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vendredi 7 février 2020

Entre gens de bien - Chronique de Thierry Péronnet

(Présidial de Poitiers 1-B-2-2 greffe criminel) (DSCN 3585 à 3611)

(Entre gens de bien) :
Le 19-07-1679 Mathurin JARRY chanoine de St-Hilaire-le-Grand de Poitiers porte plainte pour mauvais traitements et violences contre lui faits par Bonaventure POIRATON prêtre curé de Savigny. Une enquête est ouverte le 08-08-1678, Simon MASSUGEON 50 ans laboureur de St-Julien est interrogé, il est allé avec le plaignant à la Grassinière de Savigny pour récupérer des gerbes de froment dues pour la dîme sur des terres appartenant au chanoine, ils rencontrèrent le curé dudit Savigny qui affirma que la dîme dépendait de l’évêché à cause d’une chapelle. Comme le chanoine ne voulait pas admettre ce que disait le curé, ce dernier joua du bâton contre le pauvre chanoine et le mis à terre. En outre il invoqua exécrablement le saint nom de Dieu en disant « mort dieu, vertu dieu, ventre dieu, sacré dieu » et rajouta « monsieur le bougre vous ne monterez pas les gerbes ». André BARRE 65 ans, laboureur de la métairie des Preaux de Savigny appartenant audit JARRY et Louis ANDREE journalier 35 ans qui apportaient les gerbes ont vu le curé jouer du bâton et l’ont entendu ordonner à son « barroteur » d’emmener les gerbes.
FAUCON chirurgien examina le plaignant en la demeure de Château-Merle à Savigny, il lui trouva une contusion sur la main dextre, une autre sur l’omoplate large de 3 travers de doigt avec des douleurs au niveau du cou et la partie senestre de la poitrine et d’autres liées à la respiration ou à la toux. Le chirurgien pour le soigner lui fit une saignée et lui donna « les remèdes convenables ».

Plusieurs actes de procédure s’ensuivent jusqu’à ce que le 05-08-1679 Mathurin JARRY sous l’autorité de Pierre JARRY son frère aussi chanoine porte à nouveau plainte et que le 15-06-1679 Bonaventure SABOURIN 50 ans, déjà interrogé le 10-08-1678, soit à nouveau entendu. Il nie toujours avoir maltraité le chanoine et il continue d’affirmer que la dîme revient à l’évêché. Il n’a donné pour lui qu’un coup sur les doigts de JARRY quand il a pris une gerbe et il n’avait aucun bâton en main. Le 16-06-1679 la cour prend sa décision finale, il est rappelé que, selon une précédente sentence datant du 11-09-1678, Bonaventure SABOURIN avait été condamné à fournir 3 livres de cire à l’autel de la chapelle des Pénitents de Poitiers, à réciter les 7 psaumes pénitentiaux à genoux accompagnés des litanies des saintes oraisons suivantes pendant 2 mois les mercredis et vendredis de chaque semaine, à payer 10 livres au titres des réparations civiles et qu’il avait été condamné aux dépens. Le tribunal le condamne à nouveau, il devra demander pardon audit JARRY chanoine devant 4 parents ou amis de ce dernier, payer 25 livres d’amende au roi et encore 25 livres pour les pauvres de la ville, plus payer 200 livres à titre de réparations civiles, enfin il est condamné aux frais et aux dépens.

vendredi 31 janvier 2020

La guerre des Justices - Chronique de Thierry Péronnet


(Présidial de Poitiers 1-B-2-2 greffe criminel) (DSCN 3534 à 3584)


Le 06-10-1678 Anthoine Macé huissier 24 ans, Jean Marsaud sergent royal du présidial de Poitiers, accompagnés de Pilorget huissier des prisons, se présentent à la prison de l’abbaye de Montierneuf pour élargir René Gigot un des prisonniers selon l’ordonnance de Brin, à la demande de Gigot serrurier frère du prisonnier. Vincent Bellin concierge de la prison refuse d’obtempérer pour respecter l’ordonnance du juge de Montierneuf de prise de corps dudit Gigot. Le lendemain 7-10-1678 Macé et Marsaud reviennent, somment la femme dudit Bellin absent d’ouvrir les portes, comme elle refuse ils font venir Claude Tallebard un serrurier pour ouvrir les portes de la geôle. Une douzaine de personne surviennent alors, dont Rousseau un parent de l’abbé de Montierneuf, et s’opposent à l’ouverture, Tallebart est mis en prison « sans aucune forme de justice », une ordonnance de prise de corps contre Macé Marsaud et Tallebard est émise par le procureur fiscal de Montierneuf qui serait incompétent en la matière aux dires de Macé, selon la remontrance de la cour du 16-03-1673. Macé demande qu’une information soit faite et qu’une procédure soit engagée contre les contrevenants. Le 20-10-1678 la requête de Macé et Marsaud, demeurant chez M° Simon Texereau procureur du présidial de Poitiers paroisse de St-Savin, est présentée au procureur fiscal de Montierneuf.
Parallèlement le 07-10-1678 une information est ouverte devant la juridiction civile et criminelle du St-Jean-de-Montierneuf à l’encontre desdits Macé, Marsaud et Tallebard. Gabriel Renault 16-17 ans et Charles Lamy 22-23 ans déclarent qu’ils ont vu quatre hommes dont l’un armé d’un marteau et de ciseaux s’attaqua à la porte de la prison de l’abbaye en commençant par le bri d’un cadenas, qu’ils ont prévenu les sieurs De La Parisière et Rousseau, ils rajoutent que c’est tout ce qu’ils savent. Léonard Lucard 21-22 ans et Pierre Garnier étudiant en philosophie 22-23 ans disent que le valet de Benédicty religieux de L’Abbaye leur a rapporté ces faits, que c’est tout ce qu’ils savent. René Chastellin écolier et chapelain 23 ans déclare qu’il a entendu plusieurs personnes heurter la porte de la prison, qu’il a reconnu Marsault sergent royal et qu’on lui a dit qu’il y avait parmi eux Calottière et Savin. Joachin Chamaillard cuisinier de l’abbé 44 ans témoigne aussi dans le même sens. Le procureur conclut par une demande une prise de corps à l’encontre de Macé Marsaud, Tallebard et leurs complices.

Que s’est-il passé ? Macé a t-il fait preuve d’excès de zèle ? L’abbé de Montierneuf a t-il voulu affirmer son autorité et celle de sa juridiction par cette affaire ? Toujours est-il que le 12-01-1679 Anthoine Macé est sorti de la prison du palais de justice pour être interrogé devant la cour criminelle de Poitiers.

vendredi 24 janvier 2020

Evasion - par Thierry Péronnet




(Présidial de Poitiers 1-B-2-2 greffe criminel) (DSCN 3703 à 3718)

Le 07-07-1678 au matin à 4 heures et demi François BENET marchand de Poitiers se rendait à sa boutique quand, à sa grande surprise, il vit une corde d’une longueur d’une aune pendant le long de la muraille proche la grande porte du palais de justice du côté de Notre-Dame-la-petite. Cette corde était attachée en haut de la couverture du grenier de la chambre criminelle. Il partit alors en courant au guichet du palais pour avertir le concierge, il vit deux ou trois ardoises cassées au sol, il apprit alors que le prisonnier surnommé BELLEJAMBE accusé d’assassinat venait de s’échapper. Laurent FOURESTIER un gantier de 35 ans avait bien entendu dans la nuit des bruits d’ardoises se brisant mais il ne se leva pas de son lit, ce n’est que plus tard qu’il apprit l’évasion de BELLEJAMBE. Estienne AUGEREAU l’aîné 30 ans un marchand était au lit avec sa femme quand dans la nuit vers les 2 heures il entendit des bruits d’ardoises qui se fracassaient, craignant que des voleurs s’attaquent à ses fenêtres il se leva pour aller voir. Il vit un homme à terre vêtu d’une seule chemise blanche, comme s’il venait de tomber de l’auvent des boutiques de POIRIER et BOURGEOIS touchant l’arrière de l’allée du palais. Comme l’homme se releva et qu’il prit la fuite vers les Cordeliers ou les Jacobins, il crut que c’était un voleur qui en voulait aux boutiques, mais comme leurs fermetures n’avaient rien et il se recoucha. Ce n’est que plus tard qu’il apprit que BELLEJAMBE s’était échappé en passant sur ces boutiques.
Une enquête est ouverte pour comprendre comment a pu se faire cette évasion, pourquoi l’accusé a été transféré en un endroit d’où il a pu si facilement s’échapper. François GAULTIER 42 ans, le concierge du palais royal et geôlier de BELLEJAMBE, interrogé déclara qu’il était cloué au lit par la goutte depuis 7 semaines, que BELLEJAMBE avait été mis dans un cachot les fers aux pieds depuis un an et qu’il venait d’être transféré dans le cachot appelé le « petit cachot » proche de la chambre criminelle où il s’y trouvait depuis 3 semaines. Il n’avait pas pu visiter le prisonnier chaque jour car il était au lit avec la goutte, mais sa femme et ses enfants faisaient les visites. On lui présenta des fers trouvés dans le petit cachot qu’il reconnut comme étant ceux du prisonnier. Eléonore RAVEAU 38 ans sa femme déclara à son tour que c’est elle qui, avec JOUBERT, avait transféré le prisonnier au petit cachot sur ordre écrit de l’intendant, elle rajouta qu’elle a visité le prisonnier et vérifié ses fers la veille de l’évasion vers les 8 heures du soir, elle reconnut les fers aux anneaux limés qu’on lui présenta.  François ALLARD praticien 30 ans, le mardi précédent l’évasion, alla voir un certain GUILLEBOT en la prison de la conciergerie, BELLEJAMBE qui était dans le cachot voisin l’interpella alors, il lui dit « monsieur ALLARD je suis votre serviteur, au premier jour nous boirons ensemble si monsieur GAULTIER veut souffrir que vous entriez en ce lieu », après lui avoir demandé de se coller au mur il lui dit tout bas « je vous prie de faire mes baise mains à madame votre femme et lui dire que je la prie d’entendre la messe à Notre-Dame lundi mardi et mercredi prochain, même dès demain, et qu’elle prie Dieu pour moi, pour que l’un de ces jours là j’espère avoir bonne issue de mon affaire ». Il apprit l’évasion le jeudi suivant.
Apparemment les autorités cherchaient des complicités et en premier lieu si le concierge ou sa femme pouvaient être impliqués. Au vu du témoignage de monsieur ALLARD et des surprenants propos du prisonnier, il semblerait que ledit BELLEJAMBE préparait son audacieuse escapade depuis quelques temps.

vendredi 17 janvier 2020

Noyade à Lathus - Les chroniques de Thierry Péronnet





(4-E-85-8 justice seigneuriale du Cluzeau) (DSCN 3842-3843) 
(Noyade) :
Dans son registre le curé de Lathus a écrit : « le 05-05-1681 a été inhumée dans le bout du cimetière (en le bas contre la marne) Louise PAILLER fille âgée d’environ de vingt et cinq ans, laquelle en une extrême maladie et de longue espace se serait noyée en tombant en le puits de Chez Tartault, elle avait fait ses pâques et moi-même l’avait ouïe en confession et avait toujours trouvé en elle grande dévotion ». Avait-elle des parents une famille, des amis, une profession ? Le curé ne se montre guère bavard à ce sujet, dans ces actes le religieux n’a guère l’habitude de broder, il se contente de donner l’âge au décès et le nom du village du défunt, en précisant si c’est un bon chrétien, sans plus de précisions. Heureusement le même jour Maurice DESCHAMPS avocat et juge du Cluzeau procède à la « levée du corps » de ladite Louise PAILLER et Pierre JAQUEMAIN son greffier rédige un procès-verbal, car c’est une mort violente, aujourd’hui les autorités procèdent toujours de la même manière. On y apprend qu’elle est morte noyée au fond du puits de la métairie du village appelé Chez Tartault. Il est précisé qu’elle est la sœur de Catherine PAILLER la femme de Sylvain JOUBERT, celui-ci avec Pierre Guillaume et Catherine JOUBERT ses frères et sœur exploite la métairie, Jean CHASSAT bordier et Perrette DELAFONT bordière sa belle-sœur demeurent avec eux. Maurice JACQUEMAIN chirurgien a examiné le corps de la noyée. Ensuite on procède aux auditions des témoins, l’âge de ceux-ci est alors noté soigneusement, Sylvain JOUBERT a 30 ans, Pierre JOUBERT a 27 ans, Guillaume JOUBERT a 26 ans, Catherine JOUBERT leur sœur a 17 ans, Catherine PAILLET elle a 30 ans, Jean CHASSAT a 26 ans et Perrette CHASSAT a 27 ans. On y apprend que Louise PAILLER travaillait avant au service de Jean RICHEFORT laboureur au village du Monteil, mais comme elle était « malade et indisposée » depuis le vendredi saint précédent elle s’était retirée chez ses frères et sœur. La veille le quatre mai Sylvain JOUBERT et sa femme de retour de la messe ne la retrouvèrent pas dans sa chambre, in quiets ils fouillèrent alors dans plusieurs endroits où elle pouvait se trouver, en vain, ils finirent par la trouver noyée au fond du puits d’où ils la retirèrent et la transportèrent dans une chambre haute de la maison de la métairie, là même où le juge et son greffier rédigent leur procès-verbal.

Le curé l’ayant enterrée en terre chrétienne le jour même, on peut supposer que la noyade est considérée comme accidentelle par les autorités. Les habitants ont-ils par la suite pensé à la pauvre fille en buvant l’eau du puits ? On peut légitimement se poser la question.

vendredi 10 janvier 2020

L'honnêteté s'affiche - Les chroniques de Thierry Péronnet.


(8-B-170 justice seigneuriale de Montreuil-Bonnin et Latillé) (DSCN 4716 à 4726)

Le 18-07-1729 Joseph JARDEL sieur de la Jouschère sénéchal et juge ordinaire civil et criminel du baillage de la châtellenie de Montreuil-Bonnin et Latillé, après rappel des actes d’une procédure commencée en décembre 1728 pour des faits arrivés le 29-11-1728, condamne Charles GIRAUDEAU à reconnaître Claude LAURENT comme « homme d’honneur non tasché des injures à lui impropres », à passer un acte de reconnaissance devant notaire sous huitaine. De plus le juge permet audit Claude LAURENT de faire afficher cette sentence à la porte de l’église de Benassay un dimanche au frais dudit GIRAUDEAU et condamne GIRAUDEAU à une amende de 100 livres pour dommages et intérêts et à payer 51 livres 11 sols 6 deniers pour les dépens.
Quelles furent les injures qui ont amené à ce jugement ? Qu’a pu dire GIRAUDEAU audit LAURENT qui mérite condamnation ? Le 21-01-1729 Charles-Philippe FORGET procureur fiscal du baillage de Montreuil-Bonnin procède aux interrogatoires des témoins. Jean DAVID 33 ans charpentier de Lauvignière de Benassay dit que le 29-11-1628, sortant de chez GUIONNET, cabaretier à Lavausseau, il vit Charles GIRAUDEAU et Claude fils de Jean LAURENT se disputant et entendit le premier dire « ne sçay tu pas bien que ton grand-père a été pendu » et le traiter de "fripon", le témoin rajoute que le fils LAURENT lui aurait dit 4 à 5 jours après que GIRAUDEAU avait volé à la maison de l’étang après la mort de son père. Autre témoin Jean BICHON, 20 ans, domestique de Jean GIRAUDEAU, meunier du moulin de l’étang, lui, a entendu GIRAUDEAU dire audit LAURENT fils « tu es honneste homme mais tu es de la race des Babaux qui ont été pendus » et il a entendu ledit LAURENT répondre qu’il était « un bougre d’affronteur, de fripon, voleur, coquin et maraud ». Louis RAFFIN 27 ans joueur d’Hautbois de Saubrelusseau de Benassay a entendu GIRAUDEAU dire « tu es de la race des Babaux, ton grand-père a été pendu, ne sçay tu pas bien que la race des Babaux n’a jamais rien valu » et LAURENT fils répondre qu’il était un voleur et qu’il avait volé son père. Simon FRAUDEAU 21 ans journalier de Lavergne de Benassay n’a entendu que LAURENT fils dire que l’autre était « un coquin, un maraud, un fripon, un affronteur » et qu’il avait volé son père. Charles LUSSAULT 33 ans boucher à Lavausseau vit les deux protagonistes assis à une même table chez GUIONNET cabaretier qui se disputaient, LAURENT traitant l’autre de coquin maraud et voleur.

Ce fait divers entraine une question que l’on peut toujours se poser. Est-on responsable des actes de ses aïeux ? Charles LAURENT doit être le fils de Jean LAURENT et Judith BABAULT, mariés en 1706 à St-Didier paroisse de Poitiers. Mais que diantre le grand-père du fils LAURENT a t-il bien pu faire pour mériter d’être pendu ?

Thierry Péronnet. 




vendredi 3 janvier 2020

Giboulée de coups de bâton - Par Thierry Péronnet.



(8-B-169 justice seigneuriale de Montreuil-Bonnin et Latillé) (DSCN 4658 à 4668)

(Bastonnade à Monbeuil-Benassay) :
Le 02-09-1726 Pierre MOUSSAULT marchand tanneur et Elizabeth MOUSSAULT sa femme portent plainte auprès du sénéchal civil et criminel de Montreuil-Bonnin et Latillé. Ils disent que la veille un dimanche vers les 6 heures du soir près du village de Monbeuil de Benassay ils firent malheureusement la rencontre du sieur Jean LAMARQUE de la Baudausière, qui selon leurs dires est un homme reconnu vicieux et querelleur dans tout le pays et canton. Sans aucunes raisons ce dernier les attaqua, ledit MOUSSAULT lui répondit par un bonsoir en le félicitant de ce que sa cavale soit pleine et se dirigea vers Monbeuil. LAMARQUE menaça de le frapper de ses verges, le traita de « monsieur le bougre ». MOUSSAULT, ne sachant la cause de son chagrin et de son courroux, le flatta de paroles et lui fit des « honnestetés » pour fuir promptement et éviter sa compagnie. LAMARQUE demanda alors à Jean GIRAUDEAU de lui tenir sa jument et donna de grands coups de verge sur le plaignant, sur le dos, sur l’épaule gauche, ensuite il lui prit son bâton et lui donna des coups avec sur la tête et le reste du corps. MOUSSAULT réussit à s’échapper pour essayer de se réfugier dans sa maison. LAMARQUE revint à la charge avec un pieu mais, comme MOUSSAULT gravement blessé s’était échappé rapidement sur une cavale, il s’en prit à la femme dudit MOUSSAULT à coups de pieu de pied et de pierre, la laissant comme morte. Ladite MOUSSAULT fut ensuite conduite à grand peine en leur maison à Lavausseau où elle git « malade et en danger de mort ». Les plaignants demandent qu’une information soit ouverte contre LAMARQUE. Il faut dire que l’agresseur ni avait pas été de main morte, Louis PELLETIER chirurgien de Benassay note à l’examen des victimes que Elizabeth MOUSSAULT, couchée dans un lit près de la cheminée d’une chambre basse, a une plaie sur l’occipital longue d’un demi travers de doigt, profonde d’un demi pouce, plus une contusion sur le bras dextre en dessous de l’épaule large d’un pouce, plus une contusion au coude du même bras large de deux pouces, et que Pierre MOUSSAULT assis sur un coffre dans la même pièce a une excoriation sur le haut du coronal large d’un demi travers de doigt, une contusion avec excoriation sur le « mouvement de l’épaule dextre » large d’un pouce, une contusion sur le bras sénestre au-dessus du coude large d’un pouce. Il ajoute que les contusions semblent avoir été faites par des coups de pierre ou de bâton.

Pour confirmer les dires des plaignants des témoins sont interrogés par le sénéchal, ils ont comme nom Louis ALLARD 35 ans domestique de Jean GIRAUDEAU meunier du moulin du Plan, René ALLARD 35 ans journalier au village de Monbeuil, Louis 15 ans  fils de Pierre DUTAYS laboureur de Monbeuil, Louise DECOUX 36 ans femme de François SABOURAULT journalier, tous rapportent et confirment tout ou en partie les faits mais restent prudent dans leurs déclarations, en affirmant ne pas connaitre la cause des coups et avoir été loin de la scène.
 


mercredi 4 avril 2018

On ne fauche pas que les blés. Chronique de Thierry Péronnet

(Présidial de Poitiers 1-B-2-2 greffe criminel)


Le 03-09-1678 M° Luc COUTOCHEAU, conseiller du roi et magistrat au présidial de Poitiers, ouvre une information à la requête de François ALLAIN laboureur à bras.
Le cheval de ce dernier a été tué d’un coup de faucille.
Selon Catherin BERTHIN 20 ans, journalier du village de Cloistre de Vendeuvre, a vu le cheval dans le pré du moulin de Train qui faisait des dégâts en mangeant des javelles* de froment. Michel MARIN valet de DESCHAMPS le métayer du sieur PESTRE gendarme du roi et Jacques MARIN praticien à Jaunay ont alors tenté de chasser l’animal, c’est le premier qui « bailla un coup de fossille dans les flancqs dudit cheval ». Catherine BERTHIN ne sait si « c’est de malice ou sans y panser » que le coup fut donné et ne peux en dire plus. Toujours est-il qu’une à deux heures plus tard le pauvre animal en mourut. Marie 12 ans fille de Vincent JOUBERT journalier est interrogée à son tour, comme elle aller laver du linge à la rivière elle passa le long du pré, elle a bien vu le valet donner le coup de faucille. Elle confirme que le cheval mangeait des javelles de froment et qu’il est décédé peu de temps après bien qu’elle ne l’eut pas vu mourir. Un autre témoin, Jeanne DREDILLE 20 ans femme de René DORAT laboureur, était à la rivière entre Jaunay et le moulin de Train, le vendredi huit jour auparavant, avec Marie JOUBERT assise au bord de l’eau. Elle a bien vu le cheval qui courait « avec la faucille au ventre ». Ensuite elle a vu Michel MARIN accourir et enlever prestement ladite faucille. Ces dernières ne peuvent en dire plus sur ce drame.
A-t-on affaire à un simple mais fatal accident ou bien à un valet ayant fait preuve de cruauté envers le cheval ? A t-il voulu seulement piquer le flanc de la bête pour l’obliger à partir et son coup a t-il été mal contrôlé? En 1678 un cheval a une grande valeur, il sert autant au transport des hommes et des marchandises qu’au travail des champs, sa perte est forcément problématique pour son propriétaire. Les récoltes ont aussi leur importance, si elles sont bonnes cela assure une bonne année à venir et les semences pour la suivante, perdre une partie de celles-ci par les dégâts provoqués par des animaux sauvages ou domestiques n’est guère tolérable pour les petits paysans de la fin du 17ème siècle.
Le moulin du Train se situait sur la rivière « le Pallu » à la limite entre les paroisses de Vendeuvre et de de Jaunay-Clan (commune ancienne phagocytée par l’actuelle commune de Jaunay-Marigny).

*javelles de froments « poignées de froment »

jeudi 29 mars 2018

Les deniers de sa majesté - Les chroniques de Thierry Peronnet.

Justice seigneuriale de Dienné et Verrières série 8-B liasse 100 (Photos DSCN 2413 à 2431)
Dans la nuit de mercredi à jeudi du 18 au 19 avril 1753, Claude TOUCHARD le fils demeurant à la Barre de Dienné et François REDON sortaient ensemble de la forge de Verrière. Sur le chemin menant à Dienné dans la forêt de Verrière ledit TOUCHARD a alors insulté le pauvre REDON et lui a assené des coups de pieds et de poings sur tout le corps, au point que ce dernier est depuis gravement malade et « en péril de mort », ensuite lui a pris de l’argent, les deniers de sa « majesté », François REDON étant « collecteur du vingtième », une procédure judiciaire est ouverte contre TOUCHARD. Le 23-04-1753 les témoins déposent devant Anthoine DELAUZON juge sénéchal criminel et civil de la baronnie de Dienné et Verrière, Anthoine GIRAULT 33 ans tavernier au moment des faits et à présent journalier demeurant au Puit de Lhommaizé déclare qu’il était dans son lit quand on frappa à sa porte, Françoise THOMAS sa femme âgée de 40 ans qui n’était pas couché ouvrit et « Jacques » REDON et Claude TOUCHARD qui voulaient boire demandèrent une bouteille de vin, REDON se contenta de boire un peu et l’autre le pressa de boire plus disant « bougre de chien vous de boire ou je vous bateray », REDON ne but que la moitié d’un verre et jeta le reste, TOUCHARD but tout le reste du vesseau. En partant TOUCHARD qui était derrière demanda un bâton à Françoise THOMAS, cette dernière refusa, il dit alors qu’il trouverait bien une panne à une charrette. Ensuite le tavernier et sa femme se couchèrent. La femme du tavernier fait une déposition similaire. Marie-Catherine RIBARDIERE 44 ans femme de Claude BOUE marteleur demeurant à Lhommaizé dit qu’elle ne sait rien des faits et que REDON comme collecteur du dixième était venu chez elle lui demander de l’argent, elle avait répondu qu’elle ne pouvait payer le jour même, ils lui prirent une bouteille et une miche de pain pour 5 sols moins un liard qu’ils consommèrent, REDON paya avec 12 sols, mais comme elle n’avait pas la monnaie TOUCHARD pris les 12 sols et lui donna 5 sols moins un liard, disant à REDON « c’est 7 sols et un liard ». Philippe MOTHEAU 22 ans garçon charbonnier demeurant dans la forêt de Verrière à Dienné dit qu’il ne sait rien sur les faits , qu’il a vu REDON et TOUCHARD boire ensemble. Marie GIRAULT 18 ans fille de Jacques GIRAULT meunier du moulin de la forge de Lhommaizé déclare qu’elle ne sait rien sur les faits et que TOUCHARD avait demandé à Pierre GIRAULT 15 ans son frère un bâton. Ce dernier confirme que REDON et TOUCHARD s’en allaient quand TOUCHARD qui marchait derrière lui demanda un bâton. Le sénéchal décide de faire comparaitre ledit TOUCHARD accusé de maltraitance sur la personne de Jacques ARDON (lire Jacques REDON) et de vol des deniers de sa majesté.

Tous ces protagonistes ont un lien avec la forge semi-industrielle de Verrière, lire « le Peuple de la Forêt » de Sébastien Jahan et Emmanuel Dion (voir illustration)


mardi 2 janvier 2018

Le converti d'Enjambes. Les Chroniques de Thierry Péronnet - #AD86



 

Note de Lulu : Cette rubrique fait le pari du plaisir de la VO, et vous offre le loisir de déchiffrer vous-même ces archives anciennes. Elle donne aussi à chacun une petite idée du travail de recherche, de lecture, de paléographie que représente un article de 2600 caractères espaces compris dans votre quotidien régional.  Bonne lecture ! 












Le premier dimanche de mars 1665 un homme, brave parmi les braves, un nommé Izaac Bourreau, habitant dans le faubourg de Lusignan, tout heureux, tout fier de lui, adepte jusqu’à lors de la Religion Prétendue Réformée (RPR) s’est converti dans l’église de St-Martin d’Enjambes à l’heure de la messe, avec grand renfort de cloches, d’encens, l’autel recouvert du corporal brodé de fil d’or, devant les bons frères Capucins présents, devenant un bon catholique apostolique et romain pour l’éternité. Sa famille, femme enfants et gendre compris, ses voisins, tous adeptes de la RPR lui tombèrent alors dessus, ils le molestèrent, ils le traitèrent de « fol » de « vieux fou », l’appelèrent « Jean de la Messe ». Ils tirèrent au chapeau et se distribuèrent ses meubles entre eux, sa femme son fils sa fille et son « prétendu » gendre le quittèrent. Il se retrouva tout seul, fort dépourvu comme la cigale l’hiver venu, plus de meubles, de cavale *, de petite gorette à 5 livres de valeur, plus de femme et d’enfants, plus de devoir conjugal, plus de lit pour dormir. Mais diantre, que s’était-il passé dans la tête du pauvre homme, lui qui était si benaise au milieu de sa femme, de ses enfants, de ses meubles, de ses braves voisins tous de la même religion que lui, bien au chaud au cœur de son quartier ? Pourquoi a-t-il eu cette saugrenue idée d’abjurer au risque de tout perdre? Un indice, une piste de réflexion peut-être, quatre mois auparavant sa femme avait discrètement remis 12 louis d’or et 20 livres à une bonne voisine, en lui demandant de lui garder pour le mariage de sa fille. Peut-on penser que ledit Izaac Bourreau n’était pas très chaud pour futur mariage de sa fille adorée ? Qu’il ne devait pas beaucoup apprécier un certain Renou cordonnier, son futur « prétendu » gendre ? Aurait-il mal supporté de perdre toute autorité sur sa famille et 12 louis d’or en prime? Pour tout cela et aussi poussé par le jeune et dynamique prêtre curé prieur de St-Martin d’Enjambes, le vénérable messire Anthoine Beauvillain ** âgé de 33 ans, il se serait peut-être dit qu’il retrouverait la maîtrise des évènements en devenant un bon catholique et qu’il pourrait ainsi s’opposer efficacement à la célébration dudit mariage, récupérer son honneur et ses louis d’or et avant tout reprendre une place enviable au sein du tissu économique et social de la bonne ville de Lusignan. Mais hélas trois ou quatre fois hélas, la suite lui aurait donné tort.

*Une cavale c’est un cheval, le scooter des temps jadis


**Il est appelé « grand beelard de curé » « grand asnier » par une justiciable dans une autre procédure la même année

mardi 26 décembre 2017

L'homme au chapeau noir. Les Chroniques de Thierry Péronnet.




Le mystérieux homme au chapeau noir : (DSCN2355 à 2379)
 
Le 05-02-1698 le procureur de la cour de Rouillé, ayant appris que Jeanne ESMERIAU veuve Jean GUITTON du village de la Gauvanière de Rouillé a été assassinée et enterrée secrètement sans que la justice fut prévenue, décide d’ouvrir une information. Pierre âgé de 13-14 ans fils de Jacques GARGOT du même village témoigne, il dit qu’il vit le mercredi 29 janvier vers les 3 heures de l’après-midi dans un pré, appartenant à la défunte, ladite ESMERIAU, son fils et Louis FOUQUAULT leur valet, que celle-ci s’interposa entre son fils et un homme assez grand, aux cheveux noirs grands et plats, vêtu de gris et portant un chapeau noir, proche de la claie du champ, il déclare ensuite que l’homme donna un coup d’épée à ladite ESMERIAU qui s’écria « je suis morte », ensuite il vit l’homme partir vers la métairie de l’Ausonnière, il rajoute que le fils, Jonas VINCELOT et Jeanne CHARGELEGUE la femme de Pierre CHAISGNEAU emportèrent ladite ESMERIAU dans sa maison où elle décéda, le témoin persiste dans sa déposition. Jacques 10 ans fils de Jacques MOCQUILLON laboureur du même village parle d’un homme vêtu d’une sarge grise et fait une déposition similaire. Ce serait donc l’acte d’un mystérieux homme vêtu de noir et portant un chapeau noir ? La justice soupçonneuse et intrigué par l’enterrement secret décide d’emprisonner Jean GUITTON le fils de la défunte sous l’accusation d’homicide pour l’interroger et approfondir les faits. Jean GUITTON l’accusé âgé de 26 ans laboureur est alors appelé à témoigner à son tour devant Pierre POUPIN juge sénéchal de Rouillé le 06-02-1698, il déclare que sa mère gardait les brebis dans le pré, qu’en revenant de fagoter des branches de chênes il s’arrêta pour discuter avec sa mère, il dit alors que l’homme déjà décrit s’en pris à lui, qu’il le repoussa hors du champ et qu’ensuite il s’en retourna chez lui quand il entendit sa mère crier « je suis morte », il rajoute qu’il revint vers elle et la ramena dans sa maison avec l’aide de VINCELOT et CHARGELEGUE où elle mourut une demie heure plus tard. Interrogé pourquoi il ne porta pas plainte et sur ce qu’il fit du corps de sa mère, il déclare qu’il ne savait pas ce qu’il fallait faire en pareil cas et que sa mère avait été inhumée par des personnes qu’il ne connait pas dans un jardin inconnu de lui. Il lui est reproché de ne pas dire toute la vérité, à quoi le prévenu persiste dans ses dires. POUPIN le juge interroge ensuite d’autres témoins du même hameau, Pierre RIVAULT 72 ans journalier dit qu’il a aidé à l’enterrement au soleil couchant le lendemain, Jeanne CHARGELEGUE 29 ans femme de Pierre CHAIGNEAU déclare avoir porté la mourante avec VINCELOT et que cette dernière avait du côté droit une blessure « large comme le dedans de la main ». Jonas VINCELOT 27 ans laboureur, parent de degré éloigné de la défunte, rapporte les mêmes faits et rajoute qu’il assista à l’inhumation dans un jardin à « une portée de mousquet de ce lieu ». Catherine GUITTON sœur de l’accusé et fille de Jeanne ESMERIAU dit qu’au moment des faits elle était au marché à Lusignan, elle refuse de donner le lieu de la sépulture et déclare que « que toute la terre est bonne pour enterrer les corps quand ils sont morts ». Au vu des divers témoignages concordants la cour décide de décharger de toutes charges l’accusé, de le libérer et de lever les sceller sur ses trois coffres. On a affaire à des familles de protestants nouveaux convertis, en cette fin de 17ème siècle ils sont soumis régulièrement à la pression et aux tracasseries des autorités qui se méfient d’eux, ce qui explique leur réticence à faire appel à la justice, même pour un homicide, et pourquoi ils préfèrent enterrer leurs morts discrètement sans la présence du curé catholique.
 
(Sources AD86 série 8-B liasse 264 justice de la seigneurie de Rouillé)

mardi 19 décembre 2017

Le village de Bonnillet en 1570 - Chronique de Thierry Péronnet -



Le village de Bonnillet en 1570 :
On trouve parfois dans les documents conservés aux Archives Départementales, au milieu des minutes, des plans anciens, dont certains ne manquent pas de charme. Ainsi dans la série D concernant le collège de Ste-Marthe dans la liasse 59 il y a un plan sur parchemin daté de 1570, représentant une partie du village de Bonnillet de Chasseneuil, dessiné pour résoudre un contentieux entre deux voisins au sujet d’un chemin commun aux deux protagonistes, voie qui se révèle peu pratique pour les charrettes selon le plaignant. Le plan a été tracé par un certain Mernache.
Par comparaison avec une vue aérienne de Bonnillet on peut sans trop de difficulté identifier le lieu représenté, au croisement de la D4 et la D87, cette dernière voie c’est la route de Bonnillet à Montamisé, la rue des Fourmigères actruelle. L’enclos de la maison de « l’assisteur Torigné » située en bas à gauche du plan correspond à l’ensemble carré en dessous de l’impasse de la Fontaine, le porche aujourd’hui disparu apparaissant sur le plan au bout de l’impasse correspond lui à l’entrée de la ferme que l’on repère au bout de cette ruelle. Pour les autres constructions, du fait des réaménagements, des destructions et des habitats plus récents et modernes, il est difficile d’identifier clairement les différents bâtiments reproduits sur le plan. Seul la « maison du demandeur », Jacques Godard, est repérable, ce doit être l’ensemble de deux modules construits en dessous du « Rue » de « Rue des Fourmigères » sur la vue aérienne. Pour les autres maisons l’identification est plus incertaine. La maison du défendeur, René DELALEU, un ensemble constitué d’une maison et d’appentis, c’est peut-être le groupe de maisons au coin en bas à droite de la vue aérienne.
Si des petits curieux habitant l’une ou l’autre de ces maisons veulent connaitre le nom des précédents propriétaires, ce modeste plan mais au combien précieux va leur donner le nom des tenants en 1570. C’est une chance pour eux car  c’est en général très difficile de pouvoir remonter le temps aussi loin et de connaitre les occupants.



Transcription du texte encadré : (sous réserves)
La présente signée a esté aujourd’hui accordée en présence de messire Loys ROGIER conseiller
du roy nostre sire en la charge du praesidialle à Poitiers, commissionné de par icelle en ceste
partie par maitre Jacques GODARD demandeur comparant en sa personne et M° Charles ROATIN
assistant comparant par M° Jehan MERCERON son procureur d’une part, René DELALEU défendeur
aussy en sa personne et par maitre Loys MORISSON son procureur, lesquels demandeurs ont
dict que ledit chemin pretandu commun des GIRARDS par ledit défendeur est inacceptable pour
charretter d’une part, ledit defendeur a dict estre acceptable pour ce a quoy il est destiné,
selon quil est informé par nostre procès-verbal faict à Poitiers le pénultième
jour de juin mil cinq cent soixante dix


Les signatures : L.ROGIER, GODARD, MERCERON, MORISSON, René DELALEU, MERVACHE « pour avoir faict la présente figure »

mardi 12 décembre 2017

Une archive bien odorante par Thierry Péronnet - Dossier de presse

Source AD86


Justice royale de Lusignan série 6-B liasse 174 
Il était parfois dangereux de se promener dans les rues de Lusignan au 17ème siècle, des objets divers pouvaient tomber des fenêtres hautes sans prévenir (bis repetita)

Le 19-08-1676, dans le registre des assises du tribunal royal de Lusignan, le greffier note ce qui suit. Marguerite ALLAIN femme de Jean DAGUIN archer huissier de la maréchaussée provinciale de Poitiers a déposé une plainte de deux juillet précédent, elle est demanderesse en réparation contre Jean MOUSSAULT chirurgien et Jeanne DELACROIX sa femme. Le premier de ce mois de juillet elle est assise sur une pierre dans la grand rue de Lusignan devant la maison du couple MOUSSAULT DELACROIX quand de l’urine et des immondices tombent d’une fenêtre haute de ladite maison située juste au-dessus de la plaignante, ses habits et sa jupe en furent tout remplis. Pour elle cela ne peut venir que de cette fenêtre haute et ne peut avoir été jeté que par l’un ou l’autre ou les deux des conjoints MOUSSAULT et DELACROIX. Ces derniers admettent qu’ils ont bien menacé la plaignante quelques temps auparavant, avant les faits cités, de lui jeter des ordures et des immondices, mais qu’ils n’en ont rien fait et que le premier juillet ils n’ont jeté sur Marguerite ALLAIN ni urine ni immondices de leur fenêtre et ils persistent dans leur déclaration. Le tribunal décide de faire faire une information sommaire sur les faits. Sur un autre acte plus récent des témoins parlent eux d’eau sur les vêtements de ladite ALLAIN sans s’avancer davantage sur la teneur exacte du liquide.



lundi 4 décembre 2017

Dangereuses Rues Mélusines - Thierry Péronnet - Dossier de Presse

Vous avez aimé lire cet article dans Centre Presse. Vous aimeriez en savoir plus ? Connaitre la liste des témoins, consulter les documents d'archives ? Voilà pour vous. 
Source AD86



Source AD86 - Justice royale de Lusignan série 6-B liasse 35 

Il était parfois dangereux de se promener dans les rues de Lusignan au 17ème siècle, des objets divers pouvaient tomber des fenêtres hautes sans prévenir.
Ainsi le 27-09-1673 Jacques BOUMARD hôte du logis de la Magdeleine à Lusignan porte plainte contre Jeanne GROUSSIN veuve Jean THOULLAT pour avoir jeté la veille un sac de laine du haut de son grenier sur Jacques BOUMARD son fils de 7 ans, lui brisant la cuisse en plusieurs endroits. Depuis ce dernier est au lit avec une grosse fièvre et est en péril de mort. Le jour même Louis BRISSAULT chirurgien examine l’enfant, il lui trouve une fracture du fémur à la cuisse sénestre (gauche) avec une hémorragie, ce qui l’oblige à lui faire une saignée. Jacques LOMBARD « restaurateur de corps humain » traite et restaure ensuite les os cassés, il y a plusieurs esquilles, un coup violent est la cause des fractures.
Le 30-09-1673 LEMAYE lieutenant criminel et civil du roi recueille les témoignages,  Jeanne VERGER 54 ans femme de Jacques MEUSNIER maréchal demeurant à Enjambes* rapporte que la femme du plaignant en pleurs lui a dit que l’accusée a jeté un sac plein de laine sur son petit fils et que celui-ci était « tout crevé », elle ajoute que l’accusée est alors venu compatir et dire que c’était ledit la Fronde qui avait jeté le sac. Marie VENAULT 22 ans femme de François GUESBIN sieur de la Plantinière de Pranzay déclare qu’elle a entendu crier le garçon et vu le sac de laine et ajoute que l’accusée a dit à la tante de l’enfant que ce n’était rien, que ce n’était que le coup. Elle rajoute que l’accusée disait que c’était PROUST qui avait jeté le sac. François COTHERON 32 ans sargetier** de Pranzay* précise que l’accusée a dit que c’était la Fronde qui avait jeté le sac, mais ce dernier lui affirma que c’était sa maitresse et le nommé BARRET qui avaient jeté la laine. Considérant les témoignages et les rapports du chirurgien et du restaurateur, le lieutenant criminel et civil du roi décide d’instruire contre l’accusée.
Jeanne GROUSSIN 30 ans veuve Jean THOULLAT est interrogée le 05-10-1673, elle déclare que le mardi 26 septembre dernier elle avait ramassé ses meubles pour aller dans un autre logis sis place du Bail et qu’il ne lui restait plus qu’un peu de laine, elle fut étonné d’entendre crier dans la rue que le fils BOUMARD venait d’être blessé par un sac de laine tombé de la fenêtre de son grenier. Elle nie avoir jeté le sac et précise que le fils NAU dit la Fronde était avec elle mais qu’elle ne lui a pas demandé de jeter le sac et qu’elle ne l’a pas vu. Bien que le juge lui reproche de ne pas dire la vérité, elle persiste dans sa déclaration. Malheureusement le jugement rendu n’est pas joint à ces pièces de procédures, mais il est fort probable que la veuve THOULLAT ait été condamnée aux dépens et à devoir payer le chirurgien et le restaurateur de corps humain.


*Enjambes et Pranzay deux paroisses de la ville de Lusignan 
**sargetier-sergetier fabricant de serge




mardi 28 novembre 2017

Tragique déni de grossesse par Thierry Péronnet - Dossier de Presse.

Vous avez aimé lire cet article dans Centre Presse. Vous aimeriez en savoir plus ? Connaitre la liste des témoins, consulter les documents d'archives ? Voilà pour vous. 
Source AD86 Série E

Ce 09-02-1677 le village de Longe à St-sauvant sera le théâtre d’un drame vieux comme le monde, Jeanne GALTEAU 22 ans originaire de la Mothe-St-Héray fille de Pierre maréchal et de feue Jeanne CHAIGNEAU était tombée enceinte des œuvres de Daniel PAREAU qui lui avait promis le mariage, un domestique de monsieur IZORE laboureur de Chiré. Ce jour-là elle accoucha seule d’un enfant mort-né selon ses dires, après une grossesse dont elle ne se serait pas rendu compte, ensuite elle le cacha sous le fumier dans un coin du toit aux brebis. Le cadavre du pauvre enfant est découvert à 10 heures du matin après la mise au champ des bêtes. Mathurin TEXIER 40 ans journalier de Longe de St-Sauvant son maître est appelé à témoigner, il déclare qu’il ne savait pas que Jeanne GALTEAU était enceinte, qu’il est allé donner à manger à ses brebis et que « dans le milieu du têt aux brebis » il vit le bras d’un enfant mort*, le reste étant caché. Il avertit sa femme Marthe BIGEON 30 ans par ses mots « mon dieu ma mère je viens de trouver un enfant dans notre têt à brebis », il y avait beaucoup de sang, ensuite ils trouvèrent ladite GALTEAU auprès du feu en train de faire sa quenouille, celle-ci leur dit qu’elle a été malade dans la nuit, mais ne dit rien à l’évocation de l’enfant trouvé dont le bras paraissait encore vivant. Après la visite du cadavre par la justice**, avec des voisins, ils lavèrent le petit corps et l’ensevelirent dans la cour de la maison. Dans son témoignage Marthe BIGEON rajoute qu’elle ne savait rien de la grossesse et que Jeanne GALTEAU avait continué à travailler manger et boire comme si de rien n’était durant celle-ci, comme elle la trouva le matin au lit et malade elle alla prévenir son père et sa belle-mère et leur demanda de venir la voir, la belle-mère refusa. Au retour son mari l’informa de la trouvaille, le père et la belle-mère refusèrent toujours de se déplacer. Pierre BERNARD laboureur à bras 27 ans raconte que de nombreuses personnes savait que l’accusée était enceinte ce qu’elle déniait. Thoinette BOURCIER 62 ans femme de Jean BERNARD laboureur à bras et d’autres témoins rapportent les mêmes faits.
Le juge ne croyant guère aux propos de ladite GALTEAU l’accusa d’avoir fait périr son enfant et il la fit emprisonner. Elle persista dans ses déclarations. Mais la justice de l’époque était impitoyable envers les mères infanticides, le 31-03-1677 Jeanne GALTEAU accusée d’avoir fait mourir son enfant naissant est condamnée à être pendue et étranglée par l’exécuteur de la Haute Justice*** à une potence montée en la basse ville de Lusignan vis-à-vis des Trois-Piliers, où elle devra y rester 24 heures, ses parents pourront l’ensevelir ensuite. Après confirmation du jugement l’exécution sera effective le 28-08-1677 sur les 4 à 5 heures du soir, après que la condamnée eut demandé à genoux pardon à Dieu au Roi et à la Justice. Triste conclusion pour une pauvre fille abusée par son galant, rejetée par ses propres parents et victime de son déni d’une grossesse non désirée.
 *habituellement c’est dans le toit aux cochons que l’on retrouve quelques restes
**le chirurgien qui l’examina ne trouva aucune trace de coups, une bouche un peu noire, lune mort récente
 ***Mathurin ROBIN de Poitiers payé 35 livres 

Voici l'affaire en mode relevé avec tous les témoins.
 Source AD86-  6-B-40 DSCN 2247 à 2308 le 09-02-1677, infanticide,
 Jeanne GALTEAU 22 ans village de Longe à St-sauvant originaire de la Mothe-St-Héray fille de Pierre GALTEAU maréchal et de feue Jeanne CHAIGNEAU accouche clandestinement d’un enfant, elle était est tombée enceinte des œuvres de Daniel PAREAU qui lui avait promis le mariage, un domestique de monsieur IZORE laboureur de Chiré, elle est servante domestique de Mathurin TEXIER 40 ans journalier de Longe et de Marthe BIGEON 30 ans sa femme, selon sa déclaration du 31-03-1677 elle ne savait pas qu’elle était enceinte, elle croyait avoir des coliques, elle n’a rien dit au père de l’enfant qu’elle n’a revu qu’une fois, elle affirme que l’enfant était mort-né et qu’elle l’a mis sous du fumier dans le toit au brebis, le 15-02-1677 plusieurs témoignages recueillis, Mathurin TEXIER déclare qu’il ne savait pas que Jeanne GALTEAU était enceinte, qu’il est allé donner à manger à ses brebis et que « dans le milieu du têt aux brebis » il vit le bras d’un enfant mort, le reste étant caché, il avertit alors sa femme Marthe BIGEON par ses mots « mon dieu ma mère je viens de trouver un enfant dans notre têt à brebis », il rajoute qu’il y avait beaucoup de sang, ensuite ils trouvèrent ladite GALTEAU auprès du feu en train de filer sa quenouille, celle-ci leur dit qu’elle a été malade dans la nuit, mais ne dit rien à l’évocation de l’enfant trouvé dont le bras paraissait encore vivant. Après la visite du cadavre par la justice, avec des voisins, ils lavèrent le petit corps et l’ensevelirent dans la cour de la maison, Marthe BIGEON rajoute qu’elle ne savait rien de la grossesse et que Jeanne GALTEAU avait continué à travailler manger et boire comme si de rien n’était durant celle-ci, comme elle la trouva le matin au lit et malade elle alla prévenir son père et sa belle-mère et leur demanda de venir la voir, la belle-mère refusa et rajoute que son mari l’informa de la trouvaille à son retour et que le père refusa de venir mais que la belle-mère se déplaça, Pierre BERNARD 27 ans laboureur à bras de Longe déclare que de nombreuses personnes savaient que l’accusée était grosse que l’enfant paraissait assez « puissant », Thoinette BOUMIER 62 ans femme de Jean (plutôt Jacques) BERNARD déclare que ses voisins l’avaient appelé pour voir ce qu’ils avaient découvert, que le bras et la tête paraissait assez puissant, rajoute qu’à sa question lui demandant pourquoi elle avait fait une si mauvaise action l’accusée ne dit rien, Jacques BERNARD 60 ans laboureur marchand de Longe déclare que l’enfant mort est un garçon assez puissant, André SABOURIN 25 ans journalier de Longe dit qu’il ne sait pas grand-chose, qu’il avait oui dire que l’accusée était grosse, Anne JOLLI 30 ans femme de Jacques COUSTEAU journalier de Longe raconte que l’accusée menaçait de tuer à coup de couteau ceux qui luis disaient qu’elle était grosse, qu’elle lui a dit  que, si son maitre et sa belle-mère l’avait écoutée, elle ne serait pas dans cette état, Françoise ROBIN 40 ans femme de Gabriel CARTAIS laboureur de Longe déclare que la femme de Mathurin TEXIER avait trouvé beaucoup de sang à sa porte et qu’elle affirmait que l’accusée avait accouché, elle rajoute que munit d’une chandelle elle vit le bras d’un enfant mort dans le têt à brebis le reste étant dans le fiand (fumier), que l’accusée lui confessa que l’enfant était d’elle et d’un certain PAREAU valet à la Brousse-Sapin, Renée PETIT 25 ans fille de Jean PETIT journalier de Longe dit qu’elle ne sait pas grand-chose et déclare avoir oui dire que l’accusée était enceinte, et qu’elle nous a vu la mettre à cheval pour l’emmener prisonnière, (Jacques Pierre et Jean BERNARD père et fils), le chirurgien qui examina l’enfant le jour de sa découverte ne trouva aucune trace de coups, il dit que seule la bouche était un peu noire, il déclara que la mort était récente, il examina aussi l’accusée et affirma qu’elle avait fraichement accouchée, le 31-03-1677 Jeanne GALTEAU est accusée d’avoir fait mourir son enfant naissant et est condamnée à être pendu et étranglée par l’exécuteur de la Haute Justice, Mathurin ROBIN de Poitiers payé 35 livres, à une potence montée en la basse ville de Lusignan vis-à-vis des Trois-Piliers, où elle devra y rester 24 heures, ses parents pouvant l’ensevelir ensuite, le jugement confirmé l’exécution sera effective le 28-08-1677 sur les 4 à 5 heures du soir, après que la condamnée eut demandé à genoux pardon à Dieu au Roi et à la Justice.