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jeudi 20 mars 2014

L'âme d'enfant monstrueux - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 20/03/2014

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

Entre fascination et répulsion, de la monstruosité à l’humanité, le curé de Leugny trouve le chemin de l’âme.
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Le 21 Juin 1655 nait à  Leugny le fils de Pierre BERTHEAU. Un enfant si différent, que Godin, le curé, interroge l’embryologie pour guider la théologie.
Appelé en urgence, il a trouvé le nouveau-né « vivant et qui jetait une voix ni d’enfant ni d’animal». En s’approchant tout près il lui semble que « c’est celle d’un chevreau ». Les anomalies se situent au niveau de la tête. « Les yeux sont au plus haut de la teste et de grosseur extraordinaire »,  il manque le front, le crâne est déformé,  le cuir chevelu  en forme de « cornets duveteux » est présent derrière chaque oreille,  le reste de la tête est sans poil. Le cou présente un bourgeon charnu, les oreilles sont légèrement en pointe, ainsi que la langue.
A ce drame, Godin cherche une cause et la trouve : la peur. Ancestrale, la peur, resta longtemps la seule explication des malformations foetales. A cinq mois de grossesse, Marie Maujuré, la femme Bertheau a croisé un loup dévorant une chèvre. Une grande frayeur l’a prise et « la force de l’imagination a changé les organes extérieurs ».
 Baptisé par la matrone, l’enfant meurt sous les yeux du curé. Godin argumente afin d’accorder une sépulture à cet enfant. « L’infusion de l’âme » est un phénomène complexe. Nous apprenons qu’elle présente trois stades : végétative, sensitive et raisonnable. Il faut au fœtus mâle 40 jours pour atteindre le stade raisonnable et le double pour une fille ! Par conséquent, ici, l’âme précéda la peur. L’accident « n’a pas changé la substance de l’âme ». Le cœur et le cerveau sont « demeurés humains nonobstant le notable changement de la forme extérieure ».
Serviteur de Dieu mais épris de science, Godin éloigne l'animalité pour trouver l'humain. La chronologie des évènements le conforte.  « Je le crois » insiste-t-il ! Chassant  le diable et le surnaturel qui pourraient s’insinuer dans les esprits, Godin assure le salut du petit, sauve la mère et la paix du village.  
L'enfant Bertheau était anencéphale. Nous savons aujourd’hui que l’anomalie survient au plus tard au 26ème jour de gestation. Godin s’est trompé, le loup n’y était pour rien !
Les malformations majeures,  concernent environ une grossesse sur trois mille. Leur mention sur les registres paroissiaux est exceptionnelle. Le déchiffrage de cet acte fut un travail d'équipe, merci aux paléographes du club GE86 et aux carabins de ce siècle qui m’ont aidée à comprendre ce bouleversant témoignage du passé. 

llustration : BIU Santé Paris.





lundi 15 avril 2013

M comme Malformation #challengeAZ


Ecrire M comme Malformation c'est ne pas réusssir à écrire M comme Monstre.
Pourtant c'est ainsi que ces enfants sont qualifiés. La monstruosité au 17ème et au 18ème est une curiosité. A la fois sujet de science, de religion, de superstitiion, elle suscite le trouble, l'effroi, l'étonnement, mais pas seulement. Elle suscite aussi le voyeurisme. On se presse pour voir le monstre, on le montre, on en fait une source de revenus...
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Poursuivre le challengeAZ c'est remettre à l'honneur l'exceptionnel.
L'enfant de Leugny est exceptionnel. Il a fait l'objet de deux publications que je réunis aujourd'hui pour vous. L'enfant de Leugny, tout en éclairant les pratiques du temps jadis, nous donne à réfléchir sur celles d'aujourd'hui.
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Les malformations majeures visibles à la naissance concernent environ une grossesse sur trois mille.
Les mentions de ces anomalies graves sur les registres paroissiaux sont rares.
Ce document  du XVIIème siècle est à ce titre exceptionnel. Godin, le curé de Leugny, qui s'avère au fil des pages un fin sémiologiste,  reprend ici avec beaucoup de détails la description de l'enfant BERTHEAU né le 21 Juin 1655. 
 A tel point qu'il est possible à sa lecture d'établir aujourd'hui un diagnostic de cette anomalie.
Godin cherche l'origine de cette malformation, interroge l'embryologie de son époque pour guider sa conduite religieuse.... Nous  reviendrons  sur chacun des aspects de cette naissance, mais dans un premier temps, je vous laisse lire voire déchiffrer et méditer.

La compréhension de cet acte est un travail d'équipe, merci aux colistiers de GE86 qui m'ont aidée à le déchiffrer et au carabin  qui a identifié et précisé le mécanisme de cette malformation. 

Première Partie : Lecture de l'acte.
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1- Le 21 Juin 1655 je fus appelé en
2- la maison de Pierre Bertheau mon
3- paroissien ou j'ai trouvé sa femme
4- assistée de Jeanne Girond femme de
5- Charles Farou, et Magdeleine Babin
6- femme du Mathieu Bertheau frere dudit
7- Pierre, tout fraischement délivrée d'un
8- enfant masle bien formé en touttes ses
9- parties, hormis en la teste en laquelle
10- il avait les deux yeux tout au plus
11- haut de la teste de grosseur extraordinaire
---

12- et sortant depuis lesquels voient le
13- derriere le reste de la teste alloit en
14- baillant avec deux duvetes en façon
15- de cornet mediocrement (eslances) au
16- dessus et tout contre les oreilles formées
17- néanmoins à la façon de lhomme un
18- peu tirantes en pointe, ni ayant dans
19- l'entredeux de ces duvetes qu'une peau
20- sans poil et sans duvet un peu plus
21- enfoncés que ces duvetes derriere lesquels
22- sur le col y avait une chair rouge
---
23- sans peau (cette) chair deschire et sanglante
24- et inégale, le nez et la bouche étoient
25- de forme humaine, le nez un peu rond
26- et abatu, la langue un peu plus en pointe
27- que le commun, je le trouvois vivant
28- et qui jettoit une voix ni d'enfant ni
29- d'autre animal proportionné à sa grandeur
30- néanmoins et approchant ce me semble de
31- celle d'un chevreau, aussi que j'ai appris
---

33- cela estre arrivé de laprehension d'une
34- chair qu'elle vit ostée au loup et fort
35- dechiree environ cinq mois devant ce
36- jour / je m'enquis de la matrone sudite
37- femme de Farou, si elle l'avoit baptisé
38- selon l'experience qu'elle a dans le péril
39- de mort des enfans, elle m'assura que
40- ouy, ce que j'approuvais, et moy mesme
41- l'eusse baptisé s'il ne l'eut esté jugeant
42- qu'il avoit l'asme raisonnable, et permis
43- qu'il fut mis, estant mort incontinent
44- en ma pr(esen)ce, dans le cymetière, ma rai

suite page de droite en haut à droite
....................................................
45- ma raison pourquoi je l'estimais avoir esté
46- baptisé est pour autant que ce defaut paroissoit
47-estre advenu depuis l'infusion de l'âme, qui
48- n'informe point les corps par succession, et selon
49-les divers degrés qu'elle a de vegetative, sensitive
50-et raisonnable les uns après les autres, mais tout
51- d'un coup est raisonnable, qui a ces trois offices
52- distincts selon les diverses parties ou elle reside,
53- et tout le temps de l'infusion de l'âme qui
54- est 40 jours aux masles, et de 80 aux femelles
55- selon l'opinion commune, si elle a été
---

56- raisonnable car certainement je le crois ! Cet
57- accident survenu plus de deux mois après n'a
58-pas pas changé la substance de l'âme
59-et la rendre brute, oux bien par la force de
60-l'imagination changé les organes extérieurs et
61-ces parties en cette forme éloignée de l'humain.
62- Le coeur et le reste des parties d'en bas
63-demeurent toujours humain aussi bien que les
64- autres organes extérieurs d'alentour, et le cerveau
65-que l'on tient aussi siège de la vie, mais parti-
---

66- culierement le siége de la raison résonant
67- aussi la substance première, et y conservant
68- la vie de l'âme telle quelle y avoit été
69-infusé, nonobstant le notable changement de
70- la forme extérieure.

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Source : Leugny BMS 1649-1669 page 51 à gauche et droite.
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Relevé par Gloria Godard, Thierry Péronnet,  Alain Texier, Sarah Marlatt, Françoise Hovaere (GE86)
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Deuxième Partie : L’enfant de Leugny, description, diagnostic, étiologie, conduite à tenir.




1 - Identification de la malformation.
Le curé de Leugny est un fin sémiologiste. Nous ne sommes pas encore au siècle des lumières, mais il observe.
Résumons :
Il s’agit d’un garçon (ligne 8)
 il est né vivant (ligne 27)
respire et crie (ligne28), le curé compare sa voix à celle d’un étourneau ( ?)( ligne 31)
-le corps est strictement normal (ligne 8)
- Les anomalies se situent au niveau de la tête et de la face :
Les  yeux paraissent anormalement hauts (ligne 11) et exorbités,  c’est le premier élément qui retient l’attention du curé, associé à une anomalie majeure du crâne. Il manque le front (ligne 12 et 13), le crâne est déformé (ligne 14), le cuir chevelu est présent de manière symétrique derrière chaque oreille (ligne 15), mais le reste de la tête présente une peau sans poil (ligne 20). 
Au niveau du cou est noté un bourgeon charnu (forme 23).
Le reste de la face semble normal, même si le curé s’interroge sur des anomalies mineures : les oreilles semblent légèrement en pointe (ligne 18), la bouche est formée, et la langue semble elle aussi, un peu pointue (ligne 27).

L'enfant de Leugny est anencéphale. 

2 – Etiologie de la malformation : La peur du loup !

Ancestrale, la peur, à l’origine des malformations, restera longtemps et reste encore aujourd’hui à tort  dans les esprits. A cinq mois de grossesse, la femme de Pierre Bertheau a croisé un loup dévorant sa proie. Une grande frayeur l’a prise à laquelle le curé attribue la malformation. Godin se trompe. L’anencéphalie est une anomalie embryonnaire due à un défaut de fermeture du tube neural. Celle-ci survient au plus tard au 26ème jour de gestation.
 Le loup croisé longtemps après est innocent !

3- Conduite à tenir.

L’enfant Bertheau meurt sous les yeux du curé (ligne 43). La matrone l’a baptisé et le curé approuve sa décision. 
Dans les lignes qui suivent, Godin argumente les éléments qui lui permettent de donner « âme » à cet enfant. 
L’anomalie est survenue après la peur du loup. La date est fondamentale.  Végétative, sensitive et raisonnable, Godin nous apprend ainsi, qu’il faut 40 jours pour donner  une âme à la vie d’un  futur garçon et le double de temps pour une fille….  (ligne 54).
Pas encore féministe, Godin. 
Serviteur de Dieu mais néanmoins  épris de science, on le connait par ailleurs passionné d'étoiles, érudit. L'acte qui décrit cette naissance, long, précis, argumenté, cherche mot après mot à éloigner l'animalité pour trouver l'humain,
 « je le crois » (ligne56) insiste-t-il. 
Le loup est venu après les 40 jours, il a modifié les organes extérieurs mais cet enfant est bien humain. On comprend alors aussi les précautions que le curé à prises à décrire les anomalies mineures de la face (oreilles , langue). Se pourrait-il qu’il lutte  contre l’idée du diable qui pourrait s’insinuer dans les esprits, dans les propos tenus autour de lui ? 

Rappelant en conclusion tous les éléments qui lui paraissent essentiels, Godin l’humaniste, garde l’enfant de Leugny parmi ses paroissiens.


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Protagonistes de cette naissance :
Pierre Bertheau le père, le nom de la mère n’est pas noté dans l’acte, le décès d’une Renée Bertheau en 1703 laisse penser qu’il s’agit de Maujuré Marie.
Mathieu Bertheau frère de Pierre  et Magdeleine Babin sa femme
Jeanne Girond matrone, femme de Charles Farou.

lundi 23 avril 2012

Hermaphrodisme - Angles-sur-l'Anglin - 1659. - Echo - Archives Insolites de la Vienne - GE86.


XVIIème siècle : Naitre, vivre et mourir dans l’ambiguïté sexuelle à Angles-sur-L'Anglin.



"Le 25 Aout a este enterre Mellaine Liboureau hermaphrodite agé de 24 ans."

Est-ce à dessein que le prénom choisi s'attribue aux filles comme aux garçons ?
Est-ce à dessein que le curé, qui pour chaque enterrement mentionnne les parents du défunt, ne précise ici aucune filiation ?

Hélas, pas d'acte de baptême pour Mellaine, aucun registre disponible sur Angles-sur-l'Anglin en 1635. Nous n 'en saurons pas plus.

GeneProvence relève ce mois-ci la naissance d'un enfant androgyne sur Riez, le 23 Octobre 1674, dans cet acte deux prénoms sont proposés Pierre ou Jeanne, espérant que le temps permette le choix.
Toujours au XVIIème siècle, Généalogie Numérique relève l'incroyable parcours de Marguerite Malaure, résumé par Généalogie. com. De découverte tardive, sa différence est révélée par un médecin, dénoncée elle ira de procès en errance, jusqu'au roi Louis XIV à qui elle demandera, in fine, d'assurer son état civil.

Entre répulsion et fascination, d'un extrème à l'autre, science, morale, religion, justice se penchent sur le berceau de ces enfants différents. Ces lectures interloquent ;  y entrevoir un soupçon d'humanisme, fait naître l'espoir d'un monde plus tolérant qui reste à venir au monde.

Source : ADV/Angles-sur-l'Anglin/ paroisse Ste Croix/S/ 1648-1660 vue 13
Acte relevé grâce aux lectures attentives des colistiers de GE86 et répertorié dans les Archives Insolites de la Vienne. 
Illustration: Hermaphrodite endormi. Oeuvre romaine d'époque impériale (IIème siècle après JC) Musée du Louvre

mercredi 11 janvier 2012

L'enfant de Leugny - 1655 (2) - Archives Insolites de la Vienne.



Alors ? Passionnant n'est-ce-pas ? 
L’enfant de Leugny, description, diagnostic, étiologie, conduite à tenir. 

1 - Identification de la malformation.
Le curé de Leugny est un fin sémiologiste. Nous ne sommes pas encore au siècle des lumières, mais il observe.
Résumons :
Il s’agit d’un garçon (ligne 8)
 il est né vivant (ligne 27)
respire et crie (ligne28), le curé compare sa voix à celle d’un étourneau ( ?)( ligne 31)
-le corps est strictement normal (ligne 8)
- Les anomalies se situent au niveau de la tête et de la face :
Les  yeux paraissent anormalement hauts (ligne 11) et exorbités,  c’est le premier élément qui retient l’attention du curé, associé à une anomalie majeure du crâne. Il manque le front (ligne 12 et 13), le crâne est déformé (ligne 14), le cuir chevelu est présent de manière symétrique derrière chaque oreille (ligne 15), mais le reste de la tête présente une peau sans poil (ligne 20). 
Au niveau du cou est noté un bourgeon charnu (forme 23).
Le reste de la face semble normal, même si le curé s’interroge sur des anomalies mineures : les oreilles semblent légèrement en pointe (ligne 18), la bouche est formée, et la langue semble elle aussi, un peu pointue (ligne 27).

L'enfant de Leugny est anencéphale. 

2 – Etiologie de la malformation : La peur du loup !

Ancestrale, la peur, à l’origine des malformations, restera longtemps et reste encore aujourd’hui à tort  dans les esprits. A cinq mois de grossesse, la femme de Pierre Bertheau a croisé un loup dévorant sa proie. Une grande frayeur l’a prise à laquelle le curé attribue la malformation. Godin se trompe. L’anencéphalie est une anomalie embryonnaire due à un défaut de fermeture du tube neural. Celle-ci survient au plus tard au 26ème jour de gestation.
 Le loup croisé longtemps après est innocent !

3- Conduite à tenir.

L’enfant Bertheau meurt sous les yeux du curé (ligne 43). La matrone l’a baptisé et le curé approuve sa décision. 
Dans les lignes qui suivent, Godin argumente les éléments qui lui permettent de donner « âme » à cet enfant. 
L’anomalie est survenue après la peur du loup. La date est fondamentale.  Végétative, sensitive et raisonnable, Godin nous apprend ainsi, qu’il faut 40 jours pour donner  une âme à la vie d’un  futur garçon et le double de temps pour une fille….  (ligne 54).
Pas encore féministe, Godin. 
Serviteur de Dieu mais néanmoins  épris de science, on le connait par ailleurs passionné d'étoiles, érudit. L'acte qui décrit cette naissance, long, précis, argumenté, cherche mot après mot à éloigner l'animalité pour trouver l'humain,
 « je le crois » (ligne56) insiste-t-il. 
Le loup est venu après les 40 jours, il a modifié les organes extérieurs mais cet enfant est bien humain. On comprend alors aussi les précautions que le curé à prises à décrire les anomalies mineures de la face (oreilles , langue). Se pourrait-il qu’il lutte  contre l’idée du diable qui pourrait s’insinuer dans les esprits, dans les propos tenus autour de lui ? 

Rappelant en conclusion tous les éléments qui lui paraissent essentiels, Godin l’humaniste, garde l’enfant de Leugny parmi ses paroissiens.


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Protagonistes de cette naissance :
Pierre Bertheau le père, le nom de la mère n’est pas noté dans l’acte, le décès d’une Renée Bertheau en 1703 laisse penser qu’il s’agit de Maujuré Marie.
Mathieu Bertheau frère de Pierre  et Magdeleine Babin sa femme
Jeanne Girond matrone, femme de Charles Farou.


mardi 10 janvier 2012

L'enfant de Leugny - 1655. (1) Archives insolites de la Vienne.


Les malformations majeures visibles à la naissance concernent environ une grossesse sur trois mille.
Les mentions de ces anomalies graves sur les registres paroissiaux sont rares.
Ce document  du XVIIème siècle est à ce titre exceptionnel. Godin, le curé de Leugny, qui s'avère au fil des pages un fin sémiologiste,  reprend ici avec beaucoup de détails la description de l'enfant BERTHEAU né le 21 Juin 1655. 
 A tel point qu'il est possible à sa lecture d'établir aujourd'hui un diagnostic de cette anomalie.
Godin cherche l'origine de cette malformation, interroge l'embryologie de son époque pour guider sa conduite religieuse.... Nous  reviendrons  demain sur chacun des aspects de cette naissance, mais dans un premier temps, je vous laisse lire voire déchiffrer et méditer.

La compréhension de cet acte est un travail d'équipe, merci aux colistiers de GE86 qui m'ont aidée à le déchiffrer et au carabin  qui a identifié et précisé le mécanisme de cette malformation. 

Je vous laisse lire, paléographier si ça vous fait plaisir et méditer. 
Demain : Diagnostic, analyse, commentaires...
Bonne lecture à tous!
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1- Le 21 Juin 1655 je fus appelé en
2- la maison de Pierre Bertheau mon
3- paroissien ou j'ai trouvé sa femme
4- assistée de Jeanne Giroud femme de
5- Charles Farou, et Magdeleine Babin
6- femme du Mathieu Bertheau frere dudit
7- Pierre, tout fraischement délivrée d'un
8- enfant masle bien formé en touttes ses
9- parties, hormis en la teste en laquelle
10- il avait les deux yeux tout au plus
11- haut de la teste de grosseur extraordinaire
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12- et sortant depuis lesquels voient le
13- derriere le reste de la teste alloit en
14- baillant avec deux duvetes en façon
15- de cornet mediocrement (eslances) au
16- dessus et tout contre les oreilles formées
17- néanmoins à la façon de lhomme un
18- peu tirantes en pointe, ni ayant dans
19- l'entredeux de ces duvetes qu'une peau
20- sans poil et sans duvet un peu plus
21- enfoncés que ces duvetes derriere lesquels
22- sur le col y avait une chair rouge
---
23- sans peau (cette) chair deschire et sanglante
24- et inégale, le nez et la bouche étoient
25- de forme humaine, le nez un peu rond
26- et abatu, la langue un peu plus en pointe
27- que le commun, je le trouvois vivant
28- et qui jettoit une voix ni d'enfant ni
29- d'autre animal proportionné à sa grandeur
30- néanmoins et approchant ce me semble de
31- celle d'un chevreau, aussi que j'ai appris
---

33- cela estre arrivé de laprehension d'une
34- chèvre qu'elle vit ostée au loup et fort
35- dechiree environ cinq mois devant ce
36- jour / je m'enquis de la matrone sudite
37- femme de Farou, si elle l'avoit baptisé
38- selon l'experience qu'elle a dans le péril
39- de mort des enfans, elle m'assura que
40- ouy, ce que j'approuvais, et moy mesme
41- l'eusse baptisé s'il ne l'eut esté jugeant
42- qu'il avoit l'asme raisonnable, et permis
43- qu'il fut mis, estant mort incontinent
44- en ma pr(esen)ce, dans le cymetière, ma rai

suite page de droite en haut à droite
....................................................
45- ma raison pourquoi je l'estimais avoir esté
46- baptisé est pour autant que ce defaut paroissoit
47-estre advenu depuis l'infusion de l'âme, qui
48- n'informe point les corps par succession, et selon
49-les divers degrés qu'elle a de vegetative, sensitive
50-et raisonnable les uns après les autres, mais tout
51- d'un coup est raisonnable, qui a ces trois offices
52- distincts selon les diverses parties ou elle reside,
53- et tout le temps de l'infusion de l'âme qui
54- est 40 jours aux masles, et de 80 aux femelles
55- selon l'opinion commune, si elle a été
---

56- raisonnable car certainement je le crois ! Cet
57- accident survenu plus de deux mois après n'a
58-pas pas changé la substance de l'âme
59-et la rendre brute, oux bien par la force de
60-l'imagination changé les organes extérieurs et
61-ces parties en cette forme éloignée de l'humain.
62- Le coeur et le reste des parties d'en bas
63-demeurent toujours humain aussi bien que les
64- autres organes extérieurs d'alentour, et le cerveau
65-que l'on tient aussi siège de la vie, mais parti-
---

66- culierement le siége de la raison résonant
67- aussi la substance première, et y conservant
68- la vie de l'âme telle quelle y avoit été
69-infusé, nonobstant le notable changement de
70- la forme extérieure.

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Source : Leugny BMS 1649-1669 page 51 à gauche et droite.
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Relevé par Gloria Godard, Thierry Péronnet,  Alain Texier, Sarah Marlatt (GE86)
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La suite ....
Les Archives Insolites de la Vienne. 

mardi 15 novembre 2011

Montrée du doigt !


A peine née !
Les Affiches du Poitou : 
"La nommée Marguerite Micheau, de la paroisse de Marnay, près Vivonne, est accouchée dans les premiers jours de Juin, d'une fille qui a six doigts bien séparés à chaque main, et six au pied droit. Cet enfant jouissait encore d'une bonne santé le 24. "

La petite Marie Micheau est née le 24 Mai 1773 à Marnay (86), elle est la fille de Jacques Micheau et de Marguerite de Letang. Aucune mention n'est faite dans l'acte de naissance. 
Si cette polydactylie interpelle le chroniqueur, elle l'inquiète aussi, on date les dernières nouvelles de sa bonne santé. 
Les Affiches du Poitou, n'ont pas tort. 
Cette particularité,  qui peut rester isolée, est parfois associée à des pathologies cardiaques, neurologiques ou à des anomalies chromosomiques. 

Marie Micheau meurt à l'âge de deux ans, le 16 Avril 1775. 
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Source : Les affiches du Poitou Juillet 1773. 
ADV - Marnay - BMS 1772 - 1784.