Affichage des articles dont le libellé est Ligugé. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ligugé. Afficher tous les articles

mercredi 27 août 2014

Les risques du métier - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 27/08/2014.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre. 

Le prix d’une orangeade.
Dans la famille Piorry, la postérité retiendra Pierre-François qui mania avec zèle le bistouri du Dr Guillotin sous la Terreur, puis Pierre-Adolphe né en 1794, inventeur du plessimètre et de néologismes médicaux (toxémie, septicémie). Mais c’est à Georges, leur modeste cousin, chirurgien et hédoniste, que s’offre aujourd’hui un instant de notoriété.
L’été 1792, la fièvre ne gagna pas que les esprits et l’on requit Piorry chez les Thoreau pour quelques domestiques alanguis. L’homme s’arrêta en chemin déjeuner à Ligugé chez l’ami Jouslard. Repu, il fut accueilli à 15H à Smarves, par Mme Thoreau et s’affaira d’un domestique à l’autre. La chaleur expliquait la langueur des serviteurs. Ses consultations terminées, notre chirurgien suant et las, accepta volontiers le verre de sirop offert par son hôtesse. A peine le temps d’une première gorgée d’orangeade que surgit dans le petit salon, l’époux Thoreau fulminant de colère ! De retour de la chasse, bredouille et mal luné, armé d’un fusil double, le voilà qui couche Piorry en joue! La maitresse de maison se jette au cou du jaloux, le supplie tout en cherchant à s’emparer de son arme. « Ah malheureux, que veux-tu faire ? Mr Piorry !!! Sauvez-vous, mon mari veut vous tuer !!! ».Trop tard ! Le coup atteint le docte arrière-train et l’envoie sur le « carreau ». Thoreau chargea de nouveau, Piorry, craignant l’estocade, reprit ses esprits et ses jambes à son cou, quitta l’arène en clopinant et se réfugia chez Jouslard. Maury et Bertault viendront le soir même de Poitiers opérer leur ami. Le fondement entre deux chaises pendant plusieurs jours offrit à  Piorry le loisir de murir sa riposte. Il déposa sur le bureau du juge de Paix : un habit d’étoffe, un gilet de coton, une culotte percés de trous de plomb et une plainte pour tentative d’assassinat!
Thoreau, de son côté avait mal au front et vit rouge. Persuadé de porter une belle paire des cornes, le chasseur jaloux et bredouille renversa la situation, et au jeu du vaudeville, accusa Piorry d’avoir séduit sinon violenté son épouse ! Il fit valoir ses droits d’outrage, mais nia le crime. Sa dame avait maladroitement fait partir le coup en se réfugiant contre lui.
Piorry eut beau plaider sa bonne foi, sa déontologie, brandir les lettres convoquant son intervention, retracer son itinéraire auprès des domestiques, justifier sa présence dans le petit salon par l’orangeade offerte, et la fièvre qui le prit au corps par la seule météo caniculaire, l’affaire se conclut au bénéfice du mari outragé. Georges Piorry, chirurgien modeste, hédoniste et sans-culotte, débouté de sa plainte, mesura à ses dépens la profondeur des risques du métier…
Source : ADV Série LSUPPL 421.

vendredi 6 juin 2014

Ligugé solidaire en 1899 - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 06/06/2014

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'image, cliquez droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

1899, Ligugé. Au village sans prétention, Adolphe Barge n’a pas mauvaise réputation ! Pensez-donc, ce père de sept enfants, maçon, bon catholique,  sait même lire et écrire !
Cependant, c’est alors qu’il travaille à la nouvelle voie ferrée du canton de Vivonne, que les brigadiers l’interpellent, le 27 juillet. La veille, Jean Rouault a rendu  l’âme.
Adolphe a 51 ans.  Le soir du 23 Juillet, c’était encore dimanche et tout le monde avait arrosé ça, Adolphe en conviendra volontiers. Dans la soirée, il est allé chercher une scie chez sa belle-mère. Au retour, route d’Iteuil, il croise Rouault qui travaille pour lui de temps en temps. L’homme est ivre,  titube, l’invective, le suit en lui réclamant son dû. Barge l’envoie cuver son vin et lui dit de ramener sa note. L’autre s’énerve, persuadé qu’il n’aura pas son compte de sitôt. Le ton monte jusqu’à  la porte des Barge. Adolphe dira avoir contenu sa colère, être rentré chez lui. « Fainéant ! » c’est le mot de trop prononcé par Rouault. Adolphe ressort, toise l’importun, l’attrape par les épaules et le pousse en arrière. Son geste exaspéré, est ce geste de trop, qui fait basculer tragiquement deux destins d’homme. Raoult, tombe lourdement, sa tête grisée, vient se fracasser au sol. Barge sidéré l’observe, l’alcool s’évapore, désormais c’est  la peur qui brouille son esprit. Persuadé de l’aboutissement de cette chute, il tourne les talons. Rouault perd connaissance, ramené chez lui par les voisins accourus, il meurt deux jours plus tard, l’autopsie révèle une fracture du crâne longue de 22 cm et une hémorragie massive ayant entrainé le décès, quelques ecchymoses signent l’altercation le long du trajet.
Confronté à deux témoins qui l’accablent, le père de famille maintient sa version des faits, il n’a pas poussé violemment Rouault, un enfant de trois ans aurait pu le faire tomber tant il était ivre
Le procureur, sans indulgence, l’inculpe, mais tout Ligugé le soutient. 166 signatures parviennent à la justice pour demander un non-lieu ! Au village sans prétention, personne ne voudrait le voir pendu ce père de famille qui n’a jamais eu de querelle avec personne ! Peine perdue. Adolphe sera jugé devant les Assises de Poitiers et en attendant il reste en prison.
Au village sans prétention, on s’alarme pour l’épouse éplorée, pour les enfants si nombreux, les braves gens mènent de nouveau pétition ! Cette fois 180 noms parviendront aux jurés de la Cour d’Assises ! Une démarche qui portera ses fruits !

Acquitté, Adolphe Barge, reviendra  au village. Sans prétention, il y poursuivra sa vie de labeur tout en préservant  sa bonne réputation.