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vendredi 14 février 2014

Février 1747 - Rétro Alerte Crue du Clain !


Le 19 Février 1747 
A Poitiers l'eau a passé par dessus les gardes du pont de Rochereuil ! 
et 
sa majesté* a fait rebatir le pont de Visvone ! 
nous dit le curé de Marigny-Chémereau ! 


en mil sept cent quarante sept le dix neuf février en carème jour de dimanche il commença à 
pluvoir sur environ les deux heures après midy une pluie médiocre qui continua jusque à la nuit du
lundy venant au mardy ou pendant cette nuit là il plut très abondemment avec un grand vent
ce qui fut cause que les rivières vinrent si monstrueuses que personne ne les avaient jamais vues
si haut montées. Sur la Vosne les eaux y firent un très grand désordre, car il n'y eut point de
point, ny de moulin où elles ne démolissent et renversassent quelque chose, au moulin qui est icy au
bout du pont l'eau avait bien renversé la moitié des murs des logements et du moulin et avait aussi
grandement endommagé le pont. Le Clain grace à dieu a Visvone n'avait pas augmenté à proportion
de la rivière de Vosne, et mesme on l'avait vu beaucoup plus monstrueux d'autres foy, quoyque
il ne laisse pas de devenir grand. A Visvone la basse rue qui est proche de la rivière de Vosne
était inondée, l'eau qui montait de devant les carmes et celle qui rejaillissait du coté du
pont de la levée, se joignaient presque au milieu de la rue, et de ce déluge
le pont de Vivosne en fut fort endommagé ce qui a engagé sa majesté à en faire batir un autre
lequel est beaucoup plus élevé et batis avec des bonnes grosses pierres de taille et ce sur le roc, que l'on
a cherché pour y mettre les fondements, au lieu que l'autre pont n'était pas bati de grosse pierre
comme celuy d'aujourd'hui, ny sur le fort, mais seulement sur des bois debout ou les fondements étaient
appuyés. A la fontaine qui est ici proche du chateau, l'eau a monté pardessus la quatrième pierre
du coin du pavillon de la fontaine, lesquelles pierres sont au dessus de la dite fontaine, et la dite
quatrième pierre est au dessous une qui a le bout de la cave cassé ou egrinié et emporté. Autre
remarque, proche la dite fontaine, l'eau a entré dans un trou de chaffau, où il y a une pierre
dedans, lequel trou est dans le mur, qui est entre les deux fontaines, ce trou est élevé
de la la terre qui est au pied du mur de cinq pieds et quelques pouces d'hauteur, et en prenant ?
de cette élévation de terre, ce trou se trouve élevé de sept pieds de hauteur.A Poitiers, l'eau a passé par
dessus les gardes du pont de Rochereuil. 

*Louis XV pour les nuls ;-)


jeudi 6 février 2014

Morts décryptées à Vivonne - Lulu Sorcière Archive dans Centre Presse - 6 Février 2014.

Source AD 86 - Pour bien visualiser l'article ouvrir l'image dans une nouvelle fenêtre.


1818-1824, Mourir à Vivonne…
C'est le six Mars 1818, en rédigeant l'acte de décès de Catherine Proust que l'idée vint à Mr Enard, maire de Vivonne, d'indiquer systématiquement, sur la foi des déclarations de l'officier de santé, la cause du décès de ses compatriotes. Et ce, pendant six ans, offrant ainsi  au généalogiste de passage, un trésor rare ! Mr le maire était-il carabin ? Friand de science ?  C'est à voir. Toujours est-il, qu’une petite initiation à la sémiologie du XIXème siècle permet d'établir quelques éléments statistiques, d'identifier quelques anecdotes. Bref, de faire vivre ces décès !
Le poumon ! Toujours le Poumon !
Catherine Proust est  morte, de « phtisie pulmonaire », c'est à dire de tuberculose. Fluxion de poitrine, consomption, catarrhe pulmonaire, et autres écrouelles, le poumon, toujours le poumon !  Les maladies vermineuses  sont parasitaires et  infantiles. Les fièvres sont cataloguées à la Prévert : scorbutiques, putrides, adinamiques, remittentes, ataxiques, cérébrales, lente, catarrhales, bilieuses, ataxiques, asthéniques, quartes, tierces...Les hidropisies signent l’insuffisance cardiaque.  Si les diarrhées sont à l’évidence asthéniques, certaines affections demeurent bien mystérieuses :. les exquinancies sont des amygdalites, mais que sont ces encophlegmaties, ces dépôts à la tête ? Le grand âge a son cortège d'affections spécifiques : langueur, caducité, la décrépitude est outrageusement féminine... Le crabe lui,  ne signe qu’une fois : «une diathèse cancéreuse » emporte Magdeleine Nicoulaud à 60 ans.
La mort rôde autour des enfants.
Quant aux tout petits  « mort-nés », ou des « suites de naissance », ils sont qualifiés « prématurés », au sens de morts trop tôt. Les enfants paient le plus lourd tribu à la faucheuse : 48,6% des décès ! Suivant parfois le trajet de la sage-femme, de maison en maison, brutale, inexorable, la fièvre puerpérale emporte les mères à peine délivrées.
1824, une mystérieuse épidémie.
En mars 1824, le drame s’annonce au village. Fièvre, rhume, catharres, exquinancies, emportent brutalement  une dizaine d’enfants, 7 le mois suivant. Enard( allez savoir pourquoi)arrête ses relevés étiologiques. En  Mai, le mal est à son comble. Il meurt 24 jeunes de plus. Entre Mars et Avril, 51 personnes disparaissent, 84% sont enfants ou jeunes adultes. Avec un total de 96 décès, la mortalité double à Vivonne, comme alentours, emportant des fratries entières.  Deux ans plus tard, la faucheuse a passé son chemin, la mort reprend son rythme ordinaire, et l’épidémie garde  son mystère. A moins qu’il n’en reste trace dans les comptes-rendus municipaux signés Enard? 

jeudi 17 février 2011

Vivonne - 1818/1824 - Pics de décès.

En Janvier et Février 1824, à Vivonne, on meurt peu.
C'est en Mars que le drame commence. Il touche essentiellement les enfants. Il en mourra dix. Sept enfants en bas âge entre 2 et 8 ans et trois bébés. Les causes des décès sont variées : fièvre, coqueluche, exquinancie (c'est une angine) mais elles orientent toutes vers une cause infectieuse majeure. La mort des nouveaux nés est attribuée à la "prématurité" comme la plupart du temps. Néanmoins on constate qu'elle intervient entre 5 et 7 jours, un peu plus tard que d'habitude.
Trois décès chez les personnes agées, liés à des pathologies diverses. La langueur est l'Alzheimer de l'époque, une hernie se complique et l'apoplexie séreuse est habituelle.
En avril, les fièvres continuent à emporter les enfants. Il en mourra 7 au total et hélas, notre bon Monsieur Enard arrête ses relevés étiologiques.
En Mai, le drame est à son comble. Il meurt encore DIX enfants et QUATORZE adultes. Les personnes de plus de 50 ans continuent à être épargnées.
Au total entre Mars et Avril, il mourra 51 personnes à Vivonne, dont 52,94% d'enfants et 31,37% de jeunes adultes.
De quoi sont morts ces Vivonnais ?
Probablement d'une maladie infectieuse, qui a épargné les personnes agées immunisées.
Grippe nouveau variant ? Coqueluche ? Scarlatine ?
La fièvre, les catarrhes, les coqueluches signalés orientent vers une affection broncho-pulmonaire.

Je n'ai pas retrouvé d'épidémie particulière signalée cette année-là. Un peu plus tard, vers 1832, le choléra fera en France énormément de morts. Une analyse de la mortalité à la même période autour de Vivonne, dans quelques villages du département nous dira si cette épidémie était locale ou régionale.
A suivre...


 

Nette prédominance de la mortalité des jeunes à chaque période de pic. Les fièvres, les maladies pulmonaires emportent largement à chaque fois. Les moins de trente-cinq ans paient le plus lourd tribu pendant ces périodes difficiles. Comme si ceux qui avaient passé le cap de la cinquantaine étaient particulièrement solides. On en rencontre encore parfois dans nos campagnes des vieux paysans qui semblent résister à tout quelles que soit encore aujourd'hui la rudesse de leur mode de vie.

Mourir à Vivonne 1818/1824 - Analyse Globale.

Voici quelques petits tableaux permettant d'exploiter les précieux renseignements fournis entre 1818 et 1824 par Monsieur Enard, officier d'état civil à Vivonne .


Ci-dessus, la répartition mensuelle de la mortalité au cours de ces 6 années.
Variation de la mortalité en fonction des saisons, avec des pics en janvier, avril, septembre...

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 Parmi ces données, quelques périodes que nous analyserons plus précisément dans le billet suivant car elles correspondent à des pics de mortalité inattendus.

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Répartition des pathologies par classe d'âge.
Une petite immersion sémiologique dans les manuels du XIXème siècle a permis de trier toutes ces maladies mystérieuses (Exquinancie et autres hidropisies) en catégories (maladies digestives, broncho-pulmonaires, cardiovasculaires etc...)
Le tableau ci-dessus récapitule les pathologies par fréquence et par classe d'âge.
-Tout d'abord, peu d'accidents et de crimes à Vivonne ! On n'en compte qu'un par an.
- Une évidence : ce sont les enfants qui meurent le plus : 169 décès entre 0 et 14ans soit 48,6% des décès ! Je reviendrai en détail sur la mortalité maternelle et infantile.
La première cause de mortalité est pulmonaire (57DC), suivie de près par les fièvres dont certaines ont sans doute la même étiologie.
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Classe pathologique en fonction du sexe.
Si les fièvres et les maladies pulmonaires touchent nettement plus d'hommes que de femmes, elles restent la première cause de mortalité dans un sexe comme dans l'autre. Ce qui peut être qualifié de maladie cardio-vasculaire (beaucoup sont des pathologies oedémateuses un peu mystérieuses) est par contre nettement féminin.
En matière de vieillesse à Vivonne, on est d'autant plus "décrépi" qu'on est une fille ;-) Les vieux messieurs, eux, ont bien plus souvent droit à une étiologie plus précise lorsqu'ils meurent très âgés...


Voilà pour une première et modeste analyse.

 Je ne suis pas un as d'Excel, et j'ai niveau bac +36 ans de poussière sur mes compétences en statistiques... sachant que j'ai eu mon bac "C" grâce à la philo.

N'étant pas très forte en histoire de France non plus, tous les spécialistes, à même d'enrichir l'étude sont bienvenus !

Bref, je demande  l'indulgence des grosses têtes du jury ;-).

Je  précise à ceux qui souhaiteraient tenter l'aventure, qu'Excel refuse les voyages dans le temps, le XIXème siècle, n'est pas une date...

 J'ai la chance d'avoir à la maison,  un AS d'Access à ma disposition, que le sujet, de surcroît,  a intéressé et qui a eu la gentillesse (moyenant quelques p'tites récompenses gourmandes) de mettre tout ça en tables, de me lier les tables afin de répondre à de sorcières requêtes.

Dans les posts qui suivront, on se penchera sur

- la mortalité des enfants

- les pics de mortalité sur Vivonne

- Et tout ce qui me viendra à l'esprit.

A vos remarques et commentaires !
Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

mercredi 9 février 2011

Mourir à Vivonne 1818/1824



C'est le sixième jour de Mars 1818, en rédigeant l'acte de décès de Catherine Proust que l'idée vint à Monsieur Enard, maire de Vivonne, d'indiquer sur la foi des déclarations de l'officier de santé, la cause du décès de ses compatriotes. Systématiquement et précisément, à chaque fois, pendant un peu plus de six ans.

Monsieur l'maire était-il ami des toubibs du coin ? Etait-il lui même, friand de science, de médecine, c'est à voir.



Toujours est-il  que la particularité de cette tranche d'état civil valait largement un travail de dépouillement appronfondi et un modeste début d'analyse.

Le dépouillement des DC de Vivonne de 1818 à 1824 en ligne.



Après avoir un peu travaillé la sémiologie du XIXème siècle, il a été possible d'établir quelques éléments statistiques, d'identifier quelques anecdotes, bref de faire vivre ces décès.









Catherine Proust est  morte de phtisie pulmonaire, c'est à dire de tuberculose. Jusque là facile, tout le monde suit, ce n'est pas à vous qu'on a besoin de souffler que c'est une tuberculose. Mais quelquefois ça se complique.

Petit résumé rapide, car on ne prépare pas encore le concours d'officier de santé.



Les affections pulmonaires sont fluxion de poitrine, consomption, catarrhe pulmonaire, phtisie....



Les maladies vermineuses, sont sans doute souvent parasitaires (on ne connaissait pas les vermifuges) ou autre, le terme semble largement utilisé dès qu'un enfant présente une affection autre que pulmonaire.



Les fièvres sont cataloguées à la Prévert : scorbutiques, putrides, vermineuses, adinamiques, remittentes, ataxiques, cérébrales, lente, catarrhales, bilieuses, ataxiques, asthéniques, elles sont aussi quartes, tierces...



Les affections générales sont mal définies, encophlegmatie, leucophlegmatie.

Les affections cardiovasculaires sont associées à des oedèmes, hidropisies, anasarques, le coeur fatigue, la tension monte, ça gonfle et on ne sait pas lutter contre.



Les affections gastro intestinales sont variées, les diarrhées sont asthéniques.

Certaines affections restent bien mystérieuses, si les exquinancies sont des amygdalites, mais que sont ces dépots à la tête, qu'y a-t-il derrière les métastases de la poitrine ?



Le grand âge a son cortège d'affections spécifiques langueur, caducité, décrépitude, vieillesse...



Quant aux tout petits, s'ils ne sont pas mort-nés, ils décèdent des suites de naissance, ou systématiquement qualifiés prématurés, ce qui signifie que l'enfant est mort trop tôt, et non pas né trop tôt, comme on l'entend aujourd'hui. Parfois, on soupçonne une malformation évidente à laquelle le décès est rapporté, ou un accouchement particulièrement difficile.

Les premiers jours passés, il faudra craindre les cocluches, les asthme, les rougeoles.

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 Je vous laisse digérer...



Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !