de Poitiers, car tous les enfants ne sont pas placés à la campagne et c'est là une des causes, la principale cause de l'accroissement que reçoit la population de l'hôpital général. 
Que les enfants soient exposés à Châtellerault, à Montmorillon et à Loudun, ou qu'ils le soient à Poitiers, la dépense est toujours la même pour le département ; mais la chose n'est pas indifférente pour les établissements confiés à nos soins. 
Agréez Monsieur le Préfet, l'assurance de notre respect. 

jeudi 24 mars 2022

Adoptable Angélique - Série 3 X 101

 


Adoptable Angélique ! 

Angélique, juste née et abandonnée le 15 Floréal de l'An 7 (4 mai 1799) environ sur les neuf heures du soir ; Sur la tête un morceau de toile pour têteron une cayenne de bazin fin, blanc piqué à carreaux, bordé d'un ... bleu garni d'une grosse dentelle à piquots. Un lange de revêche gris bleu neuf un mauvais de droguet? gris blanc en bon drapeau de grosse taille. Point de marque distinctive. 

On la baptise à Notre Dame à Poitiers et elle est confiée à ses nourriciers : Pierre GABILLAUD de Jaunay le 28 Thermidor. 

Adorable Angélique va survivre, grandir et croiser la chance.  

En dehors des enfants adoptés par leurs nourriciers, les rares enfants confiés dans ce registre le sont hors département. S'agit-il d'un accord, d'une règle ? 

Dans sa lettre, la femme BACOUILLARD de Saint-Maixent met les formes les plus respectueuses pour convaincre une dernière fois la responsable du service des enfants trouvés, Mademoiselle Chantal BOISTARD, de lui confier cette petite Angélique. 



Lisons ensemble : 

Mademoiselle, 

J'osais me flatter d'avance que vous auriez la bonté de seconder mes désirs. D'autant plus que je ne me proposais qu'un acte de bienfaisance. Je dois donc m'applaudir de mes sollicitation auprès de vous Mademoiselle. Je vous prie de croire que mes réflections étaient faites avant de prendre la liberté de vous faire faire des démarche en ma faveur et à l'avantage d'une infortunée à qui je ferai le bonheur si elle s'en rant digne, je suis toujours dans les mêmes sentiment de la faire prendre pour la Mi Carème par une personne de notre ville qui doit conduire une modiste dans une petite voiture. Je le priray de vouloir bien se charger de ma petite fille je crois que je laimeray beaucoup je me fais une grande joye de la recevoir Etant choisie par la plus aimable, la plus respectable personne que je connaissent, sil y a quelques débourcé à faire je vous  prie de me le marquer je vous le ferai passer de suite.......

Je vous serai obligée de vouloir bien vous informer si la petite a eu la petite verolle ou si elle a été vaccinée, il ne me reste plus mademoiselle qu'à vous prier d'agréer 

l'expression de ma sincère reconnaissance et de me croire avec lestime et la considération la plus distinguée. 

Votre très humble servante

femme Bacoüillard 

Ma famille sensible à votre gracieux souvenir me charge de vous en témoigner sa reconnaissance et de vous assurer de toute notre estime 

St Maixent le 1er Mars 1802

Faute d'aucation je prend le party de la mettre à la poste.


Depuis combien de temps la femme BACOUILLARD attend-elle cette enfant ? Se sont-elles déjà rencontrées à Poitiers ? Quelles furent les autres étapes de cette démarche d'adoption ? Sa famille semble connaitre Melle BOISTARD, s'agit-il d'un arrangement particulier ? 

La motivation de la femme BACOUILLARD est certaine, toute sa lettre le dit, mais elle le dit à la manière de l'époque avec ses inquiétudes, ses doutes mais aussi son rang qui transparaissent dans ces quelques lignes. On hésite entre émotion et sourire. Séduire pour convaincre, plaider sa cause, se garder des maladresses, hier les démarches d'adoption étaient déjà bien difficiles...

 Ainsi Angélique sera aimée, c'est certain, car la femme BACOUILLARD fera le bonheur de cette infortunée "si elle s'en rend digne". Elle l'appelle déjà "ma petite fille", elle répète "je crois que je l'aimeray beaucoup", touchante incertitude . Elle s'inquiète déjà de sa santé, a-t-elle eu la petite vérolle ou a-t-elle été vaccinée ?

Qui est la femme BACOUILLARD de Saint-Maixent ? 


Une recherche rapide dans Filae nous propose un mariage entre Jean-François BACOUILLARD et Marguerite Françoise HAMEAUX le 30 janvier 1797. BACOUILLARD est marchand, agé de 28 ans au service depuis 5 ans. Marguerite, elle, est âgée de 36 ans. 

On ne retrouve aucun enfant pour ce couple. 5 ans plus tard, c'est sans doute ce berceau désespérément vide qui pousse Marguerite à l'adoption d'une petite fille de 3 ans. 

Un joli petit ange que cette Angélique que Marguerite traitera à coup sur comme une marquise ! 

Hélas, indomptable Angélique, à ce jour, aucune archive  ne confirme ce doux chemin de vie que l'on espère avoir été le sien.  






mercredi 23 mars 2022

Série 3 X - Notices de salle de lecture.

 Ces notes sont issues de mes visites aux AD86, des notices du répertoire et des dossiers consultés. 

  • Quelques définitions. 

- un enfant exposé est un enfant abandonné anonymement. Les lieux varient du tas de bois au tour d'abandon, en passant par les portes des maisons...

- on appelle "enfant trouvé", un enfant dont l'exposition a eu lieu et qui est né de père et de mère inconnus. Ils sont réputés par la loi illégitimes jusqu'à preuve acquise du contraire. 

- un enfant abandonné est un enfant légitime qui, à raison de la disparition, l'emprisonnement ou la condamnation de leurs père et mère sont assistés par les lois aux enfants trouvés. 

- un orphelin pauvre est un enfant né d'un mariage légitime qui en raison de l'indigence de ses parents ou de la mort de l'un ou l'autre est appelé à jour des fondations faites dans les hospices, pour la nourriture, l'entretien et l'éducation des enfants légitimes. Par décret du 19 janvier 1811, ils jouissent du même régime que les enfants trouvés. 

  • Colonies agricoles de la Vienne :

- Les Bradières à Lavoux (1850 environ)

- Domaine de la Gabidière à Montmorillon (1845)

  • Quelques dates fondamentales pour comprendre ces archives : 

    • 1er Janvier 1834 : Décision du conseil général. Tous les enfants trouvés et abandonnés du département ne seront plus reçus que dans un seul hospice, celui de Poitiers (séances de Janvier et Juillet 1833) (Série 3X 115)


    • 1er Janvier 1856, fermeture du tour de l'Hopital général de Poitiers. Mise en place d'une nouvelle série de numéros d'immatriculation des enfants admis à l'assistance publique à cette date (Série 3X 141)










samedi 4 avril 2015

Un 4 avril 1785 à la porte de la cure. Enjambes (86)


"L'an mil sept cent quatre vingt cinq et le quatrième d'avril par moy curé soussigné a été baptisé Jean Martin fils de père et mère inconnus trouvé exposé à la porte de la cure ayant pour marque un ruban vert attaché au bras gauche. Ont été parrain et marraine Jean BARON demeurant la la Postière paroisse de Notre Dame et Marie CHARTIER servante chez Monsieur de la Jorginière juge de police de cette ville lesquels ont déclaré ne savoir signer de ce interpellés." ENARD curé d'Enjambes
AD86 - BMS Enjambes 1774-1792 p.81
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Archive confiée par les membres de GE86  qui contribuent activement à l'indexation de l'insolite. 
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Un 4 avril, exposé à la porte de la cure...  Il s'appelera Jean Martin. Jean comme son parrain BARON  et Martin pour que naisse avec lui un patronyme, qui pour une fois ne raconte pas son histoire. Se laisser porter par l'éphéméride pour croiser l'insolite. C'est le grand privilège de l'indexation que de donner toujours matière à réflexion les matins qui trainent silencieusement en longueur....



mercredi 27 février 2013

Un curé indigné ! Arçay (86)


Des malheurs d'enfants, le curé d'Aubry en a vu d'autres. Des orphelins, des épidémies, il raconte, il laisse des traces pour la postérité, la vie de son village défile page après page.
Avec peu de mots, mais avec talent il exprime fatalisme et indignation !



Le Jeudi 2 novembre 1713, Aubry baptise Jeanne, fille de père inconnu.
Sa mère Marie La Carte est  veuve de Bourdilleau.
Veuve au XVIIIème siècle : aucun revenu, pas de métier, aucune aide. Nombreuses se retrouvent mendiantes, et certaines se prostituent pour un peu de nourriture ou quelques sous.
Aussitôt engrossées, aussitôt délaissées, abandonnées à leur triste condition.
Même nommé, dénoncé, déclaré, l'amant n'a jamais à assumer ni la grossesse, ni l'enfant né.
Jeanne accouche donc probablement seule, ce jeudi là, sous le regard réprobateur de ses voisines.
Où vit-elle ? Comment vit-elle ?
La douleur des contractions mûrit son amertume, sa révolte gronde.
Le travail fut-il trop long ?
L'expulsion porte bien son nom, ce jour-là, dès son premier cri, Marie rejette cette petite Jeanne, fruit d'une vie de misère, d''humiliation et de violence.
Marie La Carte sait bien à qui elle doit cette violence, et cette haine qui monte et lui fait rejeter ensemble le sort et l'enfant. Cet enfant, bien vivante, dont les cris l'exaspèrent.
Marie porte l'enfant à Aubry qui la baptise, ne trouve pas les mots pour apaiser la mère et ne désigne pas le père. Pourtant Aubry sait qui est le père.


Marie tient deux jours. Puis craque.
Il n'est pas d'elle cet enfant ! Il est à son oncle, c'est lui qui la force, qui l'achète, qui se sert de ce corps qu'elle nourrit si peu !
Marie perd la tête. Il fait froid cette nuit de novembre, mais rien ne l'arrête plus. Elle court dans la nuit porter la petite Jeanne, deux jours, à la porte de l'irresponsable !
 Jeanne hurlera une heure dehors, seule dans l'hiver et face au danger des animaux errants.
C'est la femme Jamain, la femme trompée, qui aura pitié.
C'est elle, Renée, qui va la décrocher de la porte, qui va la nourrir... à la cuiller d'un peu de lait.
Lait de vache ? Lait de chèvre ?
Est-ce le lait qui ne convient pas ou la force de vivre qui manque à cette petite Jeanne ?
Deux femmes meurtries. L'une rejette l'enfant, l'autre tente de le sauver.
Comment devient-on mère, comment ne le devient-on pas ?
"Certaines considérations l'en firent oster"....
Renée Jamain trouve-t-elle dans ce panier l'enfant qu'elle aimerait porter ?
Espère-t-elle en le sauvant conjurer le sort, ramener son homme dans son lit, unir son destin à celui d'une autre injustice ?
La petite Jeanne meurt 16 jours après son baptème.
Aubry, le curé d'Arçay indigné par la  disparition de ce bébé, tout autant que par l'inconséquence de ses géniteurs, en promettant la colère de Dieu aux responsables, désigne enfin le père...

Renée Jamain a-t-elle pleuré cet enfant ?
Sans doute.
Jean La Carte a-t-il exprimé des regrets, des remords ?
Peut-être.
Ensemble, ils seront parents l'année suivante.

Un petit René naît  le 16 Aout 1714, dix mois après la mort de la petite exposée.



Une petite Marie, viendra le 20 Juin 1718, elle prendra époux le 8 Juillet 1737, sous l'oeil bienveillant de sa mère, de son frère René et de son père Jean La Carte.




L'histoire ne dit pas ce qu'est devenue Marie La Carte. Je ne lui ai pas trouvé d'autre enfant.





Arçay 1713/1732 page 5
Jeanne fille de père inconnu et de Marie La Carte veuve de
défunt Bourdilleau a esté baptisée le jeudy deuxième novembre mil
sept cens treize ses parrain et maraine pierre Chevet et jeanne
Gracieux qui ont déclaré ne scavoir signer
Aubry Curé d'Arçay.
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Page suivante
La fille de père inconnu et de Marie La carte âgée de seize jours
est décédée et a esté inhumée dans le cimetière des innocents le samedy
dix huit novembre mil sept cens treize. Cet enfant est mort de force car
sa malheureuse mère l'ayat mis au monde le porta de nuit deux jours après
son accouchement à la porte de Jean La Carte son oncle qu'elle a toujours
dit en estre le père, il faut rapporté par ..... sur la croix du
Carrefour de devant l'église et exposé dans ce lieu pendant plus d'une heure
à la rigueur du froid et férocité des animaux ; enfin certaines considérations l'en
firent oster par la nommée Jamin femme du dit La Carte qui a eu soin de
l'allaiter pendant le susdit temps avec un peu de lait qu'elle lui faisait
prendre dans une cuillère. funestes actions que Dieu vengeur des Crimes ne
laissera pas impunies.

dimanche 27 janvier 2013

Deux papas et un enfant - Poitiers - 1774



C'est toujours un vrai bonheur de lire les journaux en ligne.
 Le style, la diversité des sujets, l'approfondissement philosophique, la vulgarisation intelligente, l'anecdotique au service du progrès et non l'inverse, le respect du lecteur....



C'est toujours un vrai bonheur de lire les journaux... du XVIIIème siècle.
Chez nous, les Affiches du Poitou sont en ligne. Une mine d'or pour les curieux, généalogistes ou pas.


Poitiers 1774.
Deux papas et un enfant...exposé, au siècle des Lumières, un document qui éclaire nos lanternes !
Nous avons entrevu le sort de ces petits au travers des nombreux actes d'Angliers. 
En voici un autre témoignage. Resté anonyme dans ce texte, et c'est bien dommage car son histoire est fort singulière.
On y lit qu'il revient au propriétaire de la porte sur laquelle l'enfant est accroché de se charger du colis.
On y lit qu'il peut monnayer d'en confier la charge auprès de L'Hotel Dieu de Poitiers.
On y lit que les papas s'attachent aux enfants qui croisent leur chemin.
On y  lit deux "papas" potentiels plaider pour la garde d'un petit garçon de 7 ans. On y lit aussi une maman nourricière, certes, mais l'émotion, les sentiments des deux pères potentiels est dévoilée, et c'est rarement le cas.
On y lit la définition du mariage : Le motif saint et social de l'union conjugale est d'avoir des héritiers dans lesquels on espère de se voir revivre un jour. 

On y lit la détresse du manque d'enfant
On y lit l'attachement, cet attachement dont on doute souvent à la lecture des documents de l'époque. Ces bons époux chérirent bientôt cet enfant comme s'il fut né de leur union, un bon fils, un joli enfant. 
On y lit le bonheur d'une famille adoptive. cet enfant en grandissant a resserré par sa douceur et ses caresses un noeud si doux ; ils l'appelent leur fils...

On y lit les pratiques de la mise en nourrice. Qui est ce Seigneur ? Qui sont ses enfants légitimes ? Tous en nourrice, comme il est d'usage, ils ne reviennent au foyer familial que quelques années plus tard. Le bel enfant qu'il rencontre, ce bâtard de personne, aurait-il grandi mieux que les petits nobles ?
On y lit les droits que chacun des pères pense avoir sur l'enfant : le droit de le réclamer, le droit de le reprendre, le droit de le garder
On y lit la critique de la loi, les préjugés de la Jurisprudence Féodale.
On y lit les effets de la marchandisation de l'enfant. La famille nourricière abandonne la rente pour justifier de son attachement,  pour convaincre de sa volonté d'adoption.
On y lit la parole rendue à l'enfant. Un enfant de sept ans ! la présence de l'enfant y donnait le plus grand intérêt ; il semblait cependant que c'était à lui seul à prononcer, et que libre par la nature, chez une nation qui ne reconnait point d'esclaves, il avait le droit de se donner à ceux qu'il chérissait et qui l'aimaient
On y lit la justice épaulée par les  notaires, la place du notaire dans le mariage au XVIIIème siècle.  on envoya chercher deux Notaires ; on fit un acte. 

On y lit un accord amiable. Ensemble, les notaires, le juge et les protagonistes trouvent une solution.
La présence du Magistrat rendit en quelque sorte, encore plus auguste, ce contrat dicté par la raison et par la vertu, et où le sentiment et la liberté naturelle l'emportèrent, comme cela devait être, sur les prétentions et les préjugés d'une Jurisprudence barbare que la religion, l'humanité et la politique ont du également abroger.
Une solution pour le bien d'un enfant à Poitiers en 1774.
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Il s'en est fallu il y a quelques jours qu'il ne soit élevé en cette ville un procès singulier, qui aurait pu être mis au rang des causes célèbres. un Seigneur obligé suivant les lois du royaume, de faire nourrir et élever un enfant inconnu, trouvé exposé sur ses terres, le fit recevoir à l'Hôtel Dieu de Poitiers en payant un prix convenu. Cet enfant y resta trois ans, au bout duquel temps le Seigneur pensa qu'il serait mieux alors dans une maison particulière pour y être instruit et mis dans le cas de prendre un jour une profession honnête. Le sort d'un batard intéresse toujours les bons coeurs ; c'est à la société à le venger de la dureté des parents qui l'ont abandonné. on proposa celui-ci à deux époux qui n'avaient point d'enfant ; ils l'acceptèrent moyennant une pension que promit le Seigneur, et qu'il a payée très exactement. Le motif saint et social de l'union conjugale est d'avoir des héritiers dans lesquels on espère de se voir revivre un jour. Ceux à qui la nature refuse cette satisfaction, désirent et semblent chercher du dédommagement. Ils accueillent le premier objet qu'ils croient digne de leur tendresse ; et cette illusion qui leur devient plus chère de jour en jour par l'habitude et le besoin d'aimer, les attache souvent autant que la réalité même.



 Ces bons époux chérirent bientôt cet enfant comme s'il fut né de leur union ; ils l'ont élevé pendant quatre ans avec les soins les plus tendres , cet enfant en grandissant a resserré par sa douceur et ses caresses un noeud si doux ; ils l'appelent leur fils ; il leur donne lui-même les titres que celui-ci suppose; Enfin c'est un joli enfant, digne jusques à présent de la bonne fortune que le sort parait lui promettre. Le Seigneur étant il y a quelques jours à Poitiers, voulut le voir ; sa physionomie l'intéressa au point qu'il déclara vouloir le reprendre, et prétendit qu'il avait le droit de le réclamer ; les parents adoptifs s'y opposèrent, dirent qu'il faisait leur plaisir, qu'il ferait leur bonheur et qu'ils feraient le sien, que son enfance leur appartenait, et qu'ils croyaient avoir le droit de le conserver, pour prix des soins qu'ils en avaient eu. Le Seigneur en tachant d'appuyer sa prétention sur les préjugés de la Jurisprudence Féodale, assura qu'il avait aussi pour lui les meilleures intentions. La contradiction se soutenant, on convint de s'en rapporter au jugement du Magistrat ; chacun plaida sa cause devant lui ; la présence de l'enfant y donnait le plus grand intérêt ; il semblait cependant que c'était à lui seul à prononcer, et que libre par la nature, chez une nation qui ne reconnait point d'esclaves, il avait le droit de se donner à ceux qu'il chérissait et qui l'aimaient.



La tendresse et la reconnaissance sont des impressions les plus profondes jusque dans les plus jeunes coeurs ; il n'y a point d'enfance pour la sensibilité ; l'enfant témoigna sa préférence par ses larmes et par ses cris ; il ne voulait pas sortir des bras des deux époux qui juraient eux-mêmes en pleurant qu'il ne le céderaient jamais. Il est plus aisé de sentir cette scène attendrissante que de la peindre. Le Seigneur lui-même finit par en être touché ; on envoya chercher deux Notaires ; on fit un acte ; le Seigneur abandonna sa réclamation ; l'enfant resta à ses bienfaiteurs, qui déclarèrent qu'ils le garderaient gratuitement, et promirent de lui faire embrasser une profession honnête et utile. La présence du Magistrat rendit en quelque sorte, encore plus auguste, ce contrat dicté par la raison et par la vertu, et où le sentiment et la liberté naturelle l'emportèrent, comme cela devait être, sur les prétentions et les préjugés d'une Jurisprudence barbare que la religion, l'humanité et la politique ont du également abroger.

mardi 11 décembre 2012

Quinze exposés d'enfants. Angliers (86)



Quinze exposés d'enfants plus tard, il faut repasser commande de café, l'UMP a toujours deux papas en instance de divorce, et la RFG nous apprend que  Lorphelin, notre mère carabine à tous, a failli s'appeler Laporte. J'ai rencontré l'ami Fred aux Archives de la Vienne, en quête d'un enfant trouvé, qui nous vaut un article très émouvant...

Quinze exposés plus tard, que nous disent ces enfants d'Angliers ?

Quinze enfants et cinq régimes.
 De l'ancien régime à la monarchie de Juillet. Les protagonistes se suivent, certains prennent des responsabilités (PATRI...S ou X) puis les perdent, nous connaissons le boulanger, les responsables municipaux, les juges de paix, les nourrices... La plume passe du curé à l'agent municipal, le juge de paix établit un procès-verbal. Cette modification de la procédure nous apporte quantité de détails sur les circonstances de l'abandon et les protagonistes de la découverte.

Quinze enfants et deux lois.
Sous l'ancien régime, le curé rappelle une fois l'an, l'édit d'Henri II, Février 1556,  qui oblige les célibataires et les veuves à déclarer leurs grossesses. Nous retrouvons fréquemment ce texte dans les archives paroissiales.
Nouvelle époque, nouvelle loi. 28 Juin 1793, fait obligation à la Nation de s'occuper des enfants abandonnés. On les nommera désormais orphelins. Le Juge de paix est tenu de dresser un procès verbal mentionnant tous les indices (age probable, description, vêtements, indications). Une fois fait, l'officier d'état civil à la suite, déclare l'enfant et lui donne un nom et prénom.

Quinze enfants et trois lieux d'abandon.
 La plupart du temps les enfants sont laissés à la porte du château,  d'une maison, le panier accroché, à l'aide d'une cordelette, au heurtoir, en hauteur, afin de le mettre à l'abri des animaux errants. Avant de disparaitre dans la nuit, l'adulte frappe à la porte, encore et encore. Il arrive quelquefois que le locataire fasse la sourde oreille, souvent alors un voisin se manifeste, tandis qu'une ombre fuit.
Nous verrons dans certaines affaires criminelles que la procédure a son importance. Abandonner est toléré, certains, curieusement, se vantent même d'avoir émis l'idée. A la ville l'abandon s'est organisé. Des tours sont mis en place, de l'autre coté du tourniquet, l'enfant est accueilli. A la campagne, pour offrir une petite chance à l'enfant, il faut tambouriner à la porte et le mieux est qu'on y trouve derrière une nourrice. Affaires de femmes, ce sont néanmoins la plupart du temps, leurs hommes qui vont déclarer l'exposition.
Zéphirine laissée au sol, Eugénie sur un tas de bois, au froid de janvier, Louise au ballet de l'église... Parfois les choses se compliquent, l'angoisse étreint, précipite la peur d'être découvert, reconnu, et pousse à fuir vite trop vite.

Quinze enfants et quatre saisons.
L'abandon est de tous les mois de l'année, printemps, été, automne, hiver, la nuit, après minuit. Combien de temps survit-on dans un panier par une nuit d'hiver ? Je n'ai pas cherché dans les actes de décès d'Angliers si certains avaient été retrouvés trop tard.

Quinze enfants et quelques langes.
Le juge de paix détaille : l'état de propreté global,  la nature des plumes de l'oreiller (oie, poules), la présence d'une souille (taie d'oreiller), la liste des vêtements, leur qualité, la nature des toiles utilisées (étamine, serge, indienne, mousseline, soie), les couleurs ou impressions, l'état d'usure. Autant d'éléments qui permettront de rendre l'enfant s'il est réclamé et qui indicent sur l'anticipation, le milieu social, le temps pris à préparer ce panier, les soins apportés au nouveau-né.

Quinze enfants et trois écrits identifiants.
Un petit papier trouvé dans un bonnet, gardé dans un registre. Un nom, un prénom, quelques recommandations, et parfois l'expression d'un sentiment. Douleur, regret, inquiétude. Quelques mots pour un scénario. Qui écrit ? Une sage-femme qui connait toutes les nourrices d'Angliers et la mansuétude des autorités ? La patronne autoritaire d'une petite bonne qui simplifie la gestion domestique de son domaine ? Une femme épuisée qui suspend seule au crochet d'une porte fermée le fruit amer d'une douleur adultère ? Qui est aidée ? Qui tient l' anse du panier ? Qui récidive ?
 Pourquoi Angliers ?

Quinze enfants et une trace.
Que sont-ils devenus ? Rien sur les relevés des clubs régionaux (CGP ou GE86), ni dans les mariages, ni dans les décès. Ont-ils changé de nom ? Ont-ils changé de lieu ? Ont-ils survécu ?

Quinze enfants et la série 3X aux AD86.
C'est là qu'il faut chercher réponse à ces questions.

L'abandon semble se régler en local sous l'ancien régime. Le curé baptise, confie à une nourrice, certains petits iront sans doute à l'hospice le plus proche (Loudun), quand d'autres grandiront dans une famille, travailleront dans une autre ou mendieront, errants de village en village...

A la Révolution, on organise et répertorie les enfants exposés.
Trouvés dans le village, ils sont dans un premier temps confiés à une nourrice, le plus souvent celle qui vit derrière la porte où ils furent accrochés. Une fois les déclarations faites, l'enfant est envoyé à l'hospice le plus proche. Pour les enfants d'Angliers, il s'agit de celui de Loudun. C'est un citoyen du village, impliqué dans la découverte de l'enfant, qui se charge du transfert en promettant de prendre soin du petit. Tous à partir de Joseph BRUTUS ont pris ce chemin.  Combien de ces enfants ont survécu ? La mortalité est terrible pour les enfants trouvés !
A Loudun, un numéro matricule est donné, une nourrice est désignée, le plus souvent dans le village où l'enfant fut exposé, mais parfois ailleurs bien plus loin.
Afin d'éviter les trafics, les substitutions, les enfants exposés portent un collier d'abandon. Métallique, lourd, dangereux, inamovible, il est progressivement remplacé par une boucle d'oreille mentionnant le numéro matricule. Dans la Vienne, on tarde à faire les modifications, les boucles fournies sont de piètre qualité alors qu'il les faudrait en argent, elles sont  en métal leur bord n'est même pas arrondi, source d'infections de blessures. La médecine préventive naissante s'insurge, alarme, exige.
 La Vienne tente de réduire le coût de l'abandon. Des échanges se font d'un département à l'autre, vers la Charente. Les adoptions sont rares dans les premiers registres de Poitiers. Une belle histoire trouvée, pour tant d'enfants esclaves ! En effet, bien souvent, pour ceux qui s'en chargent, ces petits ne sont que main d'oeuvre, moins considérés que le bétail de la ferme.
A douze ans, s'ils atteignent cet âge, livrés à eux mêmes, nombreux finissent mendiants ...

Quinze enfants et une enfin une trace !

 C'est la p'tite Eugénie qui m'a fait signe. Elle apparaît sur la liste nominative des enfants trouvés dont l'hospice de Loudun assure le suivi. Matricule 264. Eugénie trouvée sur le tas de bois appartenant à Patri, elle a passé la nuit dehors, ce 18 janvier, Urbain redevenu cultivateur ne l'a trouvée qu'à six heures du matin.
Eugénie a survécu, elle a exactement 1 an 11 mois et 13 jours.
 Le registre mentionne la nourrice qui s'en occupe encore. Avant son départ d'Angliers, Eugénie avait été confiée à la femme PENNIER. Sur le répertoire de Loudun, c'est la femme PANIER qui est mentionnée.
Laquelle des deux fut sa nourrice ?
A Angliers, on trouve des PENNIER et des PANIER. PANIER, un patronyme à avoir un ancêtre accroché à une porte.
Le patronyme PANIER, à Angliers, c'est celui de l'instituteur.
Se pourrait-il que la p'tite Eugénie dans sa famille d'accueil ait appris... à lire ?

Quinze enfants et un peu d'espoir.


Agnès (13/05/1783)
François (06/09/1785)
Charles (20/11/1788)
Pantaléon (27/07/1789)
André (25/03/1790)
Joseph (1 Thermidor An 2)
Stanislas  (28 Vendémiaire An 4)
Jean  (12 Ventôse an 6)
Louise  ( 7 Fructidor an 8) 
Florence ( 8 Brumaire an 10)
Augustine (15 Frimaire an 11)
Zéphirine (12/09/1808)
Pierre-François (29/06/1809)
Marguerite (09/06/1814)
Eugénie ( 18/01/1832)



dimanche 9 décembre 2012

Eugénie exposée le 18 Janvier 1832 - Angliers (86)


Parmi les quinze expositions d'Angliers, c'est le premier panier que l'on dépose dans un endroit isolé.
Celui ou celle qui livrait ce paquet a-t-il craint d'être surpris, reconnu, a-t-il du prendre la fuite?
A-t-on déplacé ce panier ?
Toujours est-il qu'elle aurait pu rester là trop longtemps cette petite Eugénie. Elle a du crier bien fort la petite Eugénie par cette nuit de janvier. Le temps glacial est toujours trop long, posée à peine à l'abri sur le tas de bois de charpente d'Urbain PATRI. Urbain. PATRI qui avec le temps est redevenu simple cultivateur, et a fini par se défaire du X puis du S de son patronyme.
Eugénie hurle-t-elle toujours au petit matin ? 
Urbain Patri trouve le panier à 6H du matin.
Urbain ne cherche pas de témoin. Ses anciennes fonctions municipales le mettent  peut-être à l'abri des suspicions.
 Les temps changent. Les abandons se multiplient.
Le trousseau ne varie pas.
Le linge du nouveau-né est de qualité, mais aucun mot ne l'accompagne.
Eugénie est confiée à la femme PENNIER nourrice, en attendant d'être confiée comme tous les autres désormais à l'hospice de Loudun.
Peut-être sera-t-elle renommée, confiée à une autre nourrice, adoptée. Nous essaierons d'en savoir plus.
1832, monarchie de Juillet,  le prénom d'une future impératrice et un nom de famille banal aujourd'hui qui raconte la misère d'hier.



L'an mil huit cent trente deux le dix huit du mois de janvier à huit
heures du matin, par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune
d'Angliers, canton de Moncontour, département de la Vienne, est comparu
Urbain PATRI cultivateur agé de quarante deux ans, domicilié au bourg
et commune d'Angliers qui nous a déclaré que le dix huit du dit mois
de Janvier sur les six heures du matin étant seul il a trouvé dans
l'avenue du chateau du dit Angliers qui conduit à la grande route de
Loudun à main droite l'endroit appellé la Barrière à deux mètres de distance
de sa porte pour aller à sa cour sur les bois de charpente à lui appartenant
un enfant du sexe féminin lequel nous le présente emmailloté d'un linge
blanc par dessus un langeroux noir munis d'une brassière d'une chemise d'un bonnet
d'indienne rouge une couverture noire Le tout dans une gourbeille, après
avoir visité l'enfant, avons reconnu qu'il était du sexe féminin qu'il
paraissait agé d'environ huit à dix heures, n'ayant aucune marque à
notre apparence ni aucun écrit qui ne nous le fasse reconnaître. De suite avons
inscrit l'enfant sous les noms et prénoms de Eugénie DUBOIS, et avons ordonné qu'il
soir remis à Marie RICHARD femme PENNIER habitante dudit Angliers qu'il veulent se
charger du dit enfant.
De quoi avons dressé Procès verbal en présence de Louis AUCHER laboureur
domicilié au dit Angliers agé de quarante deux ans et de Louis BOUREAU
garde champêtre de la commune d'Angliers agé de vingt neuf ans qui ont
avec nous signé après qu'il en a été donné lecture du contenu du procès
au présent procès verbal;

AD 86 Angliers N 1830/1842 page 13/80
Nom : DUBOIS
Prénom : Eugénie
Date : 18/01/1832
Heure de découverte : 6H du matin
Lieu de découverte : Barrière de l'avenue du chateau
Découvert par: Urbain PATRI cultivateur
Noms des parrain et marraine, témoins : Louis AUCHER, Louis BOUREAU
Description : bon linge
Documents laissés : non
Confié à :  Marie RICHARD femme PENNIER nourrice.


Elle va survivre notre petite Eugénie et  revenir vivre chez la femme PENNIER (PANIER) sa nourrice.
Nous retrouvons sa trace sur les registres de Loudun. 








Eugénie dans son malheur a beaucoup de chance. Marie RICHARD sa nourrice n'est pas mariée à n'importe qui. Jean PENNIER (ou PANIER selon les actes) est sacristain et instituteur, comme indiqué sur l'acte de mariage du 13 juillet 1824 à Angliers



Eugénie apprend peut-être à lire et devient domestique dans la commune de Chalais (Vienne), elle y rencontre Pierre Renoué, terrassier, fils majeur naturel, comme elle. Ils se marient à Chalais le 10 janvier  1854. Toute la famille PENNIER est là. L'un des fils, lui même instituteur est témoin de la promise. Il est indiqué sur l'acte de mariage que Pierre Renoué est né le 18 juin 1825 à Saint-Jean-de-Sauves. Rien n'est mentionné dans le registre de cette commune. Mais l'arbre de Jean Favre, en ligne sur Généanet,  nous délivre un doux secret de famille "Pierre aurait été trouvé à sa naissance sur un tas de pierres dans le village de Renoué, d'où son prénom et son nom, il était vêtu d'habits luxueux!... à vérifier. il a été élevé par un curé, de quelle commune? " 
Les archives des enfants trouvés de Loudun ne sont pas en ligne. 
Toujours est-il que nos deux petits survivants se sont trouvés, se sont aimés et ont eu ensemble 7 enfants

F Eugénie Gabrielle RENOUE 1854-
F Marie RENOUE 1857-1947
H Eugéne RENOUE 1859-1937
F Léonie RENOUE 1862-
H Hypolite RENOUE 1866-1870
H Alfred RENOUE 1869-
H François Alphonse RENOUE 1872-1964

Le 21 aout 1870 Madeleine Pannier (sa nourrice) donne des terres à Eugénie (Source Généanet, arbre de Jean Favre)
- 1901 3 mai décès au Bouchet. AD86


Agnès (13/05/1783)
François (06/09/1785)
Charles (20/11/1788)
Pantaléon (27/07/1789)
André (25/03/1790)
Joseph (1 Thermidor An 2)
Stanislas  (28 Vendémiaire An 4)
Jean  (12 Ventôse an 6)
Louise  ( 7 Fructidor an 8) 
Florence ( 8 Brumaire an 10)
Augustine (15 Frimaire an 11)
Zéphirine (12/09/1808)
Pierre-François (29/06/1809)
Marguerite (09/06/1814)
Eugénie ( 18/01/1832)