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jeudi 23 avril 2015

Les Centenaires de la Vienne.

Aujourd'hui dans Centre Presse :
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Itinéraire d'une centenaire. 
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De nos jours, centenaires et doyens de l’humanité sont des miraculés comme les autres, leur authentification est indispensable. Si celle-ci se simplifie avec la rigueur de l’état civil, il en est tout autrement sous l’ancien Régime. En matière « d’oubliés de Dieu », même les plus taiseux des prêtres de nos paroisses mentionnent ces âges extrêmes, générateurs de légendes locales. Y croire, c’est garder la foi dans la parole du curé ou du journaliste local. Or, le doute reste le dogme absolu du fouilleur d’archives. Le titre de doyen de l’humanité étant fort éphémère, la championne régionale ancestrale que je vous propose aujourd’hui, ne demande, par conséquent, qu’à être détrônée…

Coté extrême longévité, les potions miracle sont toujours les mêmes : éviter le docteur, garder une vie saine, avoir du caractère, de l’appétit, et siroter une petite prune de temps en temps ! Voilà qui résume peut-être la vie de Françoise BODIN, qui mourut le 23 mars 1773, sourde mais avec toute sa raison, à l’âge de 105 ans !  Ce qui nous fait naitre la belle en 1668… En l’absence d’acte de baptême, examinons les possibles de cette étonnante vie.

 Tout d’abord, couturière, Françoise devint  accoucheuse à 25 ans au village de Saint-Pierre-des-Eglises, où elle se maria à Nicolas GUION en 1697.
La mort du pauvre Nicolas à 30 ans, le 28 décembre 1699, nous confirme le premier veuvage et donne deux pistes : l'une concernant l’âge de sa promise qui est souvent proche de celui du promis, l'autre concerne la présence de Pierre BODIN, témoin et possible père de la mariée.

 Françoise Bodin convola de nouveau deux ans plus tard, le 4 juillet 1701, avec Etienne PELTANT.

 Aucune de ces deux unions ne semble avoir porté de fruit. 
Veuve en 1714, Françoise se remaria avec Pierre Multeau, le 24 septembre 1720 à Chauvigny, à l’âge possible de 52 ans. Le couple s’installa à Jardres  où l’épousé disparut ,après 28 ans d’union, à l’âge de 88 ans. Sans l’ombre d’un doute, l’élixir de longévité pimentait  les soupes de nos vieux époux !

  Veuve pour la troisième fois à l’âge possible de 80 ans, Françoise poursuivit son métier de sage-femme, si l’on en croit la presse régionale et la législation du travail en vigueur… Jusqu’à l’âge de 102 ans ! 
Après trois ans de retraite bien méritée, elle s’éteignit au village de Bonnes. Le curé prudent lui accorda cent ans, mais laissa sur son registre, un intervalle libre pour une précision ultérieure, tant l’âge annoncé par les proches l’étonna.  La presse régionale, toujours mieux informée, lui accorda 105 ans et les honneurs d’un hommage !

Ce petit cheminement d’hypothèses, n’apporte pas de preuve formelle au miracle de la longévité de Françoise Bodin,  mais donne malgré tout un certain nombre d’éléments de possibilité. Le seul mariage répertorié et compatible mentionnant un Bodin Pierre, père possible de Françoise, eut lieu à Chauvigny en 1675 avec Catherine DUPERAT. S’il s’agit de la bonne piste, si ces deux-là n’ont pas fêté Pâques avant les Rameaux, alors Françoise s’est éteinte à 98 ans.

Quoi qu’il en soit, jeune fille sous Louis XIV, la quarantaine grelottante sous l’hiver 1709, veuve pour le sacre de Louis XV, immunisée pendant les épidémies de 1719, survivante à la famine de 1730, résistante au long hiver de 1739 comme aux canicules des années 1770, Françoise Bodin mourut centenaire, forcément centenaire… ou presque.
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Désormais les centenaires sont légion ! On en compte 22912 dans notre pays en 2015, alors qu'il n'y en avait que 100 au début du XXème siècle ! La France gagne ainsi 2000 centenaires par an et est le premier pays d'Europe en nombre de centenaires ! Dans 50 ans, la France pourrait compter 200 000 centenaires...
La santé des centenaires est plutôt bonne. Un sur deux vit à son domicile et si 86% des centenaires sont des femmes, les hommes restent plus longtemps chez eux. 
La "démocratisation" du grand âge, étant ce qu'elle est, il a fallu créer une nouvelle catégorie appelée "Supercentenaire" qui regroupe les hommes et les femmes ayant plus de 110 ans révolus. Les hommes y sont rares, seuls dix français ont dépassé les 110 ans ! 
La probabilité de devenir supercentenaire pour un centenaire est de 0,5%. 
Au sein de cette super catégorie se distingue le club solitaire et très fermé et très temporaires des doyens de l'humanité dont 7 furent de nationalité française.

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Et quelques autres Centenaires de la Vienne.


LieuDateNomPrénomAgeSource
PAYRE1730/03/08JAMETMarie103Source : AD86/Payré/BMS/1727 - 1738/vue 28
PAYRE1702/09/29SEGNELEFrançoise101Source : AD86/Payré/BMS/1696 - 1707/vue 56
BONNES1773/03/23BODINFrançoise105Source : AD86/Bonnes/BMS/1761-1773/vue 118Source : Affiches du Poitou 1773/avril-Juin/vue 7
CHAPELLE-MONTREUIL1774/10/16MILLETSimon100Affiches du Poitou 1774/Janvier-Mars/vue 27Acte non retrouvé.
BENEST1774/02/15BOUNAUDAntoine100Presse
CHARROUX1780/02/17BOUTETAntoine106Source : AD86/Charroux/BMS 1775-1780- vue 93en présence de son fils François.
CHAMPNIERS1746/10/17GESRONLouis107Source : AD86/1740-1749/vue 61en présence de Louis Gesron et de Louis Paradont
MIGNE-AUXANCES1662/06/21MARCHANDHilaire100Acte non retrouvé
ASNIERES-SUR-BLOUR1807/03/24THIMONIERFrançois100AD86/Asnières-sur-Blour/NMPD/1803-1807/vue 100né à Luchapt le 2 avril 1724 ! Il a 83 ans
AVAILLES-EN-CHATELLERAULT1727/09/09LAMACHERELouis104Source et article : AD86/Availles-en-Chatellerault/BMS/ 1717-1736/vue 46
BERUGES1771/09/17FLEURISEL?115Source : Affiches du Poitou 1774/Janvier-Mars/vue 9domestique depuis l'age de 7 ans
CiVRAY1773/09/08BERTINEAU103Source : Affiches du Poitou 1773/juillet-septembre/vue 28
CiVRAY1769TRIBOT112Source : Affiches du Poitou 1773/juillet-septembre/vue 28
LUCHE THOUARS1775SAULIGNACGeorges108Source : Affiches du Poitou 1775/juillet-septembre/vue8

lundi 23 mars 2015

Un 23 mars à Couhé - Perdre les eaux pendant les grandes eaux !



Le 23 mars 1704, Judith RIVAULT a perdu les eaux à Couhé. Seulement voilà, elle est de Ceaux et il a plu des seaux, la Dive déborde, ce sont les Grandes eaux ! Le curé du village ne sachant qoué faire s'empresse de baptiser la p'tite Jeanne, fille d'Etienne Moricet en mentionnant sur son registre, l'aventure ! 

vendredi 4 avril 2014

Céruse Mortelle - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 04/04/2014.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.


Hygiène : un mot qui n’est pas encore au dictionnaire en ce XVIIIème siècle. Néanmoins, les règles de la toilette sont en évolution. La surmortalité infantile commence à poser des problèmes démographiques et nombreux sont ceux qui se chargent de porter la bonne parole. Les pratiques doivent évoluer, l’allaitement, les soins doivent progresser. Il y va de l’avenir de « l’humanité naissante » !
Le nourrisson n’est plus vu comme un être inférieur à peine digne d’intérêt, mais comme un homme en devenir, en construction. Rousseau est passé par là ! Tout naturellement, la presse régionale se charge d’être didactique. En prêchant la bonne pratique à la citadine qui lit, elle espère toucher la femme misérable du village qui l’écoute, changer les pratiques des campagnes où persistent inexorablement les habitudes ancestrales délétères. Ainsi en est-il de cette incroyable usage de la céruse à effet dessicatif sur les irritations des nourrissons et des enfants. La céruse comme pâte à langer de l’époque en quelque sorte.
Or la céruse, nous disent les Affiches, n’est rien d’autre que du plomb et les effets de ce métal lourd sont d’autant mieux connus qu’ils furent décrits dans la région deux siècles plus tôt, d’où l’appelation éponyme des coliques qu’ils provoquent ! Diarrhées, crampes, vomissements, troubles neurologiques, la sémiologie est vaste et grave chez les peintres et les doreurs ! On imagine  sans peine à quel point l’application de ce produit put produire de dégats chez les petits à peau si fragile !
Mais le XVIIIème siècle se méfie encore trop de l’eau, bannie de la toilette depuis les épisodes de peste. En effet, on craint à l’époque, la transmission des maladies  par les pores. Par conséquent, on nettoie en frottant avec un linge sec et on bouche les pores avec la céruse ! Mais jamais on ne lave l’enfant avec de l’eau, au mieux le fait-on quelquefois avec… du vin !

Emmaillotées, les petites mains de l’humanité naissante ne s’accrochent pas encore au sein de leurs mères, encaustiqués, saucissonnés, bras et jambes entravées par les langes, crânes déformés par les bandages, espérons que l’humanité naissante n’attende pas longtemps encore que la lecture du quotidien préféré de la fermière atteigne enfin le foyer où ils tentent miraculeusement de grandir dans une nature si hostile !  

jeudi 20 mars 2014

L'âme d'enfant monstrueux - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 20/03/2014

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

Entre fascination et répulsion, de la monstruosité à l’humanité, le curé de Leugny trouve le chemin de l’âme.
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Le 21 Juin 1655 nait à  Leugny le fils de Pierre BERTHEAU. Un enfant si différent, que Godin, le curé, interroge l’embryologie pour guider la théologie.
Appelé en urgence, il a trouvé le nouveau-né « vivant et qui jetait une voix ni d’enfant ni d’animal». En s’approchant tout près il lui semble que « c’est celle d’un chevreau ». Les anomalies se situent au niveau de la tête. « Les yeux sont au plus haut de la teste et de grosseur extraordinaire »,  il manque le front, le crâne est déformé,  le cuir chevelu  en forme de « cornets duveteux » est présent derrière chaque oreille,  le reste de la tête est sans poil. Le cou présente un bourgeon charnu, les oreilles sont légèrement en pointe, ainsi que la langue.
A ce drame, Godin cherche une cause et la trouve : la peur. Ancestrale, la peur, resta longtemps la seule explication des malformations foetales. A cinq mois de grossesse, Marie Maujuré, la femme Bertheau a croisé un loup dévorant une chèvre. Une grande frayeur l’a prise et « la force de l’imagination a changé les organes extérieurs ».
 Baptisé par la matrone, l’enfant meurt sous les yeux du curé. Godin argumente afin d’accorder une sépulture à cet enfant. « L’infusion de l’âme » est un phénomène complexe. Nous apprenons qu’elle présente trois stades : végétative, sensitive et raisonnable. Il faut au fœtus mâle 40 jours pour atteindre le stade raisonnable et le double pour une fille ! Par conséquent, ici, l’âme précéda la peur. L’accident « n’a pas changé la substance de l’âme ». Le cœur et le cerveau sont « demeurés humains nonobstant le notable changement de la forme extérieure ».
Serviteur de Dieu mais épris de science, Godin éloigne l'animalité pour trouver l'humain. La chronologie des évènements le conforte.  « Je le crois » insiste-t-il ! Chassant  le diable et le surnaturel qui pourraient s’insinuer dans les esprits, Godin assure le salut du petit, sauve la mère et la paix du village.  
L'enfant Bertheau était anencéphale. Nous savons aujourd’hui que l’anomalie survient au plus tard au 26ème jour de gestation. Godin s’est trompé, le loup n’y était pour rien !
Les malformations majeures,  concernent environ une grossesse sur trois mille. Leur mention sur les registres paroissiaux est exceptionnelle. Le déchiffrage de cet acte fut un travail d'équipe, merci aux paléographes du club GE86 et aux carabins de ce siècle qui m’ont aidée à comprendre ce bouleversant témoignage du passé. 

llustration : BIU Santé Paris.





jeudi 6 mars 2014

Sages-femmes en colère - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 6 Mars 2014

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Sages-femmes en colère, Châtellerault  1806 !
Châtellerault 1806. Depuis que la dame Dupuis est morte en couches, on murmure dans la ville. La sage-femme appelée a fait des manœuvres mal dirigées, forcément ! Et elle a montré bien peu de sagacité, nul n’en doute ! Voyez comme elle est novice! Elle n’a pas appelé le chirurgien !  Elle ? C’est Mlle Dupain.
Au premier rang des attaques, trois sages-femmes : La Verjus, la Fortin et la femme Larcher ! De bouche à oreille, relayée par les uns, déformée par les autres, assourdissante, la rumeur enfle tandis que grandit l’angoisse des femmes.  A qui se confier ? Seule et dos au mur, Mlle Dupain ne rend pas les armes et va se plaindre au préfet : « Tout ça n’est qu’ignorance et jalousie ! Confrontez-moi à mes consœurs ! »
Le 16 Octobre 1806, pour faire cesser « l’anarchie qui règne dans une profession si délicate », est convoqué à l’hôtel de ville, le jury médical, conseil de l’Ordre avant l’heure. A sa tête, Josle, médecin, accompagné du  sous préfet, du conseil municipal, des officiers de santé, des chirurgiens, des médecins, et du commissaire de police ! Autour d’eux, une foule de notables et la presse, car déjà, au menu des petites affaires médicales, les gourmands ne manquaient pas d’appétit !
On questionne la jeune sage-femme. Elle présente un CV prestigieux. Diplôme de l’Ecole de Médecine de Paris, signé Jussieu ;  certificat de Mme de la Chapelle,  troisième prix de l’école d’accouchement, visé par Baudeloque, médaille d’argent de l’école de la maternité. Elle s’explique sur le drame et convainc les experts du jury : « Il n’était pas au pouvoir de l’art de remédier à l’accident survenu ». Le jury rend justice à sa compétence, à sa sagacité, rappelle les risques du métier… On lui reproche à peine d’avoir trop longtemps différé l’appel du médecin. Questionnée sur ses connaissances académiques, elle reste incollable.
On passe ensuite à l’interrogatoire des trois accusatrices. 30 ans d’expérience, toutes élèves de Maury, elles furent en Poitou, parmi les premières formées. Bien qu’on leur pardonne d’avoir oublié les bases théoriques (elles placent les os du bassin dans la matrice), leur incompétence face à leur jeune consœur reste flagrante. L’une se vante sans vergogne de s’être enfuie face à un accouchement difficile ! Leur routine et les « inepties proférées » leur donnent  tort. 
1806, l’Empire s’attaque à la formation médicale anéantie par la révolution. Dans ce contexte, Canolle, élève de Maury, tout en se référant à la loi du 19 Ventôse de l’an XI, conclut  la séance châtelleraudaise par une petite leçon de déontologie, amenant  à s’interroger sur le pouvoir médical : si du talent nait la confiance publique, que chacun se garde que l’un et l’autre ne flattent  trop leur amour-propre !...
Source : Archives de la Vienne – Le Journal de la Vienne Janvier 1807.
Illustration : Mme de la Chapelle BIU Santé Paris.
Repères : 1793 sème la terreur dans les académies et les dissout. En 1794, sont fondées trois écoles de santé. Baudeloque nommé à Paris fait pour la première fois de l'art des accouchements une discipline à part entière. L'enseignement devient laique et en français ! Sous le consulat puis l’empire, Cabanis et Chaptal contre-attaquent ! La loi du 19 Ventôse de l'an XI, impose enfin la nécessité d'obtenir un diplôme pour exercer la médecine. On établit à l'aide de jurys médicaux un contrôle des connaissances, afin d’écarter les incompétents. Il faudra attendre 1892, pour que les officiers de santé disparaissent.



jeudi 28 novembre 2013

Pionnier dans l'accouchement - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 28/11/2013.

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S’il avait mis, comme ses frères, ses pas dans ceux de son père, il aurait eu de la farine aux semelles : maîtres pâtissiers sur Poitiers, les Maury régalèrent la cité. Mais parmi les fils d’Hilaire, Joseph baptisé le neuf février 1737 à Notre-Dame-la-Grande, choisit un autre destin, il sera chirurgien. A 23 ans, Il épouse Marie Magdeleine Munyer, fille de maître serrurier, avec qui il aura neuf enfants !
Alors qu’il est encore jeune dans son exercice, c’est une sage-femme qui va le lier au destin des femmes. 1765, Mme Du Coudray parcourt la France pour enseigner l’art des accouchements, elle vient à Poitiers à la demande pressante de M.de Blossac. Son but: former les femmes des campagnes, où la mortalité périnatale est dramatique. Sa méthode : aux élèves illettrées, il faut apprendre en faisant plutôt qu’en lisant ! Ses outils: sa machine, une idée de génie, qui reproduit sous forme d’une poupée de tissu, savamment cousue, l’anatomie de la femme et de l’enfant à naître, permettant de simuler les présentations et les gestes à faire. Maury est enthousiaste. Il participe à la formation menée pendant 6 mois. Notre royale émissaire le désigne pour poursuivre l’enseignement régional, elle lui laisse une machine et son manuel.
Maury s’attelle à la tâche, recrute dans les villages, par voie d’affichage et enseigne chez lui. Les élèves sont sélectionnées par le curé, elles doivent être jeunes, de bonnes mœurs, en bonne santé. L’enseignement est de deux mois, rudimentaire, clôturé par un examen, les diplômées obtiennent le titre de « maîtresse sage-femme ». Les Affiches du Poitou, quotidien de l’époque, vantent les résultats de cet enseignement et nous font connaitre les villages de la Vienne qui ont bénéficié des premiers progrès de santé publique !
Arrive la Révolution. Le 24 mars 1791, Maury prononce devant le Comité de Surveillance Révolutionnaire, un plaidoyer pour la poursuite de ses cours d’accouchement, il exprime son patriotisme, le comité loue son dévouement à la chose publique. Dès lors les affiches changent de style, l’emphase est là, mais le fond du discours reste le même. Apprendre l’Art des accouchements c’est « servir la patrie » ! Sans mentionner le chemin parcouru avant elle, la Révolution s’attribue le mérite et l’initiative de ce sauvetage de l’humanité  naissante et gémissante ! Les officiers municipaux ont pris la place des curés.  Qu’importe le régime, Maury l’humaniste poursuit sa mission, suivi à Chauvigny et Loudun par d’autres chirurgiens souhaitant organiser une formation de proximité.
Maury est sur tous les fronts. On le croise dans les prisons, auprès des inculpées. A la direction de L’Hôtel Dieu, il enseigne aux carabins. Une année durant, les guerres de Vendée l’obligent à interrompre ses cours, les blessés sont si nombreux : « je ne peux me livrer à autre chose qu’à m’occuper du matin jusqu’au soir du soin de les soulager ». Mais c’est à son initiative que l’enseignement reprend et ce jusqu’en 1795. Après trente ans de bons et loyaux services, Maury cesse son activité, reprise partiellement et épisodiquement par ses successeurs Canolle et  Gagnard. Le Journal de la Vienne  couvre le vieux maître d’éloges : « La patrie réclame de ses talents cette preuve de son amour pour l’humanité et pour la chirurgie. ». L’Art des accouchements a déjà ses nostalgiques !
Au bout d’une longue vie au service des femmes, Maury s’éteint à Poitiers en 1808. Si l’efficacité de son enseignement fut contestée, nul ne peut douter de son humanisme, de son dévouement. Les quelques lettres qu’il nous a laissé témoignent qu’il fut un ardent défenseur des femmes, acteur convaincu de la santé publique. Il faudra attendre 1842, pour que Poitiers, après un trop long travail de gestation, dernière, avec Arras, parmi les grandes villes de France, accouche enfin d’une maternité…

Sources : AD 86 Série L210 et MSAO 1918




vendredi 26 juillet 2013

Maîtresse sage-femme - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 26/07/2013.


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Françoise TOUCHARD - Maitresse sage-femme à Naintré - 1790.
Etait-elle fille de sage-femme ? C'est possible, car à cette époque le métier se transmettait encore de mère en fille. Mais rien ne permet d'affirmer que Jeanne Brion, sa mère, accoucha les femmes de Naintré.
Françoise Touchard s'est mariée à l'âge de 31 ans avec Jean Aubugeau, le 13 novembre 1786.
Un an après le début de la Révolution Française, dans la maison, le berceau est toujours vide.
C'est peut-être ce qui la décide, en tous cas ce qui lui permet de quitter son foyer pendant un mois.
En effet, elle est choisie par les officiers municipaux de son village, comme d'autres jeunes femmes alentours, pour aller suivre les cours d'accouchement à Poitiers, trente kilomètres plus loin. Elle y sera logée et nourrie, gratuitement. Elle suivra l'enseignement du bon Dr Maury.
Françoise Touchard rentre à la maison fin mai, diplôme en poche, daté du 26.
Le 6 Juin 1790, devant l'assemblée réunie des officiers municipaux, elle présente fièrement le certificat qu'elle a obtenu. Il confirme l'excellence de son travail. Ses progrès sont mentionnés, ainsi que la prudence de son comportement. Elle est reçue avec le titre de "Maitresse Sage-femme" et peut exercer ses talents partout où elle est appelée.
Nommée à  Naintré,  elle prête serment devant l'assemblée.
Ses honoraires sont fixés par l'équipe municipale : Trente sols.
Trente sols. La naissance d'un enfant vaut le prix de trois poules...
Le malheur frappe le foyer quelques mois plus tard. En novembre Jean Aubugeau meurt. Son épouse n'est pas mentionnée sur l'acte de décès. Absence ? Mésentente conjugale ?
Les années passent. Aucun enfant ne naît du ventre de la sage-femme de Naintré.
Dans le village les naissances sont nombreuses, environ 450 par table décennale. 
Le 10 avril 1804, Françoise Touchard, 45 ans, veuve de Jean Aubugeau, se remarie avec Louis Richard,  domestique de 28 ans.
Elle meurt le 4 avril 1841 à l'âge de 82 ans. 
Combien de temps Françoise a-t-elle travaillé ? Combien de vies a-t-elle sauvées ?
Le premier recensement disponible date de 1836. La profession de Françoise n'est pas mentionnée. Elle a 76 ans, 133ème foyer du village, elle vit seule avec son époux Louis Richard qui est devenu cultivateur.
Si on lui avait accordé la retraite à 60 ans, notre sage-femme aurait mis au monde si j'en crois les registres environ 1350 nouveaux-nés en trente ans. Soit environ 45 par an, quatre à cinq par mois, de quoi manger du poulet de temps en temps.

Françoise Touchard, prudente et maîtresse sage-femme...
Cette histoire nous rappelle, qu'il n'est pas nécessaire d'avoir enfanté pour comprendre la douleur des femmes.
Cette histoire nous rappelle, qu'il n'est pas nécessaire non plus d'être une femme pour les comprendre, me murmure à l'oreille, le bon Docteur Maury, dont nous reparlerons...



vendredi 19 avril 2013

Q comme Quadruplés #challengeAZ


La naissance qui eut lieu à Vouneuil sous Biard, le 1er Mai 1785 mérita les honneurs de la presse !
 Et pour cause :

La femme du nommé Royer, habitant de cette paroisse, accoucha, la nuit du 30 avril au premier de ce mois, de trois filles. Comme cette femme était devenue monstrueuse pendant la grossesse, on fit appeler M. le Curé, dont le zèle et la Charité sont connus, qui s'empressa de lui procurer tous les secours nécessaires à son état. Il se retira, la croyant totalement hors de danger; mais le lendemain, premier du présent, elle accoucha d'une quatrième fille, qui mourut en naissant. Les trois autres filles sont mortes, mais la mère est très bien pour son état. 

A l'examen des registres :

Une première enfant décède très peu de temps après sa naissance. 


"Le premier May 1785 a été inhumée une fille jumelle troisième née de ce jour en ce bourg, et décédée après avoir été ondoyée par moi soussigné en la maison de sa naissance, fille de Jean Rémy Royer journalier et de Marie Boudret son épouse et ce en présence du dit père, de Catherine Roy matrone, André Aymé Royé, lesquels ont déclaré ne savoir signer..."


Deux autres sont baptisées ce jour-là. Elles décèderont le 3 Mai. 


"Le premier May 1785 ont été célébrées les cérémonies du baptème à Catherine et Louise nées de ce jour en ce bourg, qui ont été ondoyées en la maison au moment de leur naissance par moy soussigné. Filles jumelles troisième de Jean Rémy Royer et de Marie Boudret son épouse. Catherine a eu pour parrain Jean Royer aïeul et pour marrainne, Catherine Royer grand-tante. Louise a eu pour parrain Antoine Rouillon cousin et pour marrainne Louise Boudret cousine germaine, lesquels ont déclaré ne savoir signer ... En marge, inhumées le 3 de ce mois. " 

Mais pas de trace de la quatrième naissance....

Alors ? 
Exagération journalistique ? 

Ou enfant non ondoyé et par conséquent non mentionné ?
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Jean Rémy Royer et Marie Boudret se sont mariés à Vouneuil sous Biard le 18/1/1780. Marie a 17 ans. Leur premier enfant est né en avril 1782, une petite fille qui se prénomme Renée Banicette.
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Parmi les 28 autres naissances triple dans la Vienne 

mardi 9 avril 2013

H comme Hyperfécondité #challengeAZ


On appelle hyperfécondité, la capacité pour une femme, de tomber enceinte en moins de deux cycles, ce qui à une époque sans contraception, augmentait singulièrement le risque de compter autour de la table, treize poussins à la douzaine !
Comme aujourd'hui, la presse aime le sensationnel. Il est donc bon de démêler le vrai du faux.
C'est ce qu'a fait Alain Texier, membre de GE86, qui m' a confié l'histoire de Catherine Chabrut et en dénoué les fils.

A l'origine de l'enquête, un article des Affiches du Poitou :


Singularité Naturelle
Il y avoit l'année derniere chez M. Dupuy, Trésorier de France, à Poitiers, une servante nommée N. Gouttiere, âgée d'environ 24 ans, dont la mère, vivante & actuèlement à l'Hôpital Général de cette ville, a eu trente six enfans du même mariage. C'est le seul enfant qu'elle ait nouri de son lait, & qui a survécu à tous les autres, qui sont tous morts sans parvenir à un âge avané. Le pere étoit Chaudronier à Mirebeau. Il y a dans cet événement trois remarques intéressantes à faire. 1°, La fécondité de cette femme ; 2°, que l'enfant qu'elle a alaité soit précisément celui qu'elle a conservé : ce qui atteste encore combien il seroit avantageux à la population que toures les meres en fissent autant ; 3°, & cette derniere observation est triste, que cette mere, sans le secours de l'Hôpital, eût sans doute été obligée de mandier son pain dans sa vieillesse, malheur qui arive au plus grand nombre des persones du peuple à cet âge : ce qui prouve en même temps l'utilité des Hôpitaux & la dureté des cœurs.
Affiches du Poitou, 2 janvier 1777, page 3 du journal (= vue 2)
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Trente six enfants du même mariage !! Supprimez donc les Alloc, il en restera pour s'entêter à faire des familles nombreuses ! Les Affiches du Poitou est un périodique didactique. Le journaliste en profite pour vanter les mérites de l'allaitement maternel, par la mère elle-même, rude tâche qui va mettre bien plus d'un siècle à aboutir; ainsi que le bien fondé d'un service public d'assistance aux personnes âgées en difficulté, puisque c'est l'Hospice Général de Poitiers qui se charge de la bonne dame....

Mais en 1777, les lecteurs ont la parole et ne manquent pas de corriger leurs journaux préférés. Dans les numéros qui suivent voici le correctif adressé au journal  Par le jeune Dupuy étudiant en droit :


Rectificatif

De Poitiers, le 6 Janvier (1777)
Vous avez été mal informé, M., sur quelques circonstances du phenomene naturel que vous raportés, Aff. Du 2 de ce mois. Il est sans doute peu intéressant de savoir que Jeanne Gouttiere n'a que 19 ans au lieu de 24 ; que Louis Gouttiere son pere, né à Jaunais, & mort il y a 10 à 11 ans à Mirebeau sur la paroisse de Notre-Dame, fut Potier & non pas Chaudronier ; qu'il avoit 32 ans lorsqu'il épousa Marguerite Chabrut, actuèlement sa veuve, qui n'en avoit alors que 15. Tout le phénomene, & c'en est un effectivement, se réduit à la fécondité de cette femme qui a eu 24 garçons & 8 filles ; & qui a fait 4 fausses couches. Plusieurs de ces enfans ont vécu jusqu'à 18, 20 & 23 ans. Il y en a eu 18 vivans à la fois. Mais elle n'a alaité aucun de ses enfans, pas même la fille qui survit seule à une famille si nombreuse. La curiosité m'a porté à aller moi-même interroger cette femme à l'Hôpital où elle est. Elle est extrémement sourde ; elle se dit âgée d'environ 62 ans. (Signé, Dupuy, Etudiant en Droit.)
ADP - n° 4 du 23/01/1777, p. 15

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Dupuy se charge de remonter les bretelles du journaliste.  Louis Gouttière n'est pas de Mirebeau mais de Jaunay, il est potier et non chaudronnier. Jeanne Gouttière sa fille a 19ans et pas 24. Quant à sa mère, elle s'est mariée à 15 ans et n'a eu "que" 32 enfants.... et fait 4 fausse-couches !
La promo pour l'allaitement maternel en prend pour son grade, puisqu'aucun n'a été nourri par la mère Marguerite Chabrut... Et que malgré ces mauvais traitements plusieurs des enfants ont survécu : 18 vivants à la fois !
Dupuy est un jeune homme sérieux, il a mené son enquête sur place à l'Hospice, ce qui n'était pas une mince affaire car son sujet d'étude était sourde comme un pot !
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Du scoop à l'enquête Alain Texier, membre de GE86 et généalogiste brillant et averti a rouvert le dossier et répertorié méticuleusement toute les naissances de cette famille.

Marguerite Chabrut est née vers 1714, de Chabrut Guillaume et Bizard Françoise. Elle se marie à Mirebeau le 15 Février 1729 avec Louis Gouttière né en 1703.

Oui je sais il manque des illustration en actes... mais promis je complèterai, le challenge est aussi une course contre la montre  ! 

Françoise née le 02/03/1730 (BMS-1730-1739, p. 3)
Charles Louis né le 21/02/1731 (BMS-1730-1739, p. 14)
Anne née  06/03/1732  (BMS-1730-1739, p. 26)
Louis Michel  né le (19/08/1733 BMS-1730-1739, p. 41)
Catherine née le  (15/10/1735 BMS-1730-1739, p. 65),décédée le  24/10/1758 (M. ND BMS-1750-1758, p. 106)
Louis Charles né le 29/04/1737 (BMS-1730-1739, p. 81)
Charles né le  08/07/1738 ( BMS-1730-1739, p. 94)
Jean né le 29/04/1740  (BMS-1740-1749, p. 7)
François né le 19/04/1741( BMS-1740-1749, p. 20)
Françoise né le 09/08/1742 (BMS-1740-1749, p. 31)
Georges né le 28/10/1746 ( BMS-1740-1749, p. 71) (+) 26/11/1746 BMS-1740-1749, p. 72
Etienne né le 07/05/1748 ( BMS-1740-1749, p. 87)
Jeanne né le 08/09/1749( BMS-1740-1749, p. 101)
2 jours : (+) 14/09/1749 BMS-1750-1758, p. 3
Marie Marguerite né le 01/12/1750 BMS-1750-1758, p. 8
Louise (= Marie) Marguerite
ca 1 mois (+) 10/01/1751 ( BMS-1751-1767, p. 7)
Jean né le 26/04/1752 (BMS-1751-1767, p. 12)
(+) 27/04/1752 BMS-1751-1767, p. 18
Jeanne né le 14/04/1755 (BMS-1751-1767, p. 46)

Ce qui fait 16 enfants (9 garçons et 7 filles), dont seuls 4 n'ont pas vécu plus de 5 semaines.

Louis Goutiere, Marchand « poitier », âgé d'environ 55 ans, a été inhumé le 03/10/1758 Mirebeau ND (BMS-1750-1758, p. 106).
Jeanne Goutière s'est mariée avec Charles Blondet, maréchal, le 1er juin 1779, à Migné-Auxance. (BMS-1771-1782, p. 124).
Marguerite Chabrut est décédée le 11/08/1781 à l'Hôpital Général de Poitiers, dans le cimetière duquel elle a été inhumée le lendemain (S-1770-1792, p. 17).



On peut déduire de cette petite affaire plusieurs leçons :
- L'utilité du courrier des lecteurs.
- Le rôle de la presse : du sensationnel certes, mais derrière une idée à faire passer (Allaitement, Hospice).
Pour une fois, et ce n'est pas souvent le cas dans les archives de la naissance, l'histoire est plutôt joyeuse. Non seulement une grande partie de cette marmaille survit, mais la mère courage vit  vieille, 66 ans. Sourde certes, mais dans une famille nombreuse, la surdité est presque une méthode éducative... Et je sais de quoi je parle j'ai modestement élevé 6 enfants...

Autre singularité naturelle à mettre au pluriel : Marie Nivelin de Civray qui de 1729 à 1746 aura 15 enfants !
Nous ne disposons pas hélas du journal de l'époque !

Ce ne sont pas les hyperfécondités qui manquent dans la Vienne, ni les mères de famille nombreuses qui gardent la santé, allez pour encourager les jeunes générations, d'autres suivront dans les Archives Insolites !








vendredi 8 février 2013

Les enfants du Bon Dieu - Arçay (86) 1699/1724


Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages !
On idéalise parfois jusque dans l'Hémicycle les modèles familiaux.
Papa est en haut, maman est en bas, tout l'monde il est beau, tout l'monde il est gentil.
Un vocabulaire naïf de communicant côtoie une nostalgie sépia.
Est-il possible de penser, de méditer l'intérêt de l'enfant présent à la lumière du passé ?
A voir.
En voici en tous cas, un autre éclairage.
Il nous est donné généreusement, trois cents ans plus tôt, par Aubry le bon curé d'Arçay.
Au cimetière des Innocents, il en a accompagné des enfants ! La mort est son métier.

L'Eglise, et, au delà, la société furent-elles, comme on semble le croire aujourd'hui,  si pointilleuses et intransigeantes en matière d'éducation, de famille ?
Ne pourrait-on se dire que leur tolérance alla même dans le sens d'une certaine émancipation féminine ?
Sur le sujet, les petites affaires criminelles, comme  les archives insolites, interpellent souvent. Nombre d'infanticides sont acquittés, et on semble parfois faire peu de cas de la mort des enfants.

Au XVIIIème siècle, la mise en nourrice des nouveau-nés gagne du terrain, tandis que l'allaitement par la mère biologique recule. La méthode s'étend rapidement de la noblesse aux couches sociales bourgeoises, aisées, et gagne même les milieux les plus populaires.
Il en est ainsi à Loudun comme à Paris, comme nous le montrent les actes relevés à Arçay.


Petit à petit, les petits partent des villes pour être nourris dans les campagnes.
Petit à petit, les petits partent des villes pour mourir dans les campagnes.
Loin de leurs parents.
Qu'y a-t-il dans la tête du curé d'Arçay lorsqu'il note méthodiquement les noms et l'origine sociale des parents des enfants morts en nourrice, les noms des nourrices ?
Tristesse, lassitude, méthode, réprobation ?
Loin de leurs papas et de leurs mamans, le cimetière des Innocents d'Arçay se remplit de petits cadavres de "bonnes familles" :
    - Le fils de Me Gaucher opérateur et Chimiste
   - L'enfant de Me Gautier et de Dame Marie de Marillet
   - La petite de 8 jours de Me Pierre DUBOIS marchand et Dame Jeanne Huet de la Bastière,
   - Nicolas, 5 mois fils de Me Pierre Fouqueteau Sieur de Vauban marchand et de Dame Louise Fouqueteau
   - Le fils de 8 jours de  Maitre Joseph RICORDEAU menuisier et Dame Marie Micheau
   - Françoise, 8 jours, fille de Me Nicolas MARTIN huissier et Dame Marie Lebault
   - Marie 2 jours, fille de Louis de Brissat Escuyer  et de Dame Anne Françoise de Bussy
   - Vincent 4 mois, fils de Mathieu Petiteau maitre menuisier et de Jeanne Roy.

Que du beau monde ! Du beau monde qui se côtoie forcément à Loudun, du beau monde qui se parle, du beau monde qui revient du cimetière d'Arçay, du beau monde qui sait forcément la mise en danger des enfants.

Alors pourquoi les laisser en nourrice quand on sait qu'il n'y survivront pas ?

A la question Allaitement et Instinct Maternel, je ressors mon p'tit Badinter.


Qu'y a-t-il dans la tête de ces jeunes mères ?
Une émancipation naissante.

L'épouse accompagne de plus en plus son mari dans ses activités culturelles. Elle fait salon, elle lit, elle parle, elle pense, elle apprend, elle sort.


Or Allaiter ou sortir, il faut choisir.


Allaiter c'est être remplacée. Si la jeune mariée lâche le bras de son époux, non seulement il lui poussera vite des cornes,  mais pire encore, elle perdra sa place dans la vie sociale !
Séparée de son enfant dès la naissance, elle reprend vite la parole et garde son homme dans son lit.


Qu'y a-t-il dans la tête de ces jeunes pères ?
Tout sauf un intérêt pour l'enfant !


A tel point, que ce sont eux aussi, qu'il faudra convaincre de soutenir, de respecter leur famille,  lorsque face à une catastrophe démographique, on prônera l'allaitement par la mère biologique dans les journaux et les manuels de puériculture.

Non vraiment  : La vie de famille du XVIIIème, du XIXème et du début du XXème siècle ne fut pas un long fleuve tranquille  !

Néanmoins de ces périodes sombres, il restera la liberté conquise.


La femme française sait qu'il faut confier son petit pour garder sa place. Création de crèches, surveillance des nourrices, elle organisera progressivement la garde à partir de la fin du XIXème. En la matière, au niveau européen, mondial,  il reste à faire.


Elle gagnera en 1967 le droit à la contraception,

en 1975 celui à l'avortement.


Elle se méfiera des politiques natalistes qui la ramènent à la maison,


 comme elle se méfie encore aujourd'hui des politiques naturalistes et culpabilisantes qui allongent  la durée de l'allaitement et la renvoient enfanter à la maison dans un lit de misère !


En matière de loi, comme en matière de lait, tout est dans la mesure !
Mise à jour 2022 : En matière de loi, tout peut basculer dans l'hier, il suffit d'un vote populiste de trop. 



Actes relevés sur Arçay.


Le mesme jour (13 septembre 1699) fut aussy inhumé au semitière des Innocents le fils de Me Gaucher dit Maroton opérateur et chimiste demeurant à Châtellerault le dit enfant en nourice chez François La Carte
 AD 86 Arçay 1693/1702 page 41.
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 La fille de Mre Pierre DuBOIS marchand brûleur d'eau de
vie et de Dame Jeanne HUET de la Bastière demerant à
Loudun paroisse de St Pierre du marché est décédée âgée de
cinq jours dans la maison de René GAUBERT où on l'avait
mise en nourrice et a esté inhumée dans le cimetière des
Innocents le lundy deuxième Janvier mil sept cent treize;
Arçay 1713/1732 Page 1

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Fils de Maistre Joseph Ricordeau menuisier et de
Dame Marie Micheau sa femme de la paroisse de St Pierre
du marché de Loudun est décédé en nourrice chez René
Gaubert où il estait depuis huit jours et a esté inhumé
dans le cimetière des Innocents le vendredy treizième octobre mil
sept cent treize il estait agé de quatre mois.
Aubry
Arçay 1713/1732 Page 5
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L'enfant de Mre Jean Gautier ... d'Arçay et de Dame Marie de Marillet sa femme âgé de dix jours est mort en nourrice et a esté inhumé dans l'église au dessous de l'épitaphe le vendredy vingt sept avril mil sept cent quatorze. Aubry.
 AD 86 Arçay BMS 1713/1732 page 9.
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 Nicolas fils de Me Pierre Fouqueteau Sieur de Vauban marchand et de Dame Louise Fouqueteau son épouse agé de cinq mois est décédé en nourrice à Chassigny et a esté inhumé dans le cimetière des innocents le vingt neuf juin 1716 les dits Sr et Dame Fouqueteau de la paroisse de St Pierre de Marsay de Loudun.
AD 86 Arçay BMS 1713/1732 page 17
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Françoise Louise fille de Me Nicolas Martin huissier
royal à Loudun et de Dame Marie Lebault son
épouse, agée de huit jours est décédée en nourrice à Chassigny
et a esté inhumée au cimetière des Innocents le vendredy
deuxième Juin mil sept cens vingt quatre.
Aubry

AD 86 Arçay 1712/1732 page 62
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Marie Jeanne fille de Messire Louis de Brissat
Escuyer Sgr du Vigneau paroisse de Mouterre et de
Dame Anne Françoise de Bussy son épouse est décédée
icy en nourrice agée de deux à trois jours et a esté inhumée
dans le cimetière des Innocents le dimanche deux Juillet
mil sept cent vingt quatre.
Aubry.

AD 86 Arçay BMS 1712/1732 page 63
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Vincent fils de Mathieu Petiteau maitre menuisier
à Loudun et de Jeanne Roy sa femme ,
agé de quatre mois est décédé en nourrice et a esté
inhumé dans le cimetière des Innocents le jeudy dix
huit octobre mil sept cent trente un
Aubry
AD 86 Arçay 1712/1732 page 102


jeudi 23 février 2012

Serment de Sage-Femmes. Bonnes 1786 - Archives Insolites de la Vienne



"L'an mil sept cent quatrevingt six et le sixième jour du 
moy d'Aout, à l'issu des vêpres, et en présence d'une affluence de peuple
Marie Charanton, veuve du Sieur Urbain Roy Chirurgien de ce bourg,
et Marie Espin femme du nommé Pitois Des Vigealières sur cette 
paroisse, munies toutes les deux de bons certificats et de leur lettres 
de maitrise en bonne et due forme, ont été reçue pour exercer
l'office de sages femmes et ont fait serment entre mes mains,
suivant la forme prescritte dans le rituel du Diocèse, en foy
de quoy j'ay signé le présent acte le jour et an que dessus"
Desmeurs Curé de Bonnes. 
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 C'est en 1760 que l'Etat prend enfin conscience d'un devoir en matière de naissance. Mortalité infantile, maternelle, séquelles désastreuses de manoeuvres obstétricales improvisées, enfants lourdement handicapés, la maternité est misérable. 

Le corollaire de cet élan de progrès sera la chasse aux matrones. 

Madame du Coudray sage-femme, débute sa mission à travers la France. 

Et singulièrement, c'est aux hommes qu'elle va confier la direction de l'enseignement  de l'accouchement. Au curé d'une part qui choisit les candidates, au médecin d'autre part qui relayant l'enseignement de la plus illustre des accoucheuses organise et poursuit l'apprentissage.
 En l'enseignant, le médecin fait de la sage-femme son auxiliaire. Il impose ses limites. 

Pour changer et diriger les pratiques, on cherche du sang neuf. Ce ne sont pas les matrones que l'on envoie à la ville suivre les cours. Le curé recrute de nouvelles paroissiennes, jeunes et de bonnes moeurs. La sage-femme est aussi l'auxiliaire du curé, elle sauve les corps mais aussi les âmes. 
Une fois diplomées, revenues au village, celles-ci bénéficient d'avantages fiscaux. On encourage leur pratique, on valorise leur statut. 
Mais l'essentiel reste à faire. 
Convaincre. 
Convaincre les paroissiennes de faire appel à ces nouvelles recrues. Et ça ne va pas tout seul. La matrone garde son pouvoir, son influence.  
Les modes d'exercice sont très différents , la matrone n'est pas rémunérée, alors que la sage-femme l'est. 
Les rivalités s'installent, les résistances persistent. 
On voit bien alors l'intérêt d'une petite fête pour éduquer les populations, promouvoir le savoir, valoriser la fonction, convaincre. C'est cette oeuvre éducative que le curé Desmeurs de Bonnes pratique en 1786 en faisant prêter serment à Marie Charanton et Marie Espin sous la liesse populaire ! 
Ces deux sage-femmes furent formées à Poitiers par le Dr Maury, obstétricien de l'époque qui poursuivra son oeuvre sous la Révolution.

 Les demandes de formation de sage-femmes se feront de plus en plus nombreuses, nous y reviendrons...


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mardi 13 janvier 2009

Congé de maternité....

Depuis Ambroise Paré les idées ne manquent pas pour faciliter les grossesses et permettre un retour rapide à la vie active, voici une petite illustration d'époque d'une belle dame qui porte haut et fort sa grossesse multiple (?)
Les Jumeaux ne sont pas rares, mais des triplés, en avez-vous déjà rencontré au fil des registres ?

Dans la Vienne :
Le 9 Avril 1734, François, René et Marie Anne Godet,
Tous trois nés vivants, René mourra à l'âge de deux jours, Marie Anne à un mois, François, premier né, semble avoir survécu à l'année 1734....

Dans la Mayenne ces naissances multiples sont très bien répertoriées.
On compte ainsi à trois reprises des naissances de quadruplés en 1705, 1732, et 1736 et 39 naissances de triplés entre 1645 et 1855 ! Fichtre !